INTERVALLES DISSONANTS
Dissonance par contact
321. En harmonie non altérée, la dissonance de contact suppose deux sons de nom différent en relation diatonique de seconde, dont l'audition simultanée produit sur notre oreille une sensation particulière de choc, de frottement, exigeant impérieusement, en principe, comme suite, un mouvement à'écartement que nous appelons résolution. Nous disons en ce cas que ces deux sons sont en état de dissonance par contact, mais nous sousen tendrons souvent ce dernier terme, là ou nulle confusion ne sera à craindre avec dissonance simple.
La dureté déjà propre à la seconde majeure s'exaspère pour la seconde mineure, l'intervalle simultané le plus répulsif de ceux usités en musique, tellement que son abus dans le registre grave de l'orgue tendrait à le désaccorder par les vibrations contradictoires imprimées aux parois des tuyaux.
Si nous renversons les deux espèces de seconde majeure et mineure, nous obtenons deux septièmes, mineure et majeure, qui ne peuvent manquer d'avoir également le caractère de dissonances, ainsi que nous l'avons fait ressortir plus haut, quoique l'éloignement nécessairement plus grand et la disposition même des termes lui enlève de son âpreté. Évidemment, dans ce cas, la résolution devra être en sens contraire et consister en un rapprochement au lieu d'un écartement.
Principe de Résolution
322. Conformément à la pratique générale et non pas seulement moderne, nous croyons pouvoir énoncer ainsi les conditions de celte résolution : la dissonance de contact, agrégation sans aucun équilibre, tendant toujours par le chemin le plus court vers une consonance, agrégation équilibrée, pour la résoudre, il faut et il suffit, comme minimum de mouvement, que l'un de ses deux termes, s'il s'agit de la seconde, s'éloigne de Vautre par mouvement conjoint, c'est-à-dire que la note inférieure descende ou que la note supérieure monte d'un degré. Naturellement, pour le renversement, la septième, ce serait la note supérieure qui descendrait ou la note inférieure qui monterait. Le cas le plus simple est celui où celle des deux notes qui n'a pas le rôle actif dans la résolution reste immobile [a, b), mais il peut en
être autrement, et elle garde son mouvement libre de se porter simultanément sur un degré où elle peut former, non seulement une consonance (c), mais encore une nouvelle dissonance avec la note de résolution (d).
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Peu importe qu'il y ait doute sur celle des deux résolutions possibles qui aura lieu. Du moment que l'une se produit, l'oreille est satisfaite, et il semble n'avoir jamais été question de l'autre, sans bien entendu qu'il y ait aucun empêchement à ce qu'elles coexistent comme en e.
En principe (224), et sauf considérations d'exception (404;, la note libre est soumise aux conditions d'élégance ordinaires dans le mouvement des parties, qu'il serait en général maladroit de faire croiser pour arriver par mouvement semblable, soit sur un unisson ou une octave, soit sur une dissonance de même nature.
mauvais bon
mauvais bon mauvais bon
323. On ne peut considérer comme mouvement conjoint susceptible de donner une résolution régulière de la dissonance que celui qui correspond à un intervalle naturel dans le diatonique, c'est-à-dire de ton ou de demi-ton non chromatique. Harmoniquement, la seconde augmentée, qui est toujours le résultat d'une altération, apparaît comme disjointe, et nous ne saurions regarder comme normale la succession :
Substitution ou Appoggiature harmonique
324. La loi de résolution par la voie la plus courte peut, semble-t-il, dans les conditions et sous les réserves établies plus loin, s'interpréter en considérant la note en mouvement de résolution sur sa conjointe comme appelant celle-ci, comme sa substituée momentanée à titre <X appoggiature harmonique (de durée quelconque, à la différence de Yornementale) ; elle ne serait du reste qu'un cas de ce genre d'appoggiature, qui peut exister en dehors de toute résolution de dissonance (341, 342).
