AVERTISSEMENT. XI
théorie du pouvoir politique, que nous n'avons pu qu'indiquer . ici, heureux d'avoir consacré nos heures libres de la jeunesse et de l'âge viril à une tâche qui aura désormais notre pensée sans réserve, au seul objet digne d'occuper l'esprit de l'homme ici-bas, à la recherche de la vérité !
yGoogk
yGoogk
PLACÉE EN TÊTE DE LA l^ ÉDITION.
Le livre que nous donnons au public n'est qu'un traité de droit naturel. Après les savants et volumineux ouvrages que le dix-septième siècle a produits, on pourrait croire que la matière est épuisée. Il n'en est rien cependant : les sciences morales sont une mine où il y aura toujours à exploiter des filons nouveaux. Et d'ailleurs, n'eût-on rien à enseigner, il est toujours opportun de répéter la vérité et de réfuter l'erreur; car les idées et les systèmes sont éphémères en toutes choses : la vérité s'oubliant vite, quand par hasard on l'a saisie, a besoin d'être souvent rappelée, tandis que l'erreur, au contraire, comme le miasme dans le corps humain, germant incessamment d'elle-même, a besoin d'être aussi incessamment combattue.
Il est donc permis de chercher encore après
tant d'autres dont les découvertes, après tout, n'ont donné à l'esprit qu'une demi-satisfaction. La science du droit philosophique n'a pas commencé à Grotius, comme on le croit à tort; elle ne s'arrêtera pas à Kant. C'est cette croyance qui nous a fait écrire cet essai, pour lequel nous demandons la même faveur que nous accorderions si volontiers à tout esprit consciencieux qui voudrait renouveler la tentative, si difficile dans toutes les sciences, de trouver la vérité.
Mais la vérité a une mesure différente, selon que l'on en place la source dans un enseignement supérieur ou dans cette lumière intérieure, raison pour les uns, sentiment pour les autres, que tout homme porte avec soi. La règle de Bellarmin et de de Maistre n'est pas celle de Descartes et de Leibnitz : d'un côté est l'autorité régissant tous les actes de la vie humaine, enveloppant le monde moral comme d'un réseau, et assujettissant à son empire l'homme tout entier avec sa conscience et sa raison ; de l'autre côté est la raison, la conscience/ centre et point de départ de toute vérité, rayonnant jusqu'aux dernières extrémités de la pensée, avec la prétention d'éclairer de leurs lueurs même les vérités surnaturelles, ou tout au moins s'arrogeant le pouvoir de les juger.
yGoogk
Quel sera, de oes deux principes rivaux conduisant à des résultats tout opposés, celui qui convient à la science du droit? Et celui-ci, comment en fera-t-on l'application?
De ces deux méthodes en présence, Tune affirmant la vérité sur la foi d'une autorité supérieure, acceptant volontiers, au lieu de démonstrations véritables, les inductions surnaturelles et les conjectures prophétiques, l'autre passant tout au crible étroit de la raison humaine, et n'admettant que les idées que la raison perçoit clairement, quelle sera la bonne ?
On comprend de suite l'importance de cette question de méthode, qu'on rencontre au seuil de toutes les sciences morales, et qui les domine toutes, puisque leur existence même, comme sciences indépendantes, est subordonnée à sa solution : selon que l'on suivra ou Tune ou l'autre voie, on arrivera à des résultats différents, et, dans notre matière, Tune conduira à l'affirmation, l'autre à la négation du droit.
Et il ne faut pas songer à les fondre en une, à les concilier, ce que l'on ne saurait réaliser, ni même imaginer un tracé parallèle. Tout instrument logique est absolu au moins dans son cercle ; et nous montrerons en quelques lignes que ces
yGoogk
deux règles du jugement ne peuvent pas même être contenues strictement chacune dans son domaine.
Dans cette alternative inévitable, en présence de cette nécessité d'opter pour Tune ou Tautre de ces deux voies, il est manifeste que c'est le principe rationnel seul qui peut baser le droit, quelque inacceptables que soient ses conséquences dans une sphère supérieure, quelle que soit son insuffisance à résoudre le problème de la destinée humaine. L'autorité ne peut être invoquée; car le principe d'autorité dans l'ordre politique et civil, c'est la négation du droit, c'est l'absolulisme théocratique, c'est-à-dire l'anéantissement de la conscience et de la raison, dont il ne se peut pas cependant que Dieu ait doué l'homme uniquement pour que celui-ci en abdiquât l'usage.
