ÉLÉMENS DES CORPS
Que doit-on entendre par élémens des corps, et que peut-on, en généralités, dire de ces élémens? Les substances qui jusqu’ici ne se sont pas i^lrées actives, ne peuvent être pour nous des élémens : leur activité cachée, que nous devons considérer comme éteinte, nous les présente comme des composés; d’ailleurs la qualité élémentaire ne peut résider que dans des corps ayant peu de poids et saturant par peu de matière. Des corps qui n’ont pas ce caractère, quoiqu’ultérieuremcnt indécomposables , sont déjà des corps composés. Les métaux sont de celte nature.
Parmi les corps connus, aucun n’est plus léger que l’hydrogène, et aucun ne sature avec plus de capacité les autres corps : i de sa matière satisfait dans leurs affinités, 7, 5 d’oxigène, 3a de chlore, 117, 5 d’iode, i5 de soufre, au moins 5, si pas 7, 5 de phosphore, 3 de carbone, a5, 5 de radical prussique; d’où résultent l’eau, les gaz acides muriatique et indique, et les hydrogènes sulfuré, phosphoré, carboné et prussuré. L’hydrogène se présente pur et exempt de combinaison avec le calorique, car l’on ne voit pas que la moindre quantité de cet agent soit requise pour le gazifier, et ce qui en est exigé pour le faire sortir de combinaison, reste combiné avec l’oxigène par lequel il était retenu.
L’oxigèiie est un autre élément; mais il n’est pas simple, car dans son état le moins composé, il est saturé de calorique : i d’oxigène et i de calorique forment le gaz oxigène. On peut le considérer comme
ÉLÉMENS DES COPvPS.
jouissant seul de l’atiraciion clilmiqne , et les autres corps, comme obéissant à son besoin de saturation.
Le calorique, corps étranger à notre planète, est un troisième élément dont l’activité comme matière , se manifeste dans toutes les compositions; il fait équilibre à l’affinité de l’hydrogène avec l’oxigène , et par sa tendance à s’échapper jointe à la faculté que la nature et l’art ont de le concentrer, il entretient l’action de la matière ; et par les modifications dont il est susceptible et qui produisent chacune de différens effets, il peut être considéré comme un triple élément.
Deux corps simples ne peuvent s’unir dans plus d’un rapport; i avec i, c’est ainsi qu’est uni l’oxigène avec le calorique dans le gaz oxigène, et que le serait l’hydrogène avec l’oxigène, si le calorique ne s’opposait à celte union ou pouvait en être exclu. Une pareille union a dû exister avant l’organisation du monde et existe saiis doute encoi’e dans ce que je nomme la hase inerte des corps.
On voit déjà que sans l’adjonction du calorique à la matière terrestre, un seul composé aurait été produit. Comment cette adjonction a-t-elle pu changer l’état du globe, et à une matière inactive, donner l’activité? C’est la supériorité d’attraction de l'oxigène pour le calorique sur celle pour l’hydrogène, laquelle est dans le rapport de 6 , 5 à i , qui a produit cet effet.
Il doit y avoir dans la matière organisée du globe autant de caloi’ique que d’hydrogène ; et en effet , comme l’oxigène ne saurait se maintenir hors de saturation, ce que l’hydrogène a cessé d’en saturer, a dû être saturé par du calorique. Qu’on veuille réfléchir que je ne parle que de la matière rendue active,
ÉLÉMKNS DES COUPS.
ou, ce qui est la même chose, constituée en organisation; l’hydrogène devient actif en devenant incom-. 3ine, et l’oxigène le devient en se saturant de calorique* car l’activité de l’un consiste à pouvoir être pris jiar 1 autre en échange de calorique, et celle de l’autre, à pouvoir céder du calorique en échange d’hydrogène.
De 1 oxigene seul et de l’oxigène avec de l’hydrogene, ont été la matière terrestre enlevée par le calorique; d où sont résultés le gaz oxigène et l’eau; et cette matière s’est trouvée surcombinéè d’hydrogène sans calorique, ce qui a produit des métaux, et avec du calorique ou avec de l’oxigène organisé, d’où
sont résultés les oxides des métaux et les radicaux des acides.
Ainsi, autant il a été rendu actif en oxigène, autant il a été mis hors de saturation en hydrogène ; et deux corps qui pour la saturation d’un troisième corps doivent mutuellement se relever, ne peuvent se trouver qu’en égales proportions.
Voilà ce que, d’après l’indication des faits, on peut conjecturer de plus raisonnable sur le nombre et la nature des élémens; ce sont là certainement des ‘conjectures, mais des conjectures qui, pour être confirmées, n ont besoin que de la découverte de quelques métaux artificiels de plus.
S il se trouvait un métal dans lequel la matière incite fut surcombinee de 7,5 d’hydrogène et que ce métal pùt prendre 7, 5 d’oxigène, ce serait en composé de parties égales d’oxigêne et d’hydrogène, et ainsi en matière primitive, qu’il serait converti.
de L’HYDROGÈNE.
L’hydrogène est bien assurément le corps le plus important de la chimie; aucun autre ne contracte des combinaisons aussi générales , et ne sature par une aussi faible quantité de sa matière; en effet, son nombre est i, tandis que celui de l’oxigene, qui ^ après lui, sature par la moindre quantité de madère,
est déjà 7, 5.
L’hydrogène est évidemment le seul corps simple, ou du moins le seul qui peut exister en état de simplicité. Il n’exerce par lui-même aucune attraction, et s’il s’engage, c’est qu’il est attiré par d autres corps et par des corps qui contiennent de 1 oxigène, car avec les corps réduits, il n’entretient pas la moindre relation. Nous considérons la combustibilité comme dépendante entièrement de lui.
Les corps qui recherchent l’hydrogène et le fixent en échange de calorique , font déjà un pas vers la désorganisation : c’est de la matière inerte que leur^ oxigène tâche' de devenir; mais ses efforts sont impuissants, car à l’état libre, 7, 5 d’oxigène ne peuvent en échange de calorique, prendre au-delà de i d’hydrogène; cependant dans les oxides des métaux forts et dans les oxides et les sous-acides des combustibles acidifiables , il en prend beaucoup plus. Le métal de l’ammoniaque est peut-être le corps dans lequel le plus d’hydrogêne est contenu, et son oxide, celui dans lequel l’oxlgène est le plus surcombiné d’hydrogène, et c’est pour cela que, comme oxide, l’azote contracte directement si peu de combinaisons. i3, 5
hydrogène.
