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CHAPITRE X

§ 256. Il suffit de jeter un coup d'œil sur les antécédents respectifs des organismes individuels et des organismes sociaux pour voir la raison pour laquelle ceux-ci ne sauraient comporter une classification aussi définie que ceux-là. Durant un millier de générations, une espèce végétale ou animale mène à peu près le même genre de vie; et ses membres héritent des mêmes adaptations acquises. Lorsque le changement des conditions introduit des différences entre des formes jadis semblables, les différences accumulées qui se produisent chez les descendants ne font que déguiser l'identité originelle et n'empêchent point l'observation de grouper les espèces dans un même genre, et les divergences plus grandes qui ont pris naissance plus tôt n'empêchent pas non plus de grouper les genres en ordres, et les ordres en classes. 11 n'en est pas de même des sociétés. 11 est vrai que les hordes d'hommes primitifs, qui se divisent et se subdivisent, nous offrent une suite de petits agrégats sociaux menant des genres de vie semblables, héritant des structures sociales inférieures qui en ont été le

résultat, et reproduisant ces structures. Mais les agrégats sociaux supérieurs propagent leurs types respectifs d'une façon bien moins décidée. Sans doute il y a dans les colo* nies une tendance à ressembler aux sociétés mères ; mais celles-ci sont eu comparaison si plastiques, et Finfluence que les nouveaux habitats exercent sur les sociétés dérivées est si grande, que les différences de structure sont inévitables. En l'absence d'organisations déûnies fixées pendant l'époque où plusieurs sociétés issues Tune de l'autre ont mené un même genre de vie, les différences nettes, i^ans lesquelles il n'y a pas de classification complète, ne sauraient exister.

Il y a pourtant deux espèces cardinales de différences dont nous pouvons nous servir pour grouper les sociétés dans un ordre naturel. En premier lieu, nous pouvons les arranger, d'après le degré de leur complexité^ en simples, composées, doublement composées, triplement composées; ^ en second lieu, mais d'une Taçon moins spécifique, nous pouvons les diviser en sociétés principalement déprédatrices et en sociétés principalement industrielles, les premières où ForganisatîoQ pour l'attaque et la défense est le plus avancée, les secondes où l'organisation productrice est le plus développée.

§ 257. Nous avons vu que l'évolution sociale commence par de petits agrégats simples ; qu'elle progresse par l'union de quelques-uns de ces agrégats en agrégats plus grands, et qa^après s'être consolidés ces groupes s'unissent avec d'autres semblables à eux pour former des agrégats encore plus grands. Notre classification doit donc commencer par des sociétés du premier ordre, c'est-à-dire du plus simple.

Nous ne pouvons pas toujours dire avec précision ce qui

constitue une société simple; en effet, comme dans tous les

produits de révolution en général, les sociétés offrent des

phases de transition qui se refusent à des séparations

nettes.

Tant que les membres d'un groupe se multiplient, se répandent et divergent graduellement, il n'est pas toujours facile de décider si les groupes où ils rentrent sont bien distincts. Ici, les descendants d'ancêtres communs qui habitent une région stérile doivent se séparer, tandis que les familles qui constituent le groupe sont encore trés-semblables ; là, dans une région plus fertile, le groupe peut demeurer uni tant qu'il ne s'est pas formé de sous-groupes de familles trèsdissemblables, sous-groupes qui s'écartent lentement les uns des autres, et demeurent unis par un lien commun qui s'affaiblit peu à peu. Progressivement, survient une complication nouvelle, celle qui provient de l'introduction d'esclaves qui n'ont pas les mêmes ancêtres que la race ou qui n'ont avec elle que des ancêtres plus éloignés ; ces esclaves, encore qu'ils ne soient point dos unités politiques^ ne laissent pas d'être des unités au point de vue sociologique. Ensuite vient une complication analogue, provenant de Tinvasion à la suite de laquelle les envahisseurs constituent une classe dominante. Nous n'avons rien de mieux à faire que de considérer comme une société simple celle qui forme un tout non assujetti à un autre et dont les parties coopèrent, avec ou sans un centre régulateur, en vue de certaines fins d'intérêt public. Voici un tableau qui présente avec autant de précision que possible les divisions et les subdivisions principales de ces sociétés simples.

Sociétés simples.

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