‹ Principes de statistique théorique et appliquée:Chapitre 61 sur 188 · CO · texte numérisé non relu

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168. La carte perforée peut être assimilée, comme l'a dit M. Cheysson, au carton du métier Jacquard, mais au lieu de fils réglant les mouvements des navettes, la carte laisse passer un courant électrique. La première besogne consiste donc à transformer les bulletins individuels en cartes perforées. Cette partie du travail présente une grande importance. Elle s'exécute à l'aide de machines à perforer dont il existe plusieurs types. Le plus ancien porte le nom de Keyboard-Punch ; en plaçant une pointe indicatrice sur une feuille métallique reproduisant les indications de la fiche,

l'opérateur, au moyen d'un dispositif analogue à celui du pantographe, perfore la fiche elle-même à l'endroit correspondant. Le Keyboard-Punch est assez lent, attendu qu'il ne peut perforer qu'une seule fiche à la fois. M. Hollerith, lors de la IXe session de l'Institut international de statistique, en 1895, annonçait déjà que ce premier appareil serait remplacé par un autre plus rapide. Le perfectionnement annoncé a été réalisé au moyen d'un appareil (Key-Punch) dont l'aspect général est indiqué au moyen de la figure 1 ci-dessus.

Le Key-Punch est un appareil plus simple que le premier. Il consiste en une solide boîte métallique pourvue de onze poinçons dont dix numérotés de 0 à 9, plus un poinçon désigné par la lettre x. La carte placée sur une plaque mobile

LE CALCUL PAU LKS MACHINES

est insérée par l 'opérateur dans l 'appareil jusqu'à ce que lesquatre premières colonnes imprimées à partir du côté gauche soient placées sous les poinçons; on suf)pose que toutes les notations conventionnelles de la fiche sont exprimées par des chiffres, comme sur le modèle de la fiche employée pour le recensement agricole. La lettre x est imprimée dans les cases de la fiche correspondant à la donnée (( néant » du bulletin. Elle sert à indiquer qu'il n'y a aucune donnée à dépouiller relativement à ce point et, en attirant forcément l'attention de l'employé sur chaque case de la fiche, elle évite des erreurs tout en facilitant le contrôle.

A part les cases où figure la lettre x, on doit faire une perforation à chaque colonne verticale de la fiche : une ferme de 12 acres sera indiquée en poinçonnant aux endroits 0, 1, 2 de la case réservée à l'étendue cultivée.

Le Key-Punch se construit actuellement d'après un modèle actionné par l'énergie électrique; le rendement de cette machine à perforer est très considérable. En général, ce travail est confié à du personnel féminin.

169. Le Gang-Punch est une machine plus robuste, capable de perforer plusieurs cartes à la fois. Certaines indications se répétant plusieurs milliers de fois — comme le nom des provinces et des villes — on peut augmenter le rendement de la machine en lui faisant perforer une dizaine de fiches à la fois. Beaucoup de données se répètent même dans les bulletins faisant partie des dépouillements les plus compliqués.

Dans un recensement industriel, par exemple, on trouve des milliers de bulletins se rapportant à des personnes du sexe masculin exerçant un même métier, exploitant une entreprise individuelle, n'employant que des membres de leur famille. Des bulletins de l'espèce peuvent être aisément traduits en fiches par séries, à l'aide du Gang-Punch, dont on verra à la page suivante une reproduction (fig. 2).

Les résultats atteints au moyen des machines à perforer

seront indiqués et critiqués au moment où nous entreprendrons l'étude du rendement et des avantages du machinisme statistique. En attendant, nous continuons la description de l'appareil en nous efforçant de la rendre aussi intelligible que possible.

Fig. 2.

170. Une des difficultés les plus ardues du dépouillement consiste dans le classement des bulletins d'après les points de vue nombreux que requiert la présentation en tableaux. De toute façon, il faut employer des fiches; le classement des bulletins individuels, qui peuvent être assimilés à des fiches, reste fort lent et pénible. M. Hollerith s'est donc demandé s'il n'existait pas quelque moyen de classer automatiquement les fiches statistiques perforées et il y est arrivé par l'ingénieux appareil dont la figure 3 (p. 270) représente l'aspect d'ensemble. M. le Dr Jacques Bertillon en a donné une description très claire (1) que nous utilisons dans le résumé qui suit.

(1) Dans La Natwe du 17 janvier 1914.