« e ce combustible saturent en eau 87, 5 d’oxigène • ce qui dénoté qu’il contient 5 d’hydrogène; et il prend 71 outre 3 du même principe pour devenir oxide de métal On doit admettre cette vue ou supposer que tout loxigene que contient l’acide nitrique n’est pas essentiel a sa composition.
L’hydrogène paraît avoir une forme qui est indépendante du calorique ; il serait en effet peu concevable qu’un corps qui, dans toutes les circonstances, chasse le calorique ou est chassé par lui, fût combiné à du calorique, et c’est en cela que consiste la simplicité de l’hydrogène.
Si l’hydrogène est le principe général de la combustion, tous les corps, hors le gaz oxigène, doivent en contenir; car même chez ceux qui sont fortement surcharges d’oxigène, il doit former le lien de la combinaison ; il n’y a dans la nature que trois sortes de corps, qui sont le gaz oxigène, corps comburant absolu; l’hydrogène, corps combustible simple absolu, et les métaux, corps combustibles composés absolus, et le calorique: tous les autres corps contiennent réunis les trois élémens actifs, qui sont 1 hydrogéné, 1 oxigène et le caloric[ue.
A moins qu un corj^s ne fût composé de parties égales d hydrogéné et d’oxigene , il doit nécessaire-
ment contenir du calorique, car la portion d’oxigène qui n est pas saturée dans ce rapport par l’hydi'ogène, doit l’être par le calorique; il n’y a en cela pas de milieu : l’oxigène ne peut exister hors de saturation complète, et il n’a de saturant que l’hydrogène ou le calorique; et jusqu’ici aucun corps rigoureusement composé de parties égales d’oxigène et d’hydrogène, n’a encore été trouvé. Un tel corps ne
HYDROGÈNE
s’engagerait plus comme comburant, n’ayant point de calorique à échanger contre de l’hydrogène ; et il ne pourrait s’engager comme combustible, n’ayant point f d’hydrogène qui ne soit saturé d’oxigène ; ce serait un corps privé de toute force passive et active, et tel que l’on peut très-bien se figurer qu’est constituée la matière inorganisée du globe , que j’appelle base inerte des corps.
En admettant cette composition des corps combustibles , on ne doit pas croire , parce que l’oxigène libre s’engage avec l’hydrogène libre dans un rapport donné pour former l’eau , que dans toutes les oxidations il s’engage dans le même rapport; suivant une telle hypothèse, les oxides seraient de l’eau diversement modifiée par des proportionnemens différens de matière inerte; mais d’où viendrait alors leur différente combustibilité .î* Qu’est-ce qui rendrait les uns plus combustibles et les autres plus comburans que l’eau : nous croyons même qu’il n’en existe point qui soient oxidés dans les proportions de l’eau, à moins que ce ne soient les acides métalliques. L’ammoniaque, qui sur une proportion de sa matière contient déjà trois proportions d’hydrogène, lorsque son métal se réoxide par l’eau , ne dégage qu’une seule proportion de ce principe et en retient, par conséquent, deux; et l’azote, avant son adjonction à l’hydrogène d’où résulte l’ammoniaque, est un corps ([lù a déjà une grande capacité combustible , puisqu’il sature jusqu’à cinq proportions d’oxigène; et il doit en être ainsi de tous les métaux qui ne sont pas désoxidabies au feu.
En établissant à l’égard de l’azote un ralsonnetnent d après lequel l’hydrogène dans l’ammoniaque
ÎO
HYDROGÈNE
serait salure en eau, ce comburant devrait contenir trois proportions d’oxigène au-delà de la saturation en eau de son hydrogène préexistant; ce qui sur i3, 5 d’azote serait 22 , 5 d’oxigène , et serait ainsi un contenu /dont le nombre serait plus haut que celui du contenant.
L’hydrogène se combine avec les combustibles acidifiables et en fortifie la combustibilité jusqu’au degré de proportionnement qui atteint la solution : alors il développe leur acidité. Les produits de cette hydrogénation sont, en plus haute combustibilité, l’ammoniaque, l’hydrogène carboné et le carbone hydrogéné, le soufre hydrogéné, l’hydrogène phosphoré, le phosphore hydrogéné; et le sélène hydrogéné en développement d’acidité , l’hydrogène sulfuré , l’hydrogène prussuré et l’hydrogène seléné. Le changement que ' les premiers éprouvent est de devenir salifiables, et; celui que les seconds éprouvent est de devenir salifians. Les combustibles hydrogénés, (on n’a pas encore ■ remarqué, du moins hors de combinaison , du radical prussique hydrogéné), forment un grand nombre de: sels dans lesquels ils s’engagent en qualité d’oxides,, et les mêmes corps hydrogénés jusqu’à solution, uni grand nombre de sels dans lesquels ils s’engagent en . qualité d’acides.
L’hydrogène est le grand agent des réductions, tant par l’enlèvement immédiat de l’oxigène , que par sa substitution à de l’eau. Il n’enlève que l’oxlgène dont le proportionnement avec le calorique surpasse celui de l’eau; à tout autre, il ne se substitue en même qu’à de l’hydrogène dans le rapport de l’eau. Chaussier a fait connaître un procédé de réduction par l’hydrogène, très-actif, frès-inlcressant, et qui a été repro-
HYDROGÈNE
lî
Buit de nos jours sous un autre nom. Il chauffe plus ou moins les oxides suivant leur nature, et dirige dessus un courant d’hydrogène condensé par la compression : l’eau duement proportionnée de calorique , cède sa place à l’hydrogène, et le métal se revivifie ; l’acide muriatique sec est ainsi séparé conjointement avec l’eau d’oxidation du métal, davec les rauriates secs des métaux anciens.
de i;oxigène.
