CHAPITRE IL
Travaux du Laboratoire. — Conservation des Médicaments.
.... Ayez une bonne méthode de travail , car cette méthode, une fois prise, se répand sur les occupations de tous les âges.
( Spcct . Fr. , t. ni. )
A place for evcry thing , and each tliing in its place.
( Lanças t. method. precepts. )
Durant la première époque de la période officinale , l’élève, presque exclusivement livré à des travaux pratiques, et encore trop préoccupé par le nombre et la nouveauté des détails de la profession , n’a presque été chargé d’aucune fonction importante capable d’engager sa responsabilité. Il n’en est plus de même lorsque du premier grade il passe à celui d’élève de seconde classe. Ses travaux vont devenir plus attachants, plus profitables à son instruction et plus utiles à l’établissement dans lequel il est venu la puiser. Sa condition s’en améliore aussi sous divers rapports. Jusqu’ici, il est resté dans la situation inférieure, onéreuse, d’un disciple; aujourd’hui, environné de plus d’estime et de confiance , il va trouver, dans la maison dont il sert les intérêts , des avantages proportionnés h son zèle et à ses talents.
Des deux années qu’il doit donner encore à l ètude pratique de sa profession, il convient que la première soit consacrée spécialement aux travaux du laboratoire. Une année tout entière, disons-nous, parce que les opérations de ce ressort sont nombreuses, que la plupart d’entre elles ne se présentent qu’une fois l’an , à des époques périodiques, et qu’il est important pour lui de parcourir le cercle entier des manipulations qui s’y rattachent. Ainsi, la collection et la dessiccation des plantes, la préparation des extraits, de certains sirops, des eaux distillées et d’une foule d’antres produits , n’ont lieu que dans une saison déterminée, en sorte que, dans l’espace d’une année, la série complète des opérations du laboratoire se présente successivement è son étude , sans fatiguer son esprit par la répétition trop fréquente des mômes procédés.
Sans rappeler ici ces opérations diverses , les règles qui s’appliquent à chacune d’elles, et les caractères des produits qui en sont le résultat, nous nous bornerons a poser quelques principes généraux sur la direction , la tenue d’un laboratoire, et sur l’emploi le plus avantageux du temps que l’élève doit consacrer à cette partie de ses études, sous le double rapport de son instruction et des intérêts qui sont confiés à ses soins.
§ 1 . La division des médicaments en officinaux et magistraux , que nous avons jugée inutile sous le rapport de la classification et de la nomenclature, n’est peut-être pas sans importance relativement aux opérations du laboratoire.
En effet, l’élève chargé de celte partie doit partager en deux classes les préparations qui lui sont attribuées. L’une comprendra celles qu’il exécute chaque jour , ou bien a des heures déterminées, et qui se rapportent au service magistrat y comme les tisanes, les sucs d’herbes, le petitlait, les bouillons médicinaux. L’autre se composera des préparations destinées à l’approvisionnement de l’officine, et qu’il peut exécuter à loisir, ou à des jours indéterminés. Ï1 lui faut donc disposer son travail de telle manière que les préparations de la première série n’aient jamais à souffrir le moindre retard ; le reste de son temps appartiendra aux opérations officinales et aux soins divers qui font partie du service dont il est chargé.
Les conditions essentielles des préparations magistrales à l’usage „ sont, sans contredit, l’exactitude et l’identité. Quelque peu désagréables que soient ces sortes de médicaments , l’emploi habituel qu’en font les malades rend ceux-ci familiers avec leur saveur et leurs autres qualités apparentes. La sensibilité de leurs organes, exaltée par l’état de maladie, les rend difficiles et prompts à se dégoûter. Ce n’est qu’à force de soins recherchés et de régularité dans la préparation , que l’on peut sauver cet inconvénient. L’élève y attachera donc beaucoup d’importance; car de là peut dépendre toute la réputation d’un établissement. Le public, qui juge mal du mérite d’une préparation insolite ou compliquée, apprécie avec assez de justesse une composition simple , d’un usage fréquent, et l’on conçoit tonies les conséquences de l’opinion qu’il
peut se former, en concluant par analogie de tout ce qui se prépare par les mêmes mains.
