CHAPITRE IL
Opérations du ï Cr ordre. — Opérations du 2e ordre. — Produits
du ior et du 2e ordre.
Oui nisi sint reri {sens us) t ratio quoque faisa fit onmis.
(Lijcret. , Liv. iv, v. 4T~.)
En même temps qu’il se familiarisera avec les caractères extérieurs et les dénominations qui se rapportent à tous les objets qui l’entourent, l’élève devra s’appliquer h fétude des principales opérations de la pharmacie pratique. Si cette étude pouvait se faire d’une manière régulière et suivie, la marche en serait toute tracée, en procédant , comme dans toutes les sciences, du connu à l’inconnu, du simple au composé. Mais il ne peut en être ainsi : le service public d une officine est si varié, si pressant, qu’il faut, avant tout, satisfaire à ses exigences; en sorte que, pendant cette première période de leur éducation, l’étude, pour les élèves, doit passer après le travail obligé. Je lais à dessein cette remarque, parce que les jeunes gens s’y trompent trop fréquemment. Les uns, au sortir du collège, s’imaginent qu’en entrant dans une officine, ils n’auront qu’à continuer des études régulières et à faire simplement un cours de pharmacie. Ils se prêtent avec répugnance à des travaux manuels dont ils ne comprennent pas d’abord tonte l’utilité. La répétition journa-
lière de certaines opérations les fatigue et ies ennuie; ils dédaignent ce qui na pas la couleur scientifique, ou ce qu’un simple ouvrier, à leur avis, exécuterait aussi bien qu’eux. D’autres, au contraire, peu pénétrés de la nécessité de faire marcher de pair la théorie et la pratique de fart, attendent uniquement du temps et de l'habitude des connaissances qu’ils acquerraient bien plus vite et plus sûrement s’ils se décidaient à ouvrir un livre. C’est au chef qui les dirige à montrer aux élèves l’un ou l’autre de ces écueils. D’ailleurs , toutes les officines ne contiennent pas la série complète des substances simples ou composées qui font partie de la matière médicale; toutes les opérations , tous les procédés manipulatoires ne s’exécutent pas non plus dans un espace de temps donné. Il faut donc se borner parfois à prendre de toutes ces choses une première idée, en attendant, l’occasion d’étudier les unes et de pratiquer les autres, soit à une autre époque du stage officinal, soit lorsqu’on fréquentera ies écoles. Or, quel que soit l’ordre dans lequel ces diverses connaissances arrivent a l’élève, il faut qu’il les admette toutes, sauf à les rapporter plus tard h une classification rationnelle. Il est clair aussi qu’on ne l’exercera point dès le début à des opérations compliquées ou trop délicates, et que son travail, malgré sa variété, sera toujours dans un certain rapport avec l’ordre naturel et progressif de toutes les autres études.
Nous avons dit précédemment que la préparation des médicaments, c’est-à-dire la connaissance et la pratique
des procédés opératoires qui y sont relatifs , était accompagnée de circonstances accessoires et qui se rapportent, les unes au choix, et h la disposition préalable des matériaux qui servent à les confectionner; les autres aux soins nécessaires à leur conservation. Ces deux parties de Fart pharmaceutique se bornent à un petit nombre de préceptes qu’il serait difficile , à cause de leur extrême variété, de réunir en principes généraux. Elles comprennent en effet une foule de détails que les livres n’enseignent qu’imparfaitement, mais que l’usage apprend sans peine, et quil grave bien plus sûrement dans la mémoire. C’est particulièrement dans la première époque du stage officinal, que l’élève doit s’attacher à connaître ces soins or è liminaires et consécutifs h la préparation des médicaments.
Dans la première série, on place le choix ou la collection des substances médicinales.
Dans la deuxième, la conservation et la imposition des médicaments.