L’oxigène est, comme l’hydrogène, une matière terrestre, simple, mais qui dans son état de moindre composition , est saturée de calorique ; i d’oxlgène et I de calorique, ou une proportion d’oxigène, 7, 5, et une proportion de calorique, 7, 5, constituent le gaz oxigène. C’est celle des deux matières simples qui paraît la plus abondamment répandue, parce qu’on l’a le plus fréquemment dégagée de combinaison, et que par là sa présence dans l’eau et dans les oxides est devenue apparente et a pu être constatée; ce qui n’a pu être fait à l’égard de l’hydrogène , qui sé tient liiamoviblement engagé dans les métaux, dans leurs oxides et dans tous les autres corps naturels, à cause qu’il ne peut être enlevé par le calorique; et par l’enlèvement de l’oxigène ou par sa substitution à de l’eau, il peut seulement être rendu libre d’oxigène , mais pas pour cela être lui-même mis en liberté; et si par un métal artificiel nous n’avions pu reconnaître sa présence dans les métaux, nous n’aurions pas même encore soupçonné qu’il pouvait en faire partie. Sa présence dans les combustibles acidifiabJes était plus évidente, comme en ayant été fréquemment séparé par les métaux, et particuliérement par le tellure, et dans la combinaison de ces combustibles entr’eux. Il est séparé de l’azote dans l’oxide de Vammoniàcum , en vertu de la substitution de trois proportions, 3^ de calorique à trois proportions, 3, d’hydrogène près d’une proportion , 7 , 5, d’oxigène, par la circonstance que l’azote, comme combustible acidifiable, a un se-
OXIGÈNE
concl état incombiné et qui est indépendant de son état de métal; mais d’avec Vammoniacurn réduit, aucune puissance chimique ne pourrait séparer la moindre portion d’iiydrogcne, et cela à défaut d’oxigène près duquel le calorique pourrait le remplacer; et le combustible de l’azote ne se laisse lui même pas constituer en incombinaison ; seulement une proportion d’oxigène avec deux proportions et demie de calorique, le saturent à l’égal de ce que faisaient trois proportions d’hydrogène. Cependant, malgré cette différence apparente entre les quantités actives de l’oxigène et de l’hydrogène, ces deux principes se trouvent en égal rapport sur la terre ; l’oxigène est en sur-rapport dans l’eau et dans l’air, et l’hydrogène, en sur-rapport dans les terres et dans les autres oxides.
Non-seulement l’oxlgêne ne saurait se trouver incomblné, mais même pas insaturé; aussi ne le voiton jamais sortir d’une combinaison sans entrer dans une autre , ni quitter un combustible que pour pas- ^ ser au calorique ou à un autre combustible : c’est son besoin de saturation qui est le mobile de l’action chimique.
On a contesté dans ces derniers temps, à l’oxigène, la prérogative d’être le comburant par exclusion; et l’on a dit à l’appui de cette prétention , que le chlore, l’iode et certains combustibles acidifiables sont comburans; mais il n’a rien à craindre de ce côté, puisque ces corps ne sont comburans que par lui.
Dès l’instant qu’il est convenu que l’oxigène peut seul clamiquemenj; engager le calorique, il doit être' seul à pouvoir le céder; aussi l’est-il,. et l’on ne volt nulle part se contracter un engagement chimique qui
OXIGÈNE
ne se fasse avec de l’oxigène, ni à la suite d’une combinaison, se dégager du calorique qui ne provienne de l’oxigène. Tous les autres échauffemens ont lieu par du calorique de forme ou d’interposition. Qu’on refoule de l’air, ou, encore mieux, du gaz oxigène, et le calorique interposé de ces corps semblera les mettre en combustion; que dans l’obscurité on frotte un bâton de soufre contre une brique chaude , le soufre se volatilisera et paraîtra brûler ; cependant il ne brûle pas, et la lumière que l’on remarque provient de la condensation de sa vapeur : il ne se forme pas même une bulle d’acide sulfureux. On avait déjà observé le même phénomène sur le soufre en sublimation.
On a, par le même motif et en niant son existence dans les comburans acidifiables, enlevé à l’oxigène la qualité d’être le générateur exclusif des aci-des, parce qu’indépendamment de lui, ces comburans deviennent acides et rendent d’autres corps acides; sous ce rapport, nous allons plus loin, et nous disons que par sa combinaison avec les combustibles acidifiables, il ne forme point l’acidité, mais la développe en formant de l’eau. L’acidité, dont toutefois l’oxigène fait le principal élément, préexiste, ainsi qu’on l’avait déjà dit, dans ces combustibles, et elle s’y trouve surcombinée d’hydrogène , que l’oxigène qu’on leur adjoint, sature en eau; par où l’acidité^ dont l’hydrogène éteignait le caractère, devient manifeste. On pourrait croire que l’acide n’est pas préexistant sous sa forme propre, si l’hydrogène ne le développait .dans le soufre, le sélène et le combustible prussique, et l’oxigène, dans le chlore et l’iode,, ce que ni l’un , ni l’autre de ces principes ne peut faire
OXIGÈNE
qu’en formant de l’eau, puisqu’ils s’y surcombinent en solution , à leurs pareils déjà surcombinés aux acides secs, et pas à leurs opposés. L’acidité est donc indépendante de l’eau ; elle l’est de l’hydrogène et de l’oxigène; mais ces corps ont la propriété de la mettre en évidence et de la faire agir en vertu de ses qualités physiques.
li’acidité préexiste aussi dans les cornburans acidifiables , et s’y trouve surcombinée d’oxigène, lequel également éteint le caractère qui la distingue physiquement. Il faut ici ajouter de l’hydrogène pour former de l’eau, après quoi l’acide devient manifeste; et la qualité des acides ainsi formés , se montre si indépendante de l’oxigène et de l’hydrogène, que lorsqu’ils s’engagent avec des oxides pour composer des sels, iis déposent ces principes sous forme d’eau; ce que faisaient déjà leurs cornburans à l’égard de l’oxigène, lorsqu’ils contractaient les memes combinaispns.
Le soufre et le phosphore, en se combinant avec des métaux, donnent aussi lieu à des phénomènes de combustion ; ce qui également dépend de leur oxigène, et du calorique qui en est dégagé. Quand on nie la présence de l’oxigène dans les combustibles et les cornburans acidiliables , alors on ne peut pas attribuer la combustion à cette cause , mais alors axissi on ne sait plus où l’on en est en chimie.
