MIXTE
(du Pouvoir temporel)
Police, magistrature, armée.
actif I Développe-
sation.
Education du citoyen.
Propagande — apostolat.
Création de l’esprit social (fonction de nais- Fonctions sance généralement transitoire).
d'évolution \ Entretien de l’Unité sociale créée par l’esprit et de ; social (par l’étude des modifications conti-
direction i nullement nécessaires aux accidents de la
(du Pouvoir / vie> — Législation.
spirituel) Développement de la Société : Sciences, Arts, Religion, Enseignement.
Des organes. — L’élément primaire de toute société est l’homme individuel; mais il n’est pas le seul ; il en existe une série d’autres formés de collections d’individus, à peu près comme dans le corps des animaux il existe différents tissus composés de certaines combinaisons cellulaires.
Les divisions principales de ces groupes correspondent aux trois principes (dont le second est double) qui dominent toute la vie terrestre, savoir :
Celui propre à la Nature : la fatalité.
Celui propre à l’homme: le sentiment (instinctif et intellectuel) et l’intelligence (passive ou spontanée; volontaire) ;
Et celui propre à l’Universel: la domination suprême sur toute la vie (à la fois fatal et volontaire, c’est-à-dire Providentiel).
Au premier de ces principes correspond le groupe de la Famille , gouverné par la fatalité héréditaire;
Au second: i° le groupe de Peuple (dont l’esprit est dans la communauté de langage, de moeurs, de croyances, c’est-à-dire de sentiments^
2° Le groupe Nation dont l’esprit est le groupement consensuel et intellectuel d'intérêts (i).
Au troisième, enfin, le groupe Race dont l’esprit est dans la communauté de facultés supérieures.
Entre ces groupes s’en placent quelques intermédiaires dont il suffira d’indiquer les principaux dans le tableau synoptique suivant :
Race
(Groupe supérieur)
Familles de
(Empires)
peuples /
Nation
Peuple
(Groupe intellectuel) (. Féodalité)
(Famille par Gens)
(Groupe sentimental) {Tribu)
(Famille par Agnats)
Corporations
Famille
(Groupe naturel, fatal)
Toute société peut contenir un ou plusieurs de ces groupes à l’exclusion plus ou moins complète des autres, ce qui fait une première cause de différences entre les sociétés possibles. Mais il est encore une considération préliminaire qui prime l’examen de ces combinaisons :
Les groupes de famille, de tribu, de peuple, de race même, qui se rapportent à peu près complète-
(i) Le marquis de Saint-Yves, qui a magistralement éclairé ces définitions ordinairement si confuses, dit, dans la France vraie (2 vol., p. 2 q 3) : « Le mot Nation indique une faculté « de manifestation, celle d’un Peuple créant une image de sa « volonté , bonne ou mauvaise , une similitude de son Etat « social dans l’Etat politique. »
ment au principe de l’hérédité, dérivent de la Nature qui les rend invariables ; au contraire le groupe Nation^ qui ne dépend que de l’intelligence humaine, peut être modifié par l’homme. C’est par la nation surtout qu’il est maître de l’organisation sociale, soit en y admettant les autres groupes dans la proportion qu’il lui plaît, soit même en en modifiant les organes spéciaux. Il est donc intéressant de pousser un peu plus loin l’étude de ce groupe.
Comme tout groupe humain, et sur le modèle de l’homme lui-même, la nation est naturellement trinitaire: Elle possède un corps (qui est l’ensemble des citoyens), une âme (sensible et intellectuelle) et un esprit —que nous préciserons mieux tout à l’heure. Mais le groupe Nation se distingue des autres en ce qu’il est plus spécialement destiné à Yaction qui est vraiment sa raison d’être. Sa fonction surtout psychologique exigera donc un développement particulier des facteurs de la conduite humaine : les Mobiles , la Conscience et la Volonté , et par suite des organes correspondants.
Les mobiles naissent comme sentiments et sensations dans la masse des citoyens ; ils sont transmis à un centre que l'on nomme habituellement le Gouvernement (et trop souvent Y Etat, par une confusion de mots malheureux), lequel, faisant fonction de cerveau, délibère sur ces impressions, ordonne et fait exécuter.
Ainsi, en langage moderne, et en affectant soigneusement à chaque organe un nom spécial, nous reconnaissons dans une Nation :
La Cité, ou ensemble des citoyens (trop souvent appelée Peuple, ou Nation), semblable aux nerfs de la périphérie ;
Le Parlement qui recueille les impressions, délibère et ordonne (semblable au cerveau).
U Exécutif \ qui accomplira l’ordre donné (analogue aux nerfs moteurs).
