PRÉFACE
Le cœur de l’homme change son visage, soit en bien, soit en mal.
La Bible.
La nature a établi une parfaite harmonie entre le corps et l’esprit de l’homme. Elle a gravé sur son visage les traces de ses penchants secrets. Cicéron.
Ne voyez-vous pas combien d’énergie le courage donne à l’œil ; combien d’attention, la prudence; combien de sérénité, le contentement ; combien la sévérité lui imprime de dureté et l’indulgence de douceur ? Si les mouvements de l’âme vont se peindre ainsi dans les regards, leur expression sera bien plus sensible par le caractère général de la physionomie.. . Sénèque.
Il n’est rien plus vraisemblable que la conformité et relation du corps à l’esprit... Je ne puis dire assez souvent combien j’estime la beauté, qualité puissante et avantageuse non seulement aux hommes, mais aux bêtes aussi. Je la considère à deux doigts près de la bonté... Je crois qu’il y a quelque art à distinguer les visages débonnaires des niais , les sévères des rudes, les malicieux des chagrins, les dédaigneux des mélancoliques, et telles autres qualités voisines...
Montaigne.
Deux arts de prognostication sont nés des rapports de l’âme et du corps. L’un cultivé par Aristote , l’autre par Hippocrate.. Quoique depuis on les ait souillés de beaucoup d’absurdités, ils peuvent être rétablis dans leur vérité. Ils ont pour base solide la nature et sont utiles dans la vie commune. Le premier est la physiognomie qui, d’après les signes corporels, indique les penchants animiques. .. Bacon.
L’esprit dépend tellement du tempérament et de la disposition des
organes, que s’il y a quelque moyen de rendre les hommes plus sages et plus intelligents, c’est dans la médecine qu’il faut le chercher.
Descartes.
Tous les sentiments ont chacun un son de voix, des gestes et des mines qui leur sont propres, et ce rapport bon ou mauvais, agréable ou désagréable, est ce qui fait que les personnes plaisent ou déplaisent.
Larochefoucauld.
Si l’on s’étudiait davantage à observer les mouvements extérieurs qui accompagnent les passions, il serait difficile de les dissimuler.
Leibnitz.
La structure du corps et par conséquent la forme extérieure doivent être d’accord avec l’essence de l’âme. Aussi la différence des caractères se montre dans la différence des corps : c’est-à-dire que le corps a quelque chose dans sa forme totale ou dans celle de ses parties d’où l’on peut déduire les dispositions naturelles de l’âme.
Wolff.
Chacun s’entend un peu en physionomie et se forme une idée du caractère, de l’humeur et de l’état d’une personne sur les traits de son visage. En voyant un inconnu, nous sommes d’abord frappés de l’idée d’un naturel orgueilleux, réservé, doux, affable...
Addison.
La nature en formant l’intérieur ne manque guère d’y assortir l’extérieur. Fielding.
Ce qui plaît ou rebute le plus dans l’air d’une personne, c’est le caractère de l’esprit et du cœur qui se peint sur le visage... Mais, dira-t-on, la physionomie est trompeuse, — oui, on peut la contrefaire, mais il est bien rare que la contrainte ne trahisse pas l’imposture.
Gellert.
Les affections dominantes, les vices et les vertus qui en naissent se peignent par des signes manifestes sur le visage et sur toute 1 habitude du corps. Haller.
Quelque frivole que paraisse à la plupart des hommes la physiognomie ou la science de découvrir le caractère par la figure, il est
cependant très-vrai que toute personne attentive et qui a un peu de sensibilité possède plus ou moins cette science. Nous voyons l’âme dans le corps ; nous pouvons dire le corps est l’image de l’âme.
SüLZER.
La liaison de l’âme et du corps est telle que presque toujours l’extérieur répond aux aptitudes et aux penchants de l’âme. La voix, la démarche, le coloris... laissent deviner les dispositions de l’esprit.
Ernesti.
Que les attributs extérieurs et matériels qui distinguent les animaux soient l’ouvrage ou l’empreinte des mouvements intérieurs du principe qui les anime, ou que ce principe soit forcé de régler ses mouvements et ses actions sur la nature et la conformation de leurs ' organes, il est certain qu’il y a un rapport constant entre le caractère ' moral de chaque être sensible et la constitution physique, l’air et l’habitude extérieure de son corps. Roussel.
J ai examiné s il était vrai qu’on put à des signes rapides se former une première idée des hommes. Je le crois. J’ai toujours considéré comme un préjugé favorable... ce regard plus intelligent que fin et qui semble appartenir davantage à l’esprit qu’au caractère, cette circonspection naturelle dans le maintien, bien différente de cette gravité contrefaite qui sert de masque à la médiocrité, enfin tant d’autres caractères extérieurs que j’ai vu rarement séparés d’un mérite r®e^‘ Necker.
On rencontre à chaque instant dans le monde des physionomies qui portent l’empreinte irrécusable d’un sentiment dominant, tel qu une impertinence dédaigneuse, le contentement de soi-même, la misanthropie, la sensualité... Quand la physionomie a un cachet déterminé, il est rare qu’elle soit trompeuse.
Brill at-Savarin .
L esprit est lié à la matière, mais la matière l’est également à l’esprit... L’état physique est l’expression de l’état moral.
Feüchtersleben.
Combien d’âmes dont le mauvais naturel se fait jour dès le berceau. Les unes sont hébétées^ les autres grossières et brutales. Avant même
qu’aucun acte d’intelligence se soit produit, les traits du visage attestent déjà que les plus méchants instincts sont présents et n’attendent que le réveil pour se donner carrière. Jean Reynaüd.
Toute tête humaine, aussi mal dessinée qu’on la suppose, a nécessairement et par le seul fait qu’elle a été tracée, une expression quel-
conque parfaitement déterminée. Topffer.
Parcourez d’un œil rapide le règne entier de la nature, ou bornezvous à comparer quelques-unes de ses productions, et tout vous confirmera cette vérité qu’il y a une harmonie constante entre les forces internes et les signes extérieurs. Si quelqu’un est dépourvu de ce sens universel de la nature, qu’il ferme ce livre, rien ne pourra le convaincre, rien ne pourra l’instruire. Lavater.
DE PHYSIOGNOMIE.
La physiognomie cherche à connaître par les signes extérieurs les propriétés et les facultés intérieures, intrinsèques.
Homme, animal, végétal, minéral, tout être a sa physionomie, car la nature a mis partout harmonie et unité.
Chez les êtres doués de sensibilité et destinés à des relations volontaires avec d’autres êtres sensibles, l’extérieur, dans certaines de ses parties surtout, est un organe de rapports affectifs et intellectuels entre les individus, et il a une expression d’autant plus grande, d’autant plus belle, que la sensibilité et l’intelligence sont plus grandes.
La physiognomie humaine, fondée sur les rapports du physique et du moral, étudie les signes de ces rapports, signes dont l’ensemble pour chaque individu constitue sa physionomie.
Chacun de nous, en naissant, apporte, comme homme, les germes des facultés communes au genre humain, comme individu, des prédispositions physiques et morales qui tiennent au sexe, à la race, aux parents, aux particularités de la conception, aux particularités de la gestation. Après la naissance et jusqu’à la mort, d’innombrables circonstances ne cessent d’agir en sens divers; car la vie exige un mouvement et un renouvellement continuels dans toutes nos parties, et de continuels échanges, de continuels conflits entre nous et ce qui nous entoure.
L’individu se développe au milieu de toutes ces influences; il est impressionné, réagit, se transforme, se maintient plus ou moins, s’use et finit. Le libre arbitre n’échappe pas à ces influences.
Le genre humain doit donc présenter des nuances infinies d’organisations, d’aptitudes et de physionomies, et chaque individu, en traversant la vie, subir dans sa constitution, son moral et sa physionomie de nombreux changements.
Les sexes distinguent d’abord l’humanité en deux parts : la femme, qui porte et nourrit les germes de nouvelles générations; l’homme, qui féconde ces germes. L’homme et la femme ne diffèrent pas seulement par les organes générateurs ; tous les autres organes sont modifiés en raison de la différence première, et il en résulte pour les deux sexes des aptitudes différentes, mais également bonnes, également utiles.
L’homme à qui la fonction sexuelle ne prend que de courts instants, et qui doit pourvoir aux besoins de la famille pendant 1 inaction forcée de la femme, est plus fort et plus agile; il a des poumons plus vastes, un cœur plus volumineux, des organes digestifs plus puissants , il est plus grand, ses épaules sont plus larges, ainsi que ses mains et ses pieds ; ses muscles sont plus saillants, ses formes plus accidentées ; sa peau est plus poilue, et une barbe couvre le bas de son visage. Le milieu dé la taille est au pubis dans le type normal blanc, auquel je rapporte toutes les généralités.
La femme, pour l’accomplissement de ses fonctions maternelles, a le bassin plus ample et l’abdomen plus étendu : le milieu de sa hauteur est entre le pubis et l’ombilic. Sa poitrine est ornée de deux demi-globes d’où coule le lait destiné à l’enfant. Plus petite que l’homme d’un vingtième environ, elle a les membres plus courts proportionnellement, plus arrondis, les mains et les pieds plus petits, la chevelure plus douce et plus longue ; la tête d’un volume moindre, mais plus saillante en arrière, ce qui a fait placer à l’occiput 1 organe de la maternité ; le front plus étroit, plus bombé, plus uni ; les sourcils plus minces, plus réguliers; la bouche moins grande, les dents moins fortes. Elle a le cou long, peu épais ; le larynx étroit, eleve, très-mobile, d’où, avec une poitrine plus faible, sa voix plus faible,
plus aigüe, plus flexible que celle de l’homme.
L’allure de la femme la fait aisément reconnaître; comme ses hanches sont lafgéfe, ses fémurs très-écattés par le haut, le mouve-
ment oscillatoire est très-marqué lorsqu’elle marche et surtout lorsqu’elle court. Une. ellipse la circonscrit.
La comparaison du système nerveux, système supérieur qui anime et harmonise tout l’organisme, sert encore à expliquer les aptitudes et les manières des deux sexes. L’encéphale, quoique moindre absolument chez la femme, est plus volumineux proportionnellement aux nerfs et au reste du corps; la femme représenterait donc mieux l’idéal de l’humanité. Ce rapport des nerfs, comme aussi la peau, le bassin et les organes génitaux, l’éloignent des animaux plus que l’homme. Mais de la forme de l’encéphale, moins développé dans la région frontale, il résulte chez elle moins de force réflective et prépondérance des sentiments affectifs. L’amour, qui n’est souvent che? l’homme que le besoin brutal des animaux en rut, est chez la femme un instinct religieux : elle s’attache avec reconnaissance aux êtres forts, se dévoue, avec courage au soin des êtres faibles et souffrants, étend son.amour d’une simple fleur à Dieu même. Plus constante que l’homme dans ses affections profondes, elle est cependant plus mobile et a plus besoin de distractions légères ; elle excelle dans les détails délicats, minutieux des occupations tranquilles qui demandent plutôt du goût et de la sensibilité que de la force physique et de la méditation. L’intrigue lui plaît, elle peut briller dans la conversation et représente avec esprit et noblesse : on compte beaucoup de bonnes actrices; plus d’une femme a dignement occupé le trône; mais aucune ne s’est élevée au rapg des Aristote , des Newton, des Molière , des Shakspeare, des Michel- Ange... Beaucoup aiment et cultivent la musique, aucune n’a produit de grandes et larges compositions.
A l’homme les forts travaux du corps et de l’ intelligence , à la femme plus particulièrement les choses délicates et gracieuses. Un temps viendra d’ ailleurs où une éducation moins rétrécie, des loisirs moins futiles, des travaux moins ingrats permettront à la femme de mieux développer son génie. Un fait certain, c’est que les petites filles sont, en général, plus gracieuses, plus spirituelles, plus intelligentes que les petits garçons.
? Les sexes sont temporaires en ce sens que les organes distinctifs n’accomplissent normalement leurs fonctions que pendant une partie
limitée de la vie. Avant et après ce temps, l’homme et la femme se trouvent pour ainsi dire dans une classe neutre, où l’on peut ranger les individus qui, par froideur du sens sexuel ou par préoccupation morale restent étrangers aux plaisirs de l’amour, mais dont l’action sur le monde est parfois d’autant plus forte : tels furent Boileau, Charles XII, Newton..., tel fut le Christ.
Les véritables eunuques restent imberbes; ils ont les formes molles et arrondies, la voix flûtée de la femme; ils en ont, en général, le caractère ; ils sont futiles, timides, dissimulés. De rares exceptions ne ne détruisent pas la règle. L’influence de la castration varie d’ailleurs beaucoup suivant l’âge où elle a eu lieu. Narses à la tête des armées romaines montra des talents et de l’énergie: il en eût eu d avantage sans la mutilation qui l’amoindrissait. Voyez le portrait de Farinelli ; on dirait le portrait d’une jeune femme un peu grasse.
Les vieilles femmes et plus souvent les vieilles filles prennent quelque chose de masculin; leur menton porte parfois des traces debaibe. On a vu de vieilles poules faisanes revêtir les couleurs du mâle. Le chapon se fait volontiers poule pour couver et conduire les poussins.
Quand un homme offre dans sa constitution physique des traits de celle de la femme, quand une femme offre des traits masculins, on peut être sûr qu’une même ressemblance existe au moral. Cette transformation, si elle s’étend loin, produit des êtres ambigus ayant avec les organes d’un sexe, souvent imparfaits, des formes et des maniérés équivoques qui les rapprochent de l’autre sexe. D’un côté, hommes peu développés, à figure féminine, chairs empâtées, peau fine près que sans poils, poitrine étroite, mais seins parfois volumineux, han ches saillantes, démarche embarrassée, voix flûtée, d’un caractère paresseux, faible, minaudier, aimant peu les femmes pour trop eur ressembler, au total bien au-dessous d’elles. D’un autre cote fem mes grandes et sèches, à gorge plate, bassin étroit, extrémités foi tes, physionomie hardie, démarche brusque et disgracieuse. Ces viragos plus propres au rudes travaux du sexe mâle qu’aux occupations de leur sexe, ont souvent une exagération du clitoris capable de produire une malheureuse illusion.