Les absolutistes, en effet, qui promulguent en droit, en politique, on ne sait quelles idées auxquelles ils attachent la puissance mystérieuse des dogmes, ne peuvent s'en tenir à certains effets circonscrits du principe qu'impliquent leurs affirmations. Il ne leur est pas loisible de limiter à leur fantaisie les conséquences d'une doctrine dont ils prennent un côté ; car tout se tient en toutes choses, et l'engrenage des idées n'est pas moins
yGoogk
puissant dans les sciences morales que ne Vest, • dans la construction des machines industrielles, l'ensemble de rouages disposés selon les lois de la mécanique. Or cette irrésistible puissance de la logique, qui contraint à vouloir, au moins dans le cercle où l'on se trouve, tous les effets de la loi qu'on y établit, enchaîne Tabsolutisme politique à une loi supérieure. Les dogmes politiques et civils ne peuvent être isolés, ils manqueraient de raison ; leurs défenseurs, qui l'ont bien compris, sont ainsi forcés de les rattacher au principe de l'autorité divine, à laquelle il reste à arracher ses secrets. Mais alors, sous Tempire du principe d'autorité ainsi entendu et l'absolutisme étant ainsi constitué, le droit n'est plus, car l'homme n'a rien à dire là où Dieu a parlé.
Quand on va au fond des mots et des choses, on trouve que l'autorité, telle que le sens commun Ta toujours comprise, est une puissance qu'on ne discute pas. Mais qui donc peut prétendre à être obéi sans justifier de ses raisons, sinon Dieu même? Une puissance humaine qui ne veut pas se laisser discuter, doit renoncer à user de là contrainte et s'en tenir à l'enseignement.
Si donc une puissance quelconque, monarchique, aristocratique, démocratique même, dispense
yGoogk
6 IJVTRODUCTION.
le droit et le domine, elle ne peut le faire, répétons-le bien, par des raisons tirées de sa propre existence. Il lui faut un mandat supérieur, extrahumain, divin. Et dès lors elle se trouve dominée elle-même, absorbée par une puissance plus éminemment divine, qui sera une Église ; et le droit individuel, qui ne peut être qu'un appel à la force au nom de la raison, ne se concevra plus.
Les inévitables exigences de Tautorité ne pouvaient être comprises dans l'antiquité ni même dans nos temps modernes jusqu'à la Réforme ; car c'est à ce moment seulement que la lutte des deux principes de l'autorité et du droit a forcé chacun des deux à se manifester sous tout son jour. Dans les sociétés antiques, on peut dire que l'autorité ne se connaissait pas. Platon semble l'avoir entrevue quand il dit quelque part, par exemple, que le souverain ne doit pas être maître seulement comme le berger l'est de son troupeau, mais supérieur d'une façon toute divine. Mais cet aperçu de génie n'avait pas fructifié dans Platon lui-même ; et jusqu'à ce que l'autorité fût apparue avec le seul caractère qui lui convienne, c'est-à-dire comme s' exerçant en vertu d'une mission providentielle ; jusqu'à ce qu'elle se fût faite franchement principe théocratique, l'autorité n'avait qu'une marque, la
yGoogk
force, s'appuyant accidenteDement sur une superstition ou sur un mensonge.
Mais le principe théocratique pur ne pourra-t-il pas au moins lui-même se scinder? Ne sera-t-il pas possible de se soustraire quelque part à ses étreintes?
Poser la question sérieusement, ce serait presque prouver qu*on ne la comprend pas. Loin de justifier l'absolutisme politique, Tabsolutisme religieux le fait juger en éclairant la voie où il le conduit.
Prenons la plus haute manifestation du principe d'autorité, TÉglise catholique. L'autorité divine, dont l'Église est la dépositaire» est la seule que Ton puisse opposer à l'individu ; car il est bien certain que tout pouvoir qui ne serait pas, qui ne se croirait pas investi d'une autorité divine en principe, ne serait pas le représentant du principe d'autorité, mais seulement un pouvoir humain, justiciable de la raison humaine, et dont les actes accomplis en dehors de ce que la raison avoue ne seraient que des faits de force.
