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Causes et prétextes des différends entre États

Les différends internationaux naissent de violations vraies ou prétendues des droits ou des intérêts des États ; violations directes, lorsqu'elles ont lieu de gouvernement à gouvernement ; indirectes, lorsqu'elles sont opérées, soit par un gouvernement au préjudice d'un particulier, sujet étranger, dont la cause, prise en main par son gouvernement, devient affaire d'État, soit au préjudice d'un État par un particulier étranger, des actes duquel son gouvernement répond.

On distingue les différends juridiques, provoqués par la violalion d'un droit, et les différends politiques, provoqués par la violation d'intérêts. Cette distinction n'est point superflue (2), mais il n'en faut pas exagérer l'importance. Une simple lésion d'intérêts passera fréquemment pour violation d'un droit. Les États, comme

(!) Bulmerincq, dans le Manuel de Holtzendorff, t. IV, § 1-6.— Mariais, t. III, § 101-103. — Monographie de Kaltenborn : Ztir Revision

der Le/ire von den intemationalen Rechtsmitteln. Revue de Tubingue, (2) Comparez § 59, 168, 1, IIMV.

les individus, confondent volontiers leur droit avec leur intérêt, et l'absence de juge est favorable k cette confusion, que le droit de conservation autorise.

Souvent aussi, ce qui paraît la cause immédiate du différend n'en est que le prétexte. Les événements qui font naître les conflits internationaux ne sont guère autre cbose actuellement que des manifestations plus ou moins fortuites d'une cause plus profonde, de l'antagonisme de deux ou plusieurs nations; antagonisme qui peut être d'ordre moral, par exemple religieux, mais qui plus habituellement est d'ordre économique, matériel, et résulte en somme d'un conflit d'intérêts. Rarement, aujourd'hui, les cabinets veulent les guerres, plus rarement encore les princes. Ce sont les peuples qui les veulent, ou plutôt des groupes remuants et bruyants, entraînés par les politiciens, qui souvent sont eux-mêmes les instruments plus ou moins volontaires des spéculateurs. Les gouvernements, conscients de leur responsabilité, cherchent k contenir les foules surexcitées, mais ils n'y réussissent pas toujours ; parfois la menace de l'insurrection les contraint k faire la guerre. Il est désirable pour la paix du monde que les gouvernements soient forts ; leur faiblesse constitue un danger de guerre permanent. Un autre danger, c'est la prédominance, dans plusieurs pays, des masses peu cultivées, aux vues bornées, aux préjugés étroits, quotidiennement empoisonnées par des écrivains sans conscience, qui les flattent et les exploitent.

Plus la solidarité des intérêts s'accroîtra dans la Société des nations et moins les guerres seront fréquentes, parce que leurs causes tendront k disparaître. Or, il est incontestable que cette solidarité augmente de jour en jour, grâce aux immenses progrès des sciences dites exactes ou positives, k la vapeur, k l'électricité, et en dépit des éléments de recul, dont l'un des plus redoutables est l'importance exagérée que l'on prête k la conception ethnographique de la race aux dépens de la notion politique et juridique de l'État, organisme perfectionné, supérieur aux races (1).

(!) Comparez §3, 9,I;§ i, 2, I; § 19, 51.

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