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l'accroissement des dépenses publiques est-il réel? 81

38.0ncontinuedoncàétudierraccroissementdesdépenses 'publiques non plus du dehors, mais dans sa réalité économique. Proportionnellement à leurs richesses, les citoyens d'un État donnent-ils davantage maintenant, ou donnaientdls davantage dans le passé? C'est là la question que l'on -examine, car il n'importe guère, en effet, de savoir si la quantité d'argent que donnent les citoyens est plus ou moins grande que par le passé.

Or tous les calculs sont d'accord pour démontrer que la monnaie n'a pas neu perdu de son pouvoir d'achat : l'or ne "vaut pas aujourd'hui autant que par le passé, puisque, avec une égale quantité de monnaie, on ne peut acheter autant à présent qu'on le pouvait jadis. On ne peut dire encore, •comme le poète tragique : Comment en un plomb vil l'or pur s' est-il changé? mais la baisse a été certainement Tapide.

Pendant bien des siècles, les princes et les gouvernements n'ont fait que de continuelles altérations des monnaies, dans le sens d'une diminution de la quantité de métal qu'elles contenaient, avec la prétention d'en conserver la valeur intacte. La livre de Charlemagne était une livre réelle d'argent et ce n'est que par altérations successives qu'elle s'est vue réduite à la livre française et italienne de ô grammes. De Foville et d'Avenel ont montré que la livre tournois a eu 369 variations de 1258 à 1793. La livre qui valait 20 fr. 26 en 1258-78 en valait à peine, suivant de Foville, Ofr. 99 en 1785-95(1).

Mais on peut étudier ces modifications et les calculer

-sans difficulté; ce qui est plus grave, c'est que non seule-

1. Di FoviLLB, op, et/., ch. XXII. Le travail de N. db Vaillt est clasflique : Mémoire sur les variations de la livre tournois depuis saint Louis Paris, 1857. « Au fond, les princes du moyen-âge, gros et petits, clercs ou laïques, s'estimant mattres du numéraire, comme d'une portion de leur domaine, se livraient sans scrupule ^ la pratique des deux sortes -de fausses monnaies que je viens de dire ». D'âvbnbl, Histoire écono^ inique de la propriété^ des salaires, des denrées, etc., Paris, 1894, vol. I, p. 51. Les deux formes préférées de falsification touchaient l'une à la nature du métal, l'autre à la valeur qu'on lai attribuait.

NiTTI. 6

82 l'ACCEOISSBWNT a«6 pÉPEjWfi^ PU3LlQy£S EgT-U^ RÉfi ?

meut il est assez souvent arrivé que les monnaies aient renfermé nne moins grande quantité de métal tout en eonservant le même nom, mais que la valeur d'acli$it dn métal ait diminué. Au t^mps 4e Çlharl6m9.gne, une même quantité de métal valait neuf fois plus qu'aqjonrd'bui, c'e^^à-dire qu'on pouvait récbanger contre une qu^Uté d'objets neuf fais pluâ considérable* Elle valfiit si^c fois plus au temps de Charles VIH; trois fois plus an milie^idu xvni^ siècle (1).

Ainsi, les ciU>y«n9 françaû; qui, an temp^ de Charles VIII, devaient en appai*ence 1 CravM^ 4e la monn^i^ aotuelle, devaient en réalité 6 francs.

Et puis, nodQ seulement les métaux précieux avaient une valeur bien pies qoAsidérable, mais, à certaines époques^ leur extrême rareté déterminait une hausse extraordinaire du taux de l'intérêt. Ainsi, si Ton veut se représenter ce que rendait Targent, on voit qu'en réalité celui qui donnait 1.000 livres à l'État faisait un sacrifice qui n'avait pour

i, Snlon Ubrd {ApprMotUon de la fortune privée «u Mof^en-Age^ Paris, 1847;, de l'année 850 à 1890 les variations de la valeur de la monnaie ont été les suivantes :

Auuées Valeur de la monnaie

Selon d'Avenel, en supposant égale à 1 la valeur actuelle de la monnaie (Histoire économique de kiprapriélé, des saluires, des denrées, etc., tein« I, p. 32), les variations turvenneB de 160» 4 1800 ont été exactement les suivantes :

De 1601 à 1625 3,00

De 1651 à 1675 2,00

De 1676 à 1700 2,33

De 1701 à 1725 2,75

De 1726 à 1750 3,00

De 1751 à 1775 2,33

De 1776 à 1790 2,00

l'accroissement mes nt^EKSES VDBUQfUES EST^a AÉEL? 83

ainsi dire rien de<ooiiip&T»ble à celui que supporte celui qui en donne maintenant 5 ou 6.O0C.