Gela ne doit pas avoir besoin de démonstration. Nulle puissance ne peut se refuser à discuter sur un pied d'égalité qu'en se déclarant investie d'un mandat divin ; et si toutes les religions commandent la foi, c'est que toutes ont pour base une révélation, qui n'est réelle, selon notre croyance per-
yGoogk
sonnelle de chrétien, que dans l'Église de Jésus- Christ.
Mais l'Église catholique a bien compris que l'autorité ne peut pas logiquement s'arrêter à moitié chemin de son œuvre. Au-dessous de la puissance suprême qui déclare la foi, pape, conciles, elle a placé les représentants de la puissance qui réglemente; puis, au-dessous encore, ceux qui font, au tribunal de la pénitence, l'application de la loi à tous les cas particuliers ; de telle sorte que l'autorité spirituelle étend son empire à tous les actes de la vie de chacun, supprimant en définitive la raison et la conscience, qui ne peuvent plus se concevoir dès que les actes sont soumis au contrôle d'un pouvoir indiscutable, et qui est tel parce qu'il est divin.
Voilà le principe d'autorité dans son essence et avec toutes les conséquences qu'il recèle : principe et conséquences que les absolutistes sont condamnés à transporter dans l'ordre politique pour si peu qu'ils s'y engagent. Or nous disons, à rencontre de cette doctrine, qui n'est acceptable qu'à la condition de se renfermer dans l'enceinte du temple, que le droit individuel, humain, subjectif, le seul droit qui se puisse concevoir, celui-là seulement qui autorise le recours à la
yGoogk
INTKODUCTION. 9
force pour repousser une attaque injuste, a son principe dans rhorame même. Le pouvoir qui est en possession de la vérité surnaturelle, n'aura pas ainsi le droit de rendre obligatoires les préceptes qui en découlent. L'enseignement seul lui appartient. On peut discuter sur le droit, peut-être même discutera»t-on toujours ; mais si l'on considère que le droit, quelque idée qu'on s'en fasse, est une faculté qui nous est personnelle, inhérente à notre nature d'être intelligent et libre ; que l'autorité, au contraire, quelque part qu'on la place, le détruit dans l'ordre politique et civil, puisque toute autorité vient du dehors et a ainsi une source directement contraire, il faut bien reconnaître que l'autorité n'en peut donner la mesure, et que tout ce qu'elle peut répondre, si on l'interroge, c'est que le droit n'est pas.
L'autorité dispenserait le droit! Mais elle n'existe que contre lui. Ses largesses ne seraient pas longues; il serait bientôt reconnu qu'elle n'a rien à donner.
On ne pense pas assez qu'autorité et droit sont
deux termes opposés, comme révélation et raison,
deux puissances qui se combattent, deux idées
contraires et qui s'excluent, la négation l'une de
l'autre. Il faut savoir que l'autorité n'a de motif
yGoogk
10 IIWROBUCTION.
d'être que pour soumettre le droit, et que le droit n'existe que comme argument contre l'autorité. Or, si cette contradiction est réelle, il faut de toute nécessité chercher la notion du droit dans la raison, et le principe d'autorité ne peut convenir.
Nous voulons poser nettement le principe de notre méthode, parce qu'il nous ^ toujours paru que les équivoques, la logomachie, les misérables querelles de mots sont en toutes choses le plus grand obstacle à la démonstration de la vérité. Alors que la logique est sévère (et dans toutes les écoles, en se perfectionnant par le concours de tous les adhérents, elle devient telle), les complaisances de mots sont de dangereuses puérilités. On ne peut savoir ce que Von veut si l'on ne sait d'où l'on vient, et aussi si Ton ne s'avoue résolument et le point de départ et le but. Quand les rationalistes, soumettant les dogmes au jugement de la raison, professent en paroles un certain respect pour l'autorité, Ave^ RaftW, c'est de la trahison ; mais quand les absolutistes à leur tour feignent un soin touchant pour le droit, qu'ils ne ruinent pas moins là où ils le trouvent, je ne puis voir dans leur langage que l'expression d'une tendresse trompeuse, comme celle dont certaine fausse grand'mère d'un conte d'enfant nous offre
yGoogk
dans ses discours le plus naïf et parfait modèle.
Est-ce à dire maintenant que le principe rationnel expliquera tout, même hors de la science du droit, et n'aura partout que des conséquences acceptables? Le soutenir témoignerait d'une vue bien courte ; nous avons commencé par limiter son domaine. De même que le principe d'autorité est essentiellement théocratique et implique, une fois reconnu, la négation de la conscience, du devoir moral, du droit ; de même aussi le principe rationnel, hors de sa sphère, vient heurter à tous les problèmes de la destinée humaine, sans qu'il lui soit accordé d'en résoudre aucun.