L’oxigène reste encore toutefois l’acidifiant des métaux. L’arsenic, le chrome, le molybdène, qui sont des oxides par une proportion d’oxigène, deviennent des acides par une proportion et demie et par deux proportions.
L oxigène n’existe pas pleinement gazeux, s’entend complètement saturé de calorique, dans l’air, et on
OXIGÈNE
ne peul l’obtenir ainsi qu’en l’engageant d’abord avec un corps combustible , et le dégageant ensuite de ce corps à l’aide du calorique; ou en le dégageant d’avec l’azote organisé de l’air, à la faveur de la circulation de celui-ci à travers de tubes étroits de porcelaine, intensément rougis : alors le mélange d’oxigène et d’azote brûle plus vivement les corps, et les enflamme plus aisément que l’oxigène pur. Celte dernière faculté toutefois dépend, non comme dans l’air indécomposé, de l’état sousgazeux de l’oxigène, mais du diluement du gaz oxigène dans l’azote ; ce qui rompt la cohérence entre ses parties.
Ce cpii prouve que l’oxigène seul est actif dans les combinaisons, et qu’à son égard les corps réduits, et à l’égard des corps qui s’engagent comme acides, ceux qui s’engagent comme oxides, le sont, c’est que c’est avec lui et pour lui que s’établissent tous les proportionnemens. L’oxigène déjà combiné laisse subsister dans le corps une certaine combustibilité en raison de sa condensation ; ce rapport s’établit par l’oxigène des oxides avec l’oxlgène des acides secs , et non avec celui de l’eau de ceux-ci.
L’oxigène se combine avec tous les corps jusqu’ici connus, parce qu’il n’y a pas de cox’ps qui ne soit moins comburant que lui, et qui, par conséquent, ne puisse agir à son égard comme combustible.
Un coi'ps reste combustible aussi long-temps qu’il n’est pas complètement saturé d’oxigène , et il reste comburant aussi long-temps qu’il contient du calorique; et comme il n’y a que le calorique qui puisse être complètement saturé d’oxigène, et qu’aucun corps n’a encore pu séparer tout le calorique d’avec l’oxigène, il s’ensuit que les corps resteront éternellement l’un et l’autre.
DU CALORIQUE
Par le mot calorique nous entendons celte émanation du soleil dont la présence sur la terre a suffi pour organiser le globe. Le calorique est la matière du soleil, et c’est sa matière grave, car tous ses mouvemens se font dans un sens pour se rapprocher de cet astre»
La lumière est un état du calorique; l’électricité en est un autre état et la chaleur un troisième. Ce sont des modifications de la même matière; c’est du calorique différemment constitue.
La constitution lumineuse du calorique est celle où sa matière a le plus de mouvement ; l’électricité a une vitesse de mouvement intermédiaire, et la chaleur est la plus lente à se mouvoir.
La singulière propriété de la lumière de se charger de l’image des corps est du ressort de la physique ; sa propriété de changer la composition des corps , appartient à la chimie.
Le principal acte chimique que la lumière exerce est sur les plantes ; elle compose leurs couleurs et leuis odeurs, en concourant avec le calorique du carbone organisé à gazifier l’oxigène de l’eau, l’hydrogène restant combiné avec le carbone. Elle influe aussi, quoique d’une manière moins directe, sur la coloration des animaux, mais elle altère la composition chimique des corps morts et peut en changer la nature jusqu’à les décomposer. Elle agit exclusivement sur l’oxigène, et borne ses effets à des réductions : ce caractère l’a fait assimiler à l’hydrogène , et la chaleur à loxigènc^ et l’on a été jusqu’à distinguer dans le
CALORIQUE
spectre coloré du prisme, des bandes hydrogènes et des bandes oxigènes, de la lumière positive et de la lumière négative, des couleurs éclairantes et des couleurs échauffantes, différence qui consiste en ce que la lumière d’une bande a plus d élasticité que celle de l’autre bande, et que la plus élastique ou la plus réfrangible agit davantage comme moyen réductif , et la moins élastique ou la moins refrangible, davantage comme intermede d’oxidation.
La lumière fonce les couleurs de la matière organique vivante et détruit celles de la meme matière morte. Lorsque la lumière agit chimiquement, cest en se joignant à de la chaleur et^ en composant artificiellement de l’électricité , ou en se distendant en fluide électrique. C’est à la substitution temporaire de la lumière à l’hydrogène près de l’oxigène d’un corps , qu’est due la phosphorescence par insolation.
Dans le blanchiment des corps par 1 influence de la lumière et avec l’intermède de l’eau, on peut con- ■ cevoir que c’est en rendant plus combustible la matière de la couleur, que la lumière produit cet effet,, et que l’eau sert d’intermède, comme voie d’application, à la combustion de ladite matière ou plutôt! de son hydrogène déplacé par l’eau d’avec son acidecarbonique sec, car la combustion simple ne ferait! que mettre le carbone davantage à nu : 1 eau en outre favorise aussi la séparation de l’oxigène d’avec; l’air en se mettant à sa place près de l’azote organisé : ce qui , dans cette opération , donnerait à l’eau un-, triple emploi.
La lumière ne change point la nature des corps ^ réduits, et en effet quels changemens pourrait- elleapporter à des corps qui ne contiennent point d’oxi-
CALORIQUE
gène : elle n’a de l’affinité qu’avec ce principe , et manifeste pour l’hydrogène et pour les corps réduits une indifférence qui va jusqu’à l’avei'sion.
Aussi, la lumière est-elle réfléchie par les métaux polis’, et par les métaux ternes elle est changée en électricité ou en chaleur ; et parmi les gaz , l’hydrogène est celui qui met au passage de la lumière le plus d’opposition.
La lumière directe aide à composer les corps qui nont pas besoin d’éti’e enflammés, et la lumière diffuse effectue à la longue ce que celle directe effectue à l’instant.
Les surcomblnalsons d’oxigene , les décembinaisons et tout ce qui avec le temps se fait de contraire aux affinités, a Heu en vertu de la chaleur seule ou de la chaleur et de la lumière diffuses en même temps, qui peu à peu s’incorporent à l’oxigène de l’élément comburant du corps, par où l’élément combustible devient complètement ou incomplètement déplacé. De' l’oxldule de mercure devient ainsi de l’oxide et du mercure réduit; et du stanidule de potasse devient du stanlde et de l’étain réduit.
