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Le discours religieux

Le discours religieux a pour but de prêcher la vérité religieuse ; il relève de l'éloquence de la chaire, dite encore éloquence sacrée. L orateur religieux s'appelle prédicateur, et son discours comme sa fonction, porte le nom Aq prédication.

Le discours de la chaire se distingue des autres :

1. par l'autorité de l'orateur qui ne parle pas en son nom, mais en vertu de la mission qu'il a reçue ;

2. par l'objet qu'il traite : la vérité religieuse, dogmatique ou morale, sous tous ses aspects;

3. par le but vers lequel il tend. Ce but peut être de donner la foi à ceux qui ne Font pas, de la confirmer chez ceux qui la possèdent, d'instruire les ignorants, d'amener à une vie plus parfaite; par là même le prédicateur l'emporte sur les orateurs profanes, qui ne s'occupent que des intérêts temporels ;

4. par l'auditoire auquel il s'adresse. Alors que les autres discours s'adressent à des auditoires spé-

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ciaux, le discours de la chaire peut el doit atteindre tout le monde.

L'éloquence de la cliaire vient du christianisme. L'antiquité païenne n'eut jamais l'idée d'enseigner la vérité religieuse ou morale à la foule. La prédication a commencé avec les apôtres; mais ils prêchèrent la doctrine de Jésus-Christ sans avoir recours à l'art de la rhétorique.

Ce sont les Pères de l'Eglise surtout qui donnèrent à la prédication chrétienne tout son éclat. Saint Grégoire de Nazianze, saint Basile, saint Jean Chrysostome, etc. . . . cliez les Grecs ; saint Ambroise,* saint Augustin, etc., chez les Latins, en sont les principaux représentants.

Au moyen âge, d'ardents prédicateurs, comme saint Bernard, suscitèrent le beau mouvement des Croisades ; un peu plus tard, la fondation de l'Ordre des Dominicains et de l'Ordre des Franciscains donna naissance à toute une légion d'orateurs dont la parole eut une immense influence sur le peuple.

Mêlée d'abord d'érudition pa'ienne et chrétienne, au temps delà Renaissance, l'éloquence delà chaire se réforma avec saint François de Sales. Jean de Lingendes, Cospéan, etc., mais elle n'atteignit sa véritable perfection qu'au dix-septième siècle, avec les Bourdaloue, les Bossuet, les Fénelon, les Massillon.

Le dix-huitième siècle vit la décadence de la chaire. Au dix-neuvième, la lutte contre le rationa-

lisme eL la philosophie antichréiienne suscita une admirable phalange d'orateurs chrétiens. Les noms de Frayssinous, de Lacordaire, de Ravig-nan, du Père Félix, resteront la gloire de la chaire chrétienne.

Fa forme du discours religieux n a pas été

la même chez tous les prédicateurs. L'immense i-liamp des vérités à enseigner, la nécessité de s'adresser à tous les hommes, les besoins des temps et des lieux forcèrent avarier le genre de prédication.

Deux genres se partagent l'éloquence de la chaire : un genre simple et un genre solennel. Dans chacun de ces genres, la forme du discours varie avec les sujets.

Dans le genre simple, on trouve le prône et \ homélie; dans le genre solennel, les diverses espèces de discours sont le sermon, la conférence, le panégyrique et l'oraison funèbre.

Le prône est une instruction simple, courte et familière qui se fait pendant la messe de paroisse, sur un sujet déterminé de dogme ou de morale. La simplicité qui caractérise ce genre d'allocution le met plus à la portée des esprits moins cultivés, et le rend plus apte à répandre l'instruction parmi les fidèles.

L'homélie (ôi7.tÀia, entretien familier], est un discours dans lequel le prêtre explique simplement et familièreTOcnt cliac|ue partie de l'Épître et de l'Evangile, et en tire des instructions pratiques pour le bien des auditeurs. Ce genre d'entretien

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remonte aux premiers siècles du chiislianisme. Dans l'assemblée des fidèles, on lisait un texte des Saintes Ecritures que l'orateur sacré commentait ensuite et doù il tirait de pieuses réflexions.

L'homélie a l'avantage de permettre une grande variété dexliorlations, et de répondre ainsi à tous les besoins d'un auditoire. Les Pères de rÉglisc excellent dans ce genre.

Le sermon est la forme solennelle de la prédication du dogme ou de la morale. Le sermon est une thèse dans laquelle on expose et on prouve une vérité, non d'une manière philosophique, maisdune manière oratoire, et avec toutes les ressources que fournit la vraie rhétorique.

Pour conserver au sermon sa forme solennelle, on en a exagéré les conditions ; un y exigeait autrefois un double exorde, une invocation, des divisions et subdivisions, etc.. De nos jours, on procède plus simplement. Le sermon n'a guère conservé de sa forme d'autrefois que l'usage d'un texte, emprunté à la Sainte Ecriture et qui doit être comme l'annonce du sermon, un style plus soigné, et, quand le sujet le comporte, des divisions très nettes.

Les sermons les jjlus célèbres sont ceux des prédicateurs du xvii* siècle, Bossuet, Bourdalouc et Massillon. Malgré la liberté d'allure que s'est donnée la prédication contemporaine, c'est encore chez ces incomparables modèles qu'elle trouve le mieux à se former.

La conférence est un discours où l'orateur

sacré se propose de dissiper les malentendus entre le christianisme et la raison, en établissant les preuves de la religion, ou en la défendant contre les attaques de ses ennemis.

