‹ Principes du système musical et de l'harmonie théorique et appliquéeChapitre 108 sur 125 · RÉSUMÉ ET CONCLUSION · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ ET CONCLUSION

Préliminaires

546. L' Harmonie prise en son sens général ne pouvant être conçue séparément du Système musical, nous n'avons jamais cru pouvoir éviter d'exposer nos idées à ce sujet. Elles ont pris peu à peu un développement assez important pour former une Première Partie. Nous ne le regrettons pas et espérons que le lecteur y trouvera quelque intérêt.

En ce qui concerne Y Harmonie écrite proprement dite, formant l'objet de la 2e Partie, au cours du xixe siècle, la pratique a élargi dans d'énormes proportions le cadre de ses procédés, sans épuiser toutes les possibilités, qu'il appartient aujourd'hui, semble-t-il, à la théorie de déterminer. C'est ce que nous nous sommes proposé, en adoptant pour méthode, après avoir établi un petit nombre de principes certains, d'en déduire succinctement toutes les conséquences, avec le désir de ne laisser aucun fait caractéristique sans explication, aucune difficulté sans solution. Nous croyons fermement qu'il y a là autant d'utilité môme pratique que dans l'accumulation empirique d'un grand nombre de faits non expliqués.

Nous espérons avoir ainsi aidé à l'analyse de ce qui se trouve d'analysable dans la pratique moderne, sans nous restreindre à ce rôle, si la mission difficile que nous avons assumée a dû nous conduire clans des régions plus ou moins inexplorées.

Quant aux erreurs involontaires que nous ne saurions avoir la prétention d'avoir pu éviter complètement, le temps en fera la part.

Le caractère critique que doit revêtir nécessairement, vis-à-vis d'opinions courantes, un livre destiné à émettre des idées en partie nouvelles, n'est nullement une marque de dédain pour les aïeux. Nous le savons, c'est grâce à eux et à un labeur patient et incessant que les étroites galeries, creusées d'abord à grand'peine, sont arrivées à se développer en nombreuses ramifications, qui, en regard de la simplicité relative des anciens jours, pourraient sembler à des esprits inattentifs un labyrinthe inextricable, si l'on ne possédait pour s'y guider le fil conducteur et jamais brisé de la tonalité.

Malheureusement, vers le commencement du xvne siècle, pour exploiter une veine, qui, sans doute, devait être féconde, mais qu'on finit à tort par croire unique, on oublia d'autres voies connues pourtant et fréquentées de tout temps, abandon non justifié par le motif que la prééminence ne leur appartiendrait pas (28).

De quelques auteurs cités

547. Nous n'avons nulle intention de faire une Histoire des théories musicales : rappelons seulement les noms de quelques auteurs cités dans cet ouvrage, ayant émis des idées nouvelles ou dignes d'attention.

Rameau, après avoir reconnu avec raison la nécessilé de se baser sur une conception d'ensemble du Système musical, eut la gloire, en synthétisant les procédés harmoniques en usage de son temps, de fonder réellement la science harmonique, qui en somme n'a depuis suivi que de loin les énormes perfectionnements de la technique. Ses ouvrages théoriques, dont le style diffus rend la lecture assez difficile, ne sont donc pas seulement une ruine vénérable. Il a formulé le premier la considération si essentielle du renversement dans les accords et entrevu par sa sixte ajoutée la possibilité de résolution ascendante pour les dissonances de contact. Quelques parties de son système de la basse fondamentale sont encore à considérer, et il a conservé à ce sujet des sectateurs même pour des points très pontestables. Enfin, s'il ne lésa pas résolus tous, il a connu, par une intuition plus ou moins précise, l'existence d'une grande partie des problèmes que soulève la théorie primordiale de la Musique, restée depuis presque au même point.

Pour trouver ensuite quelque chose de substantiellement nouveau, et en harmonie seulement, il faut sauter jusqu'en 1820, où Fr. Schneider (Elementarbuch der Harmonie , conteste pour la première fois la nécessilé de la préparation des dissonances. Mais les théories scolastiques étaient encore trop puissantes pour que cette hardiesse fût appréciée comme elle le méritait Peut-être, du reste, pour s'imposer, devait-elle être soutenue par la pratique plus libre et éclairée par la considération de pluralité des gammes diatoniques dans la môme série.

Kn l8io, le Truite de Composition (non terminé) de Barbereau (1), quoique inspiré de la théorie fausse de l'unique progression des quintes, est très intéressant comme contenant une quantité considérable de faits, analysés presque toujours avec sagacité, parfois avec hardiesse. Certaines timidités au contraire sont dues à ce point de vue qu'entre autres nécessités, un Traité d'Harmonie doit préparer aux concours dans le style convenu des écoles. Cet ouvrage peut encore être consulté avec fruit.

