PRINCIPES GÉNÉRAUX
Principe de l'Altération
422. Dans le mouvement mélodique entre deux degrés diatoniques à distance de ton entier, le sens esthétique admet la substitution à l'un d'eux de son expression haussée ou abaissée dans le sens de l'autre d'un demi-ton chromatique, avec ou sans préparation du dégrevai té ré par le degré naturel.
En série UT
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±JKL
Tel est le principe de l'altération. Le résultat de cette substitution n'a rien d'anormal, puisqu'il se borne à créer artificiellement entre les deux conjointes un rapport de demi-ton égal à chacun des deux demi-tons figurant déjà a l'état naturel dans la série diatonique (35).
Pour abréger, nous adoptons les expressions hausser, baisser, haussement, abaissement, comme synonymes de altérer eu montant ou en descendant, altération ascendante ou descendante.
Les ellets de diverse nature produits par cet artifice ne constituent pas un motif suffisant d'attribuer des dénominations différentes, altérations, chromatisme, accords accidentés ou d'emprunt, à des faits exactement semblables, applications d'un même principe.
Fonction harmonique ou ornementale du degré altéré
423. La distinction entre altération harmonique ou mélodique, telle que l'entend Reber, d'une manière du reste assez diffuse (§ 263 et ss.) n'a aucun fondement. Il semblerait en résulter que toute altération brève est nécessairement mélodique. Or, de ce que la brièveté est une condition naturelle de la considération improprement dite mélodique, et que nous appelons (['ornement, on n'en saurait déduire qu'elle est interdite aux faits harmoniques lesquels sont susceptibles de toute espèce de durée courte ou longue. Nous avons déjà établi la vraie distinction à faire entre le fait harmonique et l'ornement (366).
Condition d'Altérabilité
424. La. condition d'altérabilité en un sens d'une uote est qu'elle soit, à l'état naturel, à distance d'un tou entier de la conjointe vers laquelle tend l'altération : elle est altérable dans les deux directions, quand la condition existe dans les deux sens.
Dans une série donnée, le premeir et le quatrième degré ne peuvent donc recevoir que l'altération ascendante, le troisième et le septième que l'altération descendante; tous les autres peuvent être altérés dans les deux sens. Ainsi, sans sortir de la série UT, on peut rencontrer tous les degrés affectés d'un » ou d'un >, sauf mit,, si 8, ut \>, fa [?. Du moins on ne pourrait rencontrer ces altérations, de même que d'autres comportant des 88 ou des \fr, que comme ornements d'une note déjà altérée (518, 519).
Exemple (en supposant la série UT).
tr
fc*&
tr
je xfl
Effet différent des altérations d'après leur sens
425. Nous croyons pouvoir caractériser Y effet différent des altérations suivant le sens où elles se produisent en disant, si l'on nous permet une comparaison vulgaire, que, dans l'assaisonnement harmonique, le haussement représente le vinaigre et l'abaissement Yhuile. Dans le premier cas, sentiment d'aigreur, dans le deuxième cas, adoucissement. Et ceci, quand même on pourrait arriver suivant les degrés, de l'une ou de l'autre manière, à la même espèce d'intervalle.
Sixte augmentée
Sixte augmentée
Ex.
Sixte augmentée
Le sentiment de la tonalité où l'on se trouve nous paraît suffisant pour expliquer l'impression différente. En c, où la sixte augmentée résulte d'une double altération en sens contraire, l'impression serait mixte.
Évolution Historique du procédé altératif
426. L'altération descendante semble bien la plus ancienne ; en tout cas, dans les mélopées du plain-chant romain, qui seules peuvent nous donner une idée probable de l'emploi concurrent du si : et du si \? dans les systèmes parfaits antiques, les pièces contenant à la fois ces deux degrés comportent bien plus souvent la sensation d'abaissement du si b, par |? que de haussement du si |? par fc|, qui correspond réellement par transposition au haussement du fa par 3 dans la série sans accidents. On peut remarquer en particulier la rareté relative du mouvement si \? — ut.
Quant à ce que les modernes appellent mouvement chromatique d'un degré diatonique vers un autre tel que si q — si [? la, ou si [? — si'q — ut, malgré l'existence des degrés qui le constituent dans les systèmes parfaits, son exclusion du plain-chant ferait supposer qu'il était aussi inconnu des Grecs anciens dont le genre chromatique , malgré la similitude d'appellation, aurait aussi bien ignoré des successions semblables.