Le portrait de Catalina de Erauso, coureuse d’aventures, cherchant la bataille et frappant fort, est bien plus viril que celui de Farinelli ; plus rude, plus dur, plus impitoyable que ceux de beaucoup d’hommes de guerre.
Une deuxième cause générale, l’âge, amène peu à peu dans chaque individu des variations bien tranchées de physionomie.
A partir de l’instant où le germe reçoit la vie, il passe par des états successifs de développement. Les organes se forment et se transforment en raison de l’état présent et en prévision de l’avenir. L’époque arrive où ces organes cessent d’être satisfaits dans le sein maternel et ont besoin de rapports qui ne se trouvent que dans le monde extérieur ; l’enfant naît à l’air et à la lumière.
Le nouveau-né, les jambes étendues, a un demi-mètre environ de longueur, dont le milieu se trouve au-dessus de l’ombilic; la tête et le ventre sont volumineux, les membres peu développés, les inférieurs surtout. La tête allongée d’avant eu arrière, présente un front bombé, des yeux ternes, un petit nez concave à narines transversales, une bouche sans dents à lèvres longues et mobiles, un menton court et reculé. (PL Vil.)
Il est presque toujours assoupi, ne voit et n’entend rien, quoiqu’un grand bruit, une vive lumière l’offense et le fasse tressaillir. L’expression est celle de la faiblesse, du besoin de nourriture et parfois de la souffrance. Vers six semaines il commence à suivre des yeux les objets très-éclairés ; vers deux mois il commence à sourire. A la tin de la première année, il a souvent fait les premiers pas et prononcé les premiers mots ; la tête s’est arrondie, la face s’est épanouie, les mâchoires qui ont déjà quelques dents sont moins courtes, les joues rebondies cachent en profil la moitié de la bouche.
Le crâne de l’enfant se développe surtout à la partie antérieure et supérieure, c’est-à-dire que de la vie animale l’enfant s’élève de plus en plus à la vie spirituelle.
A l’approche de la puberté, arrive une crise de croissance. Souvent en quelques mois, le corps s’allonge de douze à quinze centimètres en perdant de son embonpoint ; la poitrine et le cou s’élargissent, la voix mue et prend un ton plus grave ; la barbe commence à pousser
chez le jeune (homme, les seins se bombent chez la jeune fille.
Cette évolution est ordinairement terminée avant vingt ans , mais ce n’est qu’à vingt ans pour la fille, à vingt-cinq pour le garçon, qu’a lieu tout l’épanouissement de la beau té juvénile et que commence véritablement l’âge adulte, l’âge du mariage fortement fécond; le corps a toute sa hauteur, la chevelure a pris sa teinte définitive.
En ne tenant pas compte des individus mal développés, on évalue la taille ordinaire de l’homme à 1 mètre 75 centimètres, celle de la femme à 1 m. 66. La tête forme presque la septième partie de cette mesure.
Comme la hauteur de la tête varie peu, sa proportion au reste du corps donne dans la peinture et la statuaire la hauteur des.personnages représentés. Ainsi la proportion de huit têtes doit indiquer une taille de deux mètres.
L’adulte parvenu à l’âge que l’on regarde comme celui du développement complet ne reste pas stationnaire, le corps change peu à peu pendant la longue période de la virilité. Ces changements dépendent, ou de l’action régulière de la vie qui mûrit l’homme de plus en plus, ou de la direction des habitudes qui fortifient certaines parties et en laissent d’autres s’affaiblir et s’atrophier. En général, jusqu’à quarante ans, le corps prend de l’ampleur, et chez les personnes cjui cultivent leur intelligence le crâne même s’agrandit. A cet âge, l’homme a encore la force musculaire de vingt-cinq ans, mais il n’a plus la même souplesse, la même agilité. Le ventre commence trop souvent à grossir hors de proportion et à se charger de graisse. A cinquante ans, le déclin matériel est sensible. La femme, alors, a ordinairement cessé d’être réglée, et a pris un embonpoint qui lui redonne une sorte de fraîcheur, mais qui n’efface pas toutes les
rides.
On peut marquer à soixante ans le commencement de la vieillesse, quoique les individus bien constitués, qui ont su et pu ménager leur santé, soient encore à cet âge dans la force de la milité. Le corps commence à maigrir et à se dessécher si le tempérament n’est pas obèse ; les rides se multiplient ; les cheveux blanchissent et tombent en partie, d’abord ceux du front et du sommet ; les mouvements
sont moins forts et moins sûrs ; les sens s’affaiblissent. Cependant les facultés intellectuelles peuvent se maintenir vigoureuses.
L’influence héréditaire, le genre de vie, les soins particuliers font que telle partie se conserve mieux que telle autre, indépendamment de la santé générale. Il n’est pas rare de trouver des vieillards au visage ridé, décrépit, dont le corps est assez frais, assez bien conservé : le visage, miroir de l’âme, garde trop bien la trace des agitations et des soucis.
A soixante-dix ans, bien des gens ont perdu leurs dents ; les lèvres n’étant plus soutenues se retirent en arrière, le bas du visage se raccourcit, la bouche est entourée de rides convergentes, ellé paraît d’autant plus enfoncée que le nez la couvre davantage et que le menton devient plus proéminent. • \
La barbe blanchit mais ne tombe pas. Le vieillard devrait toujours' la conserver, elle le pare noblement, elle cache la partie du visage la plus brute et où la dégradation de l’âge se fait le plus sentir, tandis que la chute des cheveux laisse à découvert une surface sans rides, doucement arrondie, indice de l’intelligence, du savoir et de l’expérience. Voyez les têtes de : Hippocrate, Socrate Bembo , Doria ,
Duvair , Galilée, Gelli, Gustave Wasa , L’Hôpital, Primatice, Sully, Titien , Vinci. (PL X)... Comparez-les avec deux vieillards qui ont brillé parmi les plus spirituels : Fontenelle et Voltaire.
La vieillesse saine et belle peut se prolonger bien au delà de quatre-vingts ans ; la plupart des centenaires meurent sans avoir passé par les infirmités et les misères de la décrépitude ; chez eux cependant la taille est un peu voûtée et la poitrine rétrécie, le corps est maigre, les muscles et le tissu cellulaire amoindris laissent voir l’ossature, les veines font saillie sous la peau sèche et ridée.
Communément la décrépitude arrive vers quatre-vingts ans. Cette maladie , dont l’humanité pourra s’affranchir, traîne tristement au tombeau les débris dégoûtants et presque inanimés de ce qui fut l’homme. Tantôt elle remplit ses derniers jours de souffrance et d’ennui, tantôt elle le jette dans une impassible imbéeiiité. En voici les traits misérables : tête penchée vers la terre, rares cheveux blancs, peau ridée dans tous les sens, mince et violacée, yeux éteints, à demi
fermés, chassieux et bordés de rouge ; bouche entr’ouverte, lèvres déjetées, pendantes, bavantes; physionomie apathique, stupide, ou parfois air étonné, inquiet; mouvements lents, incertains, raides et tremblés... paralysie, perte de mémoire, surdité, cécité...
La mort naturelle, par le progrès de l’âge, est paisible, douce, mais elle est rare. Ordinairement un accident, une maladie éteint la vie avant le terme. Alors, suivant la cause accidentelle, suivant le caractère de l’individu, suivant la passion ou le sentiment suprême, la figure peut être affaissée, convulsée, hideuse.., calme, belle, souriante...
Reprenons la série des âges et suivons-en les développements moraux parallèles aux développements physiques.
A trois mois l’enfant regarde; il est déjà capable d’attention, il commence à examiner ses mains, à vouloir saisir les objets qu il croit à sa portée. Il sourit, il a ses joies qu’il exprime en ouvrant la bouche et essayant des sons inarticulés : mais aussi alors il commence à verser des larmes.
A cinq ou six mois il est avide de sensations ; il les cherche, il s’ennuie, il crie pour des besoins animiques ; il devient exigent, colère, s’il s’apperçoit qu’on lui cède trop.
Quand l’enfant commence à marcher, il ne reste guère tranquille hors le temps du sommeil ; il ne supporte pas mieux l’immobilité que la faim. La nature veut qu’il soit gourmand, remuant, curieux, bavard, lorsqu’il se porte bien : elle le pousse ainsi à se fortifier, à
s’instruire et à manifester ses aptitudes.
La vivacité, l’instabilité, l’insouciance, caractérisent tous les jeunes
animaux.
Plus tard, les instincts et les vocations des deux sexes se révèlent par leurs goûts et leurs jeux, mais parfois d’une manière inverse, en opposition avec la coutume et le préjugé. Le garçon est vif et bru y ant, la fille est tranquille et timide. La timidité, la réserve, augmentent chez la jeune vierge à l’époque de la puberté : l’adolescent est lier et présomptueux quand la barbe lui pousse. Tous deux sont bons et généreux, mais elle est plus soumise et plus constamment dévouée ; lui plus impatient, plus avide de liberté. Plein d’espérances et d îUu-
sions, il s’expose témérairement, aime le danger qu’il connaît peu, par où brillera sa force et son courage aux yeux des hommes et surtout des femmes. Dans un moment d’enthousiasme, son dévouement ira jusqu’à la mort; mais demandez-lui le sacrifice d’un plaisir attendu, et presque toujours la générosité disparaît pour faire place à l’égoïsme. Il oublie facilement les soins et la tendresse de ses parents s’ils le contrarient dans ses projets.
L’enfance et l’adolescence semblent présenter d’extrêmes contradictions ; réunir en même temps l’insensibilité, l’égoïsme, la bonté, le dévouement. Cela tient d’abord à la rapide succession des sentiments, ensuite à la naïveté des expressions. L’âge viril, qui, placé sur l’arène du monde, ne peut guère, au milieu d’une concurrence impitoyable, s’avancer que par la ruse, sait mieux se plier aux usages, masquer son but et sa pensée, feindre la sagesse et la philantropie, quoique souvent il n’ait gardé que le moins bon des deux penchants qui partagent le jeune âge.
Après une vie de tourmente et de lutte, bien des hommes accablés d’une triste vieillesse, laissent voir à nu l’égoïsme le plus étroit et le plus maussade. Mais si la vie du vieillard a été heureuse et belle, si, assez bon et assez fort, il a pu remplir ses devoirs de jeune homme et d’homme fait, on le retrouve calme, intelligent, plein d’une douce et aimable bienveillance : Ducis , Jefferson , Stanislas Leczinski, Watt, Wieland... et vous, Humbold, vénérable doyen des amis de la science et de l’humanité.
Parmi les sérieux même et les intelligents, plusieurs, usés par 1 étude, par les affaires, par un régime antihygiénique, tombent dans une seconde enfance, futiles, bavards, oublieux, rabâcheurs, leur physionomie a perdu sa force et son intelligence : le prince de Kaunitz , Marlboroagh... D’autres devenus peureux tremblent à l’idée de Lucifer et de Croquemitaine : les médecins Haller, Zimmermann...
Des cnlants ont la mine vieille. Chez les nouveaux-nés, ce masque de la vieillesse indique une maladie héréditaire ; mais chez les enfants de quelques années et chez les adolescents, quoiqu’elle dépende encore souvent d’un vice héréditaire, elle peut s’allier à un état de santé
passable. Ces visages maigres, ternes... sont accompagnés ordinairement d’un caractère lent, taciturne, inquiet... C est presque le physique, c’est presque le moral de la vieillesse morose.
On voit au contraire de petits vieillards rondelets, joufius, colorés, l’œil vif, le nez au vent, toujours en mouvement, tatillons, bavards, futiles, irréfléchis comme des enfants. D’autres vieillards, lourds de corps et d’esprit, à grosses joues molles, à grosses lèvres, qui ne vivent plus que pour manger, ressemblent beaucoup à certains enfants bouffis, inertes, chez qui l’instinct de l’alimentation est seul développé.
Les hommes sont encore différenciés physiquement et moralement par ce qu’on nomme le tempérament ; c’est-à-dire certaine proportion évidente, certaine qualité des solides et des humeurs, et de la sensibilité générale dans les limites de la santé. Le tempérament tient à la constitution native et aux circonstances qui la modifie: âge, habitude, climat... c’est quelque chose d’un peu vague, et l’on compte moins ou plus de tempéraments selon que l’on s’arrête aux modifications des grands systèmes organiques ou que l’on descend aux fonctions secondaires. Les descriptions ne sont que des types auxquels on rapporte les cas individuels, mais qu’on trouve rarement purs.
Deux tempéraments sont donnés par le système nerveux :
L’un, cérébral , avec prépondérance de la tête, développement et force du cerveau, surtout de sa partie antérieure, qualité raffinée de la substance cérébrale ; ordinairement, des extrémités délicates et des os minces, une figure peu colorée, mais intelligente, expressive, quoique les traits soient souvent immobiles et que l’œil soit souvent terne • lorsque la vie se concentre pour ainsi dire au cerveau . C’est le tempérament des hommes qui se sont illustrés par le' génie : Aristote, Socrate... Bonaparte, Charles Quint, Bonnet, Charles Founer, Gahlèe, Goethe, Leibnitz, Molière, Newton, Pascal, Shajtspeare, H ait...