LE CALC1 L PAR LES MACHINES 269 Sur le plateau supérieur de la machine (Illimité par le

bâti en fonte, se placenl les caries perforées, mises verticalement dans le sens «le L'impression. Les fiches sont réunies par paquets et sont serrées au moyen d'une barre entraînée par des poids, de sorte que Le paquet est toujours oompact. lia première carie se trouve au-dessus d'une fente où elle s 'engage et elle y est- poussée par un cadre mobile (partie supérieure du bâti) qui moule et des cend alternativement et appuyé sur la première fiche qui se présente en dessous de lui.

La carte se trouvant poussée sous La plate forme s'engage entre des rouleaux qu'on aperçoit, sur la figure 3\ celui d'arrière est en ébonito, celui d'avant est en cuivre; ce dernier est chargé d'électricité par une languette : la source d'électricité est le petit moteur placé au pied de

l 'appareil.

S'appuvant sur le rouleau eu êbonite, une forte aiguille métallique vient reposer son extrémité, munie d'une pointe verticale, sur le rouleau en cuivre, ou plutôt sur La carte qui s'engage entre les rouleaux. L'aiguille est mobile dans

le sens du rouleau, de sorte qu'on peut faire promener son extrémité sur celle des colonnes de la fiche qui correspond à l'unité d'après laquelle les cartes doivent être classées. S'agit-il, par exemple, de classer les exploitations agricoles de 100 acres et plus (-100, 100-200, 200-300, etc.), l'aiguille sera placée en regard de La quatrième ligne verticale de la fiche reproduite page 2(55. Aussi Longtemps que L'aiguille se promènera sur une surface pleine, il ne se passe rien, mais quand l'aiguille rencontre un trou perforé dans la carte, son oxîiémité entre en contact- avec le rouleau chargé d'électricité et aussitôt la carte sera entraînée vers un des godets classeurs, placés sous la plateforme, au nombre de onze : un pour les zéros, i) pour I à !>, un pour les erreurs.

La description du mécanisme servant à diriger La carte Vers le godet qui Lui est réservé et non vers un autre est

d'essence trop technique pour pouvoir être abordée ici. On en trouvera une dans l'article déjà cité de M. le DrBertillon.

Fig. 3.

171. Il ne suffit pas de classer les fiches, il faut surtout les dépouiller, enregistrer les unités qui y sont marquées à l'aide de perforations et ajouter les unes aux autres celles qui sont de même nature. C'est ce que réalise la

LE CALCUL PAIt LES MACHINES

troisième et la plus importante partie de la machine, composée de trois parties essentielles : a) l'appareil de contact; b) un jeu de compteurs électriques; c) le système des relais.

L'appareil de contact est peut-être la partie la plus neuve du système imaginé par M. Hollerith. Il comprend un plateau fixe posé sur la table, horizontalement, et un plateau mobile se rabattant sur le premier à l'aide d'un levier manœuvré à la main par une poignée. Le plateau mobile contient dans son épaisseur une série d'aiguilles métalliques symétriquement disposées, attachées à un ressort en boudin suffisamment distendu pour que les extrémités des aiguilles sortent quelque peu de la boîte où elles sont renfermées. Le plateau fixe présente d'abord une plaque métallique, de la grandeur de la fiche à employer, percée d'autant de trous qu'il y a d'endroits à perforer indiqués sur la fiche ; ces trous, les aiguilles et la fiche correspondent exactement. Quand on met une fiche perforée sur le plateau fixe, les trous de la fiche correspondent aux trous de la plaque métallique et au-dessous on voit se montrer autant de petits godets remplis de mercure (1) {fig. 4). Qu'on abaisse, sur la fiche perforée, le plateau mobile, les aiguilles rencontreront le papier en certains endroits et se replieront à l'intérieur, grâce au ressort à boudin auquel elles sont attachées; les autres ne rencontrant aucun obstacle plongeront, à travers les trous perforés, dans les godets de mercure; un courant opposé étant rattaché à chaque plateau, le circuit se trouve fermé par l'introduction des aiguilles dans les godets, mais seulement pour les données correspondant à ces récipients de mercure.

Dans la machine employée au dépouillement du recensement agricole, il n'y avait pas moins de 354 aiguilles, et, par conséquent, autant d'ouvertures dans la plaque métal-

(1) Voyez page 272 (fig. .'/) f une reproduction de la machine complète; l'appareil de contact est placé sur la table, à droite.