Les opérations officinales qui s'exécutent au laboratoire sont toutes celles qui exigent remploi du feu , l’usage des grands appareils , et celles qu’il est convenable, par divers motifs, de dérober aux yeux du public. Les unes se rapportent h la classe des médicaments simples , ou à celle des médicaments composes par mélange ; les autres aux médicaments combinés ou chimiques. C’est par l’exécution des premières que l’on prélude ordinairement aux secondes, qui sont plus compliquées et plus délicates, comme la théorie des unes sert d’acheminement h celle des phé~ nomènes plus variés et plus nombreux que présentent les autres. L’élève , en s’occupant des opérations des deux premières classes, cherchera dans les ouvrages de physique l’explication des principaux phénomènes auxquels elles donnent lieu ou qui les accompagnent. Il se familiarisera d’abord avec la théorie de la chaleur et avec les moyens d’appliquer le combustible; il étudiera les conditions essentielles de la construction d’un fourneau et d’une étuve ; il apprendra à mesurer les degrés de chaleur à l’aide des instruments thermométriques; il appliquera la théorie de la vapeur à la disposition des appareils évaporatoires , à la concentration des liquides et à l’art de
distiller. L’étude des lois de la gravitation lui donnera
la clef des phénomènes qui se rapportent h la pondération et d la mesure, à l’équilibre des fluides, à l’usage du syphon et de la pompe. La comparaison des poids aux
volumes lui fera connaître le poids spécifique des corps, lui apprendra l’emploi de l’aréomètre, de la balance hydrostatique, etc. Il acquerra ainsi, peu à peu, avec la pratique des opérations , les données fondamentales qui leur servent de base, et il préludera de cette manière aux manipulations difficiles et aux théories élevées qui sont du ressort de la chimie.
L’un des plus grands avantages de cette partie de ses études sera de fixer dans l’esprit du jeune élève cette multitude de détails qui entourent l’opération la plus simple. L’usage des instruments, le maniement des ustensiles, l’art de dresser les appareils , de les composer parfois de toutes pièces, de diriger la marche d’une opération, de suivre toutes ses phases et les circonstances qui caractérisent chacune d’elles : tout cela nç s’apprend qu’en faisant soi-même, en répétant plus d’une fois la même chose, en observant avec persévérance et sagacité les moindres phénomènes qui s’olfrent aux yeux. L’habitude pratique et la dextérité ont souvent manqué aux plus habiles professeurs , tandis qu’une foule de chimistes célèbres ont dû une grande part de leurs succès à cette aptitude
spéciale acquise dans les laboratoires pharmaceutiques. Aussi, est-ce à son importance bien sentie que nous devons la méthode adoptée dans les meilleures écoles, où l’on joint aujourd’hui l’exercice des manipulations è l’enseignement théorique de toutes les sciences expérimentales.
Si l’exactitude et l’identité sont d’une nécessité rigoureuse dans les produits magistraux ( extemporanés ) , les
préparations officinales ( tempo'ranêes ) exigentune troisième condition non moins importante. L’un des caractères des médicaments de cette nature étant d’être durables , il faut qu’ils réunissent les qualités nécessaires pour résister le plus long-temps possible aux causes d’altération. Les sirops, par exemple, les eaux distillées, les extraits, les onguents et une foule d’autres produits , demandent pour leur conservation des conditions et des soins particuliers. C’est donc spécialement à cette époque que l’élèye doit s’occuper delà partie de l’art qui a rapport h la Conservation des médicaments , et dont nous allons établir les données générales.
§ 2. « La conservation des médicaments s’entend des moyens h mettre en usage pour prolonger leur durée, c’est-à-dire pour les soustraire le plus long-temps possible aux causes qui peuvent altérer leurs qualités apparentes et leurs propriétés actives. »
Ces causes d’altération sont de diverses natures , suivant les substances qui y sont exposées. Néanmoins, les plus générales sont: l’air atmosphérique , l’eau ou l’humidité , la chaleur, la lumière et l’électricité.
Toute substance mise en contact avec l’air atmosphérique éprouve une altération plus ou moins prompte , plus ou moins notable. Les divers éléments dont l’air se compose peuvent agir sur elle ou sur les principes qui en font partie , l’oxigène surtout, qui se combine avec tous les corps combustibles , et ces corps sont en très -grand nombre. Mais indépendamment de cette circonstance, toute
substance exposée à l’action de l’air libre éprouve en même temps celle de la température atmosphérique; elle peut attirer et fixer l’humidité répandue dans l’air; enfin , elle se trouve aussi en contact avec cette multitude de corps organiques et de germes de toute espèce dont l’air le plus pur est toujours chargé, ce qui multiplie à l’infini les causes d’altération.