L électricité est un état du calorique intermédiaire entre la lumière et la chaleur; elle participe des propriétés de l’une et de l’autre de ces modifications ; son caractère distinctif est d’occuper les surfaces les plus extérieures des corps, et lorsque forcément elle se détaché de dessus ces surfaces , elle se résout , partie en lumière et partie en chaleur, et partie elle reste indésunie. Elle ne peut localement perdre l’équihbre sans contiguement le récupérer : car un état de condensation de ce fluide ne peut s’établir si un état contigu de raréfaction ne peut en même temps
BU
CALORIQUE
se former. De là les mouvemens apparens d’atlracliou et de répulsion entre des corps constitués en état électrique et dont la formation indispensable de l’atmosphère opposée à cet état , fait tous les frais. L’importance qu’on a attachée à des phénomènes si sim— pies a fait imaginer une seconde électricité en opposition de nature avec la première, et l’on a été jusqu’à" attribuer au désaccord entre les électricités de mêmenature, et l’accord entre celles de nature différente,, tous les phénomènes de composition et de décompo-sition qui ont lieu en chimie.
L’électricité décompose les corps en, prenant près> de leur principe comburant la place de leur principe.' combustible; supposons que ce soit sur de l’eau quee s’exerce cette action : une proportion, i, de calorique: sous la forme d’électricité , prend près d’une propor-tion, 7, 5, d’oxigène, la place d’une proportion, ij, d’hydrogène; d’où résulte la reconstitution en gaz dt« l’oxigène et la mise en indépendance de Thydrogèneî. La pile produit plus efficacement cet effet que l’ap-ipareil électrique ordinaire, par le motif que ses étaü! ne sont pas fixés par des états contraires excités suit le sol, et que son fluide, qui découle de sa sourcft propre , est remplacé à mesure qu’il est enlevé. Riern en effet ne lie ce fluide et ne s’oppose, par conséquent , à ce qu’il puisse être distrait : sa charge est entière-ment relative à elle-raéme , et sa constitution est tellù que son négatif peut être du positif par rapport à ha terre sans cesser d’être du négatif comparativemen i à son positif. La chaleur produit le même effet suii les combinaisons physiques des corps.
L’électricité recompose les corps , ' mais seulemen I en les enflammant^ et lorsqu’elle semble les compose]'
CALORIQUE
ai
entre les pôles de la pile, c’est de l’oxigcne séparé d’avec l’eau qu’elle leur transmet, et d’un comburant oxidant qu’elle les surcombine , ou de l’bydrogène , également séparé de l’eau, qu’elle leur incorpore, et ce sont des oxides, des sels directs ou des hydrogènes composés qui sont ainsi produits.
L’oxigène qui en fixant l’électricité, s’excite en négatif, se rend propre à toutes les combinaisons parce qu’ayant du calorique pour l’état de gaz, il peut servir à des compositions que par d’autres moyens on tenterait en vain de produire, et que depuis Rilter on a cessé de l’echercher; tels sont le suroxide d’argent, cristallisé , flexible ; le suroxide de mercure, blanc, transparent et qui par son contact avec l’hydrogène s’enflamme, détonne et redevient de l’oxide ronge, etc. L’ensemble de l’oxigène dans ces suroxides est pi’oportionné de calorique au degré de gaz. Le muriate hypersuroxigéné 'est par la pile résous en sesélémens, l’acide se rendant au positif; et il ne serait pas étonnant que le même acide s’y formât de la décomposition du muriate suroxigéné dont l’acide prendrait en hypercombinaison l’oxigène de l’eau.
Et l’hydrogène que le fluide de la pile transporte vers le négatif, en raison de son accompagnement par de ce fluide, est propre à toutes sortes de réductions; il peut déplacer et se substituer, c’est-à-dire, saturer de calorique au dégré de l’incombinalson , 1 éau à laquelle il se substitue ; toute décombinaison prochaine se fait par le fluide de la pile seule : toute décombinaison éloignée, par le fluide et l’hydrogène en même temps. L hydrogène réduit les mêmes corps que leau; et comme ce liquide nç prend aucune part aux secondes oxidations ni aux salifications , à moins
CALORIQUE
qu’elles ne se fassent sur des métaux réduits, l’hydrogène ne prend également aucune part aux sous-oxidations ni aux désalifications; celles-ci se font parle fluide électrique et celles-là par l’oxigène.
L’instrument de la charge comme de la décharge» de la pile est l’eau; le calorique que l’eau dépose; en se mettant à la place de l’hydrogène du zinc, est*^ repris par l’oxigène de l’eau qui se décompose, et si. d’autres corps interviennent , par le principe comburant de ces corps. Il y a dans une pile deux actions,, dont l’une procure sa monture et dont l’autre opèreles décompositions.
L’électricité manifeste pour les co7»ps réduits lai même indifférence que la lumière : elle glisse à lar surface de ces corps sans s’y arrêter et sans les pénétrer. Les corps oxidés reçoivent l’électricité dans leur: masse et seulement aux points de contact de leur sur-^= face, et ne la conduisent pas. Des expériences ré-centes ont fait voir qu’à l’ombre et dans le froid'! l’électricité seule fait pour la végétation ce que ne» font que la lumière et la chaleur réunies. > '
La chaleur est le troisième état du calorique : elle* naît en grande partie de la lumière dont l’obstacle» de la terre rompt l’élasticité , en moindre partie . ; de la décomposition de l’air atmosphérique aux temp.'i humides, et en petite partie, ties combinaisons pai; affinité chimique qui se passent sur le globe, et parmi lesquelles l’acte de la vie animale et plus ou moim> le procédé de la végétation.
Les combinaisons lentes donnent sur-tout de Iîj chaleur ; celles rapides, de la lumière et de la cbaleua en même temps , et les décombinaisons et les combi-i» naisons intermédiaires et physiques, de l’électricité.
