Dans l'exemple proposé, nous désignons par
(1) Le bénéfice moyen à la tonne;
(2) La valeur moyenne à la tonne;
(3) Le salaire journalier moyen de l'ouvrier du fond. Nous essaierons de donner une interprétation rationnelle
des coefficients de corrélation de l'ordre zéro et du premier ordre. Nous avons vu que :
Le bénéfice moyen et la valeur moyenne à la tonne (1), tout en accusant une corrélation marquée, sont inférieurs au degré de corrélation montré par les autres éléments. Ce résultat est conforme à l'observation, car lorsque les prix sont élevés, on en profite généralement pour faire des travaux de premier établissement, dont le coût réduit l'importance du bénéfice.
La relation entre le bénéfice moyen à la tonne et le sa-
li) La râleur à la tonne est le quotient de la division de la valeur globale du charbon extrait par le nombre de tonnes extraites. La valeur à la tonne ne représente donc pas le prix de vente moyen, car une partie assez importante de la production est consommée par les charbonnages eux-mêmes ou cédée à leurs ouvriers. Ainsi, en 1911, la production totale a été de 23,053,540 tonnes, dont la valeur atteignit 340,278,800 francs, ce qui établit la valeur moyenne à la tonne à fr. 14.76. D'autre part, il y a lieu de défalquer de ces chiffres 2,263,670 tonnes consommées par les charbonnages, d'une valeur de 20,082,100 francs (fr. 8.87 la tonne) ce qui laisse apparaître la quantité vendable à 20,789,870 tonnes et sa valeur à 320,196,700 francs ou fr. 15.40 la tonne. Ce qu'on appelle valeur moyenne à la tonne indique par conséquent le résultat brut de l'extraction.
Le salaire journalier moyen de l'ouvrier du fond est la somme nette payée à l'ouvrier travaillant au fond de la mine, défalcation faite des retenues prélevées sur les salaires pour des institutions de prévoyance, des amendes, fournitures d'outils, etc., divisée par le nombre de journées de présence de la masse des ouvriers du fond. Il en résulte que le salaire journalier moyen n'est pas un salaire effectivement gagné par des ouvriers réels. D'une part, il réunit tous les bassins, il confond toutes les exploitations en une seule; de l'autre, il réunit les salaires de ceux qui n'ont travaillé que d'une manière irrégulière aux salaires des ouvriers qui ont travaillé chaque jour et même ont fait des heures supplémentaires. C'est une pure abstraction dont la valeur de comparaison est seule à retenir.
laire moyen est plus- fortement marquée : 0.75. L'indice de Fechner (indice de dépendance) donne un résultat très approché: 0.724. (Cfr. p. 497.)
La relation simple entre le salaire et le prix de vente apparaît très étroite, au point qu'elle se rapproche de l'unité : 0.98.
Les coefficients de corrélation du premier ordre sont les suivants :
r12.3 = 0.28 rJ3.2 = 0.48 r23#1 = 0.98
La signification de ces coefficients de corrélation est que, pour 12.3, le bénéfice moyen et la valeur moyenne à la tonne étant fonction l'une de l'autre, le salaire journalier moyen étant une variable indépendante, leur corrélation est la plus faible qui existe. Ainsi donc, si l'on considère uniquement ces deux éléments : la valeur à la tonne et le bénéfice réalisé, leur union apparaît assez étroite, mais- si l'on y fait intervenir le salaire, la désunion apparaît aussitôt, car l'élévation du bénéfice à la tonne, plus les autres frais, est en raison inverse de la hauteur du salaire dans le mode de comptabilité qui a été adopté par l'administration des mines; or, la part du salaire est de loin la plus importante et c'est elle surtout qui pèse sur le reliquat constituant le bénéfice.
r13.2 = 0.48 indique que le bénéfice moyen à la tonne est 'en relation assez étroite avec le taux du salaire journalier,
Aux salaires s'ajoutent les frais provenant de travaux de premier établissement et autres frais, en supposant que les immobilisations, de quelque importance qu'elles soient, sont amorties immédiatement.
Le total de ces dépenses et des salaires, déduit du produit de l'exploita- .tion, constitue le bénéfice global, qui, lui-même, divisé par le nombre de tonnes extraites, donne le bénéfice moyen à la tonne. Ce bénéfice n'est pas le même que celui accusé par la comptabilité des sociétés charbonnières, à cause des amortissements. L'ensemble de ces données ne représente évidemment qu'une valeur de comptabilité; il est clair que d'autres méthodes devraient être appliquées pour dégager les éléments sociaux des problèmes considérés (Cfr., par exemple, les publications de l'Office du Travail de Belgique sur les salaires dans l'industrie des mines).
COVABIATION
la valeur à la tonne étant considérée comme variable indépendante.