« Le choix consiste à distinguer avec soin les subs|ances ou les parties de ces substances qui présentent les caractères d’une bonne conservation, et réunissent aa plus haut degré les propriétés qu’y recherche Fart de guérir. »
Un très-grand nombre de substances médicinales sont étrangères è notre climat ( exotiques ), et nous sont fournies par le commerce. Il faut, non-seulement reconnaître à leur apparence extérieure celles qui méritent d'être pré-
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Gérées, mais encore il faut souvent les purifier. Quant aux drogues qui sont originaires de nos contrées (indigo nés), après s’être assuré que leur production a été accompagnée des circonstances les plus favorables au développement de leurs principes actifs, ii faut les monder, c’està-dire en séparer les meilleurs parties et rejeter les mauvaises, puis chercher les moyens de les conserver à l’abri des altérations. Le plus usité de ces moyens est la dessiccation, qui consiste à les priver, à l’aide de la chaleur, de la plus grande partie de leur humidité, en les exposant soit au séchoir, soit à F étuve. Enfin, quelques substances exigent qu’avant de les employer, on les soumette à une purification qui les amène à un degré de pureté indispensable : telles sont la clarification et la filtration des sucs végétaux, opérations que nous aurons plus tard l’occasion de décrire.
Tous ces détails préparatoires appartiennent à la première série des circonstances préliminaires à la préparation des médicaments ; ceux de la deuxième série , qui lui sont consécutifs , seront rappelés à la fin de cette première époque, et feront partie des préceptes et des attributions spéciales qui se rattachent aux travaux du laboratoire.
La Préparation des médicaments s’opère à l’aide de quatre modes principaux d’opérations, savoir : la Division , Y Extraction, le Mélange et la Combinaison. Tous ces procédés opératoires soot par conséquent groupés en quatre
ordres qui se rapportent aux modes généraux que nous
venons d’énoncer. Quoi qu’il y puisse avoir de trop absolu dans cette manière de classer et de séparer des opérations qui souvent se compliquent entre elles, se réunissent ou se convertissent les unes dans les autres, ori ne saurait s’empêcher de reconnaître que cette distribution, qui fut imaginée par Carbonell, est ingénieuse et commode pour l’étude régulière des procédés pharmaceutiques et des produits qui en résultent. Aussi est-elle généralement suivie aujourd’hui dans les traités spéciaux, comme dans renseignement des écoles de pharmacie.
§ ï. Le premier ordre comprend toutes les opérations pratiquées sur les substances médicinales, dans le but de diviser leurs particules, soit pour les rendre plus propres à agir sur l’organisme, en les répandant sur une plus grande surface, soit pour les soumettre plus facilement à un mélange ou à une combinaison ultérieures.
«La division consiste dans Faction de réduire les particules intégrantes d’une substance quelconque en particules plus fines, au moyen d’une force mécanique. »Les procédés employés à cet effet varient nécessairement en raison de la forme, de la consistance, de la texture des corps qui y sont soumis, de la ténuité plus ou moins grande à laquelle on veut les réduire, ainsi que de la quantité des matières sur lesquelles on doit opérer; aussi emploie t-on, pour y parvenir, un grand nombre d’instruments divers* La première qualité des produits ainsi obtenus doit être ï homogénéité, c’est-à-dire une égalité parfaite dansla division de chaque particule, ce qui implique l’uniformité de
3a consistance, de la couleur et de tous les autres caractères physiques. Il est nécessaire que l’élève s’habitue de bonne heure à approprier les instruments qu’il emploie aux corps qu’il soumet à leur action, non-seulement afin d’obtenir plus facilement un meilleur produit, mais encore pour que celui-ci ne soit point altéré par la nature de l’instrument avec lequel il s’est trouvé en contact.
Les principales opérations qui se rapportent à cet ordre sont : la section, la quassation,l& rasion , Yépistation ,\& palpation, la mouture et la pulvérisation. C’est par leur moyen que l’on obtient les râpures , les pulpes, les fécules et les poudres ,
«La section a pour objet de diviser les corps à l’aide d instruments tranchants, tels que la hache, le couteau, les ciseaux, etc. » C’est ainsi que l’on commence h diviser les bois, les racines et autres corps d’un gros volume ou d’une certaine dureté.