En 18o3. dans Y Introduction de son Traité d'Harmonie, Savard, au lieu de chercher vainement, dans l'admission d'un son 7 faux, l'origine de la série diatonique complète, la reconnaît simplement dans la considération du fa comme son prime de YécheJJe sans accidents. Celle conception avait, du reste, été déjà pressentie par Rameau [Démonstration... p. 26). Il restait à en tirer les conséquences complèles par l'admission de la pluralité des gammes de même série.

Le Traité d'Harmonie de Reber, paru en 1802, quoique étranger à toute théorie sur le système musical, est un ouvrage en général méthodique et raisonné, présentant beaucoup d'intérêt au point de vue de la science pratique de l'Harmonie. Aussi, malgré des lacunes et certaines erreurs, dues surtout aux préjugés de l'époque où il fut écrit, peut-il encore aujourd'hui servir souvent de point de départ dans une étude sérieuse sur l'Harmonie. Reber est un esprit pénétrant et judicieux qui, lors même qu'il ne croit pas devoir entrer dans une voie trop peu frayée encore, laisse presque toujours, au moins par un mot ou une noie, la porte ouverte aux possibilités qu'il entrevoit. Cet ouvrage a été heureusement commenté par M. Théodore Dubois dans ses Notes et Etudes.. , qui en forment l'utile complément.

Par sa Théorie physiologique de la Musique (Trad. Guéroull, Paris, 1868), Hellmhollz a apporté à la science de X Acoustique musicale une importante contribution. Mais, dans la totalité des phénomènes, il ne distingue pas les faits seuls nécessaires à la constitution du Système musical proprement dit, dont il ne donne qu'une idée contestable sur bien des points, en tout cas incomplète.

Les ouvrages les plus récents touchant à notre sujet sont : le Cours de Composition de M. d'Indy (1er volume), en collaboration avec M. Sérieyx, adoptant comme bases du Système musical les théories émises en Allemagne, en partie d'après les anciennes conceptions de Tartini, par von GErsted et Riemann, et qui, démontrées ou non, ne nous paraissent, en tout cas, présenter qu'un intérêt limité, et le Traité d'Harmonie de Gevaert (2), certes d'un haut intérêt et écrit dans un style savoureux; seulement c'est un livre de très érudit

(1 et 2) Henry Lkmoine et C", éditeurs-propriétaires. — Citations autorisées.

empirisme plutôt que de théorie, et la considération historique et analytique y prime le côté pratique. On attendait peut-être de ce vigoureux espritle développement d'idées plus hardies par lui émises en d'autres temps à l'état embryonnaire. Il préféra se renfermer dans le cercle restreint des théories courantes et faire, en y apportant du reste des aperçus suggestifs, le catalogue des procédés harmoniques employés du commencement du xvn» siècle à Wagner inclusivement. En raison même de la légitime autorité du nom de Gevaert et de la date de son Traité, nous avons été amené fréquemment à discuter ses opinions.

Il faut bien enfin citer Fétis, dont pourtant l'énorme et méritant labeur aboutit ici à une véritable indigence théorique. Si Fétis avait été un obscur organiste de province, élaborant dans l'ombre de son village des conceptions sans retentissement, le silence s'expliquerait. Mais, sans avoir apporté aucune vue substantielle, sauf quelque peu, après Rameau et Catel, dans une insuffisante idée delà substitution, il a emprunté aux situations élevées qu'il occupa une autorité justifiée sans doute à d'autres égards, usurpée certainement quant à la théorie musicale. Aujourd'hui encore, malgré les sourires de quelques musiciens, cette influence néfaste surnage dans les écoles et dans les manuels ; et comment le disciple naïf ne serait-il pas fasciné par le glorieux brevet de créateur définitif de la science musicale que railleur se décerne à la fin de son Traité (1) : « Parvenue à ce point, la théorie de l'Har- « monie est au dernier terme de l'art et de la science : elle est complète, et rien n'y peut être « ajouté ! » Un mot de protestation était nécessaire.

(1) 9e édition, 1867, Bbandus et Dufour, éditeurs; Joubert, successeur. — Citations autorisées,

PREMIÈRE SECTION RÉSUMÉ

Observation générale

548. Ce Résumé est surtout destiné à faire ressortir celles des idées exposées qui présentent un caractère plus formel de nouveauté. Au risque de nous répéter parfois, nous insisterons sur la Première Partie, pour que le lecteur puisse envisager avec le plus de clarté possible l'idée nette à laquelle nous sommes arrivé, non sans réflexion, au sujet de la si délicate question de la constitution du Système Musical.

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