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VI. — Adaptation de l’organisme a ses fins

La santé sociale peut être menacée, ou par le milieu ambiant; la guerre extérieure* — c’est la maladie la moins dangereuse quand l’organisme est sain et bien constitué; — l’Esprit qui fait son Unité lui donne,sous forme de patriotisme, la force d’y résister ou de le prévenir : il peut craindre même d’exagérer cette force en la tournant au militarisme ambitieux, conquérant, qui est un autre genre de maladie grave.

La santé sociale peut être troublée aussi, comme on vient de le dire, par un des éléments sociaux* individus ou organes ; c’est ce qui produit la conspiration , l’usurpation, la guerre civile.

Une troisième cause de malaise est le défaut d’adaptation de l’organisme aux besoins nouveaux qui

naissent avec la croissance de l’Ètre social. C'est ce qui engendre les révolutions ; elles ont pour but de remplacer l’organisateur, le gouvernement, qui en se faisant despotique s’est mis en antagonisme avec la conscience sociale.

La révolution, dont la conspiration n’est souvent qu’une forme prématurée, un avant-coureur, ne peut être évitée que si le gouvernement accomplit entièrement sa mission. Elle est triple, comme le fonctionnement social :

Economique, juridique et pédagogique :

Assurer la nourriture du corps social et de chacun de ses éléments; veiller à l’équilibre mobile, au fonctionnementmatériel ou intellectuel de tous les organes, comme un ingénieur veille à la marche de la machine; faciliter l’évolution spirituelle, l’évolution tant de chaque élément social que de l’ensemble de l’organisme.

Cette mission dépasse de beaucoup le problème de la constitution politique ou de son observation. 11 y faut tout un supplément de connaissances, d’observations, de qualités qui constituent la science et la morale sociales, ou d’un seul mot, la sagesse sociale. C’est en elle qu’est la solution des grands problèmes de la Propriété,de l’Hérédité, de l’Organisation du travail, de l’Instruction publique et autres questions sociales.

Mais on a dit déjà que cet essai devait se borner au problème politique de la constitution dont le but est avant tout d’assurer le jeu régulier des organes sociaux. Parmi eux sera l’organe mental, seul compétent pour résoudre d’une façon pratique, et en tous

temps, les- problèmes si complexes et si variables des diverses fonctions.

Bornons-nous donc à chercher par quel moyen on peut assurer à la mens sana , le sannm corpus qui lui est nécessaire, à cette époque redoutable que nous traversons, comment on peut réaliser la Fraternité dans la Constitution.

Le moyen peut s’en résumer dans une formule simple qui ressort d’elle-même de tout ce qui précède : Tout orienter vers VUniversel.

Donc : i° dresser l’organisme social sur le plan de tout organisme naturel, c’est-à-dire le constituer d’un corps, d’une Ame double et d’un Esprit.

2° Maintenir l’équilibre des organes tant en protégeant le libre fonctionnement de chacun d’eux qu’en conservant entre eux la hiérarchie indiquée par le fonctionnement de l’ensemble.

3 ° Imprégner toute cette création d’un esprit toujours tendu vers le désir du perfectionnement.

Il est aisé, du reste, de se rendre compte de cette orientation commune en reprenant les distinctions fournies par notre analyse anatomique (i).

i° L’esprit public deviendra l’Intelligence dirigeant les instincts en se guidant sur la raison inspirée par l’Absolu.

2° L’âme morale de la Société ou Pouvoir spirituel aura pour formule : La Science gouvernant la Nature par un Dogme raisonnable, illuminé par la Foi (ces

(i) Le lecteur pourra, pour plus de clarté, suivre l’énumération suivante sur les tableaux anatomiques donnés plus haut Sources de l’Esprit public, etc...

mots de Science, Dogme et Foi, étant entendus dans leur sens le plus large).

3 ° L’âme intellectuelle de la Société ou Pouvoir temporel imposera la contrainte à la fatalité des lois naturelles en se fondant sur l’élection libre inspirée par l’Autorité.

4° La Nation, fondée sur les sentiments du Peuple, inspirée de son rôle dans la Race, disciplinera 1 Individu par la famille et la corporation à la vie sociale, afin de l’élever jusqu’à la participation volontaire à la vie universelle, et, par là, de satisfaire la finalité propre de l’Homme ou sa mission dans la Nature.

Par ce dernier terme, la liaison de l’individu àl’Universel est complète, de sorte que la formule générale de l’Orientation se trouve être :

Inspiration de l’Autorité par l’Absolu.

Consécration du Pouvoir par l’Autorité.

Direction parle Pouvoir du corps social qui, ainsi, devient l’expression actuelle et progressive de l’Absolu.

Mais cette formule, que nous ne pouvions restreindre sans la mutiler, embrasse les problèmes de la Sagesse sociale aussi bien que ceux de la Politique constitutionnelle; revenons à ces derniers pourvoir ce qu’elle renferme d’immédiatement applicable à leur solution.

VIL — Conclusions pratiques

Les deux premiers Principes sociaux, l’Esprit public et le Pouvoir temporel, n’ont pas de forme, c’est-àdire qu’il ne peut y avoir actuellement d’institution qui les impose. La Constitution n’a envers eux qu’un devoir : leur assurer la liberté la plus absolue, l’in dé-

pendance complète, comme aux principes inspirateurs ; qu’un droit : leur refuser l’exercice d’aucun pouvoir temporel , puisqu’ils sont d’essence spirituelle.

C’est là une nécessité sociale des plus pressantes, car c’est dans ces pouvoirs qu’est la lumière de la conscience sociale; on peut dire que notre trouble actuel vient en premier lieu de l'obscurcissement de cette lumière, dû précisément à la période que nous avons à traverser. Le pouvoir spirituel est à refaire.

