CHAPITRE III
Devoirs particuliers de l’élève de 2e classe.
Age quod agis.
C’est aux deux ordres d’opérations que nous venons de décrire et qui, d ailleurs, se combinent avec celles des deux ordres suivants , que l’élève doit surtout s’attacher pendant les premières années de son séjour dans une officine. Il faut qu’il s’applique à en graver dans sa mémoire les définitions et les principes, et, toutes les fois que l’occasion se présentera de les exécuter, qu’il en étudie les détails et les circonstances dans les traités spéciaux. Il est évident que, dans la pratique, ces opérations ne peuvent s’offrir à son étude dans un ordre régulier. Cependant, il n’en est aucune peut-être qui ne se présente au moins une fois l’année dans une officine; le plus grand nombre, au contraire, s’exécutent chaque jour et à chaque heure. 11 faut donc qu’il soit attentif à saisir l’occasion de les connaître et de les pratiquer.
En lim itant à ces deux ordres d’opérations et de produits l’étude spéciale à laquelle doit s’appliquer l’élève de seconde classe, loin de nous la pensée qu’il doive négliger d acquérir des connaissances plus étendues. Tout ce qui se passe sous ses yeux est également digne de son attention; mais l’explication de tous les phénomènes n’est pas
DE PHARMACEUTIQUE. 6l
encore h sa portée. Mieux vaut donc pour lui, consacrer ses efforts à l’observation des faits, à la connaissance des procédés manipulatoires et à leur exécution , que de se livrer prématurément à l’étude des théories. Qu’il ne s’attache même pas trop à classer, à généraliser les observations qu’il recueille; la variété de ces détails, et jusqu’au désordre dans lequel tant de choses nouvelles se présentent à lui, le servent mieux dans le but qu’il se propose, que ne ferait dès l’abord une étude systématique. Les méthodes ont cet inconvénient, en effet, que la série des objets dont elles s’occupent, se déroulant sous les yeux dans un ordre successif, les dernières études nuisent parfois aux premières, et chaque chose ne se montrant qu’une fois et sous un seul aspect, l’esprit n’en est frappé que d’une manière incomplète et fugitive. Dans la pratique , au contraire, la répétition fréquente des mêmes opérations, le rapprochement fortuit des phénomènes les plus divers, etla nécessité d’étudier chaque chose sous toutes ses faces, dans tous ses rapports, exercent bien autrement l’intelligence etla mémoire. L’élève, toujours entouré des objets de son étude, s’habitue, pour ainsi dire, à vivre avec eux. Ils abordent à son esprit par tous les sens; ils l’en imprègnent d’une manière indélébile. Plus tard, de nouvelles connaissances viendront se joindre h celles déjà acquises ; l’instruction méthodique des écoles et des livres viendra combler toutes les lacunes ; enfin , les théories éclaireront tout cet ensemble et se serviront d’appui réciproque. Mais, parfois aussi, elles se détruiront les unes
•PRIN C I P lïS È L É M E N T A I R E S
les autres, ou laisseront llotter l'esprit dans le doute ; tandis que les faits positifs, les phénomènes constants, les observations pratiques demeureront dans la mémoire , comme des archives impérissables où se retrouvera toujours la vérité.
Dans le cours de la première année, le jeune élève secondera tour-à-tour les élèves du laboratoire et ceux de l’officine. Il s’efforcera d’apprendre par les seuls enseignements de l’exemple ce que son inexpérience ne lui permettrait pas encore de pratiquer de ses mains. Des soins les plus pénibles, les plus fastidieux, qui seront nécessairement son lot jusqu’à ce qu’un nouveau venu le remplace, il passera à des fonctions plus intéressantes et plus relevées. Qu’il regarde beaucoup agir les autres avant de faire lui-même; qu’il s’aide de toutes les lumières; qu’il 11e craigne pas d’interroger ses collaborateurs, de consulter les livres, de s’adresser au chef de l’officine, pour recueil lir tous les documents qui lui sont nécessaires. L’exécution des formules magistrales est l’une des parties les plus délicates de notre art. Le chef, ou le premier élève, en lui confiant les plus simples et les plus faciles, ne manqueront pas de lui donner toutes les indications convenables, et lui recommanderont, avant tout, ces trois choses qui doivent former la devise du pharmacien : l’ordre, l’exactitude, la prudence. Qu’il ne néglige aucun de ces détails accessoires qui offrent au médecin et au malade une garantie des soins que l’on apporte aux moindres objets : l’étiquette lisiblement et correctement écrite, le vase soi-
gneusement bouché, cacheté, enveloppé; la formule numérotée et timbrée, pour montrer qu’elle a passé sous les yeux du chef, qu'on Fa lue plus d une fois, et qu’on en garde une copie. Tous ces soins recherchés et indifférents en apparence, ont cependant une importance réelle. Il suffit d’un reproche, d’une erreur, je n’ose dire d’un accident occasioné par leur négligence , pour donner lieu à des regrets bien amers. D’ailleurs, je le répète, cette habitude une fois prise, on oublie bientôt ce qu elle a d’ennuyeux ou de puéril; un bon résultat en est le fruit et n’a presque rien coûté.
Pendant l’année suivante, l’élève devra s’essayer aux préparations du laboratoire; il s’exercera à conduire un fourneau, à régler une étuve, à diriger une distillation, h monter des appareils. A chaque opération nouvelle, il en étudiera les principes, les détails et la théorie dans les traités; il en observera toutes les circonstances; il tiendra note des résultats et de leurs caractères. Il s’appliquera, en un mot, à recueillir toutes les données nécessaires pour établir clairement dans son esprit les données générales des opérations pharmaceutiques des deux premiers ordres , principes qui, avec ceux de la classification et des nomenclatures, doivent faire la matière spéciale de ses études pendant cette première époque de la période officinale.
Il nous reste à dire un mot des devoirs du jeune élève envers le chef qui s’est chargé de diriger ses premières études pharmaceutiques. Si, en général, les rapports d’un maître et de son disciple doivent être ceux d’un père et
de son dis , c’est surtout lorsqu’ils habitent la même maison, qu’ils s’asseoient à la même table, et que ces rapports ne se bornent pas à une instruction donnée et reçue, mais qu’ils s’étendent à des travaux partagés, à des services réciproques, h une éducation nouvelle, je pourrais dire, aux mœurs d’une profession à laquelle la vie entière sera consacrée. Honoré de l’amitié de son chef et investi de sa confiance, il est facile d’imaginer par quelle conduite, par quels sentiments, le jeune élève doit y répondre. Le zèle, la sagesse, la réserve dans les manières, le dévouement aux intérêts delà maison, la probité la plus parfaite, le respect et la déférence que mérite la supériorité de l’âge et des lumières; enfin, la reconnaissance si naturelle à une âme délicate, envers ceux qui développent noire intelligence et préparent notre avenir: voilà ce qu’un maître, jaloux des succès de son élève, a droit d’en attendre en retour des soins qu’il lui prodigue. Au disciple qui s’efforce ainsi d’alléger les charges d’un tel patronage, ne manquera jamais un maître qui sache concilier une paternelle indulgence avec la rigueur de ses propres devoirs, et faciliter, par la douceur de ses préceptes, ce qu’ont de pénible les abords de cette grave profession.
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