U eau, ou seulement Y humidité empruntée à l’air ambiant, s’oppose de plusieurs manières à la bonne con servation des substances sèches. Elle ramollit les tissus, dissout les parties mucilagineuses ci albumineuses; elle favorise le développement des moisissures et autres végétations parasites, des animalcules et des insectes destruc leurs. Aidée de la chaleur, elle dispose les substances organiques à lafermentation et bla décomposition complète qui en est toujours 3e résultat.
Les variations de la température sont aussi au nombre des circonstances qui peuvent abréger la durée des niédi caments. La chaleur ne se borne pas toujours à changer l’état physique de certaines substances exposées à son action; elle peut en dissocier les principes élémentaires, volatiliser les uns , coaguler les autres, ou les combiner dans un nouvel ordre qui les dénature. Le froid peut en séparer certains éléments , dans Tordre de leur susceptibilité de congélation on de cristallisation.
La lumière altère les couleurs, favorise la volatilisation et la sublimation de plusieurs corps, et opère parfois une décomposition réelle. Quant h l’éleclricité , nul doute
qu'elle ne contribue puissamment à l'altération des produits chimiques, et que les substances de cette nature qui se trouveraient sous l’influence constante de cet agent, quelque faible que fût l’intensité de son action, finiraient par éprouver une décomposition complète.
Tout ce qui se rapporte à la conservation des médicaments se réduit donc, en général, aux préceptes suivants:
Les défendre autant que possible du contact de l’air.
Les tenir à l’abri de l’humidité.
Ne les point exposer aux variations de la température.
Les soustraire h l’action de la lumière.
Les isoler de l’influence électrique.
On évite le contact de l’air en plaçant les objets à conserver dans des vases d’une capacité telle qu’ils en soient complètement remplis, en fermant exactement ces vases , et en recouvrant leur ouverture d’une couche de lut imperméable. Les objets destinés au service journalier doivent être placés dans des vases d’une très-petite capacité» afin d’y laisser aborder le moins d’air possible» et que leur contenu soit plus souvent renouvelé.
Le meilleur moyen d’éviter l’humidité est de placer les substances, préalablement désséchées avec soin , dans des vases imperméables, et de les déposer dans des lieux secs, au milieu d’une atmosphère inaccessible au dégagement de vapeurs aqueuses.
Les substances qui ont à redouter les effets de la chaleur ou du froid alternatifs doivent être conservées dans des lieux dont la température reste h peu près égale, comme
les caves , les armoires fermées , et les magasins que l’on ouvre rarement. Il faut les tenir éloignées des laboratoires, des fourneaux , des étuves, ainsi que des lieux ouverts ou trop aérés.
On évite Faction de la lumière, soit en plaçant les corps susceptibles d’en être altérés dans des lieux obscurs, soit en recouvrant les vases qui les contiennent, et qui seraient perméables au fluide lumineux, d’un enduit coloré ou d une enveloppe de papier noir.
Enfin , il est facile de mettre les produits chimiques à l’abri de Faction décomposante de l’électricité, en les isolant, c’est-à-dire en les plaçant dans des vases de cristal bouchés hermétiquement par des obturateurs delà même matière.
Indépendamment de ces données générales, il est des moyens spéciaux qui s’appliquent à certaines substances et à certaines préparations, et qui dépendent de leur nature particulière. Les traités raisonnés de pharmacie renferment tous ces détails, qui ne sauraient trouver place ici, mais que la pratique et Fusage auront bientôt enscb gués.
La surveillance et la tenue des caves et des magasins font partie des attributions de l’élève du laboratoire. Le soin des caves consiste à les tenir propres, à les rendre saines, à classer avec discernement et intelligence tous les objets qu’elles renferment. Les uns demandent une température basse et égale, mais redoutent l'humidité; d’autres veulent être mis h la fois à l’abri du contact de
ÏOO PRINCIPES ÉLÉMENTAIRES
la lumière et de la chaleur. Les préparations alcooliques , éthérées, et les huiles volatiles qui sont inflammables, occuperont une place réservée cju’on n’abordera qu’avec précaution. Les sirops, les huiles fixes, les acides forts, les eaux distillées et les eaux minérales, seront classés avec soin et de manière à prévenir tout sujet d’erreur. Les caves , pour rester saines, doivent être légèrement aérées ; il faut les sabler souvent si elles sont trop humides. Lue inspection fréquente, un ordre soutenu, le soin d'inscrire avec régularité les approvisionnements à faire et d’y pourvoir d’après les avis du chef, compléteront celle partie des fonctions de l’élève qui en est chargé.
