‹ Principes du christianism unitaireChapitre 13 sur 27 · DE L'EMPLOI DE LA RAISON DANS L’'INTERPRÉTATION DE LA BIBLE · texte numérisé non relu

DE L'EMPLOI DE LA RAISON DANS L’'INTERPRÉTATION DE LA BIBLE

Nous regardons la Bible comme les archives des révélations successives faites au genre humain par Dieu, et particulièrement de la dernière révélation, de la révélation la plus parfaite de sa volonté par l'intermédiaire de Jésus-Christ. Toutes les doctri- nes qui nous paraissent enseignées clairement dans l'Écriture, nous les admettons sans réserve, sans exception. Nous n’alfa-

chons cependant pas la même importance à tous les livres de cette collection. Nous pensons que notre religion a surtout sa base dans le Nouveau Testament. Les enseignements de Moïse dans leurs rapports avee ceux de Jésus-Christ, nous les envisageons comme adaptés à l’enfance de la race humaine, nous les regardons comme une préparation à une doctrine plus élevée, comme une œuvre utile, principalement parce qu’elle sert de confirmation et de commentaire à l’Écriture chrétienne. Jésus- Christ est le seul maître des Chrétiens, et tout ce qu'il a enseigné, soit pendant la durée de son ministère personnel, soit par l'inspiration de ses Apôtres, nous le regardons comme étant d'autorité divine, et nous le professons comme formant la règle de notre vie.

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Cette autorité que nous accordons à l’Écriture, on le comprend, est une raison de l’étudier avec une attention toute spéciale et de rechercher scrupuleusement les principes d’interprétation, au moyen desquels son véritable sens peut être constaté. Les principes adoptés par la catégorie de Chrétiens au nom desquels je parle, ont besoin d’être exposés, parce qu'ils ont été souvent mal entendus. On nous accuse particulièrement de faire un emploi illicite de la raison dans l'interprétation de l'Écriture. On nous reproche d’exalter la raison au-dessus de la révélation, de préférer notre propre sagesse à celle de Dieu. On a si facilement mis en circulation tant d’accusations vagues de cette nature, que nous pensons devoir à nous-mêmes, devoir à la cause de la vérité, d’énoncer nos vues avec quelque détail.

Notre premier principe d'interprétation de l’Écriture esk célui-ci : La Bible est un livre écrit pour les hommes, dans la langue des hommes, et il faut rechercher son sens de la même manière que celui des autres livres. Nous croyons que Dieu, quand il parle à la race humaine, se conforme, pour ainsi dire, aux règles ordinaires de parler et d'écrire. De quelle utilité la Bible serait-elle pour nous, si elle était écrite dans un langage inconnu ?

Tout livre, tout entretien, exige de la part du lecteur ou de l'auditeur l’exercice constant de sa raison; leur véritable sens ne peut être saisi que par des comparaisons et des raisonnements continuels. Le langage des hommes, on le sait, donne lieu à des interprétations diverses; chaque mot, chaque sentence doit être modifiée et expliquée, d’après le sujet qui est en discussion, d’après le dessein, les sentiments, la condition et les principes de l'écrivain, d’après le génie propre de la langue dont il se sert. Ce sont là des principes généralement admis dans l'interprétation des écrits des hommes; et celui, dont nous voudrions expliquer les paroles sans recourir à ces principes, nous reprocherait à juste titre de manquer de bonne foi, et de vouloir obscurcir où dénaturer sa pensée.

Si la Bible avait été écrite dans une langue et un style propres à elle seule, si elle consistait en paroles qui n’admettraient qu'un seul sens, si elle ne se composait que de sentences entiè-