CALORIQUE
L'oxlgène dans sa combustion vive avec le plios- J pliore laisse échapper du calorique dont une grande I! partie sous forme de lumière laquelle se disperse sans ^ échauffer; et lorsque du fer s’oxide lentement par ( une égale quantité d’oxigène, le meme calorique s’é- 11 chappe, mais entièrement sous forme de chaleur : et la lumière dégagée par le phosphore se transforme 1 totalement en chaleur, si au lieu de faire la combusi; tlon dans un bocal de verre, on la fait dans un bocal ! de métal. De jiareils faits n’ont pas besoin d’être in-
I terprétés.
i L’air semble être un réservoir de chaleur pour la
II continuation de vie des êtres organisés. Il engage le I calorique et le laisse se désengager, suivant ses be-
I soins d’assimilation et suivant les influences ; et .
toute chaleur, comme tout froid, dans l’atmosphère, i qui ne proviennent pas de la saison pendant un temps ; sec, proviennent de la décomposition et de la re- > composition de l’air; j’entends que l’oxigène passe de la vapeur d’eau à l’azote organisé et déplace l’eau } d’avec cet azote, ce qui met en liberté la chaleur de cette vapeur. La recomposition de l’air consiste dans les engagemens opposés : l’oxigène sousgazeux passe de l’azote organisé à la vapeur d’eau , que son état de vapeur rend plus combustible ; alors le calorique de la vapeur devient latent et ne peut plus être séparé I par le froid': c’est un composé qui est proportionné ! d’eau et de calorique pour un état donné de l’oxigèi ne , et d’autre eau l’emplace l’oxigène près de l’azote
! organisé ; dans cet état des choses l’air est tendu, et il est sec malgré sa double saturation par de l’eau : i les temps intermédiaires résultent d’états intermédiai- 8 res, et de meme que des suroxides peuvent en même il temps être des hydrates, l’azote organisé peut être
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en même temps suroxidé et hydraté; et c’est ce ‘qui a presque toujours lieu.
On a distingué un certain nombre de formes sous lesquelles on suppose que la chaleur peut exister dans les corps, et d’abord la forme de chaleur libre, pénétrant et dilatant les corps; ensuite, celle de chaleur spécifique , laquelle n’est que la quantité différente de calorique que les différons corps prennent pour s’élever à la même température ; on l’appelle aussi chaleur de capacité: enfin, la chaleur latente, qui est celle de la forme des corps et que le maintien de cette forme empêche de se séparer; elle tient liquides, les solides, et aériformes, les liquides ; son activité est enchaînée dans cette fonction. Toutefois le calorique des gaz permanens est du calorique de combinaison : il n’a aucun rapport avec le précédent, car il n’y a qu’une affinité de combinaison plus forte qui puisse le séparer.
La chaleur ne s’arrête pas plus sur les métaux réduits que ne s’arrêtent sur les mêmes corps la lu-mière et l’électricité. Chaque fois qu’en chimie il s’agira de provoquer des combinaisons , ce sera lai chaleur qu’il faudra employer , et la chaleur rouge, sans lumière est toujours chaleur : l’électricité serti merveilleusement à rompre de fortes unions et à dé-gager de l’oxigène, et la lumière ajoute le mieux ài l’oxigcne faiblement retenu , le calorique qui luii manque pour être libre. Le mélange de gaz oxigène et hydrogène brûle successivement par l’immersion d’un fil de platine rouge de feu et dont il entretient la rougeur, et le chlore dissous dans l’eau cède plutôt son oxigène à la lumière pourpre qu’à celle rouge du soleil ; et le chlore se combine mieux avec l’hy-
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[Irogène dans la dernière lumière que dans la pre« tnière. Le platine incandescent agit comme chaleur ians lumière , le rayon violet comme lumière , et le rayon rouge, comme chaleur. La chaleur rouge ou noire rapproche les corps de la réduction, la lumière es réduit. L’une rougit l’oxide noir de mercure , et ’autre, noircit l’oxide rouge du même métal et ainsi ie suite. ,
Le calorique ne cesse pas plus que l’hydrogène de Jaire des efforts pour être seul , près de l’oxigène, :n possession de l'emploi de saturant , et ne laisse >asser aucune occasion de se rapprocher de ce but , i toutefois il n’est pas plus x’aisonnable de dire que ’oxlgène cherche à n’être saturé que par un seul de :es corps; cet effort, le calorique l’exerce à l’état de ihaleur aussi bien qu’à l’état de lumière , et à celui l’électricité; c’est une action antichimique qu’il exerce, misqu’elle détermine des décombinaisons et des coinlinaisons dans l’ordre inverse des affinités.
Lorsque le calorique agit par le temps et en vertu e la portion de sa matière qui peu à peu s’ingère ans l’oxigène , cet effort peut donner lieu à l’bxiation des oxldules, à la conversion des sels à oxidues en sels à oxides, a la conversion des ammonlurcs n nitrates, et jusqu’à la décomposition du sulfate e potasse en hydrosulfure de potasse, par la voie umide et à 1 aide du carbone; quelle que soit la ensilé de l’oxigène qui est engagé , le temps parient toujours à lui adjoindre assez de calorique pour î nouvel engagement; et la lumière répandue, faonsee par la chaleur , accélère beaucoup cet effet , omme la lumière directe le détermine à l’instant, ■n présence du soleil, de l’oxidule de mercure se
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transforme bien \îte en oxide; et du mercure doux, en métal réduit et en sublimé corrosif; on dirait que le calorique avec l’oxigène recherchent les extrêmes' des combinaisons afin de pouvoir plus aisément s’é — chapper. Ces effets indirects , lesquels s’opèrent avec de l’oxigène sousproportionné de calorique , ne doivent pas être confondus avec ceux directs que l’on obtient avec de l’oxigène surproportionné du même agent.
