‹ Principes du christianism unitaireChapitre 14 sur 27 · SN FRE · texte numérisé non relu

SN FRE

J'en ai dit assez pour montrer dans quel sens nous devons faire usage de la raison pour l'interprétation de l’Écriture. Quand nous nous trouvons en présence d’un certain nombre d'interprétations possibles, nous choisissons celle qui s'accorde avec la nature du sujetet la condition de l'écrivain, avecle passage envisagé dans ses rapports à ce qui précède et à ce qui suit, avecle style général de l’Écriture, avec le caractère et la volonté manifestes de Dieu, avec les lois évidentes et reconnues de la nature. En d’autres termes, nous croyons que jamais Dieu ne contredit dans un endroit de l'Écriture ce qu'il enseigne dans un autre; que jamais non plus il ne contredit, dans la révélation, ce qu’il enseigne par ses œuvres et par les effets de sa providence. Nous nous méfions donc de toute interprétation qui, après une attention soutenue, nous semble contraire à une vérité établie. Nous raisonnons à l'égard de la Bible précisément comme des hommes de loi à l'égard de la constitution sous laquelle nous vivons. Or, vous le savez, ils sont dans l'habitude de limiter une disposition spéciale de ce code respectable par les autres, de déterminer le sens précis de ses différentes parties, en recherchant son esprit général, l'intention de ses auteurs, les sentiments, les impressions et les circonstances prédominantes à l’époque où il fut élaboré. Sans ces principes d'interprétation, nous reconnaissons ouvertement que nous ne pouvons soutenir l'autorité divine de l’Ecriture. Qu'on nous refuse cette latitude, et nous devons abandonner ce livre à ses ennemis.

Nous ne proclamons pas ces principes comme originaux, comme propres à nous: Tous les Chrétiens, sans excepter ceux mêmes qui les décrient avec le plus de véhémence, les adoptent à l’occasion, lorsqu'il s’agit de défendre quelque article favori de leur croyance. Tous les Chrétiens sont obligés de s'en servir dans leurs controverses avec des infidèles. Toutes les sectes les emploient dans leurs hostilités. Tous se servent volontiers de la raison quand elle peut être enrôlée au service de leur parti, et ils ne récriminent contre elle que lorsque ses armes les blessent eux-mêmes. Personne ne raisonne plus fréquemment que ceux dont nous différons. Il est étonnant de voir quel édifice ils savent élever au moyen d’un petit nombre de vagues

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insinuations sur la chute de nos premiers parents; et commeils savent tirer ingénieusement, de passages détachés, des doctrines mystérieuses sur la nature divine. Nous les blâmons, non pas de raisonner avec tant d’abondance, mais de violer les règles fondamentales du raisonnement, en sacrifiant le clair à l’'obscur, et le ton général de l'Écriture à un petit nombre de textes isolés.

Nous combattons avec force l'air de mépris avec lequel nos adversaires parlent si souvent de la raison humaine, parce que, à notre avis, cela mène droit au scepticisme universel. Si la raison a été si terriblement obseurcie par la chute, que ses jugements les plus décisifs sur la religion ne méritent aucune confiance, alors le christianisme, et même la théologie naturelle, doivent être abandonnés ; car l’existence et la véracité de Dieu, tout aussi bien que l’origine divine du christianisme, sont des conclusions de laraison ; elles doivent rester debout ou tomber avec elle. Si la révélation est en guerre avec la raison, elle se détruit elle-même, car la grande question de sa vérité doit être décidée à la barre de la raison ; Dieu l’a permis ainsi. C’est une chose digne de remarque, combien le fanatique et le sceptique se rapprochent étroitement. Tous deux voudraient réduire à néant notre confiance dans nos facultés, et tous deux répandent le doute et la confusion sur toutes les vérités. Nous respectons trop profondément la révélation pour en faire l’antagoniste de la raison, ou pour nous imaginer qu'elle exige que nous renoncions à nos plus puissantes énergies.