«La quassation s’emploie afin de rompre, de briser certaines substances, et leur faire éprouver une sorte de pulvérisation grossière. » Elle s’exécute au moyen du marteau et du pilon. Les écorces, les racines et d’autres corps, n’ont souvent besoin que d’être concassés, pour être soumis à Faction des liquides qui, en raison de leur nature, risqueraient de former une pâte avec eux, si ces corps étaient réduits en poudre plus fine.
«La rasion consiste à déchirer la surface d'un corps, par le frottement des aspérités d’un corps plus dur que lui. » On l’opère par l’action de la lime ou de la râpe. Les
métaux , les bois , les racines fraîches , dont on veut extraire îe suc, etc. , sont ordinairement divisés par ce moyen.
« On entend par épistatiqn, faction d écraser ou de réduire en pâte certains corps mous , à l’aide du pilon. » La pulpation a le même but, et sert le plus souvent de complément à l’opération précédente. « Elle consiste à faire passer les corps réduits en pâte ou en pulpe à travers un tamis , pour en séparer les parties les moins ténues.» L’instrument dont on se sert à cet effet se nomme un pidpoir.
« La mouture et la pulvéris ation ont toutes deux le môme objet, celui de réduire les corps secs et solides en particules très-fines et déliées. » La première se pratique à l’aide
du moulin, la seconde au moyen du mortier et du pilon. La tamisation en est le complément, et consiste à séparer les parties les moins fines à l’aide du tamis, pour les sou mettre à une nouvelle pulvérisation.
La pulvérisation est une opération fréquemment pratiquée dans les laboratoires. Les procédés qui s* y rapportent sont nombreux et varient suivant les corps auxquels ils s’appliquent. C’est dans les traités de pharmacie qu’il faut étudier ces détails, qui sont d’une très-grande importance pour îe pharmacien.
§ 2. « Les opérations du deuxième ordre , extraction, ont pour objet d 'extraire d’une substance médicinale un ou plusieurs des principes qui entrent dans sa composition intime. » Un assez grand nombre de procédés se rattachent
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à cel ordre d opérations. On peut les ranger en plusieurs sections, savoir :
A. Ceux dont la nature, presque toute mécanique, les rapproche des opérations de l’ordre précédent, tels que la lotion , la décantation , V expression , la clarification , la filtration.
B. Ceux dans lesquels on fait intervenir, comme agent ou comme véhicule, l’eau froide ou échauffée d divers degrés (et quelquefois d’autres liquides), comme la solution , la lixiviation , le déplacement , la macération , la digestion , Y in fusion et la décoction .
C. Enfin , ceux dans lesquels la chaleur , ou plutôt le calorique, devient l’agent principal ; telles sont Y évaporation et la concentration , la distillation , la sublimation? la fusion , la torréfaction , Y incinération, la calcination , le grillage ,1a congélation et la cristallisation.
a. « La lotion ou le lavage a pour but, soit d’enlever à certaines substances les corps étrangers qui adhèrent à leur surface ou qui y sont mêlés , soit de séparer une poudre fine et légère d’une autre qui l’est moins, à l’aide de l’immersion dans l’eau. » 11 est évident que, dans celte circonstance, les parties les plus lourdes se déposent les premières, tandis que les autres peuvent, ou se dissoudre, ou rester suspendues dans le liquide surnageant. Leur séparation une fois opérée , par la seule différence entre le poids respectif des unes et des autres, on les recueille isolément à l’aide de la décantation. « Celle-ci consiste è séparer le liquide surnageant du dépôt qu’il recouvre, en in-
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/il
clinantavec précaution le vase qui les contient tous deux.» Ce liquide lui-même, s’il est trouble, après un repos plus ou moins long, abandonne un nouveau dépôt qui, sous la forme d’une poudre très-fine, semble se précipiter au fond du vase. C’est pour cela que l’on donne h toutes les matières solides qui se séparent spontanément du liquide qui les tenait en suspension, le nom de précipité .