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rement indépendantes les unes des autres, il n’y aurait pas lieu de lui appliquer les principes que nous venons de mentionner. Nous ne pourrions pas parler de ce livre comme des autres écrits. Mais un tel livre serait de bien peu de valeur; et peutêtre que de tous les livres, c’est précisément l'Écriture qui s’accorde le moins avec la description que nous venons de faire. La parole de Dieu porte le cachet de la même main que nous retrouvons dans ses œuvres. Elle a des rapports et des affinités à l'infini. Chaque proposition est liée, et doit être comparée à d’autres, pour qu'on puisse en saisir le sens complet et précis. Rien n’est isolé. Le ‘ALORS Testament repose sur l'Ancien. La doctrine chrétiénne est la continuation du Judaïsme, elle est l’accomplissement d’un vaste plan de la Providence, qui exige une grande portée de vue de la part du lecteur. Ce n’est pas tout. La Bible traite de sujets sur lesquels nous recevons des idées par d’autres sources; ces sujets sont, par exemple, la nature, les passions, les rapports et les devoirs de l’homme; et elle attend de nous que nous apportions à ses expressions les restrictions et les modifications nécessaires, pour la mettre-en harmonie avec les vérités que l'observation et l’expérience nous fournissent sur ces matières.

Nous avouons ne pas connaître de livre qui exige un plus fréquent emploi de la raison que la Bible. Indépendamment des remarques que nous avons faites sur ses rapports infinis, nous devons encore observer que son style n’affecte nulle part la précision de la science, ni l'exactitude des définitions. Son langage est singulièrement éclatant, hardi, figuré ; il demande qu’on s’écarte bien plus souvent du sens littéral, que le langage de notre époque et denotre pays ; ilexige par conséquent un exercice bien plus constant du jugement. Nous trouvons aussi que les différentes parties de ce livre, au lieu de se renfermer dans les vérités générales, se rapportent sans cesse aux Lemps pendant lesquels

___elles ont été écrites, à des états sociaux, à des manières de penser, à des controverses religieuses, à des sentiments, à des usages qui se sont évanouis, et sans la connaissance desquels nous courons toujours le danger d'étendre à tous les temps, à tous les lieux, ce qui n'était que temporaire et d’une applica-

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tion locale. Nous trouvons encore que plusieurs de ces livres portent fortement l'empreinte du génie et du caractère parti= culier de leurs auteurs respectifs, que l'esprit saint, par exemple, ne servait pas de guide aux Apôtres au point de faire disparaître leur tournure particulière d'esprit, et que la connaissance de leurs sentiments et des influences sous lesquelles ils ont été placés, est une préparation à l'intelligence de leurs écrits. Avec cette manière d'envisager la Bible, nous estimons qu'il est de notre strict devoir d'exercer continuellement notre raison sur elle, de comparer, de tirer des inductions, de chercher l'esprit sous la lettre, de scruter la nature du sujet, le but del’écrivain, sa véritable pensée; et en général, de partir dece qui est connu pour aplanir les difficultés et pour découvrir des vérités nouvelles.

Ai-je besoin de descendre dans des détails pour prouver que l'Écriture exige l'emploi de la raison ? Prenez, par exemple, les termes dont elle se sert ordinairement pour parler de Dieu, et donnez-vous la peine ‘d'observer combien habituellement elle attribue à Dieu des organes, des passions humaines. Rappelezvous les déclarations du Christ, quand il dit qu’il est venu non pour apporter la paix, mais la guerre ; qu'à moins de manger sa chair et de boire son sang, nous n'avons pas de vie en nous; que nous devons haïr père et mère, et arracher notre œil droit ; et une foule d’autres passages également forts, également outrés. Rappelez-vous la manière exagérée avec laquelle on dit des Chrétiens, qu’ils possèdent tout, qu'ils savent tout, et peuvent tout faire: Rappelez-vous les contradictions de mots, qui existent entre Paul et Jacques, et le désaccord apparent qui règne entre plusieurs parties des écrits de Paul et la doctrine générale du christianisme. Je pourrais étendre indéfiniment cette énumération, mais qui ne voit pas, que nous devons déterminer tous ces passages par les attributs connus de Dieu, de Jésus-Christ, de la nature humaine, et par les circonstances dans lesquelles ils ont été écrits, de manière à donner aux expressions une portée tout-h-fait différente de celle qu'elles auraient exigée, si elles avaient dû s'appliquer à d’autres êtres, ou sion avait dû s’en servir pour un autre ordre d'idées?

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