Ou, plus clairement, en tableau synoptique :
L Cité
Les Gouvernés j (Organe de sensation)
f Nerfs de Ja périphérie
Le
Gouvernement'
Organes de ) Parlement Organes de transmission ((Ensemble dui délibération et (Sensation cen-i système ner-/ décommandé traliséeaucer-' veux). ment.
veau) - (Cerveau)
Nerfs sensitifs) -
- Exécutif
(Organe de réalisation).
(Nerfs moteurs).
Ici encore, par conséquent, nous distinguons l’élément naturel, obligé, immuable, la Cité, et l’élément laissé à la libre disposition de l’homme, le Gouvernement.
C’est donc principalement en ce dernier qu’est l’initiative humaine, et par suite c’est la loi constitutive qui va nous occuper maintenant davantage.
IV. — Constitution politique ou organisation, par l’homme, de la Nation.
On a dit plus haut que le groupe Nation se composait d’un corps, d’une âme et d’un esprit unis en vue d’une action commune. Or chacune de ces trois
parties de son organisme peut être gouvernée par plusieurs principes différents, de sorte que leur combinaison est susceptible d’une grande variété. Pour le faire voir, il faut revenir un peu sur l’anatomie de la Nation.
L’Esprit inspirateur de la conduite nationale est ce que l’on nomme communément Yesprit public (i) ; c’est la résultante des pensées individuelles dominantes.
Le corps de la nation se compose non seulement des individus, mais aussi des divers groupes sociaux reconnus plus haut.
Quant à son âme, ou partie motrice, elle est double :
En tant qu’elle se rapproche ou de l’Esprit public ou de quelque principe Universel, elle s’appelle Y Autorité.
En tant qu’elle s’applique à la satisfaction immédiate des intérêts nationaux ou particuliers, elle est alors plus intellectuelle en même temps que plus rigoureuse ; c’est le Pouvoir.
Cette distinction est essentielle; il suffit pour s’en rendre compte de remarquer que l’Autorité n’est rien autre que le Pouvoir spirituel , et le Pouvoir, celui qu’on oppose au premier sous le nom de Pouvoir temporel; dans une organisation normale, au lieu
(i) Le fait que cet esprit peut être méconnu ou contraint par une tyrannie n’empêche point l’existence de l’esprit public comme esprit de la nation : c'est lui en eflet qui dans ce cas cause la révolution , ou réaction de l’organisme national contre la maladie tyrannique.
d’entrer en lutte, ils doivent concourir harmonieusement à la santé nationale.
Le quaternaire de la constitution nationale est donc :
Esprit public
Pouvoir (ou pouvoir temporel) (âme inférieure)
Autorité (ou pouvoir spirituel) (âme supérieure)
Groupes sociaux (corps national)
Voyons leurs variétés.
Chacun est quadruple, ayant pour sources l’un des trois Principes Universels: Y Absolu (Dieu), le Réel (la Nature) et le Relatif (l’homme) qui est double, intellectuel ou sensible.
i° Variétés de l'esprit public : on pourrait pousser plus loin encore cette analyse; mais il va nous suffire de subdiviser une fois de plus l’Absolu seul, d’après les mêmes distinctions, c’est-à-dire en le considérant ou comme spirituel, ou comme humain, ou comme naturel : l’Esprit public nous offrira ainsi les variétés suivantes :
Du principe réel. — Désir de satisfaction des instincts primaires Ex. : l'état primitif presque bestial).
Intellectuel : Désir de satisfaction raisonnée i des besoins (la première industrie enseignée Du principe ' Ail* hnmmes nar les dieux'i.
humain
! .Naturel : religion bornée aux éléments de la nature physique (les esprits élémentaires).
Humain : religion s’adressant aux âmes des morts ou foi exclusive dans les facultés humaines (notre état actuel).
Spirituel : religion monothéiste.
Nous pouvons passer plus rapidement la revue des autres parties constituantes de la Nation.
3 ° L 5 Autorité peut avoir quatre sources :
La
(dans le sens Le
dogme raisonné (comme un pro-
Foi
le plus large)
La Science (à nriori. mixte ou
la jurisprudence, ou la politique théorique).
La N
(comme la naissance,
positive), l’Art, l’Industrie.
ature
la fortune, la passion)
4° Les quatre Sources du Pouvoir temporel sont :
L'Autorité (ou l’Absolu)
L'Election (par l’homme.
La Contrainte (de l’homme)
La Fatalité (naturelle)
Quand il vient de l’Autorité, il est conféré par acclamation (Ex. : la dictature, l’élévation sur le pavois barbare, le pouvoir des héros, des demi-dieux et des Dieux aux temps primitifs).