L’autre, nerveux ou nerveux convulsif , avec des nerfs tres-ii 1 ita es, mais souvent un cerveau très-médiocre, est caractérisé par une grande irritabilité, l’exagération, f irrégularité des mouvements et des idees, une constitution frêle, une figure plus ou moins pâle, des yeux cernes. 11 est normal dans les pays très-chauds ; il est, chez les nations du
nord, le produit d’une civilisation fiévreuse et presque maladif : les personnes trop nerveuses ont ordinairement le sang pauvre et ne savent guère régler leur vie. L’intermittence est un des caractères de ce tempérament : la grande dépense de forces pendant les moments d’irritation, d’exaltation, exige des temps de repos où l’esprit et le corps sont comme anéantis : tantôt l’œil est mort, la physionomie terne et apathique ; tantôt l’œil étincelle et la physionomie est convulsive. C’est le tempérament des femmes vaporeuses et des artistes maniérés. Mais on le voit uni au tempérament cérébral chez beaucoup de grands hommes : Baglivi, Lavater (PI. XVII), Molière , Schiller, Voltaire. . .
Du système circulatoire naissent plusieurs tempéraments : d’abord, le sanguin des anciens, hjmphalico-sanguin de Halle, que je nommerais tempérament facile. Ce qui le constitue, c’est moins l’abondance du sang que la vitesse des fonctions végétatives et consécutivement de toutes les autres. La vie est prompte, prompt est le mouvement par assimilation et désassimilation, d’où la fréquence des besoins organiques et la difficulté des sensations et des idées constantes. Les fluides circulent abondamment et les fonctions sont faciles, d’où le physique épanoui, le teint fleuri, l’œil vif et la bonne humeur, signes ordinaires de ce tempérament qui retient longtemps les caractères de la jeunesse, il est normal de seize à vingt-cinq ans dans la série des càges. Beaucoup d’intelligence peut y être unie, mais gaspillée incessamment et privée de la patience qui pourrait la mener h un but lointain ; cette intelligence agréable procure de petits succès et a peu de grands résultats. Alcibiade, dans l’antiquité, offre un beau type de ce tempéramment qui se retrouve dans : le poète Berlin , Chapelle , Désaugiers, Diderot (PL XV), l’acteur Gonthier, Regnard, Henri IV, le maréchal de Richelieu, Van—Dgclc... et beaucoup d’hommes du
monde, aimables, spirituels... viveurs... souvent bons... souvent égoïstes...
Si le sang artériel abonde, ce qui implique la force de la poitrine et la vigueur des muscles, on a le tempéramment qui devrait être dit sanguin ou artériel. La poitrine est large, la circulation et la digestion sont énergiques, les muscles sont bien développés, le corps est ferme
et résiste facilement au froid et à la fatigue. Marc-Antoine , François FT, et beaucoup de guerriers fameux avaient ce tempérament. Il n’exclut pas le génie, témoin Platon , dans l’antiquité, Buffon, Klebcr , Mirabeau , Pierre PT , le maréchal de Saxe... dans les temps modernes.
Si une prédisposition native et des habitudes trop gymnastiques exagèrent la vie végétative et la force des muscles aux dépens de la partie intellectuelle du système nerveux, on a le tempérament musculeux ou athlétique. La statue de l’hercule Farnèse en offre un excellent type : crâne petit, mâchoires fortes, cou épais (nuque de taureau), muscles durs et saillants dont les interstices ne sont pas masqués par le tissu cellulaire, articulations petites proportionnellement. La peau des hercules est colorée, poilue, les cheveux ordinairement foncés, durs, crépus, épais, comme la crinière de Samson. Leur force est souvent accompagnée d’un caractère doux, elle manque souvent d’activité et n’est pas toujours unie au courage; elle se rencontre avec la timidité, surtout avec la timidité morale, et résisté moins bien à la crainte, au découragement et même aux fatigues et aux maladies que des tempéraments plus faibles en apparence. Tant il est vrai que la force morale l’emporte sur la force matérielle. Campanella, Fox , George Cadoudal, Michel- Ange. . . quoique doué^ de beaux crânes, offrent quelques traits de ce tempérament.
Si l’appareil veineux est particulièrement développé, le foie, qui a un rapport spécial avec le sang veineux, est aussi plus développé, plus actif. De cette disposition liait le tempérament bilieux, commun dans les pays chauds. 11 s’annonce par un teint terne ou jaunâtre, des cheveux noirs ordinairement, un corps sec, des muscles médiocrementforts, des veines saillantes... un caractère sérieux, patient et irascible; il ne se dessine bien qu’au déclin de la jeunesse, moins longue d’ailleurs chez les bilieux. Les hommes de ce tempérament ont souvent une persévérance, une ténacité qui utilise toute leur intelligence, et parmi eux, dans les pays où il n’est pas normal, on trouve beaucoup de personnages qui ont percé en dépit des obstacles, des savants, des inventeurs, des conquérants, de grands politiques, des conspirateurs: César et Brulus... le duc cVAlbe (PL XVI), Bandinelli , C. Borgia , le
connétable de Bourbon, Calvin, Charles- Quint, Dante , Guillaume II I , Henri de Guise, Loyola, Richelieu... Marat , Robespierre...
Le tempérament lymphatique tient à l’abondance des fluides séreux et du tissu cellulaire dans lequel les fibres musculaires se trouvent empâtées. Les formes sont arrondies, les lèvres grosses, la peau blanche et douce, les chairs molles, les yeux ordinairement bleus et les cheveux blonds, roux ou châtains. Le crâne est souvent bien développé, mais le système nerveux est rarement énergique, le caractère est lent, paresseux. Ce tempérament, normal chez les enfants et les jeunes animaux où la vivacité peut être grande, mais où le temps n’a fait ni les chairs ni les os, est commun dans les pays humides, froids ou chauds. Chez les peuples du nord, il n’exclut pas la force musculaire. On le reconnaît sur beaucoup de portraits hollandais : Gérard Dow, Poelenbourg ., On le trouve en François II, en Louis, dauphin, fils de Louis XIV... en Remis, l’abbé Blanche! , Panard, Vendôme... ceux-ci doués de remarquables facultés intellectuelles.
La disposition à engraisser, indépendamment du régime, est assez caractéristique et assez commune pour qu’on puisse admettre un tempérament graisseux ou adypeux, voisin du précédent. Ce tempérament mou et lourd, où la graisse engoue le tissu cellulaire et gêne les mouvements, doit disposer à la paresse. Il n’est cependant pas incompatible a\ec 1 énergie morale et la force de l’intelligence, mais ces qualités ne s’y montrent guère que par intermittence : Titus, Vitelli 'S... Bernis, 1 acteur Dêsessarts, Frédéric, roi de Wurtemberg, Henri VIII, Louis XVI, Louis XV III, Mayenne, les deux Mirabeau, Vendôme... en sont des exemples. 11 est souvent joint à une grande exigence des organes digestifs, comme chez le bon et malheureux Louis XVI... Mais les grands mangeurs sont souvent aussi trèsmaigres, la digestion se faisant mal.
Un autre tempérament indiqué par le docteur Foucault est le tempérament osseux, ou prédomine la partie la plus inerte de l’organisme. Les os semblent développés aux dépens de tout le reste; ils sont longs, avec de grosses extrémités d’autant plus saillantes que les muscles sont presque toujours grêles; la poitrine est étroite; le corps, faible au physique et au moral, se courbe et est usé de bonne heure. C’est le
tempérament des hommes de trop grande taille, des géants ; c’est, passagèrement, celui des adolescents (pii croissent trop vite.
Quant au tempérament dit mélancolique , c’est un état maladif qui revêt des formes diverses. Il peut dépendre d’un défaut d’équilibre du système nerveux, de l’irritation chronique du tube intestinal et de ses annexes, de l’hypocondrie, d’une maladie du cœur... Ses caractères au physique sont en général : teint pâle, livide, jaunâtre, yeux enfoncés, rides entre les sourcils, angles de la bouche abaissés, menton allongé, lèvre inférieure souvent proéminente, cheveux rares et plats, figure triste, inquiète, regard timide, oblique, allure gênée, disgracieuse, et bien avant l’âge les manières de la vieillesse... au moral, humeur sombre, susceptibilité, méfiance... On trouve ce tempérament mélancolique en : Néron... Charles IX, Cosme III de Médicis, Louis XI 11 (purgé 215 fois et saigné 47 fois dans le cours d’une seule année !), Marie Tudor, Philippe II, Philippe IV, Charles II et Philippe V , rois d’Espagne... Beethoven, Dante , Lictenberg , Pascal , Rousseau , Zimmermann...
Tous ces tempéraments ont des nuances nombreuses et se combinent de bien des manières. D’ailleurs, l’ensemble de la constitution et la force de vie, la sensibilité , le développement des différentes parties... varient indéfiniment et produisent cette multitude de physonomies et de caractères individuels nécessaire à l’harmonie générale .
Dans les tempéraments, c’est l’expression morale qui intéresse surtout le physionomiste. En général, la classe des tempéraments cérébraux lui promet des physionomies grandes, intelligentes, sérieuses ; les tempéraments nerveux convulsifs, des physionomies mobiles, inquiètes, exaltées ou languissantes, maniérées... Les tempéraments sanguins ou faciles , des physionomies vives, spirituelles, gares, ouvertes, avec un peu d’égoïme naïf... Les bilieux, des physionomies profondes, sévères, orgueilleeuses... Les musculeux , des physiononnes bonasses ou brutales... Les lymphatiques et les osseux , des physionomies calmes, lourdes, faibles, inertes;..
Une grande cause de types généraux est la différence des races, qui tient elle-même à la différence des climats; soit que tous les hommes
sortent d’un seul couple ou d’un seul essaim dont les descendants ont été modifiés par des climats différents, par des révolutions cosmiques antérieures aux temps historiques,... les modifications tendant à approprier la race aux conditions de vie données par le climat; soit que les principales races aient été primitivement formées en harmonie avec les climats qui les virent naître et qui devaient les nourrir. Cette dernière hypothèse paraît la plus probable, mais n’empêche pas d’affirmer que tous les hommes ne forment qu’une même espèce, qu’une même famille.
Par climat on entend toutes les conditions physiques d’un pays , non-seulement sa latitûde, mais sa longitude, son élévation, son exposition, ses vents dominants, la nature et la proportion des terres et des eaux, l’état de l’air et de la végétation...
Aux influences du climat ajoutez celle de la nourriture qui en dérive presque toujours, et celles des mœurs, de l’état social, des institutions politiques et religieuses...
Des caractères qui différencient les races, les plus importants sont ceux tirés de la tête, partie princière et directrice.
La tête a deux pôles qui se font opposition : le crâne, siège de la vie intellectuelle, grand chez l'homme, petit chez les animaux ; la mâchoire, organe de nutrition matérielle, petite chez l’homme, grande chez les animaux. L’homme embrasse le passé et l’avenir, il comprend sa place dans l’univers, il est progressif. L’animal vit pour le moment actuel, il est stationnaire. Plus le crâne l’emporte sur la mâchoire, plus la race s’éloigne des animaux et s’élève dans l’échelle de l’humanité.
Mais le crâne même a des régions d’inégales valeurs. Sa cavité renferme des organes très-compliqués : 1° au centre, la portion céphalique du cordon vertébral ; 2° des masses ganglionaires surajoutées dont les principales sont : en arrière, le cervelet régulateur des mouvements musculaires ; supérieurement, du front à l’occiput les hémisphères ou le cerveau proprement dit, organe spécial de l’intelligence dont la portion antérieure ou frontale paraît affectée surtout a la pensée intellectuelle et morale qui distingue l’homme des animaux, tandis que les parties postérieures et latérales paraissent
se rapporter plutôt aux idées matérielles qui nous sont communes avec les animaux. Or, ces différents organes, ces différentes parties sont loin d’avoir toujours le même développement proportionnel. A égalité de volume et de poids, deux encéphales peuvent être, l’un à dominance de facultés intellectuelles, l’autre à dominance d’instincts animaux. C’est donc la partie frontale qu’il faut comparer pour régler les rangs des variétés de l’espèce humaine.
Camper crut réussir en mesurant l’angle compris entre une ligne tangente au front et au dents incisives, et une ligne tirée du conduit auditif au-dessous du nez. 11 a trouvé cet angle facial de 80° environ sur les têtes européennes, de 75° sur une tête de Chinois, de 70° sur des têtes de nègres, de 90° à 100° sur les têtes de la statuaire antique, et de 58° sur un Orang-Outang jeune (l’angle n’est plus que de 40° sur l’Orang adulte). Une autre ligne, appuyée sur le menton, donnait à Camper l’angle du museau, très-aigu, en général, chez les animaux inférieurs, plus ou moins obtus chez l’homme, égal à deux droits sur la tête de 90° où le front, les incisives supérieures èt le menton se trouvent en ligne droite. Quand on opère sur des têtes non-décharnées on déduit l’épaisseur des lèvres.
L’angle facial a été pris de plusieurs manières. Un des côtés est toujours appuyé sur le front et les dents, mais 1’autre va, soit du trou auditif à l’extrémité des incives, soit de la base du crâne au bord alvéolaire... On a ainsi des mesures très différentes, ce qui n’empêche pas qu’on ne confonde souvent les procédés.
Mais l’angle facial donne des résultats peu exacts, car la ligne faciale appuyée sur la partie la plus saillante du front, sur les sinus frontaux ordinairement, a la même inclinaison quelles que soient la hauteur, la largeur, la capacité du front.
