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dévotion, non-seulement en adjoignant au Père d’autres objets d’adoration, mais en détournant du Père l'affection suprême qui lui est due, et en la transférant au Fils. C’est-là un point de vue d’une haute importance. Que Jésus-Christ, une fois élevé au rang de la divinité infinie, attirât sur lui plus d'intérêt que le Père, c’est précisément ce à quoi l’on devait s'attendre d’après l'histoire, et d’après les éléments de la nature humaine. L'homme a besoin d’un objet d’adoration qui lui ressemble et le grand secret de l'idolâtrie, c’est cette propension. Un Dieu, : revêtu de notre forme, ressentant nos besoins et nos peines, parle bien plus fortement à notre faible nature, sinon aux âmes réfléchies et purifiées, qu'un Père dansle ciel, qu’un esprit pur, invisible et inaccessible. Nous croyons aussi que les mérites particuliers, attribués à Jésus par la théologie populaire, font de lui la personne la plus sympathique de la Divinité. Le Père est le dépositaire de la justice, le défenseur des droits, le vengeur des lois de la Divinité. D’un autre côté le Fils, tout resplendissant de la merci divine, sert de médiateur entre la Divinité offensée et l'humanité coupable, expose son front humble à l'orage, et son cœur compatissant au glaive de Ja * justice divine, supporte tout le fardeau de notre châtiment, et achète de son sang toutes les grâces qui descendent du ciel. Avons-nous besoin de faire ressortir les résultats de pareilles représentations, particulièrement sur les esprits ordinaires auxquels le christianisme a principalement été destiné, et qu'il cherche à ramener au Père, comme à l'être le plus digne d'amour ? Nous sommes persuadés quele culte d’un Dieu saignant et souffrant tend singulièrement à absorber l'esprit, et à le détourner d’autres objets, précisément comme la tendresse humaine de la vierge Marie lui a fait occuper une place si considérable dans les dévotions de l’église romaine. Nous sommes aussi convaincus que ce culte, quelque attractif qu'il soit, n'est pas du tout propre à spiritualiser l'homme, qu'il pousse à l’extase, plutôt qu'ilne tend à inspirer ce respect profond pour les perfections morales de Dieu, qui constitue l’escence de la piété.
: RE NIUE
2, Nature de Jésus-Christ.
Après avoir ainsi exposé nos vues sur l'unité de Dieu, j'arrive en second lieu à faire observer que nous croyons en l'unité de Jésus-Christ. Par là nous entendons que Jésus est un esprit, une âme, un être tout comme nous, et qu'il est distinct de Dieu comme nous. Nous reprochons à la doctrine de la Trinité que, non contente de faire de Dieu trois êtres, elle en fait deux de Jésus-Christ, et qu'elle apporte ainsi une confusion sans bornes dans notre manière de conceroir son caractère. Cette altération du christianisme, en même temps qu’elle répugne au sens commun et à l'esprit général de l'Écriture, est une preuve remarquable de l'influence d'une fausse philosophie qui a défiguré ce qu'il y avait de simplement vrai en Jésus.
D’après cette doctrine, Jésus-Christ, au lieu d’être un esprit, un principe intelligent doué de conscience, ce que nous pouvons comprendre, se compose de deux âmes, de deux esprits, l’un divin, l’autre humain, l'un faible, l’autre tout-puissant, l’un ignorant, l’autre omniscient. Or nous soutenons que c'est là faire du Christ deux êtres. L'appeler une personne, un être, et cependant le supposer composé de deux esprits, infiniment différents l’un de l’autre, c’est abuser du langage, c’est y engendrer la confusion, c’est répandre de l'obscurité sur toute notre manière de concevoir des natures intelligentes. D’après la doctrine ordinaire, chacun de ces deux esprits dans le Christ a sa conscience propre, sa volonté propre, ses perceptions propres. En réalité ils n’ont pas de propriétés communes. L’esprit divin ne ressent aucun des besoins, aucune des peines de l'esprit humain, et celui-ci de son côté est à une distance infinie de la perfection et du bonheur de l'esprit divin. Peut-on concevoir dans l'univers deux êtres plus distincts ? Nous avons tou-
jours pensé que ce qui constituait et ce qui distinguait une personne, c'était l'unité de conscience. Poser en dogme qu’une seule et même personne peut avoir deux consciences, deux volontés, deux âmes, infiniment différentes l’une de l’autre, c’est à notre avis, vouloir en imposer par trop à la crédulité humaine.
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Nous prétendons que si une doctrine aussi étrange, aussi remplie de difficultés, aussi éloignée de toutes les idées antérieures des hommes, forme en effet une partie et une partie
‘essentielle de la révélation, elle doit être enseignée avec une grande précision. Nous le demandons à nos frères, qu’ils nous montrent done quelques passages clairs, formels, où il soit dit que le Christ se compose de deux esprits infiniment différents, et constituant cependant une seule personne. Pour notre part nous n’en trouvons aucun. Plusieurs chrétiens, à la vérité, soutiennent que cette doctrine est nécessaire à l’harmonie de l'Écriture, que certains textes attribuent à Jésus-Christ des propriétés humaines, d’autres des propriétés divines, et que pour les concilier nous devons supposer deux esprits auxquels ces propriétés puissent être appliquées. En d’autres termes, dans le but de concilier quelques passages difficiles, qu’une critique saine peut en grande partie, sinon entièrement, expliquer, nous devons imaginer une hypothèse présentant mille fois plus de difficultés et impliquant une grossière absurdité. Nous devons ainsi chercher notre chemin dans un labyrinthe au moyen d’un point de repère qui nous entraîne dans des défilés encore bien plus inextricables.
Évidemment, si Jésus-Christ avait eu le sentiment de sa dualité d'esprit, et s’il avait su que cette dualité devait former un des traits constitutifs de sa religion, la manière dont il aurait -parlé de lui-même aurait dû se ressentir de cette particularité. Le langage universel de l’homme repose sur cette idée qu'une personne est une personne, qu'elle est un seul esprit, une seule âme; et lorsque la multitude a entendu ce même langage sortir de la bouche de Jésus, elle a dû la prendre dans son sens usuel, et elle a dû rapporter à une seule âme tout ce qu'il disait, à moins d’avoir été expressément avertie d'interpréter les choses d’une manière différente. Mais où donc trouvons-nous semblable avertissement? Avez-vous jamais rencontré dans le Nouveau Testament ces expressions qui abondent dans les livres des partisans de la Trinité, et qui découlént nécessairement de la doctrine des deux natures en Jésus? Dans quel endroit ce divin maître a-t-il jamais dit : «Ici je parle comme Dieu, etici comme