Le calorique est d’après cela la troisième substance dont j’admets le concours et l’intervention active dans' les engagemens chimiques des corps. Sans un troisième intervenant , l’action cesserait après un premiei" effet, et la combinaison se bornerait à un seul produit ; et ce produit consisterait en une proportion d’hydrogène combiné avec une proportion d’oxigène.. composé dans lequel on conçoit facilement que peut consister la matière inorganisée du globe, et qui ap> paremment, comme nous l’avons dit, constitue la base inerte des corps; et une troisième substance intervenant dans la composition des deux premiers , donnerait encore qu’un second produit en des rap-'ports suivant les affinités. L’eau nous offre l’exempld d’un pareil composé, et c’est aussi le seul qui exister Qu’a-t-il donc fallu pour multiplier le nombre det' corps, et diversifier les combinaisons? Il a fallu et qui s’est fait, et ce qui s’est fait de la manière la plu.: simple; différentes proportions d’hydrogène ont dn rester attachées à la même proportion de matièr' inerte; ce qui a produit les différons métaux et le combustibles comme les comburans acldifiables ; e ces corps sont les seuls que jusqu’ici l’art et des évé nemens postérieurs à la création, aient composés.
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Le calorique donc peut être défini la matière grave du soleil que son ressort fait lancer dans l’espace aussi loin que s’étend l’attraction solaire, qui sans cesse est sollicitée à retourner vers sa planète, qui pour nous n’a pas de poids , parce qu’elle ne gravite pas vers la terre, mais gravite au contraire dans une direction opposée , comme le fait voir la force expansive qui la domine, dont elle fait éprouver les effets à tous les corps, et à l’exei'cice .plénière de laquelle elle se livre loi'sque, sortie de l’atmosphère terrestre, elle n’a plus d’obstacles à surmonter. Ces obstacles sont de trois espèces : ils peuvent consister dans runion chimique du calorique avec l’oxigène de la matière terrestre, ce qui a dû organiser le globe; alors sa présence ne se reconnaît plus que par la composition particulière de l’oxigène ou du corps qui le contient; ou le calorique existe en union physique, et alors la forme seulement du corps est changée, et la présence du calorique n’en est pas moins cachée dans cette union, et jusqu’à ce que la forme liquide ou aériforme du corps change, ce calorique est empêché de se lappiocher davantage du soleil; ou il est mécaniquement uni aux corps et y adhère fortement ou faiblement suivant que les corps contiennent ou ne contiennent pas d’oxigène, et que, sous le même volume, ils ont beaucoup ou peu de parties. Ce calorique est interposé aux corps et les dilate , comme s’y interpose et les dilate de l’eau hygrométrique, celle-ci toutefois dans des bornes plus circonscrites ; aussi ce calorique a-t-il reçu le nom de calorique thermométrique; il est libre dans cette interposition, et la ma Uere terrestre , sans changer de forme , ne peut le
retenir, et peut seulement en retarder le retour vers le soleil.
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Il faut pour un effet diimique donné une tension donnée du calorique, La lumière désoxigène parce qu’elle'peut se soustendre en électricité ; mais la chaleur ne peut d’elle-même se mettre en surtension; et l’électricité est le grand agent de la désoxigénation de la désacidification et de la désalification, étant constituée de la manière requise pour déplacer efficacement les combustibles d’avec l’oxigène. IN’agit-elle en gazifiant l’oxigène, qu’en vertu de sa lumière, et la chaleur est-elle abandonnée? Certains phénomènes peuvent le faire croire. La chaleur ne désunit que des engagemens physiques, ou ceux chimiques dans lesquels elle modifie l’affinité ou vaporise î’un des corps; mais elle détermine les combinaisons en diminuant la cohésion et en augmentant les énergies comburante et combustible; et à cet effet concourt sur-tout qu’à notre gré elle s’insinue dans des corps et s’en retire, sans contracter des engagemens.
La solution s’exerce nécessairement sur un corps contenant de l’oxigène , et ne saurait s’exercer sur un autre corps, car elle consiste en la substitution du calorique près de l’oxigène à un corps dont cet oxigène est surcombiné, et lorsque l’oxigène est le corps surcombinant , au corps , près de cet oxigène , le coi’ps dans ce cas étant le combustible et l’oxigène , le comburant. La solution consiste donc dans l’enlèvement de l’un des corps à l’autre et du surcombinant au surcombiné, puisqu’elle doit se faire avec le concours du calorique, et quoique le corps substitué par le calorique ne se trouve pas en séparation amovible , l’effet n’en est pas moins manifeste dans le corps en solution, par les caractères d’acidité qui se développent, si c’est un combustible ou un comburant
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acidifiables ou un acide hydraté, d’alcalinité, si c’est un alcali ou une terre alcaline hydratés, et de salinité, si c’est un sel soluble; et de là aussi provient que I les corps dissous sont plus disposés à entrer en combinaison, même lorsqu’un défaut de calorique devrait les en empêcher, le corps dissous en contenant pour y suppléer; ce qui, dans un grand nombre de circonstances , est le mobile de l’action.
C’est peut-être ici l’occasion de rappeler d’où provient le calorique que des corps qui se décomposent sans intei’mède, laissent échapper, et au dégagement duquel un changement de forme ou de volume ne semble avoir aucune part. Ce caloi’ique est celui que je nomme de solution, et que tous les corps .qui se dedlssolvent mettent en liberté. La solution , je la définis une opération antichimique, à cause que les corps y sont décomposes; il s’y fixe du calorique, et comme dans toute combinaison chimique il s’en décrois fondé à nommer décorabinaison un effet dans lequel cette fixation de calorique a lieu.
La solution se fait par le semblable, et quelquefois par l’analogue, du corps surcombiné. L’hydrogène enlevé a l’acide sulfurique sec dans le soufre j l’hydrogène qui le surcombine, pendant que du calorique se substitue à ce principe près de l’acide sulfurique sec, lequel se met alors à nu; l’oxlgène enlève son pareil aux acides secs dans le chlore et l’iode, et ces acides sont également mis en développement; et c’est la la vraie cause pour laquelle ces acides, en se dédissolvant, mettent en liberté du calorique, malgré que leur volume augmente, et soit que le radical se concrète ou ne se concrète pas; et c’est pour adjoindre ce calorique que dans la formation de l’hydro-
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gène sulfuré et des sels suroxigcnés, la température se trouve au-dessous de ce qu’elle devrait être d’après les réactions qui ont lieu.