Fig. 5

LE CALCUL PAU LES MACHINES

lique et de godets. A chaque godet correspond un compteur électrique, composé de quatre chiffres et qui avance d'une unité à chaque contact. Après un certain temps, on relève les chiffres indiqués par les compteurs et on remet ceux-ci à zéro. Dans le plan primitif, le travail des compteurs était rendu apparent au moyen de cadrans pourvus d'une aiguille mobile {fig. 5). Actuellement, la disposition est

Fis. 6.

différente; les chiffres apparaissent directement dans les lucarnes et les fiches sont entraînées automatiquement vers des boîtes réservées chacune au comptage d'un fait particulier {fig. 6). Le comptage effectué de la sorte répond à toutes les nécessités des tableaux primaires dans lesquels les unités sont comptées séparément: tant d'hommes, de femmes, de patrons, d'employés, d'ouvriers. La machine réalise ainsi les desiderata ordinaires de la statistique, mais lorsqu'on analyse les résultats d'un relevé, on a souvent besoin de réunir des données plus compliquées. Ainsi,

veut-on présenter séparément les données- relatives aux établissements industriels qui employent des ouvriers étrangers à la famille des exploitants et utilisent une force motrice, ou si l'on désire savoir combien d'enfants sont nés après dix ans, du mariage d'un père de tel âge et d'une mère de tel autre, on se trouve en présence de combinaisons qui ne peuvent se réaliser qu'à l'aide de classements répétés, longs et fastidieux. En dehors du système des fiches, de telles combinaisons de données sont même radicalement impossibles; elles ne sont guère plus réalisables pratiquement lorsqu'on dispose de bulletins individuels. Seule, la fiche perforée, dont on peut vérifier le classement à l'aide d'une tige métallique traversant, sans rencontrer d'obstacle, tous les trous correspondant à ces indications, est capable d'assurer le dépouillement de semblables données.

La machine Hollerith assure très facilement la solution de ce problème à l'aide des « relais » ou connexions électriques dont elle est pourvue. Au début, ces combinaisons ne pouvaient se faire qu'à la condition d'un assez long travail de préparation, et chaque problème statistique se doublait d'un problème électrique exigeant la coopération d'un technicien. Mais, dès 1895 déjà, d'importants perfectionnements ont été apportés à l'appareil ; l'adjonction d'un commutateur général a eu pour effet, d'après M. Rauchberg, « de faciliter par avance toutes les combinaisons possibles des diverses parties essentielles de la machine, en les mettant les unes avec les autres dans une relation telle qu'une seule cheville ou deux chevilles reliées par un fil conducteur suffisent pour ramener les rattachements et les transmissions de courant désirables ». On trouvera, dans le rapport que M. Rauchberg adressa en 1895 à l'Institut international de statistique (1), un aperçu général

(1) Bulletin de l'Institut international de statistique, t. IX, première livraison, p. 249. Rome, 1895.

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du fonctionnement du commutateur général; ces détails nous semblent en dehors du cadre d'une description non technique, telle que la nôtre, et nous nous bornons à renvoyer le lecteur aux mémoires techniques relatifs au fonctionnement de la machine. Nous devons noter toutefois un perfectionnement important apporté à la machine Hollerith par le service du Cénsus. Ce service, qui construit lui-même les appareils dont il se sert, a imaginé un dispositif permettant d'imprimer directement les données au compteur, au lieu de les copier; la compagnie qui exploite les brevets Hollerith annonce qu'elle appliquera prochainement à ses machines un appareil de l'espèce.

172. Le principe de marquage, de classification et de fabulation des machines Hollerith a été lui-même l'objet de plusieurs perfectionnements dans le pays où il a été trouvé et appliqué pour la première fois : les Etats- Unis d'Amérique. Ainsi, les machines Hollerith, jusqu'à présent du moins, n'enregistrent pas elles-mêmes les données sélectionnées qu'elles ont pour objet de compter; c'est à un opérateur travaillant à la main, qu'incombe ce soin, et pour ce faire l'opérateur est tenu d'arrêter la machine, puis de la remettre en marche. Les machines « Powers » ont réalisé un perfectionnement important sous le rapport de la sélection des cartes et surtout sous celui de la transcription des données qui se fait automatiquement; après avoir été sélectionnées, les cartes sont portées à la machine tabulatrice qui enregistre en clair et sous forme de tableaux les renseignements et totalise automatiquement les chiffres des colonnes; cependant l'opération exige encore le transport à la main des fiches sélectionnées jusqu'il la machine à tabuler. De nouveaux appareils, les machines (( Pierce », que nous avons vues fonctionner en Amérique, présentent de précieux avantages. Ainsi, les fiches peuvent contenir indifféremment des lettres et des

chiffres, ce qui augmente beaucoup le pouvoir de représentation des cartes; la perforation se fait à l'aide d'une machine, pourvue d'un clavier semblable à celui d'une machine à écrire; le fonctionnement de l'appareil perforateur est à la fois rapide, sûr et assez doux pour être confié à un personnel féminin. La sélection des cartes se fait par des machines à classer opérant dans le sens horizontal, au lieu du sens vertical comme dans les machines Hollerith; ces appareils conduisent automatiquement les cartes sélectionnées jusqu'à l'appareil tabulateur. Celui-ci reproduit en clair tous les renseignements, sous forme de tableaux et en fait l'addition par colonnes de chiffres. Cet ensemble de dispositifs représente une somme importante de perfectionnements sous le rapport de la rapidité et de l'épargne de main-d'œuvre.