Blumenbach employait une méthode meilleure, la méthode v ert i— cale, qui , par la direction de l’axe visuel perpendiculairement au sommet du crâne, fait voir la longueur et la largeur, la saillie du nez, la saillie de la mâchoire, l’écartement des pommettes... (P1.I11I). A cette méthode cependant il faut ajouter la suivante qui remplace très-avantageusement, celle de Camper : du tiou auditif éloiz sin la ligne horizontale de Camper une perpendiculaire jusqu’au contour du
crâne, et, avec cette ligne comme rayon, décrivez un cercle; puis, voyez quelles parties touchent la circonférence, quelles la dépassent, quelles restent en dedans. (PI. II et 111.) La position du trou auditif est une donnée nécessaire des problèmes physionomiques : avis aux dessinateurs qui négligent l’oreille.
La face nous fournira d’autres caractères au moins aussi importants, et pour la distinction des races, et pour toute la physionomie.
L’importance de la face est évidente : on y trouve réunis près du cerveau les organes des sens, la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et le -toucher même, car chez l’homme les lèvres etla langue distinguent mieux que les doigts certaines particularités, et chez les animaux les lèvres, la langue, le nez, les barbillons... sont les vrais organes du toucher.
Les races humaines peuvent se rapporter à trois types : le caucasique, le mongolique, et l’éthiopique. Ce ne sont pas des cases bien séparées où l’on puisse ranger régulièrement toutes les races, mais trois espèces où variétés du mélange et de l’altération des quelles on pourrait faire dériver toutes les autres par une classification plus ou moins artificielle.
Le caucasique est le type supérieur puisqu’il comporte le plus haut degré des facultés intellectuelles. Il prend son nom du Caucase, berceau d’une belle race à peau blanche et fraîche, à cheveux longs, à barbe épaisse, dont le crâne bien développé, régulièrement arrondi est au moins aussi large que la face qu’il couvre entièrement à l’exception du nez. La face est ovale et le menton saillant, l’angle facial dépasse très-souvent 80°. Le musée antropologique de Blumenbach renfermait le crâne d’un Grec dont l’angle facjal dépasse 90° (PI. IV), de sorte que les plus belles statues antiques ne seraient pas un idéal au-dessus de la nature. Les races caucasiques blanches brunissent sous 1 influence du grand air et du soleil, mais non toutes également.
Le type mongolique (PI. V) est caractérisé par la saillie latérale des pomnbettes; par des yeux bridés, peu ouverts, souvent obliques, des paupières épaisses, des sourcils élevés ; un nez plat et court, une mâchoire massive , des oreilles saillantes ; des cheveux noirs, une barbe peu fournie, une peau pâle, jaunâtre ou brune. La forme gé-
nérale du visage est plutôt un lozange qu’un ovale, l’angle facial varie de 75° à 85°.
Le troisième type (PI. VI) est mal nomme éthiopique ou noir , car plusieurs des races prognathes qui s’y rapportent ne sont pas noires, je l’appellerais simique si je ne craignais une fausse interprétation qui tendrait à le confondre avec les singes, tandis qu’entre l’homme et toute autre animalité il existe un espace infranchissable. Il a pour Caractères principaux le rétrécissement, du crâne, la saillie des mâchoires, l’obliquité des dents incisives, l’épatement du nez et l’élévation du trou auditif, d’où, résulte un angle facial aigu, un menton fuyant et quelque ressemblance avec les singes anthropomorphes, gorille, chimpansé, orang-outang. La tête est plus inclinée en avant que dans les deux premiers types et la stature est moins droite ; les membres sont plus grêles, les pieds plus plats ; les cheveux sont ordinairement noirs, courts, crépus ou laineux.
Les vrais représentants du type nègre habitent des pays très-chauds; et, comme Volney l’a dit, un soleil ardent fait prendre aux traits du visage cette expression grippée qui est la physionomie nègre. La chaleur sèche crispe les fibres organiques et pourrait crisper les cheveux.
On peut rapporter plus ou moins exactement au premier type les Européens, à l’exception des Lapons, les peuples de l’Asie occidentale de ce côté de l’Obi, de la mer Caspienne et du Gange, les Africains septentrionaux, les Abyssins, et une partie des indigènes de l’Amérique ; au deuxième type une grande partie des Asiatiques et des Américains, ainsi que les Lapons ; au troisième type la plupait
des Africains au sud du Sénégal et del’Abyssinie, les Papous, la population primitive de la Polynésie, les Tasmaniens , les Australiens quoi qu’ils n’aient pas les cheveux crépus, et quelques peuplades américaines.
Des têtes de Caraïbes, des crânes trouvés dans le haut Pérou (PI. IV) et au Brésil, s’éloignent encore plus que le troisième type du beau caractère de la tète humaine, mais leur déformation parait due moins à la nature qu’à des pratiques et à des modes absurdes.
Entre les types précédents on en a placé deux autres : le Malais ou Malgache qui ne comprend que des races mixtes, et P Américain, a
peau rouge. Mais les Américains ne sont pas tous rouges; l’Amérique n’a pas un type unique; elle a les analogues des trois types de l’ancien monde. Les deux premiers y sont représentés par des hommes dont plusieurs ont fait preuve de grande intelligence : le capitaine Branl, Tayadaneega , Pitchlyn ,.. et dont beaucoup surpassent nos citadins en beauté, car l’Apollon du belvédère rappelait à B. West les formes des Mohawks ou Iroquois.
L’Américain du nord, à traits saillants, est doué d’un grand courage, d’une opiniâtre fermeté, d’un amour de l’indépendance qui ne peut se plier à la civilisation ; sa physionomie fière répond bien à ce caractère, son intelligence souvent étonnante, a été attestée par Franklin et d’autres.
A chaque type se rapportent un trop grand nombre de variétés pour qu’on puisse lui attribuer un caractère moral bien tranché; mais, en général, malgré les exceptions, les races nègres dont la conformation s’éloigne moins de l’animalité, dont le crâne petit absolument a un peu la forme d’un crâne d’enfant, représentent l’enfance de 1 humanité , elles ont de 1 enfant la faiblesse intellectuelle, la mobilité , l’amour des plaisirs sensuels. Aucun peuple nègre ne s’est élevé à une véritable civilisation ; cependant, quelques individus ont obtenu un rang distingué, même dans le monde civilisé : Capitain, Sancho, Toussaint- 1 Ouverture,., et bien des Européens sont audessous de la moyenne nègre.
Les races de type mongolique , si l’on excepte les Eskimaux à crâne ogival, sont plus avancées ; on trouve chez elles d’antiques civilisations et des hommes d’un grand génie ; néanmoins elles sont inférieures aux races Caucasiques à cause, surtout, d’une intermittence nerveuse, d’une inertie intellectuelle qui semble les caractériser et les rend presque étrangères au progrès. Pour les grandes choses il faut l’énergie raisonnée des climats un peu froids, et les véritables auteurs des antiques civilisations sont probablement des hommes du premier type qui, sortis des contrées tempérées du Caucase, de l’Arménie, de l’Iran,... ont rayonné au midi, à l’est, à l’ouest jusqu au Japon, au nord jusqu’en Norwège.
A côté des races éthiopiques, à côté ef au milieu des races mongo-
liques se rencontrent des races mélangées qui ne se distinguent pas moins par leur intelligence et leur sociabilité que par leurs traits caucasiqucs. Dans les mélanges, la race caucasique a généralement une influence prépondérante.
La plupart des variété^ inférieures de la grande famille humaine, peuplent ou ont peuplé utilement des contrées où les autres races n’auraient pu prospérer, elles sont souvent douées de facultés qui manquent dans les variétés supérieures. Toutes peuvent donc trouver avantage à s’allier intimement. Le nègre conserve ses forces et son agilité sous une température qui accable l’Européen, et le mulâtre est en général fort, vif, adroit et intelligent... Les races maladives, radicalement détériorées doivent seules disparaître.
Des traits d’un type se voyent parfois dans un autre sans qu’on puisse supposer un mélange hybride. Chez les nègres on trouve des fronts et des nez caucasiques, chez les Européens des museaux nègres, des fronts caraïbes, des yeux chinois, des pomettes kalmouques. Ces fronts, ces mâchoires. nègres des Européens sont toujours un signe d’infériorité; les pommettes et les yeux n’ont pas une signification aussi nette. Quant aux cheveux, j’en ai vu de noirs crépus, laineux, à des individus blancs bien conformés qui valaient moralement les individus à cheveux lisses : ils étaient doués d’une vigueur corpo relie au-dessus de la moyenne.
En général, plus le climat est insalubre et la misere giande, plus les traits s’éloignent du beau type caucasique. Ce qui irrite ou engourdit les organes, ce qui éteint ou pervertit les instincts moraux et intellectuels, dégrade le physique et enlaidit la physionomie.
Toute nation, indépendamment des traits qui la rapprochent d un des trois types principaux et malgré de grandes dissemblances individuelles, présente certains traits communs d’où résulte un air, un type national. Si la nation est formée d’éléments hétérogènes, elle peut présenter plusieurs types : ainsi 1 Écossais, le Gallois, Y Irlandais sont distincts du type Anglais, et Lavater a dit des Suisses : le paysan de la Suisse française et celui d’Appenzel ne se ressemblent eu rien.
La France est trop étendue, ses provinces ont été trop longtemps étrangères les unes aux autres pour que le type dit français puisse
s’appliquer à tous les habitants. 11 convient surtout à ceux des provinces qui entourent la capitale. Paris même, comme tous les grands centres de population mouvante, a des représentants de presque tous les types.’
Ceci observé, on dira : le Français est sanguin par excellence, il a les cheveux châtains, le nez presque droit, la physionomie ouverte, mobile. 11 est sociable, causeur, gai, présomptueux, imprévoyant, léger, passant facilement d’un extrême à l’autre. Ses traits sont moins solides que ceux de l’Anglais, plus unis et plus décidés que ceux de l’ Allemand. Voir entre autres portraits : Beaumarchais , Béranger, Chapelle , D’Alembert, Geoffroy Saint-Hilaire, Gros, Hoche, La Bruyère, Lcifayette, HJ arceau, Molière, Moncrif , Oudry, Begnard, Sédaine , Voltaire, Vouet... Ces personnages ont le nez moyen, presque droit, mais on voit en France beaucoup de grands nez très-courbés, joints, ordinairement, à un large front, à une face longue et osseuse ; c’est le type kimri, qui se retrouve en Angleterre, en Italie, en Allemagne... La Fontaine, Lamennais... Locke, Dante, Schiller...
Les Français de Paris et des grandes villes sont en général plus éveillés, plus actifs que ceux des campagnes et des petites villes. Les Provençaux et les Languedociens sont plus pétulants, plus bruyants et ils ont la physionomie plus vive, les yeux plus brillants, le teint et les cheveux plus bruns que les Français du Nord. Au centre de la France, les habitants de la triste Sologne n’ont rien de la vivacité française.
L Anglais se reconnaît assez bien à son allure raide, à sa figure froide, à sa mâchoire inférieure forte et saillante ; le plus ordinairement il a les cheveux châtains, le visage ovale, le front grand, les yeux un peu enfoncés, le nez un peu fort, droit ou courbé, plutôt rond que pointu ; la lèvre supérieure mince, l’inférieure beaucoup plus grosse. L’Anglais est méthodique, calculateur, réservé et gourmé avec les étrangers et les Anglais d’une classe inférieure, car l'Angleterre est le pays des castes ; il devient sérieux de bonne heure, et son humeur sérieuse tourne facilement à l’ennui, à la tristesse, au spleen. Voyez Bolingbroke, Chatam , Chesterfield, Cromwell, Dryden , Eliot, Fielding, Fox , Gray, Lytleton, Marlboroug, Selden...
Les riches Anglais qui passent une partie de l’année dans de belles campagnes, courant, chassant, variant leurs occupations et leurs plaisirs, sont presque tous forts et bien faits. Un chapelier de Londres a remarqué que leur crâne est généralement plus vaste que' celui des hommes du peuple. Les villes manufacturières n’offrent guère que des types dégradés.
L’ Ecossais ressemble autant au Français qu’à l’Anglais; ses traits sont moins beaux que ceux de l’Anglais ; il est plus blond, plus lymphatique ; les nez retroussés et les nez grossiers, épatés, sont bien plus communs en Écosse qu’en Angleterre. Voyez le médecin Brown, Burns, Hume , les Hunier , A. Monro, W. Scott , Watt , Wükie...
Le Belge ressemble beaucoup au Français du Nord.
Le Hollandais, très-lymphatique, a ordinairement les cheveux blonds, la tête ronde, les traits bouffis. Sa physionomie annonce le flegme, la patience... Voyez, plutôt pour la forme générale que poui la physionomie : G. Dow, D. Heinsius, Jordaens , V. Nooit , Ostade , Poelenbourg, Rembranlt , Wouwermans...
L'Allemand a la tête forte, carrée; jeune encore, il est remarquable par les plis nombreux qui entourent ses yeux, par les sillons qui coupent ses joues. Sa physionomie exprime la bonhomie, le calme, la réflexion. La langue allemande a de longs mots et de longues phrases : les Allemands écrivent beaucoup et longuement, \oyez S. Bach, Beethoven , Blumenbach , Chodowiecki , Gall , Gœthe, Gluck , Hahnemann, Haydn , Hufeland, Kant, Spalding, Werner , Wieland... L’Allemagne a nécessairement plus d’un type.
La Russie, dans sa vaste étendue, comprend un grand nombre de types ; mais, en général, les Russes et les autres peuples de race slave sont blonds, avec des traits plutôt cours et arrondis que grands. C’est ainsi que j’ai vu Alexandre Ier et les officiers Russes de 1 armée d invasion en 1814 et 1815. Leur physionomie est vive et intelligente quand elle n’a pas été pétrifiée par la servitutude et la superstition. Rostopchin, Souwaroff... ont de belles têtes russes, intelligentes, énergiques, originales...