Nous sommes descendu du principe théocratique à ses conséquences, afin de l'apprécier par ses manifestations ; faisons pour le principe rationnel une route semblable en sens inverse.
L'homme ne peut vivre isolé ; il croit en Dieu d'une manière invincible, quoiqu'il ne puisse se le prouver. Croyant en Dieu, il lui faut des dogmes, d'où dépendra une morale, et par suite les principes mêmes qui sont le fondement des sociétés politiques. Mais ces dogmes, cette morale, ces principes seront enseignés par la révélation, fait naturel s'il en fut jamais ; et alors où se placera la raison ? ËUe détruit tout cela.
yGoogk
Le principe rationnel va aussi loin dans son sens que le principe d'autorité, son contraire, va dans le sien. L'un arrive à tout nier, comme Tautre arrivait à tout prendre.
C'est d'ailleurs ce que l'histoire apprend, et les déductions solitaires du philosophe sont confirmées sur ce point par renseignement historique, qui n'y ajoute rien que la preuve. Qu'est-ce, par exemple, que ce grand fait historique de la Révolution française, le plus grand que l'histoire universelle ait encore enregistré, sinon l'émancipation de la raison dans l'ordre politique, et son autorité souveraine reconnue dans tous les rapports que crée l'état social, aussi bien dans ceux des gouvernés avec les gouvernants, que dans ceux des gouvernés entre eux? C'est le principe de Descartes qui triomphe alors dans l'ordre civil et politique, et le principe de Bellarmin est proscrit. Plus de privilèges, . c'est-à-dire plus de dogmes civils ! Plus de droit divin, c'est-à-dire plus de dogmes poUtiques ! Car l'autorité qui est de toute nécessité un dogme, à moins qu'on n'appelle tout naïvement de ce nom la force brutale, cesse d'être l'autorité si elle doit s'expliquer au tribunal de la raison.
Certes, nous n'imaginerions pas aujourd'hui qu'on pût traiter du droit naturel sans partir de
yGoogk
la Déclaration des droits, qui a bien assurément anéanti le principe d'autorité, ou plutôt sans partir du principe que la Déclaration des droits suppose. Cependant cette erreur déplorable, de suivre l'application de ce principe au delà du cercle du droit, a abusé l'Assemblée constituante elle-même, dans sa fameuse constitution civile du clergé, et la Révolution, entraînée parla force de projection qu'elle dut se donner, dépassait déjà l'application du principe rationnel, quoique dans ce cercle, dont nous en sommes encore, hélas ! à préciser les limites, le principe de 1789 fût bien assurément la vérité.
Pour faire disparaître cette antinomie logique, que tout philosophe de bonne foi ne fera nulle difficulté de reconnaître, il resterait bien que l'autorité et la raison pussent au moins s'exercer chacune dans un cercle limité. Cela a été le rêve de quelques penseurs, et de fait ce partage est à peu près observé; mais c'est un arrangement qui laisse à désirer, quoique Thomme dans son impuissance doive s'en contenter.
Descartes, avant de poser les raisons de son doute méthodique, et plus tard son principe de la certitude, déclare qu'il est des vérités révélées qui demeurent au-dessus de notre intelligence, et il expose qu'il a mis à part les vérités de la foi,
yGoogk
14 INnUNDUGTION.
comme choses qu'il D'est pas besoin de démontrer, et dont on ne peut se défaire même temporairement ^
La précaution était sage, mais ce sera toujours un secret qu'il ait pu la prendre. Est-ce que les vérités de la foi ne sont pas tellement mêlées aux vérités métaphysiques, morales etpolitiques même, qu'il soit possible de les en séparer? Ce classement en deux parts ne s'est jamais fait rigoureusement; cette séparation ne se peut concevoir. Et puis, au point de vue catholique, ce serait une hérésie, cela ruinerait le principe de la confession, entre autres. Descartes, qui croyait mettre à couvert sa foi de chrétien sous cette distinction, n'apercevait pas que sa distinction est un leurre, et que son principe logiquement conduit jusqu'au bout devait infailliblement ruiner les bases de sa foi.
