‹ Principes du christianism unitaireChapitre 19 sur 27 · PR RES · texte numérisé non relu

PR RES

avec l’autre, s'aimant l’une l’autre, et accomplissant des actes différents, comment peuvent-ils s'empêcher de les regarder comme des êtres ou des esprits différents ?

Nous protestons done avec toute la véhémence possible, sans cependant verser le moindre blâme sur nos frères, contre la doctrine irrationnelle et opposée à l'Écriture, de la Trinité. « Pour nous, » comme pour l’apôtre et les chrétiens primitifs, « il n’ya qu'un Dieu, Dieu le Père. » Avec Jésus, nous adorons le Père comme le seul véritable Dieu, le Dieu vivant. Nous sommes vraiment étonnés qu'un homme puisse lire le Nouveau Testament et se soustraire à la conviction que le Père seul est Dieu. Nous voyons notre Sauyeur attribuer continuellement ce caractère au Père. Nous trouvons le Père sans cesse qualifié de cette manière par Jésus : « Dieu envoya son fils. » « Dieu a consacré Jésus. » Quelle singulière et inexplicable phraséologie nous offre le Nouveau Testament, si ce titre appartient également à Jésus et si le principal objet de ce livre est de le révéler comme Dieu, comme partageant également avec Le Père la divinité suprème ! Nous défions nos adversaires de produire un seul passage dans le Nouveau Testament, où le mot Dieu veut dire trois personnes, où il n’est pas limité à une seule personne, et où, à moins d'être détourné de son sens usuel par de faux rapprochements, il ne signifie pas le Père. Peut-on donner une preuve plus forte que la doctrine de trois personnes en Dieu n’est pas un dogme fondamental du christianisme ?

Cette doctrine, si elle était vraie, aurait dû, à cause de sa difficulté, de sa singularité et de son importance, être produite avec une grande clarté, soutenue avec grand soin, et établie avec toute la précision possible. Mais où donc sont les traces de son établissement? Dans les nombreux passages où il est question de Dieu, nous n’en demandons qu'un, rien qu'un, dans lequel il soit dit que Dieu est un être triple, ou qu’il forme trois personnes, ou qu'il est père, fils et saint

esprit. Au contraire, dans le Nouveau Testament, partout au

moins où l’on pourrait s'attendre à rencontrer un grand nombre d’assertions positives de cette nature, Dieu est déclaré être un, sans la moindre restriction de nature à nous empêcher de

PT ee

prendre ces mots dans leur acception usuelle; il est toujours question de lui et on s'adresse toujours à lui au singulier, c'est-à-dire, dans des termes qui sont universellement entendus comme ne s'appliquant qu’à une seule personne, et auxquels onn’aurait pu attacher d'autre idée, sans en être expressément averti. L'Écriture s’abstient si complétement d'établir la doctrine de la Trinité, que lorsque nos adversaires veulent la ranger au nombre de leurs dogmes, ils sont obligés d’abandonner Ja Bible et d'imaginer des façons de parler qui ne sont nullement sanctionnées par la terminologie biblique. Qu’une doctrine aussi étrange, aussi sujette à être mal comprise, aussi fondamentale qu'on le prétend, et ayant besoin d’être exposée avec tant de soin, ait été aussi peu défiñie, aussi faiblement soutenue, qu'on soit obligé de la produire par voie de raisonne= ment, ou de la découvrir au moyen de passages éloignés et isolés de l’Écriture, c’est là une difficulté qu’à notre avis l’hommele plus habile ne peut lever.

Voici une autre difficulté. Le christianisme, on se le rappelle, a germé et a grandi au milieu d’ennemis clairvoyants, qui n’ont dû laisser passer aucune partie faible de la doctrine, et qui auraient dû se jeter avec empressement sur un dogme renfermant autant decontradictions manifestes que la Trinité. Nous ne connaissons pas de point contre lequel les Juifs, qui se glorifiaient d'être les partisans de l’unité de Dieu, se seraient récriés avec autant de bruit. Comment se fait-il donc que, dans les écrits des Apôtres, qui contiennent tant de renseignements sur les objections soulevées contre le christianisme, et sur les controverses auxquelles cette religion donna lieu, il ne soit pas dit un mot, qui fasse supposer que des objections aient été mises en avant contre l'Évangile à propos du-dogme de la Trinité? Comment se fait-il que pas un mot n’ait été proférépour sa défense et son explication, pas un mot pour le laver du reproche d’erreur? Cet argument a presque la force d’une démonstration. Nous sommes persuadés que si les premiers prédicateurs du christianisme avaient proclamé trois personnes divines, toutes égales, toutes infinies, dont l’une était Jésus lui-même, mort récemment sur la croix, ce dogme particulier du christianisme

af

TO

aurait, pour ainsi dire, absorbé tous les autres, et la grande mission des Apôtres aurait été de repousser les assauts continuels qu'il aurait suscités. Mais le fait est que pas la plus légère objection contre le christianisme à ce sujet ne vient frapper nos oreilles pendant la période apostolique. Dans les Épîtres on ne rencontre pas de traces de controverse soulevée par la Trinité.

Nous avons encore dés objections ultérieures contre cette doctrine et ces objections, nous les puisons dans son influence pratique. Nous la regardons comme peu favorable à la dévotion, parce qu'elle partage et dyStrait l'esprit dans sa communion avec Dieu. C’est-là la grinde supériorité de la doctrine de l'unité de Dieu, c’est qu’elle ne nous offre qu'un seul objet comme méritant notre hommage, notre adoration, notre attachement suprême, qu’un Père infini, qu’un être des êtres, seul modèle et seule source à laquelle nous pouvons rapporter tout bien, dans lequel nous pouvons concentrer toutes nos facultés et toutes nos affections, et dont la nature digne d'amour et de vénération peut pénétrer toutes nos pensées. La véritable piété, quand elle ne doit s'adresser qu’à une divinité indivisible, revêt un caractère de pureté et de sincérité extrêmement favorable au respect et au sentiment religieux. Or, la Trinité place devant nous trois objets distincts, dignes d’adoration suprême; trois

personnes infinies, ayant des droits égaux sur nos cœurs ; trois

agents divins, remplissant des rôles différents etauxquels nous devons reconnaissance et hommage sous différents rapports. Est-il possible, nous le demandons, que l'esprit faible et borné de l'homme puisses’attacher à elles avec la môme énergie etla même joie qu’à un seul Père infini, seule cause première vers laquelle tous les bienfaits de la nature et de la rédemption viennent converger comme vers leur centre et leur source? La dévotion n'est-elle pas distraite par les prétentions rivales de trois personnes égales ? Le culte du chrétien consciencieux et ferme dans sa foi n'est-il pas troublé par la crainte de ne pas rendre à l'une ou l’autre de ces personnes la part d'hommage qui lui est due?

Nous pensons donc que la doctrine de la Trinité fait tort à la

Page 1