L'Espagnol, et particulièrement celui des provinces méridionales,
a la taille médiocre, les cheveux noirs, le teint, brun, l’œil vif. le tem-
pérament bilieux et nerveux. Comme en général les hommes du midi, il est tantôt d’une grande nonchalance, tantôt d’une grande animation. On a dit de lui qu’il est brave, aventureux, fanfaron, d’un flegme orgueilleux bien différent du flegme hollandais, mais à quel Espagnol cela s’applique— t— il mieux? à l’Andalous, au Castillan, à l’Aragonais..? La plupart des hommes célèbres d’Espagne ont la figure longue et le nez aquilin : Albe, Calderon , Cervantes , Cortès , Louis de Haro , F. de Herrera , Or fila, Ximenès...
L’Italien, avec des cheveux noirs, souvent bouclés, a le visage ovale, un beau front, des yeux vifs sous des sourcils bien fournis, le menton saillant, le nez ordinairement courbé ; cependant les petits nez ne sont pas rares en Piémont, à Naples... Le Transteverin, habitant de la rive droite du Tibre, à Rome, qui se croit le vrai descendant de la louve, a effectivement la physionomie énergique des anciens Romains, figure carrée, osseuse, nez aquilin. En général, les Italiens ont une physionomie mobile et spirituelle, mais souvent un peu doucereuse et maniérée, parfois pensive, dissimulée. C’est dans leur pays que l’influence des institutions politiques s’est le plus fait sentir. Voyez Alfieri, Ârioste, Bentivoglio, Ch. Borromèe, Canova, Dante, Jules-Romain, Michel-Ange, Pétrarque, Raphaël, Salvator Rosa, Savonarole...
Le Grec diffère peu de l’Italien ; ses traits sont grands, énergiques ; sa physionomie vive contraste avec la physionomie flegmatique du Turc, son voisin.
Les Turcs ou Osmanlis, qui ont mêlé leur sang mongol à celui des belles races caucasiques, ont en général de beaux et grands traits, de longs nez, de grands yeux, mais de larges paupières et des sourcils élevés, une physionomie froide et paresseuse.
Cette apparence apathique se retrouve fréquemment chez les Orientaux qui, courbés sous le despotisme et le dogme de la fatalité, méprisent les arts et les sciences, fuyant le travail du corps et de l’esprit, s’endorment dans une stérile indolence et s’abrutissent parle tabac ou l’opium. Cependant, chez beaucoup, des traits accentués, des yeux brillants, des narines largement ouvertes, annoncent que les sens peuvent facilement s’enflammer, que des accès d’agitation furieuse peuvent momentanément remplacer l’apathie.
Los Juifs, dans les pays voisins du berceau de leurs ancêtres, ont conservé de beaux traits : front large, yeux expressifs, couverts de près par les sourcils, grand nez courbé, lèvres nettement coupées*. Dans les pays éloignés, leurs traits se sont altérés, et le juif de Hollande ne ressemble pas au juif de Syrie ou d’Algérie. Le juif trafiquant, brocanteur, a souvent la ligure doucereuse et fausse.
V Arabe est de même type avec plus de fierté.
Le Kabyle des montagnes, industrieux, travailleur, est évidemment un homme du Nord transplanté.
Le Persan pur, Y Iranien , est un très-beau spécimen de la première race : il est brave, spirituel, mais les bouleversements politiques ont probablement faussé son caractère moral. La Perse, d’où viennent presque tous nos arbres fruitiers, doit avoir été peuplée très-anciennement; sa fertilité a été cause de nombreuses invasions et l’on y trouve un grand mélange de races.
Les Arméniens catholiques, très-beaux et très-intelligents, peuvent être regardés comme le prototype de la race caucasique. Les mahométans du Caucase ne sont guère que de magnifiques brigands.
11 peut paraître étonnant que les Circassiens et les autres peuplades demi-barbares du Caucase soient un beau type de la race progressive. Mais à la pureté du sang ils joignent l’avantage d’un climat assez sain et de mœurs qui développent l’énergie musculaire et l’énergie morale. Car une vie active, une liberté orageuse où chacun est obligé de payer de sa personne donnent plus de chances de santé intégrale que les longues études des savants et que les travaux monotones des ouvriers chez les nations civilisées. Celles-ci sans doute offrent de plus fortes têtes scientifiques et industrielles, mais au total les forces y sont moins bien équilibrées. Les citoyens de la Grèce antique se trouvaient sous bien des rapports dans d’excellentes conditions de perfectionnement physique et intellectuel : aussi leurs sculpteurs, qui avaient continuellement sous les yeux de beaux modèles, ont produit ces chefs-d’œuvre que l’art moderne n’a pu égaler. Les pauvres Ilotes n’avaient certes pas la même beauté.
Sur des bustes-portraits antiques, on trouve le type que les statuaires grecs suivaient le plus ordinairement : nez droit, presque
dans la ligne du Iront. V. Périclès..., Aspasie... D’autres bustes plus nombreux ont le nez ondulé, bien séparé du front : Alcibiade , Alexandre , Dèmosthènc, Hippocrate. . D’autres, le nez aquilin : Euripide ^ Épicure, Mètrodore.., D’autres, le nez court et retroussé des faunes : Socrate...
Il en est de chaque peuple en particulier comme des masses réunies sous chacun des trois types principaux; chez tous on trouve des traces de mélange et des figures qui semblent appartenir à des types étrangers. Aussi les physionomies nationales et les caractères nationaux, sujets à beaucoup d’exceptions, ne s’appliquent qu’à la partie la plus nombreuse ou la plus saillante de chaque peuple.
Parmi les causes partielles qui, s’ajoutant aux causes générales, diversifient le type national, se trouvent la fortune, l’éducation et la profession.
La richesse met à l’abri de bien des influences funestes qui pèsent sur la pauvreté. L’éducation domestique, à partir du berceau, développe ou comprime l’enfant, l’améliore ou le pervertit au physique et au moral. L’éducation publique n’est pas donnée à tous, et sur ceux qu’elle prétend former, elle opère parfois à contresens.
Quant aux professions, elles sont grossières ou libérales, saines ou malsaines, plus ou moins morales, plus ou moins intellectuelles. La continuité des mêmes impressions modifie nécessairement et la manière de penser et les traits du visage ; la continuité de certaines attitudes, de certains efforts particuliers à chaque métier, donne au corps . line tournure spéciale et peut changer les proportions.
•Les professions grossières qui fatiguent le physique, qui exercent peu le moral et laissent peu de loisir pour sa culture, qui souvent même le livrent à des impressions mauvaises, doivent rabêtir la physionomie Les professions où l’esprit trouve à s’exercer, les professions dites libérales, donnent à la physionomie une expression raffinée, en raison de l’intelligence et des études qu’elles nécessitent, des sentiments et des habitudes morales qu’elles développent.
Le pauvre tisserand toujours assis dans une cave sombre et humide, le robuste forgeron toujours debout au milieu du feu et de la tumée, le jardinier qui travaille au grand air mais souvent plié en
deux, le cavalier droit de corps et cambré des genoux, le mendiant piteusement courbé, le prince entouré d’hommages, le prêtre qui se voue à consoler les malheureux, le prédicateur qui sent ou joue l’inspiration, le moine séquestré du monde, le chirurgien forcé journellement de réprimer sa sensibilité, le procureur qui se fait riche à force de chicanes, le boutiquier qui enjôle le chaland, le tragédien
qui représente les héros, le comique au masque mobile doivent
acquérir des physionomies de professions ; physionomies moins spéciales cependant que communes à toutes les professions qui placent dans des circonstances analogues, et souvent très-différentes dans les variétés d’une même profession.
En général, le médecin et le peintre ont l’oeil plus observateur que le danseur ou le musicien instrumentiste ; mais on trouve des danseurs à l’œil grave et des médecins évaporés.... Les gens médiocres, les artistes manqués ont ordinairement plus que les hommes supérieurs la physionomie du métier : ils en ont la caricature.
Ainsi la figure, la voix, la démarche — indiquent assez exactement l’âge, le sexe, le tempérament, la race, les habitudes.... Et d’après ces signes extérieurs on peut déjà présumer la manière de sentir et la direction des aptitudes. %
Nous allons chercher de nouvelles données dans la physiologie des
passions.
Tout mouvement, toute disposition du moi intérieur déteunine à l’extérieur, à la face particulièrement, un état, un mouvement correspondant, et la volonté la plus forte a rarement le pouvoir d’en dissimuler l’expression. Cette pathognomie n’est contestée par personne, elle entre dans le cadre ordinaire de la physiologie; elle dépend de la conformation des organes et des sympathies de 1 organisme, sympathies plus ou moins faciles, en raison des prédispositions soit
innées, soit acquises.
On admet sans difficulté que la répétition fréquente des mêmes mouvements pathognomiques doit, à la longue, imprimer un cachet particulier et constant à la physionomie; mais puisqu’un rapport si exact, si déterminé, existe entre telle affection, tel sentiment, tel état de l’esprit et tels mouvements organiques , n'pst-il pas tres-pro-
bablc que la prédisposition native à tel caractère affectif ou intellectuel s’accompagnera d’une aptitude naturelle aux mouvements corrélatifs et d’un développement des parties qui y concourent? Si chez un individu la figure prend souvent une même expression, c’est que le moral y est enclin ou que les circonstances qui le modifieront se pré sentent souvent.
Tous les états, tous les mouvements d’expression, faibles ou forts, actifs ou passifs, involontaires ou soumis à la volonté, sont réunis, par les écrivains pittoresques, sous le titre de passions. Mais ces passions pittoresques sont tout autres que les passions ou forces primitives destinées à nous donner l’impulsion, l’activité ; ce ne sont que des signes, des symptômes extérieurs qui répondent à chaque passion impulsive, isolée ou combinée, et dont chaque passion impulsive peut reproduire en partie la série. Ainsi le désir peut naître du besoin de nourriture ou d’amour, de l’instinct familial, de l’amitié, de l’ambition..., passions primitives; et l’amour peut amener le désir, l’espérance, la jalousie, la haine, la colère..., la lassitude, l’ennui..., expressions pittoresques. On peut jusqu’à un certain point les étudier sur soi-même. Pour les décrire, il est naturel de commencer par l’état neutre de tranquillité. L’ordre ensuite est toujours plus ou moins arbitraire, car ces passions se compliquent, de manière à rendre impossible une série linéaire exacte. En raison de cette complication on ne doit pas être étonné si les mêmes individus, les mêmes portraits sont plusieurs fois cités.
La tranquillité , qu’il ne faut pas confondre avec l’état de repos, laisse à la physionomie son expression normale ; l’âme n’est émue par aucun sentiment vif, mais l’activité musculaire tient la tête droite, les paupières médiocrement écartées, les lèvres doucement rapprochées. Le repos est marqué par le relâchement, l’affaissement, et ressemble un peu au sommeil.
Des traits médiocrement prononcés, point ridés, calmes sans raideur, souvent de larges paupières, des sourcils élevés, unis, annoncent un caractère doux et tranquille. Abauzit, Béranger, l’abbé Blanchet, l’astronome Bradlexj , Char on , Daubenton, Dominiquin, Erasme, François de Sales, Malebranche , Malesherbes, Massillon, Nicole, Pa-
nard , Richardson l’auteur de Clarisse , R. West (PI. IX)... Madame Elisabeth..., sont des types du caractère tranquille.
L 'indifférence est une tranquillité difficile à émouvoir et qui a peu de sympathies extérieures. Elle l'ait les figures inertes, insignifiantes ou faibles. Voyez : l’empereur Claude..., Louis XIII et Gaston, Philippe IV, Charles II et Philipj)e V rois d’Espagne; Christian VII roi de Danemarck...
h' apathie est une indifférence avec impossibilité d’en sortir, impossibilité d’agir et de penser un peu vivement ; c’est une paresse, un affaissement qu’indiquent des traits émoussés, bouffis ou affaissés, des yeux sans vie, constamment ternes, une bouche béante, de grosses lèvres dont l’inférieure dépasse souvent la supérieure : traits caractéristiques des idiots, des imbéciles, des vieillards tombés en enfance. L’air apathique contraste avec les physionomies animées.
L 'étonnement simple est le premier mouvement causé par le fait d’une chose imprévue, extraordinaire, qui, indépendamment de toute qualité favorable ou nuisible éveille brusquement l’attention. Mais parfois il se développe peu à peu, quand nous nous trouvons surpris par de nouveaux aspects que la réflexion découvre dans des choses déjà vues. L’étonnement porte la tête vers l’objet, ouvre les yeux, élève les sourcils, entr’ouvre la bouche, tient le regard fixe et le corps immobile. Cette expression reste à peu près la même que l’objet soit ou non matériel. Dans le dernier cas l’œil est encore ouvert et fixe quoiqu’il n’ait rien à voir et que l’impression des objets présents soit presque nulle. L’étonnement se trouve comme élément dans l’admiration, la joie subite, la frayeur, la consternation..., l’air étonné ne contraste pas toujours avec 1 apathie et se voit souvent sur la figure d’imbécilles que tout paraît étonner mais que rien n’émeut, qui ne comprennent rien. Dans l’étonnement il y ad abord quelque chose qn’on ne comprend pas. Voir les portraits de Georges 111 dans ses dernières années ; voir (PI. Xll) deux têtes d’idiots.
La sensation du bien-être, le plaisir , nous est donné pour guide dans la plupart des actes nécessaires à notre conservation; il précède, accompagne et suit ordinairement l’action juste et modérée des fonctions physiques, intellectuelles et morales. Les alléchons agréables et
sympathiques sont expansives et nous dilatent, tandis que les affections tristes semblent resserrer le corps ; voici quelques nuances des premières :
Le contentement indiqué par l’épanouissement modéré des traits, par des yeux un peu brillants, une bouche doucement relevée. Il est souvent uni à la tranquillité et se montre ainsi sur la figure de Malesherbes; il est parfois accompagné d’un peu de langueur et de sensualité, et alors les lèvres se touchent à peine, les yeux humides sont à demi ouverts, comme dans le portrait de Panard, (PL XVI.) ce chansonnier spirituel et gracieux, cet homme bon, insouciant, qui ne parlait du vin qu’avec tendresse et pleurait d’émotion en regardant son verre. Voir encore Regnard , poète comique aussi pétillant que Molière, moins moral, bien moins profond, homme aventureux, avide de tous les plaisirs, mort, dit-on, d’indigestion; Dèsaugiers, Goldoni, les acteurs Gonthier, Lepeintre , Michol , Potier, Préville...
