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VI PRÉFACE

administratif. Â plus forte raisoû n'est-il pas un commentaire d'une constitution donnée ou d'un code administratif existant. Ce n'est pas même l'esquisse plus ou moins originale d'une constitution possible; c'est simplement la recherche et l'exposition des principes qui doivent présider â la constitution d'un pays tel que la France. C'est le dégagement de l'esprit de liberté et de justice qui doit inspirer l'organisation et l'exercice des pouvoirs publics chez un peuple pour lequel l'égalité proportionnelle, — la seule naturelle, la seule vraie, la seule juste, — est devenue le premier des principes politiques.

Cette égalité est dans les idées, dans les sentiments et dans les mœurs nationales. C'est la conquête la plus pure, la plus précieuse , la plus profonde et la plus assurée de notre grande, immortelle et féconde révolution du siècle dernier.

L'égalité légitime étant ainsi devenue l'égalité légale, se trouvant reconnue et sanctionnée par la loi positive, étant pour ainsi dire Tâme de notre droit public et privé, étant enfin dans les aspirations les plus légitimes et les destinées les plus désirables des sociétés humaines : toute tentative de retour à un régime quelconque de privilège aurait par le fait un caractère subversif et révolutionnaire des plus condamnables.

Cette tendance rétro^ade est d'autant plus répréhensiblepolitiquementqu'elleest en opposition avec ce qui fait par dessus tout la supériorité de la France sur toutes les autres nations. Ce précieux avantage, l'unité par l'égalité, principe d'une multitude d'autres si on

PRÉFACE. YII

voulait bien le comprendre et le mettre à profit, n'avait point échappé à Tan de nos plus éminents publicistes contemporains. Dans la leçon d^ouverture de son Cours de droit consHtutionnelj Rossi disait : « Uéga- Kté civile est née en France de nos jours. Traverserezvous l'océan ? En tirant un voile sur Tesclavage, vous pourrez, il est vrai, y trouver l'égalité civile, mais point d'unité. Allez-vous au pied des Alpes, vous y rencontrerez également le premier principe récemment établi, mais point d'unité nationale. Traversez laMandie, vous admirerez sans doute les grands et nobles efforts vers l'égalité civile et vers l'unité nationale ; cependant ni Tune ni l'autre n'ont obtenu la pleine et paisible possession du pays. Ainsi la réunion corn- {dëte de ces deux grands principes (l'unité et l'égalité) est un problème que la France seule a résolu jusqu'ici. C'est une nouvelle ère sociale qu'elle a ouverte, une nouveUe religion politique qu'elle a proclamée dans le monde. »

Une autre tendance non moins contraire à la véritable égalité , non moins révolutionnaire ni moins coupable par conséquent, c'est l'égalité brutale, absolue. C'est le privilège retourné.

Les puissants , les forts, les utiles même, s'étaient arrogé au sein des vieilles sociétés une position abusivement privilégiée. Ils s'étaient fait payer bien au delà de sa valeur une supériorité plus souvent matérielle que morale , et peut-être plus souvent nuisible qu'utile. Ils semblaient compter aux autres pour un bien tout le mal qu'ils auraient pu leur faire, mais dont ils daignaient en partie s'abstenir. Les services

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