OBSERVATIONS DIVERSES
Du Timbre
147. En ce qui concerne les voix, car les instruments présentent des conditions différentes, les intonations primaire et secondaire nous paraissent différer de timbre, les premières d'une sonorité plus ronde et pleine mais assez immobile, les secondes plus faibles dans la vocalisation, mais plus vivantes et vibrantes, plus aptes au renforcement en ellesmêmes et aux inflexions particulières dont nous allons parler. Forcée, l'intonation primaire ne peut guère que passer directement à la forme secondaire.
Intonations forcées ou Expressives
148. En dehors des intonations naturelles et tempérées, l'art admet, aussi bien pour les voix que pour les instruments, des intonations poussées ou forcées affaiblissant l'intervalle de demi-Ion dans une proportion plus ou moins forte mais indéterminable, car les dénominations de tiers ou quarts de ton, aussi impropres que celle de demi-ton, ont en plus l'inconvénient de ne correspondre à aucun rapport acoustique significatif. Le fait se produit en général par le genre d'attaque dit accent expressif, pour la conjointe par demi-ton d'une note considérée comme principale, et il comporte surtout des durées assez brèves (comme les ornements dont nous parlerons plus tard), notamment en contact avec des harmonies soutenues. Cette tension attractive vers le degré dont l'intonation est en somme seule visée indirectement est aisément admise et paraît souvent même désirée par le sentiment esthétique.
En voici un exemple instrumental :
Beethoven, Quatuor à cordes, op. 131.
3 ne laisse pas de doute sur l'intention d'obtenir en la une intonation forcée, et aucun bon musicien ne s'y trompera. Il faut même admettre l'application de ce genre d'intonation à un degré maître dans son mouvement descendant vers un degré subordonné, comme dans l'exemple qui vient d'être cité.
Intonations Discordantes et Incohérentes
149. C'est ici le lieu de faire deux remarques très importantes.
Nous avons déjà dit (13) que les intonations d'harmoniques discordants étaient complètement étrangères à la voix humaine, pour laquelle elles sont physiologiquenient une impossibilité, malgré leur existence matérielle en tant que résonances naturelles.
Pour les intonations qu'on a appelées tiers, quart, cinquième de ton, elles sont encore plus imaginaires et ne peuvent trouver place dans aucune théorie. Également impossibles physiologiquenient, elles ne correspondent en outre à aucun fait physique défini ; leur incohérence est donc manifeste. Peu importe qu'un chanteur habile puisse intercaler entre deux sons diatoniques à dislance de ton ou de demi-ton des sons intermédiaires plus ou moins rapprochés ; rien ne permet d'attribuer à ceux-ci un rapport déterminé leur créant une existence formelle; ce sont des sons de hasard et de passage entre deux sons délinis, constituant à leur limite numérique le port de voix qui, entre ces deux sons, peut être considéré comme faisant entendre l'infinité des sons intermédiaires.
Le portamento est évidemment applicable aux intervalles même non conjoints, puisque l'infinité des sons intermédiaires comprend nécessairement les degrés du système intégral.
Quant aux échelons non classables, il n'est pas impossible, notamment pour les instruments à cordes, d'en concevoir exceptionnellement l'emploi, même entre deux degrés non conjoints, par exemple à intervalles de tierce; car au delà l'incohérence paraîtrait évidente. Un pareil procédé, évidemment exceptionnel et ornemental, aurait nécessairement pour condition une certaine brièveté (542).
Inexistence du tempérament dans un ensemble purement vocal
150. Un chœur de voix, isolé de tout autre élément, aussi bien qu'une voix seule, ne peut faire acte de tempérament, et, après avoir, même en s'en tenant aux modulations voisines progressives, évolué jusqu'à un certain point d'éloignement rendant le retour à la tonalité primordiale impossible par voie prompte directe, ils ne trouveront aucun secours à cet égard dans une écriture enharmonique. Outre les déviations que nous avons signalées comme naturelles, d'autres résultant de la fatigue des voix ont pu se produire. En somme, il manque un point de repère fixe et on ne peut considérer comme tel le sentiment acquis par habitude du degré de hauteur nominal du son, que tout d'abord certains très bons musiciens ne possèdent pas, qui ensuite ne peut être très précis et ne pourrait du reste brusquement rectifier sans incohérence des intonations déviées.
Pour ce motif, la voix humaine ne peut jamais être propre, même avec l'appui des instruments, aux modulations rapides et serrées ; une autre raison encore en est que l'action réflexe joue dans ses intonations un rôle au moins égal et sans doute supérieur à la volonté.
Concours de la voix avec un instrument possédant des sons immuables
151. Le piano ayant été par ses intonations moyennes un précieux élément pour nos expériences, il reste peu à dire à ce sujet. Rappelons que, pendant la tenue d'un accord majeur, on a, comme intonations vocales isolées, l'identité pour la fondamentale, un son plus bas pour la tierce majeure et plus haut pour la quinte, et pendant la tenue d'un accord mineur, l'identité pour les médiantes et des sons plus graves pour la fondamentale et la quinte. Ainsi est affirmée l'indépendance de la voix entonnant les degrés naturels malgré la concomitance, dans l'instrument tempéré, de degrés homonymes approximatifs, même préexistants, sauf pour les points de repère s'imposant à la voix d'après une loi qu'on peut ainsi formuler : Dans une simultanéité de durée suffisante, lorsque le degré régulateur est émis à la fois par un organe à sons immuables et un autre flexible et inconscient comme la voix, celui-ci doit se raccorder au premier en par faite consonance d'unisson ou octave; les autres degrés sont pris en fonction du son régulateur (106, 112).
A ce point de vue seulement, il est exact de dire que la voix emprunte une part de ses intonations à l'instrument tempéré concomitant, et toujours par flexion.
Des conditions analogues semblent régler les rapports de la voix avec des instruments à cordes et de ceux-ci vis à-vis d'un instrument tempéré.
Distinction des Flexions