173. Le classi-compteur-imprimeur de M. Lucien March est un appareil tout à fait différent de la machine électrique de M. Hollerith. Beaucoup plus simple, il n'en rend pas moins de grands services dans le travail de dépouillement et paraît même mieux adapté à la besogne journalière d'un bureau de statistique. Le principe et le fonctionnement du classi-compteur-imprimeur ont été exposés par M. Georges Vitoux, dans un article paru dans La Nature (11 mai 1901, p. 369) auquel nous nous référons.

Le problème dont M. March a cherché la solution, est triple : enregistrer simultanément les divers aspects sous lesquels une unité statistique est envisagée dans les cadres (sexe, état civil, âge, profession, lieu de naissance d'un individu) ; supprimer le travail du relevé des compteurs, ou plutôt permettre l'enregistrement simultané et rapide des indications qu'ils portent; en même temps, trouver un dispositif de contrôle d'après lequel l'exactitude du travail effectué par l'employé pourrait être appréciée.

L'appareil n'est pas très volumineux: deux fois les dimensions d'une machine à écrire. Le modèle que nous avons

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sous les yeux (fig. 7) et qui est utilisé dans no& bureaux est assez lourd; il est probable que depuis l'époque déjà éloignée; de son acquisition, les appareils nouveaux ont dû perdre quelque chose de cette apparence massive.

La partie antérieure est une tablette légèrement inclinée comme celle d'une machine à additionner, comprenant une soixantaine de touches formant un clavier. Ces touches ne portent aucune désignation, il appartient au statisticien • le décider, lors de la mise en train, à quelle donnée corres-

Fig. 7.

pondra telle touche de l'appareil. A cet effet, une petite ouverture ménagée sous un bouton en matière transparente permet de glisser une inscription manuscrite, chiffre ou lettre conventionnelle ou « en clair ». Nous avons vu remplacer ce système par des inscriptions portées directement sur la tablette à côté ou en dessous des touches ; les opérateurs nous ont aussi fait remarquer que le toucher serait plus agréable à l'aide de touches en ébonite, légèrement creusées pour recevoir l'extrémité du doigt.

Chaque touche correspond à un compteur formé de quatre chiffres. Lorsqu'on abaisse une touche, celle-ci vient appuyer sur un levier qui oblige, par l'intermédiaire d'une tige de commande dont elle dépend, le compteur auquel elle se relie à avancer d'une division. L'opérateur abaisse successivement toutes les touches qui correspondent aux diverses indications de la fiche à dépouiller, puis, en abaissant la manette placée à droite de la machine, il fait avancer d'un rang tous les compteurs intéressés. Il continue de la sorte jusqu'à la fin de la série à dépouiller.

Les chiffres marqués par les compteurs apparaissent, à l'arrière de la machine, par une lucarne ménagée dans la plaque de cuivre qui recouvre l'appareil. Lorsqu'on veut totaliser, on étend sur les compteurs un ruban chargé d'encre grasse et on rabat le cadre mobile situé à l'arrière. Ce cadre est formé de six rouleaux, correspondant aux rangées de compteurs; sur ces rouleaux s'enroule une feuille de papier. Il suffit d'une légère pression pour imprimer les caractères apparents des compteurs. Le papier est ensuite enroulé légèrement et l'appareil, la partie mobile relevée, est prêt pour recevoir de nouvelles inscriptions après qu'on a remis les compteurs au zéro en donnant un tour de la manivelle située en arrière du levier. L'appareil de contrôle est placé dans le socle de la machine : il consiste en un compteur spécial qui enregistre le numéro de l'opération sur une bande de papier se déroulant automatiquement. En regard, des perforations, exécutées par des aiguilles actionnées par les touches, correspondent à la place des compteurs mis en action. Il suffit de confronter ces indications aux mentions du bulletin pour s'assurer si celui-ci a été correctement dépouillé; bien entendu, ce contrôle ne se fait que cinq ou six fois pour cent bulletins dépouillés, c'est-à-dire que l'on juge le dépouillement, sous le rapport de son exactitude, par voie d'essai.

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