L’élection raisonnée vient de considérations intellectuelles ou sentimentales (Ex. : l’avènement de la maison de Habsbourg à l'Empire d’Allemagne.)
La contrainte vient ou de l’usurpation directe par un despote (individuel ou collectif), ou de l’intrigue, ou de la force extérieure (comme une restauration).
Enfin le Pouvoir naît de la fatalité quand on le confie aux hasards de l’hérédité ou de la fortune.
5 ° Les groupes sociaux nous sont suffisamment connus par l’analyse précédente (i).
Nous avons maintenant tous les éléments nécessaires pour juger des diverses variétés de constitution; toutefois, il faut se borner ici à un très rapide aperçu de cette analyse, avec l’appui de quelques exemples :
Le problème constitutionnel comporte trois questions principales : A qui, par qui le Pouvoir sera-t-il conféré, et sous quelle forme ?
i re Question, A qui appartient le gouvernement ?
Quand il est confié spécialement au principe absolu qui régit l’esprit public* il devient absolu, une Autocratie , différente de la tyrannie en ce qu’elle est acceptée au lieu d’être subie, monarchique ou non,
(i) Il n'est pas inutile d’y ajouter la remarque suivante qui expliquera l’illusion des partisans convaincus de la Commune : Comme elle rassemble à la fois les quatre types de groupes sociaux, savoir : l’individu, la famille, la corporation et la Cité; elle constitue une synthèse d’ordre primaire; mais elle ne peut Vivre indépendante si elle est prise comme élément d’une synthèse analogue de second ordre, la Nation. L’affranchir est créer l’anarchie des cellules dans l’organisme social.
en tous cas théocratique, de quelque façon.Telle fut, par exemple, la république de Robespierre, basée sur l’Absolu humain, la déesse Raison.
Si le gouvernement est attribué à l'Autorité, il forme une Aristocratie dans le sens le plus large du mot (gouvernement par les meilleurs), et l’on se rappelle que ce jugement des meilleurs offre quatre points de vue, de sorte qu’il peut y avoir autant d’aristocraties : ou des plus sages (théocratie), ou des plus courageux (noblesse d’épée, gouvernement militaire), ou des plus intelligents (noblesse de robe, gouvernement juridique), ou des plus habiles (noblesse financière, ploutocratie). — 11 faut remarquer, du reste, que l’aristocratie n’est pas forcément le gouvernement de plusieurs (ou oligarchie); la forme en peut être variée comme pour chaque espèce.
L’attribution du gouvernement au Pouvoir temporel donne le gouvernement centralisateur par excellence, la dictature, le despotisme.
Enfin son attribution aux intérêts individuels correspond à l’Opportunisme dont la forme la plus nette est le Parlementarisme.
2 e Question: Par qui est conféré le Gouvernement ? La réponse en a été donnée plus haut déjà par l’examen des sources du Pouvoir; il suffit de rappeler qu’elles sont: ou l’acclamation, ou l’élection, ou l’usurpation, ou l’hérédité.
3 e Question : Forme du gouvernement.
Enfin les quatre formes du gouvernement correspondront à l’attribution :
A un seul : ce qui donne la Monarchie .
A quelques-uns (individus ou groupes) : Oligarchie.
Aux délégués de tous : Démocratie.
A tous, directement : Démagogie.
Constitution générale. Toutes les variétés que nous venons de voir engendrer par la distribution, l’attribution. la forme des organes sociaux peuvent se combiner entre elles; sauf peut-être quelques incompatibilités exceptionnelles. Ainsi l’on peut trouver des républiques aristocratiques et autocrates comme Venise; des monarchies électives et tempérées, ou par l’aristocratie comme dans l’Ancien Empire d’Allemagne, dans l’Espagne après l’expulsion des Maures, etc., — ou des démagogies dictatoriales comme celle de 1793 en France; comme la Commune de 1871, — ou tant d’autres variétés qui font l’étonnement de l’historien quand il n’en a pas la clef.
Il suffira de cette remarque pour donner une idée des nombreux genres de Nations possibles, sans s’arrêter à en faire la nomenclature ou le classement.
Jusqu’ici nous n’avons encore examiné que les organes élémentaires et l’ensemble des grands systèmes de l’organisme ; pour achever l’organographie, il faudrait entrer maintenant dans le détail des appareils propres à chacune des fonctions que nous avons reconnues : mais le cadre de ce rapide aperçu ne comporte pas tant de développements; il faut s’y borner aux principes les plus élémentaires. Laissons donc de
côté le surplus de l’organographie et arrivons au fonctionnement social.