Maximes
encore faut-il que l'orateur soit assez habile pour faire valoir ce qu'il y a de force de persuasion dans la justice et dans la vérité.
i° Sa définition. — L'éloquence, telle que nous l'avons définie, est un don naturel» }dalgré le mot célèbre de Quinlilien : « Nascuntur posta', fiunt oi'atores — on naît poêle, on devient orateur «, l'éloquence suppose des qualités natives que rien ne peut suppléer. ÎNIais elle est aussi un art, elle ,f'( obéit à des règles dont l'ensemble constitue ce qu'on appelle la rhétorique, ~i/yr, pr^-ropix-/], Vart de l'orateur. Aussi la rliélorique se définit-elle l'ensemble des préceptes à suivre, pour atteindre l'éloquence dans le discours.
« La rhétorique, dit jilarmontel [Dictionnaire de littérature), n'est que la théorie de cet art de persuader dont l'éloquence est la pratique. L'une trace la méthode et l'autre la suit; lune indique les sources et l'autre y va puiser ; l'une enseigne les moyens et l'autre les emploie... Elle n'est, dit-il encore, que le résultat des observations faites par les meilleurs esprits, sur les procédés les plus ingénieux et les moyens les plus puissants de l'éloquence naturelle. »
2" Son but et son utilité. — La rhétorique s'applique uniquement à l'éloquence du discours,
ii l'RINCII'ES DE KIIÉTOHIQUC.
(-■Ilo en étudie les conditions, et par là même elle apprend à composer des discours capables d'émouvoir et de persuader, (^est son premier but : en cela, elle est nécessaire à tous ceux qui aspirent à la parole publique, et ils sont nombreux à notre époque surtout.
La rhétorique sert encore à apprécier les discours d'un orateur; à ce titre, elle fait partie de la critique littéraire.
L'importance de la rhétorique a été parfois contestée. Platon la condamnait à cause de l'abus qu'en faisaient les sophistes, mais l'abus n'empêche pas l'usaffe léo-itime.
On a prétendu aussi que la rhétorique est inutile, parce que l'éloquence suppose avant tout les dons naturels ; on ajoute que les grands orateurs existaient avant la rhétorique.
Quelle que soit la vérité de ces assei'tions, elles ne prouvent pas ce qu'on veut en conclure.
11 est bien certain que la rhétorique ne remplacera jamais les dons naturels, qu'elle ne les procurera pas à ceux qui en manquent, mais on peut améliorer et aider la nature; quoiqu'on naisse orateur, comme nous l'avons dit, la rhétorique aide à le devenir plus complètement et plus parfaitement. A l'éloquence comme à la poésie s'appliquent les vers d'Horace :
... Ego nec studium sine divite vena,
Xec rude quid possit video ingeniuiu : alterius sic
Altéra poscil openi res, et conjurât araice.
« Je ne vois pas ce que peut le travail sans le génie, ni le génie sans le travail, ils doivent se prêter un mutuel secours. »
Les premiers orateurs, à force de g'énie, ont appliqué les règles de la rhétorique sans les connaître, comme les poètes ont fait de la poésie sans que personne leur eût enseigné les règles de la versification; mais leurs œuvres observées par des esprits judicieux ont montré par quel art on peut éclairer l'intelligence et toucher le cœur. Cet art ainsi étudié a été formulé en règles, et ces règles sont devenues peu à peu les préceptes de la Rhétorique. Ces préceptes, qui sont le fruit du génie, servent maintenant au génie, et lui apportent le secours dune lumière plus étendue, puisquelle peut les éclairer dans toutes leurs œuvres.
Cependant la rhétorique n"a pas une importance telle qu'il faille nécessairement penser à ses règles toutes les fois qu'on compose un discours. Une trop grande préoccupation de ce côté nuirait à la chaleur du discours. 11 faut surtout faire Fexercice de ces règles. Après avoir pris l'habitude de les appliquer, on en profite sans y penser. « L'art, en s'exerçant, dit Vinet, devient instinct. C'est seulement un instinct savant. On en suit les règles involontairement. »
On a parfois contesté l'utilité de la rhétorique en alléguant qu'elle sert uniquement à écrire des
8 PKINX'II'ES DE KIIÉTOlîIQUE.
discours et non à en improviser, ce qui, aj(nilet-on, est le propre de l'^'loquencc.
Sans doute, limprovisation peut dénoter un plus grand talent d'orateur; elle donne à ceux ([ui en sont capables, des avantages incontestables, au point de vue de la chaleur et de l'action. Mais ce serait vraiment trop restreindre Fart de parlei' que de le réduire à Tart d'improviser. Les grands orateurs : Démostliène, Cicéron, Bossuet, Bourdaloue, Massillon, nous paraissent mériter ce titre pailes discours écrits qu'ils nous ont laissés. Si quelques-uns d'entre eux îles anciens surtout), n'ont pas prononcé leurs discours tels qu'ils nous ont été transmis, on ne saurait refuser datlribuer à ce qxie nous en connaissons une véritable éloquence.
Par ailleurs, ce qui est improvisé dans le discours, c'est la forme; les idées et les dispositions de l'âme ne s'improvisent pas; il faut amener l'esprit à les posséder et à les sentir. Dans la forme elle-même, il y a tout un ensemble de procédés qu'il faut connaître pour en user. C'est pour cela que, sauf en quelques points particuliers, les règles du discours impi'ovisé sont les mêmes que celles du discours écrit ; il y a donc une rhétorique pour l'un comme pour l'autre.
3" Division de la rhétorique. — La rliétorique comprend autant de parties cpi'il y a d'opérations à faire pour que l'auteur d'un discours atteigne son but. 1° Il doit trouver les choses ({u'il
NOTIONS PRELLMINAIRES. 1»
va dire : de là une première partie qu'on appelle Vi'nçention. 2° Il doit mettre les idées qu'il a trouvées dans l'ordre le plus favoraljle au but qu'il se propose : c'est l'objet d'une seconde partie appelée la disposition. 3° Il doit exprimer ses idées par des mots et de la manière la plus propre à obtenir l'effet cherché : la troisième partie de la rhétorique, Vclocution , lui apprendra à le faire. 4° Enfin il doit prononcer son discours, de là une quatrième partie qu'on nomme Y action.
La plupart des traités de rhétorique suivent cette division.
On ne s'explique guère cependant l'importance qu'on y a attachée, car si Ton excepte l'action qui est propre à l'éloquence, les autres parties ne comprennent que les grands principes de toute composition littéraire, que les conditions nécessaires à toutes les œuvres de l'esprit humain: trouver un sujet, y mettre de l'ordre et l'exprimer. Cette division est un cadre où peuvent se placer les règles de l'éloquence, mais elle ne nous semble pas renfermer le moyen de composer un discours éloquent. Il nous paraît plus simple de dire à quelles conditions un orateur a chance d'atteindre l'éloquence. Comme ces conditions se rapportent soit à l'orateur, soit au discours lui-même, nous pouvons renfermer toutes les règles de l'art de bien dire sous ces deux titres :
1° L'orateur ;
2" Le discours.