I. — Machines à dépouiller
166. Comme il était naturel, l'homme s'est appliqué, depuis longtemps, à trouver des dispositifs capables d'atténuer ou de supprimer le travail fatigant du calcul. Le lecteur curieux de détails trouvera, sur cette partie intéressante des sciences appliquées, dans les ouvrages spéciaux la description complète de ces appareils (1).
L'aperçu le plus sommaire que nous en donnerions ici nous éloignerait de notre matière : nous n'avons qu'à dire, en peu de mots, en quoi consistent les principaux appareils à dépouiller et à calculer qui sont en usage dans les bureaux de statistique et à en montrer les avantages.
Le machinisme spécial de la statistique comprend deux catégories d'appareils : ceux à calculer et ceux à dépouiller. Nous parlerons d'abord des seconds et, parmi eux, nous choisirons les deux dispositifs les plus typiques et les plus usuels : la machine électrique à dépouiller du Dr Hermann Hollerith et le classi-compteur-imprimeur de M. Lucien March (2). Toutefois, avant d'en aborder la description, nous avons encore à indiquer quelques- considérations générales.
M. Hollerith a fait connaître lui-même à la Société de
(1) Cfr. Maurice d'Ocagne : Le calcul simplifié par les appareils mécaniques et graphiques, Paris, 1905. — L. Jacob : Le calcul mécanique ; appareils arithmétiques et algébriques intégrateurs, Paris, 1911. — Maurice d'Ocagne : Calcul graphique et Homographie, Paris, 1914.
(2) Dans la division de la matière, nous n'avons pas suivi l'ordre adopté par certains auteurs, par exemple von Mayr, qui distingue deux classes parmi les appareils selon qu'ils sont actionnés mécaniquement ou à la main. Ce principe de distinction n'a rien d'essentiel et, en fait, les appareils à la main se transforment très souvent en appareils mécaniques.
LE CALCUL PAR LES MACHINES
statistique de Londres, en 1894, comment, ayant pris part en qualité d'agent spécial au recensement des Etats-Unis en 1880, son attention fut attirée sur la nécessité de trouver quelque dispositif mécanique permettant de simplifier le travail de dépouillement et surtout de l'intensifier. Les classements successifs auxquels il faut procéder pour pouvoir dépouiller les bulletins sous différents aspects prennent un temps énorme dans les procédés ordinaires de dépouillement, particulièrement quand il s'agit de bulletins de ménage; bien qu'il y ait progrès sous ce rapport quand on a recours au bulletin individuel, le travail de classement n'en demeure pas moins une gêne; reprenant les» liasses de bulletins, les agents du relevé doivent feuilleter rapidement des centaines de milliers de documents pour en retirer un certain nombre ou opérer un classement. L'état de malpropreté de ces bulletins rend le travail aussi peu agréable que possible et la variété de& écritures, généralement mauvaises, amène bientôt une réelle fatigue visuelle. Or, ces classements successifs sont indispensables dans les travaux de statistique. C'est par la multiplicité de ses travaux que la statistique peut arriver à dégager les caractères essentiels des phénomènes collectifs complexes. Dans les procédés anciens, le statisticien doit souvent sacrifier l'une ou l'autre combinaison^de données parce qu'elle exigerait trop de travail et trop de temps. Au fond, la question du machinisme n'est pas seulement une question d'ordre technique ou pratique : c'est une question scientifique h laquelle est liée, dans certains cas, la réalisation du but supérieur de la statistique.
167. La machine électrique de M. Hollerith permet la solution des trois problèmes statistiques s-uivants : 1° dépouiller et additionner chaque classe séparément; 2° séparer les fiches selon telle ou telle catégorie ou selon des points de vue donnés ; 3° additionner les résultats des combinaisons de diverses catégories.
Le dispositif Hollerith comporte trois parties distinctes qui correspondent à autant d'opérations différentes : l'appareil à perforer; la machine à classer; le mécanisme permettant de lire, de combiner et d'additionner les fiches. Nous en donnerons une description sommaire, l'essentiel n'étant pas tant, au point de vue auquel se place cet ouvrage, la précision technique que les résultats réalisés à l'aide de ce mécanisme.
L'utilisation de la machine suppose tout d'abord que l'on a confectionné autant de fiches qu'il y a de bulletins individuels ou de données individuelles sur les bulletins de ménage. La fiche dont on se sert est en carton; elle porte des indications conventionnelles correspondant aux diverses qualités et nombres que peuvent présenter les unités à dépouiller. Généralement, ces indications sont réalisées par des combinaisons de chiffres : par exemple, les provinces, arrondissements, communes d'un pays, sont désignés au moyen d 'un numéro d 'ordre ; ce numéro se marque sur la fiche en réservant, à chacune de ces divisions administratives, autant de rangées verticales de neuf chiffres que le numéro d'ordre comporte de rangées et en pointant, dans chaque colonne, successivement le chiffre qui correspond aux unités, dizaines, centaines. Pour d'autres données, on se sert simplement des initiales du mot qui les désigne, comme : C = célibataire, M = marié, V = veuf, D - divorcé, S = séparé de corps. Grâce à ces combinaisons, on arrive aisément à porter sur une fiche de dimensions restreintes (0,15 X 0,08) un très grand nombre de données. Voici, par exemple, le modèle de la fiche employée pour le recensement de l'agriculture aux Etats-Unis, en 1900. Les indications imprimées « en clair » ont été ajoutées pour la facilité du lecteur : elles ne figurent pas sur le modèle original. En peu de temps, les employés sont familiarisés avec les signes conventionnels et avec la place qu'ils occupent sur la carte.
LE CALCUL PAR LES MACHINES
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