Critique de la théorie scolastique sur la Dissonance
325. La théorie sur la Dissonance qui a cours dans les écoles est singulièrement en retard, aussi bien sur la logique que sur une pratique pourtant ancienne. Tout d'abord, par suite de certaines considérations fausses à examiner plus tard, au lieu de voir dans le contact abrupt de la seconde la vraie dissonance originelle, on en fait le simple renversement secondaire de la septième considérée comme fondamentale . Mais, ce qui est plus grave, c'est la monstrueuse impropriété de termes, source de principes erronés, se perpétuant depuis Rameau et consistant à appeler dissonance ou note dissonante l'un des termes de la dissonance elle-même. Et Rameau {Traité de l'Harmonie, p. 97) disant clans un cas : « la dissonance (la septième) descend », pas un de ses copistes, même parmi les plus récents, n'a manqué de répéter : « la dissonance descend ». Qu'est-ce donc qu'une dissonance, sinon un
rapport de deux notes dont ni l'une ni l'autre ue peut être dite elle-môme dissonante ? Pour une consonance . viendrait-il à l'idée d'attribuer à l'un de ses deux ternies seulement le rôle de note consonantel Et peut-on dire qu'un rapport descend ?
Pourtant Rameau, s'il n'a pas dégagé le principe général non justifié encore par la pratique de son temps, l'a du moins pressenti avec-sa sixte ajoutée, où le terme supérieur de la seconde prend un mouvement ascendant dans un cas particulier {Traité de VHarmonie, p. 64, et Supplément, p. 3).
Il faut le reconnaître aussi, à part Fétis, qui trouve dans le silence le meilleur argument contre des faits gênants {Traité d'Harmonie, L. II), les auteurs de manuels scolastiques, ne pouvant nier l'évidence, consentent de mauvaise grâce à admettre la résolution ascendante, mais comme exceptionnelle, à la différence de la résolution descendante dite naturelle. Seul l'esprit judicieux de Reher, tout en n'osant pas dégager le principe réel, quand il parle de notes dissonantes maintenues en place (§ 185, 342), ne s'y trompe pas, et dans une note il est vrai, au § 195 (il faut toujours lire les notes de Reber), il n'attribue à ces termes (naturelle, exceptionnelle) qu'une importance de classification. Mais celle-ci est trompeuse, et il faut proclamer bien baut que cette dualité dans la possibilité de résolution est l'application d'un principe général.
Intervalle de Neuvième
326. D'après ce que nous venons de dire, on peut affirmer qu'en principe (sauf considération de pédale), une succession telle que celle-ci :
est contraire à la nature des eboses et inadmissible harmoniquement, c'est-à-dire avec les conditions de durée quelconque attribuable à volonté aux faits harmoniques.
Si au contraire nous élevons la note supérieure d'une octave, rien n'empêclie assurément que le ré et le fa soient regardés comme les répliques du ré et du fa plus graves, et que des résolutions puissent se faire normalement ainsi :
Dans ce cas, et quoique l'intervalle ne change pas de nature ni de position, sa dureté se trouve quelque peu atténuée par la seule considération de distance entre ses termes. Mais, par ce transport, la même note acquiert en outre une nouvelle tendance possible de descente sur Voctave de la note grave, donnant une résolution satisfaisante qu'on peut choisir au lieu des deux autres [a). Bien entendu le mouvement de la note grave reste libre et peut se porter vers un autre degré (6), même en état de dissonance avec la note de résolution (c), surtout par mouvement contraire, la note grave de l'intervalle de 9e se trouvant libérée simultanément au mouvement descendant d'un degré de la neuvième.
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D'une manière générale, notre oreille admet parfaitement que, dans un accord quelconque, la même note figure à la fois à son état naturel et sous la forme de neuvième substituée à son octave avant de se résoudre sur celle-ci, et nous verrons plus tard que plusieurs notes d'un même accord peuvent simultanément se trouver dans ce cas.