Une réforme politique très simple peut suffire à la renaissance qui lui convient, c’est l’affranchissement de nos universités : on leur doit la vie indépendante par la Propriété , par le droit d’acquérir et de posséder (sauf à le limiter, si l’on veut, aux valeurs industrielles ou d’Etat, ce qui préviendrait l’improductivité économique des biens universitaires).

11 faudrait ensuite, et aussitôt que possible, rattacher à ces universités régionales toute église, toute manifestation philosophique, scientifique ou artistique (ce qui se pourra faire notamment par le droit de vote sur les questions intellectuelles et morales de la Société), de façon à constituer comme un corps spirituel assez affranchi des besoins temporels pour en éclairer en toute indépendance la satisfaction normale.

Enfin 1 organisation de l’enseignement public à tous degrés (mais l’enseignement théorique seul) doit appartenir à ce pouvoir spirituel (l).

(i) C’est en vue de cette résurrection d’un Pouvoir spirituel nouveau que l’auteur a entrepris de proposer d’abord un programme d’instruction synthétique dans l’ouvrage en cours de

Quant an Pouvoir judiciaire, qui est comme une puissance mixte entre le pouvoir spirituel et celui temporel, l’indépendance qui lui est nécessaire ne peut aller jusqu’à la liberté absolue de l’Autorité. Elle sera assurée suffisamment si son organisation étant fixée par la constitution, son recrutement étant autonome (ou électif sur une liste de capacités désignées par lui), son indépendance est assurée non par la propriété, mais par une quote-part, fixée aussi par la constitution, du budget national.

Reste l’organisation du Pouvoir temporel.

Remarquons d’abord qu’il doit, par similitude avec l’organisme humain, respecter la liberté de l’organisme corporel de la société: les fonctions nutritives doivent avoir leur direction propre (leur Inconscient, qui constitue la fonction végétative du corps animal), elle sera par exemple dans les syndicats, les corporations ou tout autre organisme économique directeur. Mais cette liberté ne peut être absolue comme celle du pouvoir spirituel ; elle est trop exposée aux passions dont le retentissement peut troubler l’organisme ; il y faudra donc une certaine dépendance, tant protectrice que répressive, dont la mesure sera fixée par la constitution.

Le Gouvernement proprement dit doit être conformé sur le type de la volonté: il lui faut autant d’organes

publication sous le titre d ’Enseignement intégral , et ensuite l’institution détaillée de l’université proposée dans l'ouvrage en préparation : Fraternité ou la Mort.

que de fonctions, lesquelles sont, on se le rappelle:

i° Recevoir les impressions du corps des citoyens:

2 ° Délibérer sur ces impressions ;

3° Ordonner;

4 ° Faire exécuter.

Dans nos sociétés actuelles, nous confions au parlement à la fois la transmission des émotions, la délibération et l’ordonnance ; c’est confondre les fonctions des nerfs sensitifs et du cerveau, remplacer, par conséquent, la fonction supérieure de celui-ci par de simples actions réflexes comme celles qu’exercent les ganglions.

C’est à peu près supprimer le cerveau.

Les députés de la nation entièfe (qui sont les nerfs sensitifs) ne doivent exprimer que les sensations, les besoins, les désirs de la Cité : ils ne doivent pas être compétents pour les régler.

C’est à un corps spécial, aussi étranger que possible aux émotions publiques, que doit appartenir la délibération et l’ordre qui constitue l’âme de la volonté : le recrutement de ce corps que nous nommerons ici Chambre haute plus rapproché des facultés supérieures, du Pouvoir spirituel, doit être fait plus soigneusement ; il faut, par conséquent, qu’il soit plus complexe et emprunté à des organes de second ordre.

On proposerait donc ici que cette Chambre haute soit nommée non par les individus, mais par les groupes nationaux et sociaux (corporations, syndicats, magistrature. Chambre des députés, université, etc.). Le Pouvoir exécutif y aurait aussi ses représentants et. en outre, cette Chambre nommerait elle-

même un certain nombre de membres à son choix, pris où il lui conviendrait. Elle serait partagée en trois sections correspondant aux trois pouvoirs : économique, temporel et spirituel, distinguées par la proportion des représentants correspondant aux mêmes principes : c’est-à-dire que dans la section économique, par exemple, les représentants du corps économique seraient en plus grand nombre (dans une proportion à fixer) et ainsi des autres sections.

La Chambre des députés devant exprimer continuellement l’opinion publique devrait être permanente, nommée au suffrage universel direct, mais avec voix proportionnelles au nombre de suffrages obtenus par chaque député et renouvellement partiel. En outre, chaque député aurait son mandat tracé par des cahiers généraux ouverts en chaque commune et synthétisés par le moyen employé autrefois. Cette Chambre formerait, en un mot, des États généraux permanents. Leur rôle consisterait dans l’exposé de doléances, le contrôle de l’économie publique, et, si l’on veut, la sanction des lois par referendum comme il va être dit, mais en aucun cas leur confection.

C’est à la Chambre haute seule, sur la de mande,celle des députés, ou sur sa propre initiative qu^Jèrt. revenir la discussion de la loi. Préparée dans fà^ec^f. tion compétente, elle ne serait arrêtée que par les troik sections réunies, et sanctionnée par la ChambreMes députés auprès de qui s’exercerait ainsi une sorte de referendum public.

Les ministères et tous les officiers délégués du Pouvoir exécutif seraient au choix exclusif du chef de ce

Pouvoir, sans qu’il ait à les prendre dans le Parlement.

L’ensemble de ces institutions gouvernementales sera facilement aperçu par le tableau suivant :

POUVOIR SPIRITUEL (Universités indépendantes) (Centres régionaux et fédérés de la vie spirituelle;

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