La conférence diffère du sermon par son caractère apologétique surtout : le sermon expose la vérité de la foi à ceux qui y croient, mais qui ont besoin seulement qu'on la leur rappelle, soit pour leur instruction, soit pour la direction de leur vie; la conférence défend la vérité devant ceux qui n'y croient pas ou qui peuvent être ébranlés dans leur foi; elle a recours surtout à des arguments rationnels.

C'est au xix^ siècle que ce genre de discours a été inauguré dans la chaire chrétienne. Lacordaire lui a donné son plus vif éclat dans la chaire de Notre-Dame de Paris.

Le panégyrique est un discours exclusivement consacré à la louange d'un saint. Le but du panégyriste est d'édifier ses auditeurs par le récit de la vie et des vertus du saint, et de les inviter à l'imiter. Le panégyrique est donc à la fois un éloge et un discours moral.

Les prédicateurs de panégyrique ont peine à éviter deux écueils : l'exa^'ération et le vao-ue.

Quelques-uns exagèrent à tel point les vertus de leur personnage qu'à les entendre, le saint qu'ils louent occupe incontestablement la première place dans le ciel; d'autres en font un portrait si vague et si banal que l'éloge pourrait se répéter de tout autre saint.

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C'est dans Bossuet (Panég-yiique de saint Paul, de saint Bernard, de saint André, etc.), et dans Bourdaloue (Panégyrique de saint Louis . qu'il faut clierclier les modèles du panégyrique.

L'oraison funèbreest un discours prononcé du haut deja cliaire clirétienne à la louange des morts illustres,.

J j "oraison funèbre n'est pas un simple éloge du n personnage, c'est un discours destiné à confirmer la doctrine religieuse ; elle doit être une leçon pour les vivants Heryn sur In vanité dag-Jl!lQg<^s humaines, leçon sur une autre vie à gagner et sur les vertus à prati^er, àrexempledu personnage dont on fait r éloge.

C'est ainsi que les Pères de l'Eglise, saint Grégoire de Nazianze, dans l'oraison funèbre de Césaire son frère, de Saint Basile son ami, etc., saint Ambroise dans l'oraison funèbre de Théodose, etc. . . , Bossuet, dans ses grandes oraisons funèbres de Henriette de France, Henriette d'Angleterre, Condé, etc.; Fléchierdans celle de Turenne] Lacordaire, dans celle du général Drouot, etc., ont compris ce genre et lui ont donné l'élévation qui le caractérise.

Aussi ne faut-il pas confondre V oraison funèbre avec cërfâins éloges, niéme [jrononcés du haut de^ la chaire et qui ont lii<'i! jilns pour but de louer^ le défunt que d'être une instruction pour l'auditeur.

A plus forte raison no faut-il pas voir dans l'o-

j;aisoiLillliiiliJi£JlJl-genre qui rappelle les éloges funèbres des anciens.

T'antiquité grecque faisait prononcer publiquement réloge des citoyens morts pour la patrie; mais, le plus souvent, elle ne faisait pas l'éloge d'un homme en particulier. C'est ainsi que Périclès iît l'éloge funèbre des soldats tués à la guerre de Samos (an 441 avant Jésus-Christ).

A Rome, l'éloge funèbre fut d'abord une sorte de récompense nationale, décernée aux services rendus à la patrie. Plus tard il devint le privilège des grandes familles et des empereurs. INIais tous ces discours n'avaient rien de commun avec nos oraisons funèbres.

"2. Le discours politique.

L'éloquence politique ou éloquence de la tribune a pour objet la discussion , dans les assemblées délibérantes, des affaires et des intérêts dune nation.

Elle comprend les discours de politique générale et la discussion des lois; mais il convient d'y rattacher les discours d'ordre politique prononcés en dehors des assemblées législatives, dans les réunions populaires, dans les comités ou les clubs, etc..

L'éloquence politique fut très florissante à Athènes et à Rome. Chez les Grecs, les affaires de

bl Pl!lNCir>KS DK HIIETOHIQUE.

ri^tat se décidaient dans l'assemblée du peuple, c'est-à-dire sur la place publique. Le premier venu pouvait y prendre la parole. « Tout dépendait du peuple, dit Fénelon, et le peuple dépendait de la parole '. » C'est ainsi que Périclès demeura pendant trente ans le maître d'Athènes, rien que par l'ascendant de son éloquence.

Plus tard l'éloquence politique eut ses écoles et ses maîtres.

Les deux principaux orateurs politiques de la Grèce furent Escliine et Démostliène. Celui-ci surtout restera le modèle incontesté de l'éloquence politique, par l'énergie et l'élévation de la pensée, la force du raisonnement, la véhémence des passions et l'admirable simplicité du style. Ses Philippiques et ses Olijntliienncs méritent encore d'être étudiées par les orateurs de nos jours. A Rome l'éloquence politique ileurit surtout sous la République. Cicéron en est le plus illustre représentant; mais il n'a ni la force, ni la simplicité de Démostliène.

Pour persuader le peuple d'Athènes, vif, intelligent, il fallait la force de la dialectique et la fougue de la passion ; pour remuer les Romains fiers et dédaigneux, il fallait les ornements du style, l'ampleur de la période, et tout l'attirail des précautions oratoires qui caractérisent les discours de Cicéron.

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