Ce qui précède est pour les acides secs des combustibles et des comburans. Un acide ordinaire bvdraté seulement par son eau propre ou qui résulte de l’oxigénation de^ l’hydrogène des premiers, et de l’hydrogénation de l’oxigène des seconds, n’est pas encore développé dans son acidité; il lui faut d’autre eau, etymécisément dans le rapport de l’oxigène avec lequel il se proportionne dans un sel. Après celte eau , les acides en prennent encore dans plusieurs proportions avant de se dissoudre, et ce n’est que là où. leur hydratabilité cesse, s’entend là où l’eau ne déplace plus de calorique, que commence la solution et que le calorique redevient engagé. Les oxides solubles sont à-peu-près dans le même cas que les acides : ils prennent une quantité d’eau dont l’oxigène est égal à celui de leur état d’oxide, et ils prennent encore plusieurs proportions du même liquide avant de ne plus en déplacer du calorique; ensuite ils excitent du froid avec l’eau.
Les combinaisons entre les acides et les oxides, lesquels forment les sels, développent aussi de la chaleur en s’hydratant , et excitent du froid en se dissolvant ; mais ces effets sont moins considérables à raison de ce qu’ils sont plus surcomposés. Toutefois • les muriates à oxides solubles ^excitent immédiatement du froid , et sans avoir développé de la chaleur; c’est une particularité de ces corps, qui a fourni i à Berzelius l’occasion de dire que le gaz acide muriatique était de l’acide muriatique ordinaire, phts^ de l’eau, mais le muriate de chaux ne possède déjài
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plus cette propriété, et celui d’ammoniaque refroidit par l’effet de son eau. J’ai dit dans un autre endroit qu’on expliquait cette particularité en supposant que l’acide était enlevé à l’alcali; et cela rendrait en même temps raison de l’égale solubilité de ces sels dans l’eau froide comme dans l’eau cliaude, car là où il n’y a point d’eau d’hydratation à déplacer, il n’y a pas de calorique à ajouter.
On doit remai'quer qu’avec les acides, l’eau agit comme oxide , et avec les oxides et les sels , comme acide; de sorte qu’avec les premiers, il déplace le calorique, et qu’avec les seconds, il supporte le déplacement.
Les corps se refroidissent d’autant plus en se dissolvant, qu’ils se sont plus échauffés en s’hydratant; ce qui prouve que le dernier effet répare la perte en calorique occasionnée par le premier, et que l’eau de solution enlève l’eau d’hydratation ; on peut sc rappeler enti'’autres, l’oxide de potassium et le 3nuriate de chaux. Je ne cite que l’effet par l’eau, parce qu’il est plus plausible, et qu’à cliaque instant il est ramené sous les yeux, malgré que ceux par l’hydrogène et par l’oxigène, n’en soient pas moins aperçus-
J’ai dit que quelques solutions se font par les a.ialogues : jusqu’ici nous n’en avons qu’un seul exemple qui est dans le radical priissique dans lequel on , prétend que l’acide est mis à nu, tant par le soufre et le fer réduit, que par l’hydrogène, qui est le surcombinant naturel de ce radical, et qui lui-même ne peut opérer cette surcombinaison que sur l’un des combustibles avec le secours de l’autre combustible , n étant pas en rapport suffisant pour cet effet; si ion admet que dans l’hydrogène prussuré, c’est l’a—
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eide sec de 1 azote qui se développe, alors on pourrai diie que 1 hydrogène, sans l’aide d’autres combustibles ou de métaux , est impuissant pour opérer ce développement.
Les combinaisons sont ou prochaines ou éloignées. Elles sont prochaines lorsque de l’hydrogène ou les^ métaux s’engagent avec de l’oxigène ; et elles sontt déjà éloignées lorsque de l’oxigène s’unit à des coin-bustibles acidifiables, et de l’hydrogène à des comburans, parce que ces corps sont déjà très-composés;, et les autres combinaisons le sont encore plus. Je il entrerai en aucun détail sur ces derniers. Il me : suffira de faire remarquer que l’eau entre dans la plupart des combinaisons, et concourt au plus grand nombre des engagemens. Elle assure l’existence de plusieurs composés, sert d’intei'mède à plusieurs autres, peut enlz'er en engagement dans les oxidations et les acidifications, et en sortir dans les réductions et les désacidifications, se joint au carbone pour l’organiser en matière végétale, et à l’azote pour orga-niser. l’air en matière atmosphérique.
Le calorique que dans ses engagemens l’eau déplace d’avec les acides, et que les oxides et les sels déplacent d’avec l’eau , n’appartient pas à la forme de ces corps, mais bien à leur composition. Le calorique de forme se perd par la condensation liquide d’une vapeur, et par la concrétion solide d’un liquide, et tout ce qu’un corps perd en calorique sans changer de forme est pris sur la chaleur de sa température; ces effets sont produits sans intermède; mais le calorique, quel qu’il soit, qu’un corps plus combustible déplace d’avec un corps plus comburant, appartient à la composition de celui-ci, et fait partie de sa constitution.
DE i;affinite chimique.
On peut définir l’affinité chimique la saturatioji de l’oxigène par de l’hydrogène en remplacement de calorique; et en effet, dans l’exercice de celte force, il ne se passe aucune autre action.
L’oxigène, comme nous l’avons dit, est un corps qui n a point d existence incomblnée. Les acides secs partagent avec lui la meme propriété, et les radicaux de ces acides la partagent avec eux : c’est pourquoi lis ne font que changer de combinaison sans jamais se décombiner. L’oxigène simple est dans le même cas , avec la différence qu’il se contente d’être entièrement saturé de calorique, et peut se saturer de calorique et d’hydrogène en même temps ; ce que ne font pas les acides secs, qui non-seulement ne laissent pas déplacer leur combustible d’avec leur oxigène, mais même leur hydrogène de surcombinaison; et les comburans acidifiables ne laissent pas enlever par le calorique leur oxigène de surcomblnalson; comme j admets que 1 hydrogène est le corps combustible par exclusion et auquel tous les autres corps doivent leur combustibilité, je dirai souvent hydrogène et hydrogène des corps, sans vouloir spécifier par-là de l’hvdrogene libre ou de l’hydrogène surcombiné, mais mur signifier , dans un sens général, la matière comjustible quelconque qui peut se substituer au calouque de l’oxigène ; et par oxigène, j’entendrai aussi len oxigène qui est engagé dans les corps et saturé de calorique et de matière combustible en même temps, que celui qui est saturé de calorique seul. Quand on