La gaieté colore le visage et l’épanouit davantage, mais toujours avec des formes douces. La bouche sourit en décrivant une courbe gracieuse dont les extrémités s’écartent et s’élèvent, les joues s’arrondissent et soulèvent un peu la paupière inférieure, les yeux sont bien ouverts mais sans effort, les narines s’élargissent, la respiration s’active, toutes les fonctions s’exécutent mieux et avec un sentiment de bien-être : l’homme se sent plus fort, plus heureux, et presque toujours meilleur. Qui ne sait combien la compagnie de quelques bons amis excite l’appétit et favorise la digestion ? On mange alors impunément le double de ce qui incommoderait si l’on était seul.
La gaieté peut être habituelle, la joie est fortuite, éphémère ; trop vive elle trouble les lonctions ; alors la figure rougit , les yeux étincellent et se remplissent de larmes, le cœur bat violemment, la respiration est pressée, saccadée : la bouche s’entr’ouvre pour donner passage à 1 air, la parole est entrecoupée, les lèvres sont tremblantes, le corps entier tremble et s’agite. Parfois au contraire c’est une sorte de stupéfaction qui rend immobile et ne- permet pas d’articuler une parole, un spasme douloureux serre l’épigastre, la respiration est pénible, on suffoque et une sycope peut arriver, la mort même. Dans
ce dernier cas il existait probablement une prédisposition à l’apoplexie,
mie maladie du cœur...
Le ravissement, moins soudain, moins bruyant que la joie vive, s’accompagne ordinairement d’une voluptueuse langueur, d’un concentration nerveuse sur une seule idée, sur un seul objet, qui rend insensible à tout le reste. Les femmes et les hommes nerveux-bilieux v
sont le plus disposés.
Le sourire, mouvement de satisfaction calme qui se dessine principalement dans la bouche et dans les yeux, emprunte son expression du sentiment qu’il accompagne. Naïf, simple, comme chez les enfants, ou sarcastique comme dans les portraits de Boileau , Casli , J. Steen , Sterne, Voltaire... ou stupide, ou affecté, prétentieux, méprisant; ou mélancolique, doux, sympathique lorsqu’il est inspiré par la bonté, par l’amour; faux, forcé, répulsif, lorsqu’il naît d’une passion vile ou haineuse.
Le rire, mouvement plus fort, vif, soudain, expansif, gai ordinairement mais néanmoins indépendant de la joie et qui peut éclater en pleine tristesse. C’est un accès involontaire, convulsif, que fait naître une naïveté, un ridicule, un contraste imprévu, ou même une cause physique telle que le chatouillement. Il sied à l’enfance et à la jeunesse, mais ses éclats vont mal au sérieux de l’âge mur, et il n’est qu’une grimace ridicule sur la figure du vieillard. Dans l’accès du rire le visage s’élargit, s’arrondit, prend une forme enfantine ; la bouche s’agrandit et ses coins se relèvent, les narines dilatées se rapprochent des yeux à demi-fermés, le muscle frontal tire en haut les sourcils; de toutes ces contractions, résultent des plis au front, au nez, à l’angle externe des yeux, entre la bouche et les joues ; la face est rouge, vultueuse; la circulation et la respiration sont troublées, la parole est entrecoupée ou impossible, l’inspiration a lieu par saccades bruyantes et le larynx convulsé envoie le son ah! ah! ah!... Les sons ih ! ih ! ih !... oh! oh ! oh!.., s’entendent dans le rire stupide et grossier. L’accès augmentant, la tête se renverse en arrière ou se balance de tous côtés, le corps est livré à de grotesques contorsions, les mains se portent sur les flancs pour diminuer la douleur qui s’y fait bientôt sentir ; les jambes fléchissent sous le poids du corpfl; il peut
survenir vomissement, émission involontaire de l’urine, convulsion générale et suffocation, apoplexie... On a vu des personnes mourir d’accès de rire ; et des scélérats ont employé le chatouillement pour donner la mort.
Le rire, comme le sourire, a bien des variétés : rire franc, rire stupide où les lèvres très-saillantes figurent une espèce de museau ; ricannement de la méchanceté, où la tête est baissée, le regard oblique, la voix faible et sourde...
Les sanguins au front épanoui, à l’esprit léger, sont assez disposés à rire. Le portrait de Michot, acteur du Théâtre-Français, annonce bien cette disposition. Quant aux portraits qu’on a voulu faire rire, le Démocrite idéal de Rubens, le philosophe Lametlrie , le peintre Latour.... leur rire incessant n’est pas gaîté, mais folie.
Comme le plaisir, la douleur est normalement un agent de conservation qui nous signale les besoins et les dangers des organes et doit nous arrêter dans nos excès. Elle est physique et morale ; les deux variétés vont souvent ensemble, et si l’une est forte ou prolongée, quoique faible, elle amène l’autre presque toujours. Leurs nuances sont infinies ; mais, en général, dans la douleur le corps se resserre sur lui-même, tandis que dans le plaisir il s’épanouit.
Au premier instant d’une vive douleur, les narines s’élargissent, le nez est crispé, l’œil tout grand ouvert, le sourcil élevé, ' des rides transversales sillonnent le front : c’est une expression mêlée de surprise et de terreur. Parfois les yeux se ferment fortement, les sourcils se rapprochent et se crispent : expression de concentration. La douleur passée, on reste encore quelque temps fatigué, pâle, abattu, étourdi.
Si la douleur est prévue ou si elle se prolonge, la face pâlit, les lèvres se serrent, les yeux se ferment à demi, les sourcils abaissés se rapprochent, et c’est vers le point de contact que viennent converger les rides du front. Dans les moments où la douleur redouble, la tête se presse sur les épaules, la face pâlit ou rougit, les yeux s’humectent de larmes, la bouche s’ouvre, une rapide inspiration a lieu suivie d’une longue expiration, des gémissements, des cris s’échappent de la poitrine. Parfois, surtout quand on veut retenir ces cris par où la dou-
leur s’évapore, on serre fortement les dents, on mord la lèvre inférieure ; dans les plus grands efforts, les yeux sont secs, fixes et hagards, le front et la face profondément ridés, les cheveux hérissés ; tous les muscles se crispent et tremblent convulsivement ; la respiration est déprimée, le pouls petit et irrégulier, la peau pâle et couverte d’une sueur froide. Cette tension®extrême épuise la force nerveuse et peut être suivie de syncope, d’ataxie, d’adynamie mortelle. Le chirurgien préfère cà celte vaine résistance les larmçs et les cris du malade. Merveilleux chloroforme, quel soulagement tu donnes à tous deux !
Percij, qui avait vu tant de blessés, dit : «. Les individus naturellement graves, taciturnes, sérieux sont moins sujets à crier que ceux qui sont pétulents, gais et prompts à s’emporter ; les bilieux souffrent plus courageusement que les sanguins, et il y a des phlegmatiques que rien ne peut émouvoir. En général, les jeunes gens qu’on opère crient plus que les hommes d’un âge mûr... Les hommes du Nord, que l’on croit si durs, crient autant que nous; les Allemands, les Polonais, les Russes ne diffèrent pas des autres peuples pour les impressions douloureuses ; les Anglais n’ont rien à cet égard dont ils puissent s’enorgueillir; les Espagnols, quoique pleins de fierté et de pertinacité, ne méritent pas d’être exceptés. S’il y avait une distinction à faire, ce serait en faveur des Orientaux et spécialement det- Égyptiens et des Arabes qu’il faudrait 1 établir. »
Les sauvages, dont les nerfs sont peu sensibles, les extatiques foitement distraits, peuvent ne pas percevoir la douleur. Ainsi, pour apprécier son intensité, il ne faut pas seulement tenir compte de la cause, mais de la sensibilité et des distractions physiques et moi aies.
La douleur, quand elle est forte, absorbe ordinairement le moi al du patient, l’isole de ce qui l’entoure, le rend incapable de voir et de penser. Faible, mais continue, elle amène la morosité, le découragement ; elle peut exalter l’imagination, fausser le jugement, devenir
une cause d’hypocondrie et de lolie.
La fatigue extrême qui suit un exercice corporel trop violeul ou trop prolongé est presque une maladie, que guérissent le repos et un bon régime. Elle s’annonce par l’affaissement général : le corps a peine à se soutenir, et ses diverses parties obéissent a la gravitation ;
les bras pendent, les jambes à demi-fléchics flageolent, les pieds sont gonflés si l’on a été longtemps debout, la tête tombe en avant, la bouche est entr’ouverle et la lèvre inférieure pendante, les yeux presque fermés sont éteints, cernés; les tempes sont creuses ; la peau est flasque, couverte de sueur ou sèche, pâle, livide; les articulations font entendre, lorsqu’on se meut, un craquement qui indique l’absence de la synovie ; la soif est vive, la faim nulle..., le moral est engourdi, abattu.
Plusieurs de ces symptômes sont communs à la fatigue qui suit le travail de tête. L’affaissement et la sécheresse du visage, un teint terne, plombé, des lèvres pâles, des yeux troubles, injectés, cernés, se remarquent chez les hommes toujours cloués à leur bureau, chez les écrivains très-laborieux qui, en outre, sont presque tous chauves de bonne heure. Ajoutez un air d’ennui, d’hébétude, vous aurez la physionomie des gens blasés, usés.
I J abattement moral produit plus ou moins l’abattement physique ; il s exprime par la pâleur, la lividité de la face, par des yeux qui ont peine à s’ouvrir, une bouche béante, la saillie de la mâchoire et de la lèvre inférieure, la lenteur et la petitesse du pouls, l’affaissement du système musculaire.
La pai esse , inertie du corps ou de l’esprit, ou de tous deux à la fois, que l’ennui accompagne souvent, mais qui peut exister sans lui, est due au défaut d’énergie morale, à des habitudes d’oisiveté, à l’engourdissement des centres nerveux ou à une mauvaise disposition des oiganes qui rend le mouvement pénible. Le sexe féminin, un tempérament a muscles débiles, lymphatique, osseux ou nèrveux, l’obésité, la vieillesse, y disposent. Elle est décelée par les signes du tempérament, la fadeur et le peu d’expression de la figure, la difficulté de se mettre en action, la lenteur, l’indécision et la faiblesse des mouvements. Charles 11 et Philippe V d’Espagne, le grand Dauphin, fils de Louis XIV, Vendôme... ont une réputation historique de paresse.
La tristesse, chez les personnes faibles, ressemble à l’abattement. En général, dans cette affection, la tête est penchée, les sourcils sont iegeremeul froncés, les lèvres ordinairement rapprochées et les coins e la bouche abaisses ; les yeux fixes, humides et languissants, tantôt
tournés vers la terre, tantôt élevés vers le ciel; les mouvements sont lents ; il y a sensation de gonflement, de resserrement à l’épigastre, perte d’appétit...; les soupirs exhalés dans la tristesse sont de longues inspirations, plus ou moins bruyantes, nécessitées par le ralentissement de la circulation.
L'ennui, malaise à la fois moral et corporel, résultat de l’inaction de l’esprit ou du corps, a souvent beaucoup des caractères de la fatigue et de la tristesse, mais donne presque toujours au visage un air stupide que celle-ci n’a pas ordinairement : les yeux se ferment, puis s’ouvrent fortement avec les sourcils élevés et le front ridé, comme pour chercher un objet de distraction, mais ils restent fixes, hébétés; la bouche est béante, ou les lèvres rapprochées et saillantes font la moue. Tous les organes participent au défaut d’énergie du cerveau, et comme rien ne distrait, on sent trop le malaise généial qui en résulte et on cherche à le dissiper par des pandiculations. Le bâillement est une espèce de pandiculation, c est le soupii de l’ennui.
L’honnne le plus ferme peut verser des larmes dans la tristesse, mais on ne voit guère que chez les enfants et les personnes faibles le pleurer accompagné de sanglots.
La tristesse profonde, concentrée, peut avoir vite de funestes effets et donner lieu à des syncopes, à des convulsions, à 1 ictère, au déliie, à la paralysie, à la mort subite. Lorsqu’elle se prolonge, elle amène de grands dérangements dans la digestion et la nutrition, 1 amaigiissement, la canitie, la chute des cheveux, des maladies cancéreuses, l’hystérie, la folie mélancolique.... (Voir PI. XIII), une folle par chagrins domestiques.
La désespoir est le dernier degré de la douleur morale ou physique. Dans une âme commune, il s’annonce par des contorsions ; le corps tremble et se raidit; les yeux, le nez, la bouche font d’affreuses grimaces, les dents grincent ou se choquent avec violence ; la respiration est entrecoupée, stertoreuse; des cris s’échappent ou de sourds gémissements. Les sens n’ont plus de perceptions distinctes, la raison est perdue, tous les sentiments sont anéantis par un seul, accablant
horrible. Le malheureux en proie au désespoir se frappe, se mor
arec rage, s’enfonce machinalement les ongles dans la peau du crâne ou de la poitrine, et peut faire du premier objet que rencontre sa main un instrument de meurtre ou de suicide.
