OO PRINCIPES ÉLÉMENTAIRES
la réforme Guylonnienne 9 qui se bornait a indiquer le genre et l’espèce de la combinaison, sans chercher à dé terminer les proportions relatives des composants. Plus tard, l’élève apprendrait à désigner ces mêmes composés avec plus d’exactitude et dans un langage plus scientifique, lorsqu’il étudierait la chimie d’une manière spéciale et indépendante de son application à l’art de guérir.
C’est en effet de cette manière que sont désignés les médicaments de la quatrième classe dans la plupart des officines. L’élève sera donc bientôt familiarisé avec cette partie de la nomenclature pharmaceutique. II lui suffira de noter soigneusement dans sa mémoire : que les genres et les sous-genres de cette classe n’ont que quatre sortes de terminaisons : en ide9 en ure3 en ite et en ale (oxide, chlorure, sulfite, carbonate) ; que les deux premières indiquent que le corps générique (électro-négatif) appartient à la classe des métalloïdes ; la troisième et la quatrième, que le même corps a été préalablement soumis à une combinaison qui l’a rendu acide, mais à des degrés différents. Il saura que le nom spécifique est toujours tiré de la base du composé ou du corps électro-positif (sulfate de potasse , carbonate de baryte ). Il apprendra facilement la signification des augmentatifs et des diminutifs qui servent à indiquer les rapports de proportion du genre et de l’espèce ( bi-tartrate de soude, sous-acétate de plomb). Mais comme le moment n’est pas arrivé pour lui de pénétrer plus avant dans la science des combinaisons chimiques, ces premières notions lui suffiront pour ne jamais
confondre entre elles les substances de cette nature, et pour lui rappeler surtout que les médicaments de celle classe étant les plus énergiques et par conséquent les plus dangereux, il doit, en les employant, redoubler de circonspection, d’exactitude et de prudence.
Ainsi donc, à la simple lecture de l’étiquette, l’élève connaîtra la classe de médicaments a laquelle appartient la substance qu’il examine. Le nom du genre lui rappellera aussitôt les divisions principales de la science et celle de ces divisions à laquelle le médicament se rapporte, en même temps que le nom spécifique lui fera connaître sa base. Mais cette étude ne doit point lui suffire. Il faut encore qu’il s’applique à connaître tous les noms qu’a portés à différentes époques, chaque substance et chaque préparation, synonymie qui devrait être toujours exactement rappelée dans la contre- étiquette du vase qui les renferme. Cette connaissance ne peut s’acquérir que par une longue habitude, attendu qu’elle échappe, par sa nature même, l\ une étude régulière. Les médecins, suivant l’époque de leurs études et l’école à laquelle ils appartiennent, désignent les mêmes substances par des noms différents qu’il faut tous connaître. Un répertoire général des dénominations diverses qu’ont reçues les médicaments , serait un ouvrage précieux qui manque encore à notre art. Jusque là , c’est dans la mémoire des pharmaciens érudits qu’est déposé cet immense et bizarre catalogue, qu’un long exercice apprend seul à connaître, et que rien ne peut suppléer.
Tout ce que nous avons dit jusqu’ici sur ia nomenclature pharmaceutique ne se rapporte qu’aux médicaments officinaux , c’est-à-dire à ceux qui se conservent toufc préparés dans les officines. Mais il en est d’autres que le pharmacien prépare à l’instant même où le médecin les prescrit , et où ils sont nécessaires au malade. On a donné à ceux-ci le nom de magistraux. M. Chéreau a imaginé pour eux une dénomination plus rationnelle , en ce qu’elle indique le véritable caractère qui les distingue des précédents ; il les a nommés achronizoïcfues, parce qu’en général ils ne sont pas durables; à ce nom, un peu dur à prononcer, jepropose de substituer celui extemporanés, parce qu’ils se préparent au moment du besoin , et par opposition avec les médicaments officinaux, qui sont faciles h conserver, qui se préparent en temps opportun , et qui prendraient le nom de temporanés .
Quoi qu’il en soit, l’extrême variété des médicaments magistraux, qui ne diffèrent souvent entre eux que par la forme, le volume, la consistance ou le mode de leur application , fait qu’ils se prêtent difficilement à un système régulier de dénominations. L’usage en apprendra plus à cet égard que ne le ferait une étude méthodique ; car la plupart des mots dont se compose cette partie de la nomenclature pharmaceutique a passé dans le langage vulgaire , en sorte que leur signification est assez généralement connue. Nous ne nous arrêterons donc pas plus longtemps sur ce sujet; nous y reviendrons à une époque plus avancée des études de cette période.