Un autre moyen de recueillir les précipités est la filtration. «Cette opération consiste à verser le liquide troublé par des matières qui n’y sont que suspendues, sur un corps qui permet seulement au liquide de le traverser, et retient le précipité à sa surface. Ce corps prend le nom de filtre. C’est tantôt de la toile, des étoffes de laine ou de coton, tantôt du sable, du charbon, ou du verre; le plus souvent c’est du papier sans colle que l’on dépose sur un entonnoir, en le plissant de manière que le précipité se réunisse au centre, et occupe une moins grande surface.
«L’expression consiste à soumettre les corps succulents h Faction d’une force comprimante, afin de séparer les sucs qu’ils contiennent du tissu fibreux ou parenchyme .» La presse est l'instrument le plus employé pour cette opération , à l’aide de laquelle on obtient la plupart des sucs végétaux et des huiles.
« C’est au moyen de la clarification que l’on enlève à certains liquides les corps étrangers qui troublent leur transparence ou leur pureté. » On emploie plusieurs modes de clarification, suivant les liquides auxquels on veut l’appliquer. Le premier mode consiste simplement dans le
stances végétales, à Faide de Feau, mais surtout de Faîcool et de f éther.
«La macération consiste àfaire séjourner plus ou moins long temps une substance dans un liquide froid, capable d’en dissoudre certains principes.
«L’infusion s’entend du séjour d’une substance dans un liquide bouillant, pendant tout le temps que celui-ci peut mettre à se refroidir.
« La digestion ne diffère de l’opération précédente qu’en
ce que le liquide, employé chaud, est maintenu à une
température égale, mais inférieure au degré de l’ébulli-
lion, pendant un temps déterminé.
«Enfin, dans la décoction, on fait agir sur certaines substances , et pendant un temps plus ou moins prolongé, le liquide porté et maintenu à la température de l’ébullition. » Ces trois dernières opérations s’exécutent toujours dans
des vases clos.
L’emploi des quatre derniers moyens que nous venons de définir est subordonné à diverses circonstances , eu égard à la texture et à la composition des substances auxquelles on les applique. Ainsi , on se sert de ia macération pour assouplir et pénétrer lentement le tissu cellulaire des végétaux, et lorsque le liquide qui doit agir, ou bien lorsque les principes que l’on veut extraire sont susceptibles de s’altérer par la chaleur (exemp. : les teintures alcooliques, les vins médicinaux). La digestion est préférable quand ces principes ne sont solubles qu’à chaud, el que ie liquide lui-même risque d’être altéré par une haute tem-
pératûre (les huiles médicinales). On se sert de V infusion quand les substances sont facilement pénétrées par le liquide bouillant , mais seraient dénaturées par Faction trop prolongée du véhicule élevé à cette température. On traite ainsi les fleurs et les parties les plus délicates des végétaux. Enfin, on a recours à la décoction , quand on veut agir sur des corps d’une texture dense et serrée , comme les racines, les bois, les écorces, ou bien lorsqu’on veut extraire des principes qui ne se dissolvent qu’à la température de l’ébullition.
c. Le calorique est le principal agent des opérations de la section suivante; toutefois, l’eau ou d’autres liquides jouent encore dans quelques-unes un rôle important. Ainsi, «la Concentr ation consiste à soustraire, au moyen de la chaleur, une partie du liquide qui sert à former une solution , afin de concentrer , de réunir sous un moindre vo- *
iume les particules des corps dissous. Ceci est le but; mais «Faction du calorique sur le liquide, qui a pour objet de le réduire en Vapeurs, constitue aussi une opération importante que i’011 nomme Vaporisation. » La chaleur appliquée à un liquide divise ses parties de plus en plus, à mesure qu’on élève la température. Or, il arrive qu’échauffé à un certain point, le corps change d’état, et que, de liquide qu’il était, il passe à Fétat de vapeurs , sorte de nuage léger qui s’élève au-dessus du vase dans lequel on chauffe le liquide, et qui finit par disparaître en se mêlant à 3’ air qui l’environne.
Au moment où les couches du liquide les plus rappro-