Les magasins exigent de sa part des soins non moins assidus et multipliés. C’est ici que le besoin de l’ordre se fait peut-être le plus vivement sentir. Les approvisionnements d’une officine ne doivent pas, en général, dépasser les besoins d’une année. Dans une grande ville , F exiguïté du local et les facilités, que donne le commerce de la droguerie permettent de les renouveler plus souvent ; mais le nombre des objets est en raison de l’extrême variété des prescriptions magistrales. Dans les petites villes, au contraire, où il n’existe pas de droguistes, les pharmaciens ont besoin d’approvisionnements plus copieux; mais aussi la matière médicale y est plus restreinte. Quoi qu’il en soit, la bonne tenue des magasins est une attribution importante de l’élève, et les détails qui la concernent sont loin d’être sans utilité pour son instruction. 11 y trouvera l’occasion naturelle d’étudier les drogues
simples indigènes et exotiques, de les comparer dans leurs qualités , de rapprocher leurs caractères des descriptions données par les auteurs. Le soin de les mettre en ordre , de les étiqueter exactement, l’obligera à une nouvelle élude et à une application scrupuleuse des principes de la classification et des règles de la nomenclature. Plus maître de l’emploi de ses moments que les élèves de l’officine, dont le temps est sans cesse fractionné par les exigences du service public, il pourra donner à tous ces détails plus de suite, plus d’ensemble et de perfection. Ainsi ramené à chaque instant, par la nature même de ses travaux, aux éludes théoriques, il devra regarder le temps consacré au laboratoire comme le plus réellement profitable h son avancement , soit dans sa profession , soit dans la carrière de toutes les sciences qui s’y rapportent.
On conçoit que, parvenu à ce point, l’élève trouvera peu de difficulté à s’exercer aux manipulations chimiques. Averti seulement que les opérations de cette classe sont plus délicates, et que leurs produits, en général, sont, doués d’une grande énergie, il redoublera de soins, de précautions, et disposera ses appareils de manière à ne point gêner les antres parties du service et à prévenir toute espèce de danger. Je regarde comme une obligation de la part de tout pharmacien, de donner aux élèves l’occasion de pratiquer les opérations chimiques principales, de préparer les produits les plus importants, et surtout de varier les procédés manipulatoires par lesquels ou peut les obtenir . Mais que le jeune adepte ne se laisse point encore entrai-
î O 2 PRINCIPES ÉLÉMENTAIRES
ner à l’attrait bien réel des recherches chimiques; tout Fintérêt de ses autres travaux en serait détruit. Non que je prétende le détourner de cette belle carrière, si une vocation prononcée l’appelait à la suivre; mais qu’il sache du moins attendre la fin de son éducation pratique. 11 trouvera bientôt, dans le cours de la période suivante 9 l’occasion de s’attacher avec plus de suite à cette étude, et des devoirs impérieux ne l’empêcheront plus alors de se livrer b son goût pour la science ou aux inspirations naturelles de son génie.
Jusque là, qu’il sache se renfermer dans le cercle déjà assez étendu de ses attributions obligatoires. L’habitude des soins généraux, les connaissances acquises par la réflexion et une pratique judicieuse, achèveront de donner à cette époque un caractère qui se réfléchira sur tout le reste de ses études, et même sur tout l’avenir de sa profession. Je suis revenu plus d’une fois, et peut-être reviendrai-je encore sur les qualités fondamentales, j’ai presque dit, les vertus que je voudrais pouvoir faire passer dans son individualité : l’ordre, l’exactitude, l’application, sources de toutes les autres qualités, et sans lesquelles il lui faut renoncer à devenir jamais un bon praticien. Il en est encore d’autres qu’il serait difficile de réduire en préceptes , et que l’exemple ou les conseils assidus d’un maître peuvent seuls enseigner : la bonne tenue, l’arrangement d’un laboratoire et de ses dépendances, le ménagement des ustensiles, le sentiment de l’économie appliqué à tous les détails, et dont les résultats sont si importa ns pour um
maison bien administrée ; tout cela échappe à la didactique, tout cela, néanmoins, caractérise l’élève soigneux, et se retrouvera plus tard dans le pharmacien habile. En entrant dans un laboratoire , on peut juger d’un coup d’œil les qualités de celui qui le dirige, et même apprécier jusqu’à certain point le degré de son instruction.
PRINCIPES ÉLÉM EN T AIREV
VVWVVVWVWVVX WVW'VjVWVWVWVWV'WVWVWWVWVV WVWWVVWWV VW WV VWV.X'VVWVWWV WVUVW/V VW v.WVV