De la vertu chrétienne
Nous avons ainsi exposé nos4ues sur l'objet le plus élevé de la mission du Christ, c’est-à-dire, le recouvrement de la vertu ou de la sainteté par l’homme. Maintenant je vais en dernier lieu indiquer comment nous comprenons la nature de la vertu chrétienne ou de la vraie sainteté. Nous croyons que toute vertu à sa base dans la nature morale de l’homme, c’est-à-dire, dans sa conscience, ou dans son sentiment du devoir, et dans la faculté de mettre son caractère et sa vie en harmonie avec sa conscience. Nous croyons que ces facultés morales sont le fondement de la responsabilité et le plus remarquable privilége de la nature humaine, et qu'aucun acte n’est digne d’'éloge, s’il n'est pas le résultat de leur effort. Nous croyons que les dispositions, qui nous sont inspirées sans le concours de notre activité morale propre, n’ont pas la nature de la vertu, et nous rejetons par conséquent la doctrine de l'influence irrésistible de Dieu sur l'esprit humain, le moulant dans la bonté, comme on taille le marbre en statue. Une pareille bonté, si l’on ose se servir de ce mot, ne pourrait être l'objet de l'approbation morale, pas plus que les affections instinctives des animaux inférieurs, ou l'amabilité naturelle des êtres humains.
Par ces remarques, nous n’entendons pas dénier l'importance dé l'assistance de l'esprit de Dieu; mais cet esprit exprime pour nous une influence morale, éclairante, persuasive, el non pas une influence mécanique, forcée, impliquant la nécessité de la vertu. Nous sommes fortement opposés à l'opinion d’un grand nombre de Chrétiens sur l'impuissance de l'homme et l'action irrésistible de Dieu sur le cœur; car nous croyons que par là on anéantit notre responsabilité et on renverse les lois
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de notre nature morale, on fait de l’homme une machine, on rejette sur Dieu le blâme de toutes les mauvaises actions, on décourage les bons esprits, et on remplit les esprits fanatiques des idées désordonnées d’une inspiration immédiate et sensible. Parmi les vertus, nous accordons la première place à l'amour de Dieu. Nous croyons que ce principe est le véritable but et la vraie félicité de notre être, que nous sommes faits pour entrer en union avec notre Créateur, que sa perfection infinie est le seul objet suffisant, où puissent se reposer les désirs insatiables et les capacités illimitées de l'esprit humain, et que sans lui nos plus nobles sentiments, l'admiration, la vénération, l'espoir et l'amour, se flétriraiont et dépériraient. Nous eroyons aussi que l’amour de Dieu est essentiel, non-seulement au bonheur, mais à l'énergie et à la perfection de toutes les vertus; que la conscience, sans la sanction de l'autorité de Dieu et sans une justice rétributive, ne serait qu'un faible directeur; que la bienveillance, à moins d’être alimentée par la communion avec sa bonté, et encouragée par un sourire, ne pourrait prendre racine au sein de l'intérêt personnel et de l’ingratitude du monde; et que le gouvernement de soi-même, sans le sentiment de la surveillance divine, s’étendrait difficilement audelà d’une pureté extérieure et imparfaite. Dieu, par cela même qu'il est essenticllement bonté, sainteté, justice et vertu, est aussi la vie, la cause et le soutien de la vertu dans l’âme humaine, Mais, tout en inculquant avec ardeur l'amour de Dieu, nous croyons qu'il est nécessaire de le distinguer avec soin de sa contrefaçon. Ce qu’on appelle piété est souvent sans valeur. Plusieurs personnes sont tombées dans cette opinion erronée, qu’on ne peut commettre d’excès.quant aux sentiments dont Dieu est l’objet; et, dans leur égarement, qualifiant de froideur cette possession de soi-même, sans laquelle la vertu et la dévotion perdent toute leur dignité, elles se sont abandonnées à des extravagances qui ont attiré le mépris sur la piété. Dans cette acception vulgaire, l'amour de Dieu est sans contredit plus funeste qu'utile à la moralité. Si la religion est l’écueil de l'intelligence, nous ne pouvons assez prendre soin de nous pour nous en préserver. Sur celte matière, il nous est facile d’être
clair, Nous ne pouvons sacrifier notre raison à la réputation d’être zélé. Nous devons à la vérité et à la religion de soutenir que le fanatisme, la frénésie , les élans irréfléchis et les transports immodérés, sont toute autre chose que la piété.
Le véritable amour de Dieu est un sentiment spirituel, basé sur une notion précise de ses perfections morales, et consistant dans une estime, dans une vénération profondes pour elles. Il coïncide donc parfaitement avec l'amour de la vertu, de la rectitude et de la bonté, et en réalité, c’est la même chose. Vous pourrez aisément juger par là dg ce que nous regardons commeles - signés de piété les plus certains et les seuls décisifs. Nous ne faisons aucun cas des fortes excitations. Nous regardons comme un homme pieux celui, et celui-là seul, qui se conforme dans la pratique aux perfections morales etau gouvernement de Dieu ; qui montre qu'il se plaît dans la bienveillance de Dieu, en aimant et servant son prochain, qu’il prend à cœur la justice de Dieu, en étant résolûment intègre; qui manifeste son sentiment de la pureté de Dieu, en mettantun frein à ses pensées, à son imaginalion et à ses désirs; et dont la conversation, les occupations etla vie domestique sont dominées par la conscience qu’il a de la présence et de l'autorité de Dieu. Autrement en toutes choses l'homme peut se tromper. Des nerfs maladifs peuvent lui procurer des visions, des sons et des impressions étranges. Des textes de l'Écriture peuvent paraître lui venir du ciel. Toute son âme peut être remucée, et sa conñance en la faveur de Dieu devenir exagérée. Mais dans tout cela il n’y a pas de religion. La question est de savoir si l’on aime les commandements de Dieu, dans lesquels le caractère divin se dévoile pleinement, et si l’on y soumet ses habitudes et ses passions ? Sans cela, l’extase n’est que dérision. Soumettre une seule fois ses désirs à la volonté de Dieu, vaut mieux que mille transports. Nous ne jugeons pas des penchants de l'esprit humain par ces ravissements, pas plus que nous né jugeons de la direction naturelle d’un arbre pendant une tempête. Nous suspectons plutôt ces fougues intempérées, car nous avons observé que les sentiments profonds sont généralement moins bruyants et cherchent moins à s’étaler.