Mais tel létait le taux de rintérét, dans le passé, que celui qui était conlraicit d'emproater peur payer les impôts pouvait somrent se trouver ruiné; parfois, aivant le -xr" siècle, surtout paor les valeurs mobilières, il était difficile d'empranter à moins de âO et même ëe 25 O/O; souTent même, il y irait des préis consid^és comme non ofsuraires à intérêts bien plus élevés (1). Encore un autre fait qui vient modifier les résultats qui, semblait-il, eussent dû ressortir du parallèle.

Si donc on fait atlentioci à tout cela, si l'on considère les drrers revenus domaniaux, si Ton tient compte des services persoBiMls, si l'on observe les changements territoriaux, si, dans le rapprochement des budgets passés èlpréseirts, on voit diminuer chez les derniers, augmenter chez les pr^ miers le rapport qm se trouvait dans les périodes misée «n parallèle, en matière de population, de richesse, de puissance d*achat de la monnaie^ on verra alors que nous donnons à rÉtat et à tous les organes de la vie collective, non pas beaucoup plus que par le passé, comme on l'a dit, mais parfois moins.

il n^existe donc pas, jamais on n'a prouvé qu'il existât un prooessBS d'éiatitme progressifs comme quelques-uns l'ont prétendu : Ton n'a même pas pu provver qu'on semblable proceseus se manifestât progressivement. Peut-être y a-t-il encore quelques pays où, en tenant compte de tout ce quia été dit» les citoyens donne&t à l'Etat aujourd'hui proportionneilement moins que par le passé, bien qu'on lui verse partout beaucoup plus d'argent qu'autrefois. De toute façon, s'il est bien difficile d'établir des rapprochen^ents avec des sociétés très éloignées, on peut bien en

1. « Llatérèt mobilier a varié au moyen âge, en France, autant qu*on en peat juger par an assez grand nombre d'exemples choisis dans diverses provinces, de 10 à 45 0/0 : en moyenne, il oscille entre 20 et 23 0/0; mais plus près de 20 que de 25 ». D'Avbnsl, op, cit.^ vol. L, p. 81.

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établir avec celles qui sont le plus rapprochées de nous. Et il faut alors reconnaître que, depuis un siècle^ les dépenses publiques, dépenses de l'État, dépenses locales ont crû beaucoup plus que par le passé, par l'accroissement de solidarité qui se détermine pour des causes de nature très différente. Les augmentations du xix* siècle sont vraiment réelles ; en quelque sorte, malgré le développement extraordinaire de la richesse, les citoyens supportent des charges toujours plus lourdes.

36. Ni les changements de valeur de la monnaie, ni les changements des revenus n'expliquent sufGsamment les augmentations qui se sont manifestées du milieu du siècle à nos jours. Les budgets de la France, de l'Angleterre, de la Russie augmentent par dizaines de millions d'une année à Tautre, quelquefois par centaines. Or ces augmentations sont réelles, et ici, aucune des circonstances limitatives indiquées antérieurement n'a d'importance, ou elle n'en a qu'une toute momentanée (1). Quelles raisons déterminent donc ces accroissements qui causent de vives inquiétudes, qui rompent souvent l'équilibre des budgets les mieux établis? Les augmentations survenues pendant le xix« siècle et surtout pendant sa seconde moitié sont réelles et viennent principalement :

a) De Caugmention continue et incessante des dépenses militaires. Les chiffres recueillis et publiés avec tant de soin parBloch dans le fameux ouvrage qui a provoqué Tinitiaiive du Gzar en faveur de la paix, sont vraiment dignes de préoccuper les esprits. En cinquante ans, les dépenses militaires ont grandi partout avec une rapidité presque fan-

1. Même dans les pays où richesse a le plus augmenté, les dépenses publiques, pendant les dernières années, ont grandi encore davantage. D après Bullock {loc, cH,\ l'acccroissement aux Etats-Unis a été celui-ci :

1890 1900 Augmentation

Richesse 65.037.000.000 94 OOU.000.000 44 0/0

Dépenses 297.736.000 487.713.000 63,8 0/0

Richesse par habitant . 1.036 1.232 18,9 0/0

Dépenses par habitant. 4.75 6.39 34,5 0/0

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