Nous reconnaissons sans doute que l'emploi de la raison en matière religieuse est accompagné de quelque danger. Mais nous demandons à tout honnête homme de jeter un regard rétrospectif sur l’histoire de l’église et de nous dire ensuite si renoncer à la raison ne présente pas encore un bien plus grand danger. D'ailleurs, c’est un fait positif, l’homme raisonne aussi faux sur tous les autres sujets que sur la religion. Qui ne connaît les théories extravagantes et sans fondement qu'on a inventées dans les sciences physiques et politiques ? Mais quia jamais supposé qu’il fallût cesser d'exercer notre raison sur la nature etla société, parce qu’on s’est trompé pendant des siècles dans les

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explications qu’on en a données? Nous en convenons, les passions troublent continuellement, et quelquefois mortellement, notre faculté rationnelle dans ses recherches sur la révélation. Les ambitieux s'efforcent de trouver dans la Bible des doctrines qui favorisent leur amour de la domination. Les gens timides et abattus y découvrent un sombre système, les mystiques et les fanatiques, une théologie de visionnaire. Les vicieux peuvent y puiser des exempleset des assertions, sur lesquels ils font reposer l'espoir d’un repentir tardif, ou d’une réconciliation sous de faciles conditions. Les esprits faussement raffinés veulent y mettre en lumière des thèses qui n’on£ pas été souillées par le contact du vulgaire. Mais les passions le font pas plutôt dévier la raison dans les recherches religieuses que dans celles d’un autre genre, qui excitent un intérêt plus puissant et plus général; et par conséquent, il ne faut pas renoncer à cette faculté en religion, à moins que nous ne soyons disposés à l’abdiquer en tout d’une manière absolue. La véritable conséquence à tirer des erreurs presque sans fin qui ont obseurci la théologie, c'est, non pas que nous devons négliger et dépriser nos facultés, mais que nous devons les exercer avec plus de patience, plus de circonspection, plus de droiture. Les pires erreurs, après tout, ont précisément surgi dans cette église qui proscrit la! raison et qui exige de ses membres une foi implicite. Les doctrines les plus pernicieuses ont été le produit des temps les plus obscurs, . lorsque la crédulité générale encourageait des hommes pervers et des enthousiastes à débiter leurs inventionset leurs rêveries, et à étouffer les faibles remontrances de la raison par les menaces d’une perdition éternelle. Diles ce que vous voulez, Dieu nous a donné une nature rationnelle et nous demandera compte de son emploi. Nous pouvons la laisser dormir, mais si nous le faisons, c'est à nos risques et péril. La révélation nous! est adressée comme à des êtres doués de raison. Nous pouvons désirer, dans notre paresse, que Dieu nous eût donné un système n’exigeant aucun travail de comparaison, de restriction, de déduction. Mais un tel système eût été en contradiction avec tout le caractère de notre existence actuelle; et c’est le rôle de la sagesse d'accepter la révélation comme elle nous aété donnée,

et de l’interpréter à l’aide des facultés qu'elle suppose et sur lesquelles elle s'appuie. ,

Aux vues que nous venons d'exposer, on oppose ordinairement une objection tirée des attributs de Dieu. Dieu, dit-on, étant infiniment plus sage que l’homme, les vérités qu'il dévoile doivent surpasser la raison humaine. Dans une révélation faite par un tel instituteur, nous devons nous attendre à des propositions, que nous ne pouvons concilier les unes avec les autres et qui peuvent sembler en contradiction avec des vérités établies ; et il nous appartient, non pas d'élever des doutes sur elles ou de les expliquer, mais de croire, d’adorer et de soumettre notre faible et charnelle raison à la parole divine. A cette objection, nous avons deux courtes réponses à faire. Nous disons d’abord, qu'il est impossible qu'un instituteur d’une infinie sagesse expose ceux qu'il veut enseigner à une erreur infinie. Du moment que nous admettons que des propositions, qui, prises dans leur sens littéral, semblent évidemment en désaccord les unes avec les autres, ou avec quelque vérité reconnue, doivent cependant être entendues et acceptées à la lettre, quelle limite possible pouvons-nous assigner à la foi dans des contradictions ? Quel refuge avons-nous contre le fanatisme le plus déréglé, qui peut toujours citer des passages tels que, pris dans leur sens littéral et palpable, ils viennent prêter appui à leurs extravagances? Comment les Protestants peuvent-ils échapper à la doctrine de la transsubstantiation, doctrine qui nous est enseignée si textuellement, si la soumission de la raison, actuellement contestée, est un devoir pour nous ? Comment pouvons-nous même croire fermement à la vérité de la révélation? Car si une contradiction apparente peut être vraie, il n’y a pas de raison pour qu’une autre ne puisse pas l’être aussi, et alors la proposition que le christianisme est faux, bien qu'elle implique contradiction, pourrait aussi être vraie.

Nous répondrons en deuxième lieu que, si Dieu est infiniment sage, il ne peut pas se jouer de l'intelligence de ses créatures. Un sage instituteur fait preuve de discernement en se mettant au niveau de la capacité de ses élèves, et non pas en jetant le

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