Mais il faut insister sur ce point très important, qu'entre deux notes à distance de neuvième, la relation harmonique de neuvième n'existe pas nécessairement : ce peut être au contraire la relation harmonique de seconde par voie de réplique (343). C'est pourquoi la dissonance de neuvième, identique matériellement à une seconde espacée, dont elle ne diffère harmoniquement que par un l'ait postérieur incertain, constitue bien réellement une dissonance de contact. Seule en effet la résolution opérée sur l'agrégation suivante en détermine le caractère, et, comme nous l'avons déjà dit pour la double résolution possible de la seconde, du moment qu'elle s'est produite, il semble n'avoir jamais été question des autres.
Le renversement de la neuvième est impossible, puisqu'il ne peut produire qu'une relation de seconde ou de septième dont la résolution normale deviendrait nécessaire.
Inexistence d'intervalles formels plus écartés que la Neuvième
327. La quarte et la sixte d'un son donné ne pouvant être avec ce son en état de dissonance de contact et ayant des mouvements libres relativement à lui, il apparaît a priori que leur élévation à l'octave supérieure ne peut donner que des répliques sans caractère harmonique différent. Nous le démontrerons d'une manière plus précise en parlant des accords pluridissonants. La considération d'intervalles plus grands que la neuvième (onzième et treizième) ne présente donc aucun intérêt, et doit passer pour inexistante. Ce qui a pu donner cours à l'illusion contraire, c'est la possibilité de doubles et triples considérations de neuvième, dont il sera parlé plus tard (346, 357, 358, 391).
Non nécessité de Préparation de la dissonance
328. Qu'il s'agisse de seconde, de septième, de neuvième, la préparation des dissonances ne nous paraît présenter aucun caractère de nécessité. Cette opinion est conforme à la pratique moderne, et en outre on pourrait citer à l'appui beaucoup de faits antérieurs. Qu'on nous permette une anecdote à ce propos. L'élève d'un maître éminent lui demandant pourquoi dans ses œuvres il paraissait si peu se soucier des principes enseignés par lui à cet égard, en recevait cette réponse :« Mon ami, connaissez-vous ce joyeux personnage de roman, qui, lorgnant une poularde bien en point, un jour d'abstinence, faisait taire ses scrupules en lui disant : Jeté baptise carpe. S'il a pu m'arriver d'en user aussi librement avec une dissonance, soyez assuré que je l'avais d'abord baptisée appoggiature. » On ne pouvait mieux dire, toute note qui, dans une succession de deux accords, se meut vers un degré voisin pouvant au besoin être considérée comme son appoggiature (ici supposée harmonique, bien entendu), sans même qu'il soit nécessaire qu'elle fût dans le premier accord en relation de dissonance avec une autre note. La dualité des résolutions possibles serait à elle seule un motif suffisant de rejeter la nécessité de préparation, car dans l'incertitude, pouvant se produire en longue durée, de la résolution qui aura lieu, quelle note faudrait-il préparer ?
Tout accord peut être à la rigueur considéré comme appoggialurant le suivant, en ce qui concerne les notes à mouvement conjoint non doublées, en rapport ou non de dissonance, conformément aux mouvements qui se sont produits en fait, la possibilité de ceux qui n'ont pas été effectués semblant n'avoir jamais existé.
Si la préparation n'est pas indispensable, elle est, bien entendu, possible et produit des effets spéciaux utilisés continuellement, et en particulier dans le style d'école, sous le nom de prolongations, suspensions, retards, dont les conditions seront étudiées plus loin (397 et s.).
La règle de préparation a eu pour cause originelle chez les anciens la difficulté réelle d'attaque simultanée des dissonances dans un art surtout vocal et ne faisant guère qu'emprunter les formes vocales dans la musique instrumentale.
Les maîtres italiens du xvm6 siècle employaient quelquefois des passages comme le sui-
vant, qui, grâce au croisement des voix égales, et malgré la préparation de fait, donnent une impression analogue à la non-préparation : A Grave , , | Schéma
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Pehgolkse, Slabal.
A part l'élégance scolastique de la prolongation, qui n'est en somme qu'une question de rythme, n'est-ce pas au fond synonyme du schéma qui suit?
Exemple d'une harmonie dissonante d'accords de 2 sons à 2 parties
Même succession sans appoggiatnres barmonlqnes
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