Dans une âme élevée, le désespoir présente un spectacle différent, mais non moins terrible; c’est l’immobilité du cadavre ; une raideur tétanique a pétrifié les muscles de la face, les mâchoires sont fortement serrées, le front est ridé, les cheveux se hérissent, les yeux fermés ou horriblement ouverts ne voyent rien, la bouche est muette, l’oreille n’entend plus, et si le cerveau conserve une idée, c’est celle de la mort. Tel l’a peint Reynolds, dans son tableau d 'Ugolin.
L 'inquiétude, appréhension douloureuse d’un mal prévu, cause une agitation générale, fait ouvrir de grands yeux comme pour mieux apercevoir le danger, fronce et relève alternativement les sourcils, ride le front, tient l’oreille au guet et la bouche entr’ou verte.
La peur a les traits pâles, plus ternes et plus défaits, les yeux plus fixes, plus effarés, le nez plus effacé, la bouche plus ouverte et la mâchoire inférieure plus saillante, quoique le menton soit plus déprimé; elle se jette en arrière, elle veut fuir, mais dans les cas extrêmes elle ne le peut. Les dents claquent, le corps tremble et se couvre d’une sueur froide. Le moral et le physique sont paralysés; il peut survenir une véritable paralysie, une attaque d’épilepsie.... C’est cette terreur qui fait tomber l’oiseau dans la gueule du serpent.
Sentiments attractifs. Ces sentiments de sympathie, d’amour, de désir.... varient comme leurs objets, comme les sens impressionnés, mais ont toujours ceci de commun : douce excitation, expansion, disposition de la tête, des yeux à se porter vers l’objet désiré, que cet objet soit présent ou non, qu’il soit matériel ou immatériel. Poussin, dans le tableau des aveugles de Jéricho, a bien rendu ce mouvement du désir qui tend la tête, élève les sourcils et porte les yeux en avant, même chez l’homme qui ne saurait voir.
Parmi les désirs qui nous sont communs avec les animaux, le plus violent est celui de l’amour sexuel ; le plus général, celui des aliments qui se montre à tout âge et que l’enfant à la mamelle exprime si énergiquement par ses yeux, ses lèvres, sa respiration pressée et haletante, 1 agitation de sa tète et de tout son corps. Le chien l’ex-
prime aussi très-bien quand, attiré près de vous par le fumet du dîner, il suit d’un œil avide tous vos monvements, ouvre et ferme brusquement la gueule, exerce incessamment une sorte de déglutition par impatience et par nécessité d’avaler la salive abondamment secretée. Chez l’homme, l’expression est presque la même : le gourmand, à l’aspect d’un bon mets, ouvre un œil brillant, son visage s’épanouit, l’eau, comme on dit, lui vient à la bouche, la langue et les muscles de la mastication et de la déglutition se gonflent et s’agitent. Ces muscles, chez le gourmand, sont naturellement ou deviennent plus volumineux, les mâchoires sont grandes, le tissu cellulaire ordinairement abondant et lâche ; il en résulte une tête grosse surtout par le bas, des joues pendantes, un double menton, des lèvres épanouies, traits frappants dans le buste de Vileüius, où l’artiste a su, par un art admirable, faire un tout harmonieux, plein de vérité, d’une tête qui unit à des traits fins et délicats toute la gloutonnerie de l’empereur romain. Si la tête en poire, étroite du haut et large du bas, caractérise la gourmandise, la sobriété s annonce, en généi al, par une forme inverse, c’est-à-dire plus étroite en bas qu en haut et allongée, par des traits maigres, sévères. Grimod de la Reynière , Henri F///, Holbein , Luther , Panard... étaient gourmands; le duc cYAlbe, Calvin... devaient être sobres. Des gens maigres peuvent être gourmands, gloutons, mais ils ont ordinairement de fortes mâchoires, des muscles masticateurs bien prononcés, des joues flasques,, des lèvres charnues. Le simple gourmet a les yeux moins ouverts, les traits plus fins, les lèvres plus minces et plus pincées.
Quant à l’ivrogne, voici son ignoble physionomie : yeux ternes, hagards, hébétés ; lèvre inférieure pendante ; nez rouge, bourgeonné; face pâle, livide, luisante ; voix rauque, éteinte ; parole embarrassée; mains tremblantes ; démarche incertaine et chancelante.
Dégoûtant comme l’ivrognerie est l’ amour brutal , représente par un satyre poilu, à odeur de bouc, à large nuque; l’œil avide, le teint coloré, la lèvre rouge, humide et gonflée, la narine dilatée d’où s’échappe avec bruit une haleine ardente
L’amour , moins grossier, le tempérament voluptueux s’annoncent, en général, par des traits moelleux, une peau fine, légèrement colo-
rée, des yeux humides, langoureux, plutôt petits que grands, à demivoilés, tels que les anciens en donnaient à Vénus (Voir la Vénus de Médicis), des narines assez grandes, des lèvres vermeilles, un peu grosses, haliteuses , un menton charnu accompagné souvent d’un double menton.
Catherine 77, Henri IV, Léopold II, Louis XV, Ninon, Raphaël, Regnard, et même l’auteur d’Athalie (Voir le Racine du musée de Versailles)... ont des physionomies plus ou moins sensuelles. Les gros yeux roulants de Messaline indiquent l’impudeur. Sur des portraits
de François 7e , François de Harlay, La Fontaine, Mirabeau on
trouve un peu du satyre.
L amour ascétique a des traits délicats, plutôt maigres que pleins, quelque chose de Raphaël, mais diffère peu du précédent. Le tempérament qui porte aux plaisirs sensuels inspire aussi bien souvent l’ardeur céleste qui enflamme certaines femmes nerveuses, et Madeleine, plongée dans la débauche, était plus disposée à la sainteté que beaucoup de femmes honnêtes dont la vie fut toujours régulière. L’extase de 1 amour divin et 1 extase de l’amour terrestre se ressemblent dans leuis symptômes; on sait, par l’histoire des sectes religieuses, combien il est facile de passer de l’un à l’autre ; enfin, ils épuisent presque également l’organisme.
L’amour platonique, dégagé du trouble des sens, se distingue du contentement par le regard un peu mélancolique. C’est aussi l’œil attractif et quelquefois inquiet qui caractérise l’amour maternel.
V Amitié et la Bienveillance ont une même tranquillité, une même douceur, et cet œil attractif commun à la plupart des sentiments sympathiques. Voir les figures douces, sereines, aimables de : Antonin Pie, Bona fous, P. Champagne, Condorcet, Ducis, Lavatèr , Malesherbes n'(J°C Vincent de Paul, Wieland... Les figures bonnes et contentes de Béranger, Coysevox, S. Gesner , Panard..,
La’ Pitié, la Compassion, diffèrent de la bienveillance par une expression de tristesse.
Les sentiments sympathiques, en général, ont une tendance à une Plus ou moins “li“o «oc leur objet, depuis l 'étreinte convul-
sive de l’amour jusqu’au serrement de main de l’amitié et de la bienveillance, jusqu’au regard attractif de la compassion.
Les sentiments répulsifs d’ aversion, de haine... produisent un resserrement, une contraction de l’extérieur à l’intérieur et s’expriment sur la physionomie à peu près comme le dégoût causé par la présence d’un objet matériel affectant désagréablement un des sens extérieurs.
Lorsqu’une odeur offense l’odorat, on éloigne, on détourne la tête, on fronce les sourcils et le nez, on ouvre la bouche de manière à res-
pirer plutôt par ce passage que par les narines. Lorsque le goût perçoit une saveur désagréable, le nez et les sourcils se contractent ainsi que les muscles de la langue et des mâchoires, les lèvres font saillie surtout l’inférieure, et les commissures sont tirées en bas; le menton est grippé, la tête est abaissée sur le cou, l’œsophage, l’estomac et l’abdomen se resserrent, la salive arrive plus abondante comme pour laver la bouche; il peut y avoir nausée, vomissement. 11 en est de même si un objet dégoûtant frappe la vue ; le nez et les sourcils contractent encore, la bouche s’entrouvre, les coins abaissés et la lèvre inférieure saillante; la tête fuit et se détourne; on ferme les yeux, ou si l’on regarde l’objet, c’est de côté, en dessous. Lorsque l’ouïe est offensée, moins par un bruit violent que par des sons aigres et discordants, la face prend à peu près la même expression, es muscles tremblent, les dents grincent. Certaines impressions tactües produisent un effet analogue.
Cette analogie d’expression se retrouve dans l'antipathie morale; dans la tiaine, sentiment chronique; dans la méchanceté, impulsion de haine générale qui cherche son plaisir dans le mal d’autrui. Les affections haineuses, méchantes, sont des maladies qui font souffrir e patient et lui donnent cet air concentré, triste, désagréable et repu sif très-marqué sur les buste de Néron etde Caracatla, tout embellis qu’ils soient par les artistes anciens. 11 y a plus de brutalité dans Caracalla, plus de dédain et de vanité dans Néron. Celui-ci, dont la e e ne manque pas d’intelligence, avait sans doute une àcrete humorale, un éréthisme inné qui le tourmentait sourdement, et il se vengeait sur l’espèce humaine. J’ai vu, à un enfant de quatre ans, les yeux couverts et la bouche maussade de Néron; il était fort et paraissait bien
portant, mais son sent plaisir était de frapper, pincer, mordre les personnes qui se trouvaient à sa portée; il le faisait sans rire, avec l’expression de la vengeance, et entrait en fureur lorsqu’on voulait simplement l’en empêcher. — Le profil de don Carlos est du même genre, et c’est à tort que les poètes en on fait un héros humanitaire.
Sous un aspect moins triste et dans des circonstances meilleures se montre le caractère chagrin ou bourru de gens fort estimables d’ailleurs : le chirurgien Ahernethy , le médecin Bouvard, Broussais, P.-L. Courier , Dupuytren , le peintre Haydon, Laly-Tolendal , Lamenais , Marmont, l’abbé Montgaillard, Guy-Palin, Sigalon, et le digne La Rochefoucauld- Liancourt, qu’on a pu nommer le bourru bienfaisant.
La colère, quoiqu’en apparence fort voisine de la haine et de la méchanceté, est néanmoins une toute autre affection, soudaine, irréfléchie, peu durable, et qui agite parfois des natures bonnes et sympathiques. Ordinairement elle éclate par accès où l’on observe presque toujours un premier mouvement de concentration marqué par l’étonnement, la pâleur et le silence, suivi bientôt d’une réaction vive ; battements violents du cœur, inspirations profondes, expirations rapides et bruyantes par les narines fortement dilatées; face rouge et gonflée; yeux très-ouverts, brillants, injectés; sourcils rapprochés et abaissés, dents serrées, lèvres tremblantes, éclats de voix entrecoupés, agitation générale. Les enfants et les femmes nerveuses, les tempéraments sanguins, nerveux, sont irrascibles, mais s’appaisent assez vite; dans les tempéraments bilieux, la colère est sombre et prolongée ; elle est brutale dans les tempéraments athlétiques. . . Le caractère colère est facilement reconnaissable, même h l’état de calme. Voir le peintre M. A. Caravage , Charles le Téméraire, Frédéric-Guillaume de Prusse, Fronsberg , général allemand, mort d’un accès de colère, le barbare Jeffreys...
Les bourrus ne sont pas toujours colères, il y en a qui semblent .mpassibles. Entre le bourru et le colère se place Yimpalient (bourru *Par accès) aux traits mobiles, à l’œil brillant. C’est souvent le caractère des gens nerveux, gâtés par la fortune; mais parfois aussi celui de très-bonnes gens, de savants studieux, capables de longues et
calmes méditations. Thénard le chimiste en est un type au moral et au physique. '
Si la colère devient fureur, les sourcils s’élèvent et s’abaissent alternativement, les yeux roulent dans les orbites, le dessous des yeux se gonfle et bleuit, les muscles sont agités de contractions convulsives interrompues par des moments d’immobilité tétanique , les arcades dentaires frappent l’une contre l’autre, les lèvres tremblantes sont couvertes d’une bave écumeuse : ce n’est plus un homme, c’est une bête féroce qui veut mordre, déchirer, et dont la salive empoisonnée a pu inoculer la rage ; tout est perverti, secrétions, circulation, respiration... Les veines de la tête et du cou font saillie sous la peau, l’apoplexie est imminente. Ce brutal, cet épouvantable bouleversement peut aussi aboutir à la syncope, à l’ictère, à l’épilepsie...
V indignation, quoiqu’elle emprunte quelque chose à la colère, est souvent un bon sentiment qui nous anime contre la bassesse, lïnjus tice et le crime ; l’expression en est noble : tête altière, yeux bien ouverts et fixes, sourcils élevés, légèrement froncés ; narines dilatées, lèvres serrées, un peu saillantes, menton saillant. L’Apollon du Belvédère en donne un modèle, mais dans un faible degré. Le Dieu a percé de sa flèche Python qu’il poursuivait, il reprend sa sérénité, sa bouche s’est entr’ouverte , l’indignation cesse.
L 'orgueil a la même pose altière, mais sans le mouvement des sourcils qui restent élevés et horizontaux. C’est ainsi qu’il est exprimé sur des portraits du duc d 'Albe, de Condè, d Êpernon, Leicestei , Louis XIV, A.-B. de Santa-Crux , Waldstein...
Moins calme que l’orgueil, l’Arrogance semble vouloir tout écraser.
Le dédain et le mépris regardent de côté avec les yeux demi fermés. Le dédain est marqué sur des profils de la duchesse à'Angoulême, de lord Byron... Le dédain et l’orgueil, avec une teinte d’hypocondrie, se lisent sur la figure de Dupuytren.
La vanité pince la bouche et est en tout plus maniérée ; on houxe vanité ou fatuité sur des portraits de Barnave, Bussy- Rabutin, Dorat, Georges IV, le prince de Ligne, Biron , Scudèry...
