La Prédication, p
défaut et le précédent viennent d'une habitude défectueuse qu'on corrige par l'exercice ;
d) le bredouillement qui altère les mots en ne prononçant qu'imparfaitement certaines syllabes. Le bredouilleur se précipite, au risque d'écraser les syllabes les unes contre les autres. Ce défaut peut venir de causes physiques, des nerfs ou de l'estomac, ou de causes morales, comme la crainte de l'effort jointe à la vivacité do l'esprit; il peut venir encore de la timidité, etc.;
e) le bégaiement qui consiste dans la répétition saccadée de toutes les syllabes ou de quelques-unes, et dans la suspension de l'articulation syllabaire. C'est une infirmité plus qu'un défaut. Il peut provenir d'un vice de conformation des organes, ou bien de la timidité, de l'irrésolution, etc..
3. La liaison des mots. Une prononciation distinguée demande qu'on lie les mots les uns aux autres; sans cette précaution, elle est rude et âpre. Mais cette liaison doit être naturelle; si elle sent l'effort, elle devient du pédantisme. Ainsi on dira un certain- n-enfant, beaucoup-p-appjis, esprit de premié-r -ordre, mais on dira ce demie espérait, il ne faut pas Toujotu être si délicat, etc.. Ici encore, c'est l'usage qui est l'arbitre du bon goût.
4. Une allure bien réglée, c'est-à-dire que la prononciation ne doit être ni trop rapide, ni trop lente : trop lente, elle fatigue l'auditeur et en-
U^ve tout intérêt au discours; trop rapide, elle ne
laisse pas aux sons le temps de parvenir à l'oreille.
Tout le discours se compose de sons et de silences. Précipiter les premiers, et abréger les seconds, c'est aller vite; au contraire, ralentir les premiers et allonger les seconds, c'est aller lentement. Le défaut des jeunes, en] général, est la rapidité. Ils vont vite, par défaut d'organe, ou par timidité, ou même par vanité, en vue de se faire admirer du vulgaire par leur volubilité.
L'allure du discours n"est pas susceptible d'être déterminée mathématiquement. Il est certain que la lenteur du discours solennel ne saurait convenir à la conversation familière. Le premier devoir de celui qui parle est de se faire entendre clairement et distinctement. L'expérience et le tact donneront la mesure. Par ailleurs, la nature du sujet traité pourra aussi modifier l'allure du discours , comme nous le dirons bientôt.
b. De la diction.
Si l'orateur navait qu'à faire une lecture j-ecto fono, il lui suffirait d'une bonne voix et dune excellente prononciation; car l'intérêt qu'offre une lecture vient en grande partie de l'auteur, le lecteur y est presque étranger. L'orateur doit tout tirer de lui-même : lui seul peut rendre intéressantes les choses qu'il dit; bien plus, ordinairement elles ne seront intéressantes que dans la mesure où il les dira bien.
L'art de bien dire le discours s'appelle la diction.
C'est un art très difficile et très complexe.
Celui qui le possède sait :
1'^ Choisir convenablement ses repos. « La science des pauses est à l'art de dire ce que la tactique est à l'art militaire. Aux mains d'un général inhabile à ranger ses hommes en bataille, les troupes les moins aguerries , les mieux disciplinées seront impuissantes... Sur les lèvres d'un parleur, impuissant à saisir ou à suivre la marche disciplinée d'un discours régulier, incapable de respecter l'ordre des parties, le groupement des phrases et Tenchaînement des périodes, les plus admirables créations de l'art et de léloquence seront sacrifiées ^ » C'est parce qu'ils comprennent mal ce qu'ils disent ou ce qu'ils lisent que l'on entend tant d'orateurs et de lecteurs dénaturer, fausser même leur pensée ou celle des autres; ils ne savent pas placer une pause, et ils émaillent leur discours ou leur lecture de méprises ridicules ou de contresens plus ou moins grossiers.
L'orateur doit savoir phraser son discours, c'està-dire le découper et le ponctuer, de manière à ce que l'auditeur le saisisse sans erreur.
2° Donner à la voix les inflexions convenables. La voix humaine a trois jeux; elle est voix de médium, voix de poitrine ou voix de tête. Tout discours doit être donné en voix de médium ; la note