Manière de réfuter
La réfutation a toujours pour but de détruire une argumentation, un raisonnement. Par conséquent, elle peut s'attaquer au raisonnement luimême, s'il est vicieux; aux principes sur lesquels il s'appuie, ou aux conséquences qui en découlent.
a) Un raisonnement vicieux est celui qui pècbe contre les règles des arguments que nous avons mentionnés plus haut.
On l'appelle un sophisme.
Les principaux sophismes sont :
Uignorance du sujet qui consiste à prouver ou à nier ce qui n'est pas en cause. Rien n'est plus fréquent dans la discussion que de prêter à un adversaire une opinion qu'il n'a pas.
La pétition de principes et le cercle vicieux qui consistent à définir et à prouver par les choses mêmes qui sont en question.
Ceux dont parle Pascal, et qui définissaient la lumière « un mouvement luminaire des corps
lumineux * », faisaient un grossier sophisme.
Le dénombrement imparfait qui omet une partie essentielle dans l'énumération des éléments d'une question. Bien des dilemmes sont faciles à réfuter, parce qu'on n'a pas vu toutes les alternatives.
Les sophismes par induction qui tirent des conséquences de principes qui ne les renferment pas. C'est un sophisme de conclure d'un effet réel à une cause imaginaire, d'un fait particulier et accidentel à une loi universelle.
L'orateur doit être assez bon logicien pour saisir le vice de ces sophismes et pour le montrer.
b) Les principes sur lesquels un adversaire appuie ses arguments peuvent être des faits ou des doctrines erronées.
Pour réfuter un fait, il faut prouver qu'il est faux ou douteux. On le prouve en apportant des témoignages contre lui, ou en démontrant la fausseté de ceux sur lesquels on l'appuie.
Pour réfuter une doctrine erronée, il suffît le plus souvent d'exposer la vraie doctrine avec -clarté et franchise.
c) Un des meilleurs moyens de réfutation consiste à montrer les conséquences funestes ou même absurdes qui découlent des principes de l'adversaire. Il y a surtout grand avantage à mettre celui-ci en contradiction avec lui-même, et à
J. Esprit géoméli-ique, ch. I", % l'-■^
m PllI.N'CII'ES DE RHÉTORIQUE.
le combattre par ses propres armes à l'aide de rargument ad hominem.
A ce mode de réfutation se rapportent l'ironie et la. plaisanterie. Ce sont des armes précieuses, mais il faut les manier avec prudence et habileté, parce qu'elles se retournent facilement contre celui qui s'en sert mal. Jamais l'ironie ne doit aller jusqu'à l'injure; c'est un moyen indigne de l'honnête homme.
L'orateur peut-il faire appel à la passion, pour réfuter un adversaire V
Incontestablement, il le peut; car il est permis de mettre tout son cœur au service de la vérité. Si l'adversaire a parlé avec passion, pourquoi ne pas lui répondre par la passion? Observons toutefois que souvent il est plus habile d'opposer à la passion le sang-froid, la dignité et la modération. I.a gravité et la noblesse suffisent à déconcerter un adversaire.