Mais la conjoncture la plus favorable se présente lorsque la valeur à la tonne et le taux du salaire sont fonction l'un de l'autre, le bénéfice moyen étant variable indépendante; en effet
rgs.i = 0.98
Cette corrélation à trois variables permet d'arriver à une interprétation intéressante du mode de variation des salaires dans l'industrie des mines.
Dans une page lumineuse, Em. Waxweiler a décrit le mécanisme de ce qu'il appelle « le conflit des évaluations dans le débat du salaire (1) ». Au fond, le débat qui s'agite entre l'entrepreneur et le salarié chaque fois qu'il devient nécessaire de fixer le taux du salaire se ramène à ceci : pour l'employeur, le temps du travail doit être productif, pour le salarié, il doit être lucratif.
Il est évident qu'avant tout, les parties doivent être d'accord sur un salaire de base suffisant pour que l'ouvrier consente à travailler. La somme que représente ce salaire est variable dans l'espace et dans le temps; elle varie également d'après- la catégorie sociale et technique du salarié. La somme qui déclenche l'activité d'un terrassier n'est pas celle qui déterminera un mécanicien ou un typographe à travailler ; dans- une même industrie et pour le même métier, le salaire courant ne sera pas identique en Flandre et en Wallonie. Le salaire courant est à peu près celui de l'ouvrier travaillant à l'heure ou à la journée. Mais pour le salaire aux pièces une série d'évaluations successives viennent modifier le taux habituel. Au fond, le salaire aux pièces n'est qu'un salaire au temps déguisé.
(1) Bulletin de la classe des Lettres et des Sciences morales et politiqiies de l'Académie royale de Belgique, Bruxelles, Hayez, 1907, page 147 et suivantes.
L 'entrepreneur a pris soin d'étudier ou de faire étudier combien de pièces un ouvrier moyen peut faire durant une journée normale et il a fixé le prix unitaire de chaque pièce en conséquence. Le salarié acceptent travaille, mais en conservant par devers lui une certaine réserve de son activité. Peu à peu, il s'aperçoit qu'en disposant ses outils de telle façon plutôt que de telle autre, en évitant des pertes de temps, en adoptant tel tour de main suggéré par l'habitude et l'entraînement, il pourrait augmenter son gain journalier. Il réalise ces réformes et son salaire hausse. Dans bien des cas, il arrive que son salaire hausse dans des proportions que l'entrepreneur n'avait pas prévues. Or l'entrepreneur avait simplement cherché une base d'appréciation; cette base devient trop large; il réduit le taux unitaire de la pièce, ce qui semble à l'ouvrier une criante injustice, car l'entrepreneur lui semble profiter injustement des efforts qu'il a faits pour augmenter sa production.
Cette analyse est ingénieuse, mais elle omet de mettre en lumière un élément d'une importance réelle : la valeur marchande du produit sorti des mains de l'ouvrier.
Dans le travail des mines, cette valeur est aisément connue. Il n'en est pas de même dans les usines et dans les ma» nufactures. Celles-ci produisent des centaines d'articles différents : une mine n'en produit qu'un seul : la houille. La valeur de la tonne est aisément connue : la Bourse, les journaux, le public font connaître à l'ouvrier les variations du prix du combustible. Reprenons à présent l'hypothèse initiale de M. Waxweiler. Supposons fixée la somme initiale, d'après les habitudes de la région, qui déclenchera l'activité de l'ouvrier mineur Iravaillant au fond. En admettant que l'ouvrier puisse faire tel avancement par jour, le prix de l'avancement est fixé. Survient une hausse du prix du charbon due à des demandes plus considérables de l'industrie. L'ouvrier mineur est au courant de cette hausse. De plus, chaque jour, en traversant la « paire », il constate que les stocks de charbon diminuent et que la
COVAHIATION
production de la mine s'écoule au fur et à mesure qu'elle arrive au jour. Le raisonnement que l'entrepreneur se fait lorsque l'ouvrier aux pièces arrive, par l'habitude, à dépasser d'une façon sensible le gain prévu lors de la fixation du prix unitaire, l'ouvrier mineur le refait en sens inverse : la base admise lors de la solution du conflit des évaluations n'est pas assez large, elle devrait être revisée, le prix de l'avancement sera augmenté; et sans augmenter son rendement, l'ouvrier gagnera un salaire plus fort.
Logiquement, il semblerait que les prétentions de l'ouvrier dussent être limitées par les bénéfices réalisés par le patron.
Mais au moment où le conflit d'évaluation éclate, l'ouvrier ne connaît pas le bénéfice du patron. Et l'entrepreneur l'ignore lui-même; c'est seulement à la clôture du bilan, au mois d'avril ou de mai de l'année suivante, que le patron connaîtra le bénéfice laissé par l'exploitation. C'est la raison pour laquelle dans les mines, le salaire et la valeur à la tonne sont fonction l'un de l'autre, et que l'intervention du bénéfice comme troisième variable ne modifie pas la relation existant entre ces deux éléments : la corrélation de l'ordre zéro est en effet la même que celle du premier ordre : 0.98.