‹ Principes de statistique théorique et appliquée:Chapitre 64 sur 188 · III. — Avantages des machines · texte numérisé non relu

III. — Avantages des machines

181. Un grand bureau de statistique ne pourrait pas plus se passer de machines à dépouiller et à calculer qu'un établissement industriel moderne de moteurs et d'un outillage mécanique. On a pu, dans certains cas, continuer de sacrifier aux vieilles coutumes, mais ce fut grâce au système de décentralisation; quand les opérations statistiques sont centralisées, la nécessité de l'outillage moderne s'impose et emporte les dernières résistances. Celles-ci viennent de chefs trop attachés à l'organisation à laquelle ils sont doucement accoutumés; elles viennent aussi des employés qui, souvent, ont à l'égard des machines les mêmes préjugés que les ouvriers. Ces faibles résistances ne pourront entraver le progrès technique, qui, par l'emploi des machines, s'affirme dans les directions énumérées ci-après :

1" Les machines à dépouiller et à calculer rendent possibles des combinaisons de données plus nombreuses que celles qu'il est permis de réaliser par les anciens procédés. Les travaux de statistique ont des limites déterminées par le temps et l'argent dont le bureau dispose. L'organisation qui économise la durée et la dépense augmente le domaine de la statistique et présente, en conséquence, une importance scientifique de premier ordre. M. Robert P. Porter le

LE CALCUL l'Ali LES MACHINES

constate en ces termes, à l'occasion du premier Census américain dépouillé à l'aide de la machine électrique de Hollerith, celui de 1890 : « Grâce à l'usage des machines électriques à dépouiller, il a été possible, dans le présent recensement, pour la première fois dans l'histoire du travail statistique, de retirer des bulletins toutes les informations qu'ils contenaient, dans toutes les directions désirables » (Introduction, Census^ de 1890, p. xvn, compendium) .

2° Le travail mental exigé par le calcul deviendrait écrasant dans les statistiques modernes. Il ne s'agit plus ici de quelques additions, mais de centaines de milliers d'opérations arithmétiques, multiplications et divisions. Il faut disposer d'appareils se contrôlant eux-mêmes, et qui épargnent au personnel la peine de longs calculs. « Combien d'observations précieuses, a écrit un savant mathématicien, le général Menabrea, restent inutiles aux progrès des sciences, parce qu'il n'y a pas de forces suffisantes pour en calculer les résultats. » (1).

Les machines décuplent les forces dont chaque bureau dispose : elles contribuent donc directement au progrès scientifique. Les logarithmes peuvent être assimilés aux machines à calculer; Kepler fut l'un des premiers et des plus fervents adeptes de ce mode nouveau de calcul et c'est grâce aux logarithmes qu'il put dresser les tables d'où il devait faire sortir les lois des mouvements planétaires ; « de sorte que, dit M. d'Ocagne, après avoir cité cet exemple, si les logarithmes n'eussent pas été inventés à propos (par Neper, en 1614), la loi de la gravitation universelle serait peut-être encore à découvrir » (2) ;

3° En débarrassant le chef du bureau de statistique du souci de l'exactitude matérielle des calculs effectués par ses

(1) .Volions sur la machine analytique, de CH. Babbage (Bibliothèque universelle de Genève, t. XLI, p. 352).

(2) M. d'Ocagne, loc. cit., p. 101.

collaborateurs et en lui permettant de réduire sa participation aux travaux matériels à un simple contrôle, l'emploi des machines lui assurera la faculté de se consacrer davantage à la science et de donner plus de temps à la mise en valeur des données statistiques. Ici encore, la machine concourt à un but scientifique supérieur ;

4" Les résultats financiers de l'emploi des machines se modifient, sans aucun doute, à chaque expérience ; trop d'éléments variables interviennent pour qu'il n'en soit pas ainsi. Mais on ne peut mettre en doute que ces résultats ne soient tous dans le sens d'une importante réduction des dépenses. Sans doute, il ne faut pas, en pratique, apprécier le rendement des machines d'après quelques éléments types fournis par les constructeurs et vendeurs de ces appareils. Sans contester la sincérité des résultats produits, on peut croire qu'il s'agit de l'effort tout momentané de quelque virtuose; c'est un record et non une moyenne de résultats obtenus après de longues semaines de travail. Mais c'est un fait d'expérience qu'une bonne machine à calculer effectue, sans erreur, le travail de plusieurs excellents employés, et c'est un résultat assez satisfaisant pour faire intervenir le travail à la machine dans la plus large mesure possible.

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