VIII PRÉFACE
qu'ils avaient pu rendre une fois devaient être payés au centuple , et cela pendant des siècles peut-être, c'est-i-dire tant qu'il plairait à Dieu de perpétuer la race d'un privilégié avec hérédité.
Aujourd'hui, si l'on en croit un certain courant d'idées , les titres à la possession de l'avoir social ne sont point la légitime acquisition du capital par le travail et l'épargne, par la transmission héréditaire avec le sang et le nom , ou par la hbre disposition de sa chose ; c'est le besoin, quelles qu'en soient la cause et la mesure, qu'il provienne de l'inconduite personnelle ou de celle des parents, qu'il ait sa raison dans la paresse , dans un luxe désordonné , dans la débauche et l'intempérance , ou dans tous ces vices réunis, comme dans le malheur le plus immérité. Suivant cette belle théorie, la conduite et l'inconduite ne signifient rien ici ; la vertu et le vice (et pourquoi pas le crime?) sont une même chose, puisqu'ils ne doivent pas être différemment traités. Les conséquences de l'une ne doivent point différer de celles de l'autre. La société a pour mission et pour devoir de réparer immédiatement toutes les inégalités qu'entraînent inévitablement après elles les inégalités natu* relies, personnelles ou autres. Elle n'a point à rechercher les causes de ces inégalités, à se demander si elles ont quoi que ce soit de commun avec le mérite et le démérite. Non, ces idées de mérite et de démérite ne sont que d'intolérables préjugés , aussi peu fondées que celles de vice et de vertu.
Voilà donc l'homme réduit à la condition de l'animal ; ce n'est plus qu'un être capable de jouir et de