D'autre part, dans l'état actuel de la science, rien ne permet d'établir un lien historique entre "d'art antique des Hellènes et les gammes modulantes d'usage actuel en Orient (181), notamment dans la musique liturgique du rite grec.
Vers la fin du xvie siècle, l'altération ascendante prit un essor considérable, à la faveur duquel furent systématisées les fausses théories sur la note sensible. L'abus qui en fut fait n'est pas sans donner à certaines œuvres, disons même chefs-d'œuvre, de la fin du xvne siècle et de la première moitié du xvme, un caractère particulier d'aigreur harmonique dans l'ensemble.
De nos jours seulement L'altération descendante tend à prendre nue importance sensiblement égale à celle de l'altération ascendante.
Écriture de la Gamme Chromatique
427. Les principes ci-dessus exposés sont synthétisés dans la gamme chromatique, qui, en série UT, devra, selon nous, s'écrire de celte manière :
jjï *#» a
^trl^t,^
♦fr* # ^
L'emploi de bémols en montant ou de dièses en descendant supposerait nécessairement des modulations. Bien entendu, dans les autres séries, les degrés bémolisés ou diésés diatoniques seraient haussés ou baissés par le q.
Barbereau, dans une dissertation obscure, a tenté de justifier le système, adopté par beaucoup de musiciens, de substituer, à la S — si, si [? — si q, et à sol fy — fa, fa g — fa b^, dans le but non motivé d'éviter des degrés d'altération n'existant comme diatoniques que dans des séries éloignées. C'est ce que Durand (p. 157) appelle être plus tonal. C'est tout le contraire. Il n'y a là qu'un usage non justifié, à moins que le contexte musical total ne soit formellement décisif en ce sens.
Pour nous, dans ce passage bien connu, le ré g est indûment substitué au mify :
Allegro con l'uoco "k 7 I o I o I o '
Quand on parle de gamme chromatique mélodique, on se place apparemment dans une série donnée, aux accords propres de laquelle pourra se superposer ornementalement cette gamme en totalité ou par fragments (539, 540). Or, dans ces exemples :
Ht»: I
Sr
Qui oserait en a, substituer au la g un si p? Le si q aigu serait alors une altération du si (?, qui serait donc diatonique, chose impossible avec la série en cours supposée et déterminée par l'harmonie.
Qui oserait en b, substituer au sol ? un fa g? Le fa q contenu dans la gamme serait une altération du fa g, qui serait donc diatonique, chose encore impossible.
Nous verrons plus loin que le fa g et le sol p ne sont pas moins normaux comme fonction d'une harmonie schématique (cf. 125, 435).
Résolution de l'Altération
428. Il est aisé de railler « la théorie enfantine des vieux harmonistes, d'après laquelle les sons diésés devraient monter, les sons bémolisés descendre » (Gevaert, § 182, B).
Pourtant, à moins de se renfermer dans l'empirisme grossier des degrés intermédiaires tempérés (et à quoi bon alors deux signes différents?), il faut bien reconnaître que les altérations créent des tendances qui se réalisent ou non, suivant des conditions que nous allons déterminer.
Quoique l'altération n'amène pas nécessairement une dissonance, on peut appeler résolution la satisfaction, immédiate ou retardée, explicite ou implicite, parfois même sousentendue, donnée à sa tendance naturelle, et elle ne peut être évitée que par une modulation formelle.
A la différence de ce qui a lieu pour les dissonances, dont chacune comporte deux possibilités différentes de résolution, chaque altération n'est évidemment susceptible que d'une seule.
Si cette résolution se produit, il peut y avoir, selon le contexte musical, maintien ou changement de série, soit, en ce dernier cas, modulation, et souvent analyse possible des deux manières, mais préférable de la manière la moins divergente.
Le défaut de résolution explicite ou implicite implique nécessairement modulation (430).
Ne traitant pas encore des modulations, il est entendu qu'en parlant de résolution nécessaire, nous avons en vue jusque-là l'effet des altérations dans une même série.
Ces conditions peuvent se produire aussi bien par le seul effet d'une partie ornée superposée au schéma harmonique que par ce schéma lui-même (518).