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Qualités et défauts de l'exorde

a. L'exorde doit être naturel ot vrai, c'est-àdire vraiment lié au discours qui va suivre ; il sert d'avenue au sujet, il doit donc y conduire. S'il ne montre pas le ])ut vers lequel lend le discours, c'est un liors-d'œuvre.

C'est pour cela que certains rhéteurs conseillent de terminer la composition du discours par l'exorde : « La dernière chose C[u'on trouve en faisant un ouvrage, dit Pascal, c'est de savoir celle qu'il faut mettre la première. » Tout au moins faut-il ne composer l'exorde qu'après avoir bien médité son sujet, de manière à ce qu'il en sorte comme une fleur de sa tige, selon l'expression de Cicéron.

Quand l'exorde n'est pas naturel et vrai, il risque d'être banal et vulgaire; il peut être appliqué indistinctement à plusieurs causes, à plusieurs sujets ' ; ou bien il est inutile et devient ainsi un prélude oiseux qui ne fait qu'indisposer l'auditeur.

\. Dans ime leUrc à Atticus, Ciccron s'accuse lui-même d'avoir mis à son traité de la Gloire le nicme préambule qu'à son troisième livre des -4cadt'î?i(V/«es: il l'avait fait par môgarde : « Cela vient, dit-il, de ce que j'ai une collection de préambules tout faits. • [W\, 61.)

b. L'exorde doit être proportionné au discours, soit pour la longueur, soit pour le ton.

« On ne met pas la tête d'un géant sur les épaules d'un pyg-mée, comme on ne place pas un vaste portique à l'entrée d'un petit bâtiment. Ne serait-il pas absurde de rendre l'entrée d'un tombeau aussi riante que celle dun jardin?' »

Quand l'exorde n'a pas cette proportion, il est dit prolixe et déplacé. La prolixité est souvent le défaut des jeunes, ils ne savent pas arriver au sujet; ils se perdent en des longueurs fastidieuses, ou bien ils anticipent sur les réflexions qui devront trouver place dans le corps du discours.

Un exorde déplacé fut incontestablement celui dont se moque Racine reprocliant à Patru d'avoir imité l'exorde du Pio Qiiintio de Cicéron, dans I3 banal procès d'un pâtissier contre un boulanger.

c. L'exorde doit être d'un style correct, simple et élégant. « Il ne doit pas être trop châtié, dit Quintilien, ni trop sentir la période; il doit être soigné et sans artifice. »

A plus forte raison faut-il y éviter l'affectation et la recherche qui indisposeraient sur-le-champ lauditeur.

Il ne faut pas davantage qu'on y sente une fausse modestie. Le mieux, pour l'orateur, est de parler peu de lui. Il risquerait trop d'être accusé de vanité ou d'ostentation.

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