Il n'a pas manqué de docteurs dans les deux camps, pour annoncer fastueusement la conciliation de l'autorité et de la raison. Mais qu'est-il arrivé? selon sa tendance, chacun confisquait le principe contraire à son profit. La conciliation annoncée, le partage promis, aboutissaient à une spoliation.
Telle est bien, en effet, l'éternelle difficulté sur
* Discours de la Mé^de, part. I et ÎU,
INTROBUCTION. 15
laquelle on dissertera sans parvenir à s'entendre. Deux principes également vrais dans leurs commencements marchent à rencontre Tun de l'autre ; deux vérités se contredisent; deux affirmations incontestables se détruisent dans leurs résultats, quand elles viennent à se heurter. C'est notre condition, hélas! pauvres humains, d'osciller entre ces deux extrêmes sans pouvoir nous fixer nulle part. Et ce n'est pas seulement dans l'ordre politique et civil opposé à l'ordre religieux que cette contradiction se manifeste, c'est dans chacun des deux ordres pris isolément. Qui a jamais pu concilier la prescience divine etla volonté humaine? Hais l'impossibilité d'une conciliation de toutes ces antinomies, comme dirait Kant, ne doit pas déterminer le sacrifice d'aucun des deux principes opposés. Il faut savoir ignorer, et ne point aller par dépit, faiblesse ou orgueil, lâcher la vérité à l'une ou à l'autre de ses deux extrémités. Tenonsnous*en ici à la doctrine de Descartes, tout en constatant son inconséquence logique. Gardons bien les deux bouts de la chaîne, et résignonsnous à ne pas connaître le chaînon qui les joint. Croyants inconséquents, rationalistes illogiques, nous aurons au moins la paix de l'âme sans sacrifice. L'homme a une raison, une conscience; il
yGoogk
faut en reconnaître Tempire dans le domaine du droit : que cela nous suffise; le reste ne nous appartient pas.
Nous n'aurions pas tout dit, si, ne pouvant nous flatter de nous faire comprendre en quelques lignes, nous n'espérions au moins être à peu près deviné. Ce que nous voulons noter ici, c'est qu'on ne peut parler de droit sans en parler au nona d'une faculté dont il n'est personne qui ne puisse convenir, la raison ; c'est que, dans Tordre politique, l'autorité qui ne s'appuie que sur elle-même n'est que la force brutale; c'est que pour être acceptée, ne fût-ce que provisoirement, elle doit se rattacher au principe théocratique, qui peut seul la justifier. Mais alors c'en est fait pour tout et en toutes choses de la conscience et de la raison ; car le principe théocratique, par sa nature, n'admet nul partage et courbe tous les êtres sous la puissance de son joug.
Au reste, en réclamant pour la raison, la conscience, le droit (toutes ces choses n'en font qu'une), nous aimons à pensef que nous travaillons à consolider l'ordre social, mieux que nous ne le ferions en défendant le principe d'autorité, qui n'a jamais fondé qu'un ordre mensonger. On invoque l'autorité dans les moments de péril ; les intérêts alarmés
yGoogk
s'abritent alors derrière on ne sait quels mensonges de vertu, pour mériter l'appui tutélaire d'une force quelconque. Mais, après le danger réel ou imaginaire, quel changement dans Tattitude et le langage ! L'impudeur succède à la contrainte, et toutes ces âmes cupides et affaissées mettent fin à cette fatigante comédie de désintéressement que la peur seule faisait jouer. Nous avons vu cela. Au lieu de flatter la force, combien n'esl-il pas plus élevé, plus conservateur et plus moral de rappeler l'immuable et austère règle du devoir et du droit! Cette profession de foi était nécessaire peut-être au début d'un livre dont le principe rationnel pur fait tous les frais. Le droit individuel n'a qu'un principe, la conscience, la raison; toute notre théorie aura pour départ ce point fondamental. Grotius, Hobbes, Kant, Spinoza lui-même» tous si différents entre eux touchant l'idée du droit, n'ont ici qu'un sentiment. Et ce n'est pas seulement la raison qui se soumet, qui doit être le principe du droit ; c'est la raison vraie, celle qui juge et prononce. Nous devions cette déclaration pour prévenir d'un coup toute une classe d'objections. Nous pouvons marcher maintenant. Si l'on veut bien nous accorder la conscience, tout un système, que nous allons exposer, s'ensuivra.
yGoogk
yGoogk