La tête haute, le regard fier, les narines gonflées, le menton relevé, les lèvres serrées et saillantes se retrouvent dans 1 audace qui semble
défier le danger ; l’expression en est forte sur les médailles de : Mithridate... sur des portraits de : Bernadote , Byron, Charles le Téméraire, Charles XII , Danton , lloclie , Kléber , Luther , Maury , Mirabeau., Murat, Pierre -V’... Comme contraste, mettez en regard des caractères réservés, circonspects, timides : à’Alcmbert , Dominiquin , Érasme, Hauy, Lamothe-le-Vayer, Malebranche, Nicole...
Plus réfléchi est le courage calme, exprimé par la pose plus simple, les traits moins provoquants de César... de Bonaparte, général, Coli gny, Desaix, Drouot , Frédéric II, Guebriant, Guillaume le Taciturne, prince d’Orange, Hampden, Henri IV, Larrey, Marlboroug, Montausier, Sobieski, Turenne, Vauban, Washington...
Le calme sage et ferme, la noble sérénité du courage moral attire le respect sur les belles têtes des grands hommes, particulièrement sur ceux des seizième et dix-septième siècles chez qui la barbe longue augmente la majesté. Y. Albuqucrque, Barneweld, Cècil, ministre d’Élisabeth, Keppler, l'Hôpital, Mathieu Mole , Palissy, Sully... et parmi les anciens : Antonin, Épicure, Marc-Aurèle...
Le calme religieux allié au courage est empreint sur la physionomie de plusieurs saints personnages... Sur celle de Sébastien de Portugal,... et aussi sur celle de beaucoup de fanatiques où il se mêle à quelque chose de sombre et de dur : Jean de Leyde ( Bockelson ), Kniperdoling . . . .
Les Turcs et beaucoup de musulmans ont une physionomie grave et calme, qui s’accorde avec leur esprit religieux et fataliste, mais qui tient autant à l’ignorance et à la paresse qu’à la force du caractère.
11 est une sorte d’audaçe morale qui consiste à braver l’opinion, à mépriser ce que les autres respectent, qui se fait gloire d’être franchement égoïste, de ne pas rougir d’une action basse et honteuse quand elle est profitable : cynisme ou impudence, elle est assez bien peinte sur la figure de : Crèbillon fils, l’abbé Desfontaines, le cardinal Dubois (Voir surtout ses profils) , la Dubary (collection Delpech) , Marat....
En analysant les actes de l’intelligence, on trouve comme éléments : l’attention, la réflexion et le jugement, la mémoire, l’imagination, l’intuition.
JL ‘‘attention concentre volontairement, et même malgré la volonté, les facultés perceptives sur un objet particulier. Une tension vers cet objet et l’immobilité sont les signes physionomiques généraux. L’expression varie d’ailleurs suivant les circonstances. Les yeux, la tête, le cou sont tendus quand on regarde attentivement ; parfois les yeux se ferment à demi pour éviter la confusion des choses environnantes. L’expression est à peu près la même, avec la bouche ordinairement entr’ ouverte, quand on écoute un acteur, un orateur, un chanteur ; mais si l’œil n’a rien à voir, s’il s’agit d’un discours tout raisonnement, ou d’une symphonie... souvent on ferme les yeux et l’on lâche de n’être plus qu’ oreilles.
L’homme de caractère attentif et observateur a presque toujours les manières calmes, posées, la tête droite ou un peu baissée, une figure sérieuse, des yeux couverts, un coup d’œil rapide et fixe : Voir Casti , D’Alembert, Davy, le peintre Denner, si extraordinairement exact, Erasme, Kant, Louis XI, l’entomologiste graveur Lyonnet, Musschenbroek, Pellerin, B. de Saint-Pierre, Sterne... Voyez un amateur qui examine un petit Fiquet ou une vieille et fruste médaille.
Chez les animaux : le chien à l’arrêt, le chat qui guette la souris expriment bien l’attention.
Par opposition, le disirait a les mouvements brusques, incertains, la tête tournant à tout vent, les yeux errants à l’aventure. Entre les deux extrêmes, quant à l’expression, on peut placer le curieux à mine de furet, et l’amateur maniéré.
Une vue basse, en forçant à regardez de très-près, donne un faux air attentif, mais dans le cas de myopie les yeux sont gros et saillants.
L’attention peut ne pas' être réfléchie, et alors elle emprunte quelque chose à l’étonnement. La réflexion et ses divers degrés, comparaison, jugement, méditation, impliquent toujours l’attention. La physionomie du penseur est concentrée ; les lèvres fermées, pincées même, indiquent le travail intérieur; les yeux sont à demi fermés, comme lorsqu’on regarde attentivement un objet matériel; fermés ou en l’air si tout se passe dans la tète; le regard est fixe, ou lentement promené si l’on réfléchit sur une chose en vue ; parfois le regard est
attaché sur un objet qu’on ne regarde pas, qu’on ne voit pas Lee qui est devant les yeux, ce qui frappe physiquement l’oreille n’est pas perçu. Archimède, préoccupé d’un problème, peut n’avoir entendu ni le tumulte d’une ville au pillage, ni la voix du soldat qui lui demandait son nom. Les bustes d 'Aristote, Demosthène , Annibal, M. V. Agrippa... expriment bien l’attention et la réflexion. Arago (d’après Schcffer), Cli. Bonnet , Ch. Fourier (PL XIY), Fulton , Geoffroy Saint-Hilaire , Harvey , Kant , Leibnitz, Milton, Molière, Napoléon, Newton. Récamier , Vauban , Vinci (PL X), West (PL IX etX), Watt... Racket, la grande tragédienne... ont de belles têtes méditatives qui contrastent avec les têtes enfantines ou évaporées.
Bien que certaines positions et certaines circonstances facilitent la méditation, le penseur à tête forte se met au travail partout à peu près et sans embarras; son attitude est simple et tranquille. Mais si l’homme frivole, inhabile à combiner des idées, veut réfléchir sérieusement, il fronce les sourcils, mord ses lèvres, baisse la tête, la relève aussitôt, passe brusquement d’une position à une autre, sans jamais trouver la bonne.
La mémoire est tantôt spontanée, tantôt laborieuse. Dans le second cas, c’est en cherchant des rapports, des analogies, des contrastes.... avec des idées présentes qu’on arrive à rappeler la chose cherchée : c’est de la réflexion et la figure en porte le cachet. La mémoire spontanée n’est pas toujours la compagne de l’intelligence; elle n’est pas une, elle peut se rapporter exclusivement à des choses très-différentes; ce qui a permis à Gall de la fractionner entre tous les organes craniologiques. Parmi les personnages à grande mémoire plus ou moins générale, on cite Bonnet, Casaubon , Cuvier, Haller, J. Lipse, le savant bibliothécaire Magliabccchi, Joseph Scaliger, Watt
L 'imagination essentiellement créatrice, diffère de la méditation qui crée, elle aussi, en ce qu’elle est plus instinctive, et cependant plus mouvante, plus dépendante des éventualités extérieures. Dangereuse faculté qui bien souvent a égaré les premiers âges des peuples comme elle égare les premiers càges de l’homme individu ; elle forme surtout desv images avec les matériaux que lui fournit la mémoire elle amplifie, métamorphose les objets présents ; elle est grande, elle
est sage, quelquefois folle, souvent absurde... Elle donne à la physionomie des expressions vives et variées. Le poète, dans le leu de la composition, exprime tour à tour les différentes passions ; il vient de trouver une idée heureuse, son visage est rayonnant, il s’écrie, il gesticule; tout entier au monde idéal qu’il s'est fait, il est séparé, distrait du monde extérieur et l’on peut nommer son état distraction : c’est ainsi que La Fontaine était distrait ou préoccupé. La science a aussi ses imaginations et ses distractions calmes ou agitées : j’ai nommé Archimède , dont on n’a pas le portrait véritable ; j’ajoute Ampère , Leibnitz , Newton...
Un distrait tout différent, dont j’ai déjà parlé est celui qui manque d’attention fixe et de mémoire.
La volonté excite et dirige l’attention, elle cherche, mais elle n’est pas sûre de trouver, elle ne crée pas les idées : souvent beaucoup de fatigue n’aboutit à rien, tandis que parfois, spontanément, sans cause appréciable, se présentent à l’esprit des images, des idées, des raisonnements compliqués. Dans certains cerveaux, en certains moments, les idées affluent avec tant d’abondance et de facilité, qu’elles semblent le résultat d’une vue intérieure, d’un souffle divin : c’est une intuition. Si ce phénomène coincide avec quelque illusion des sens, quelque hallucination, le patient peut croire à une révélation surnaturelle. C’est le cas de la plupart des inspirés, des prophètes et des sorciers : c’est l’histoire de Socrate et de son démon, suivant le docteur Lélut.
Dans une intuition sérieuse , scientifique , la physionomie est grave, immobile, les yeux sont fixes et souvent ternes, la vie est concentrée au cerveau. Si des idées de glorification religieuse, si des images fantastisques assiègent l’intellect, la figure est rayonnante, ou étonnée, ou terrifiée .. .
En décrivant cette suite d’expressions pittoresques, j’ai supposé la santé du corps; mais la maladie n’est pas toujours un obstacle à leur manifestation : elles en sont même la conséquence dans bien des cas, de sorte qu’on peut encore les étudier sur l’homme malade et trouver ainsi de nouvelles preuves des rapports du physique et du moral.
La maladie change plus ou moins la physionomie, mais elle change en même temps les instincts, les affections et l intelligence.
La démarcation est peu tranchée entre la maladie et la santé. Celleci n’est pas la force physique dont on a vu les signes à l’article des tempéraments sanguin et athlétique; elle se trouve parfois sous les traits de constitutions délicates, chétives même, car elle tient surtout à la vitalité du système nerveux et à la pondération harmonique des fonctions.
La santé n’a donc pas une expression bien nette ; elle laisse à chacun sa physionomie habituelle ; mais elle s’annonce le plus ordinairement par une figure ouverte, un coloris frais, des yeux limpides, des traits fermes sans raideur, une pose simple, aisée, une physionomie sans désaccord avec les circonstances. Or, chez un bilieux, naturellement pâle, un coloris brillant serait plutôt un indice de fièvre qu’un indice de bonne santé.
Tout changement considérable dans la physionomie habituelle, dans l’harmonie des traits et du coloris, dans la pose et les manières, s’il ne s’explique pas par une affection morale et passagère, dénote une altération, une maladie physique. En amenant des symptômes matériels, la maladie amène des symptômes moraux correspondants, à moins qu’elle ne soit très-faible et toute locale.
Dans la série des maladiés aiguës, on retrouve passagèrement beaucoup des physionomies précédemment décrites; on les retrouve permanentes ou intermittentes dans les maladies chroniques, et surtout dans les aliénations mentales.
Le crétinisme peut être rangé dans les maladies mentales ; car l’intelligence n’y est jamais normale et descend bien souvent jusqu’à l’idiotie. C’est une dégénérescence de tout l’organisme, presque toujours endémique et héréditaire ; c’est une monstruosité, un arrêt de développement physique, dont les signes frappent tout d’abord la vue et correspondent exactement à l’arrêt de développement moral. Le crétin est, en général, de petite taille; il a ordinairement le crâne exigu, difforme, avec un front étroit et fuyant, l’oreille mal faite et placée haut, de petits yeux souvent louches, un nez épaté, des pommettes saillantes, une bouche grande et mal fermée, de grosses lèvres pendantes, une mâchoire inférieure très-forte, un cou gonflé par le goitre caractéristique, un gros ventre, des membres grêles avec des
articulations épaisses, des pieds plats, des mains grossières, c’est-àdire tous les signes (pie nous avons vus et que nous verrons encore indiquer la dégradation. Le regard est vague, inerte, l’expression stupide ; les mouvements sont maladroits, la démarche est lourde, mal assurée.
L’idiotie, vice organique du cerveau et arrêt de développement de l’intelligence, peut se trouver avec un corps et des membres assez bien conformés. La tête de l 'idiot de naissance est souvent semblable à celle du crétin ; parfois le front, au lieu d’être fuyant, est bombé comme chez l’enfant ; il est resté tel à peu près qu’il était dans le premier âge, la base du crâne ne s’étant pas accrue; parfois le crâne est très-volumineux, soit qu’il renferme de l’eau (hydrocéphalie), soit que ses parois aient pris une épaisseur extraordinaire ; mais le crâne a les dimensions normales, si la cause héréditaire, congéniale ou accidentelle n’a agi que sur les qualités de la substance cérébrale : dans tous les cas, la physionomie porte la marque indélébile de la stupidité, de la brutalité.
L’idiotie congéniale ne se manifeste souvent que plusieurs années après la naissance et peu à peu; l’idiot est d’abord presque semblable aux autres enfants; puis son développement se ralentit, ses traits se déforment et parallèlement son intelligence s’obscurcit, ses instincts se pervertissent. C’est à peu près le phénomène que présentent les singes anthropomorphes : dans le jeune âge, leur cerveau parait grand et leur angle facial atteint 60° ; ils sont doux et sociables; ensuite les mâchoires prennent un développement énorme, ainsi que les crêtes osseuses du crâne; le cerveau semble diminuer; l’animal devient farouche et méchant.
Beaucoup d’idiots n’ont pas même le premier instinct : celui de chercher la nourriture ; mais quelques-uns conservent des instincts qui touchent à l’intelligence, comme celui du chant, celui de l’ordre matériel, de la mimique... C’est un argument en faveur de la pluralité des organes cérébraux. L’idiote de la planche XIII, très-sale comme la plupart des idiots, était très-rusée eu égard à sa nullité : sa physionomie porte ce caractère, mais en caricature; c’est une grimace dont l’exagération et la permanence ne laissent aucun doute sur
l’état de cette tète. Quelquefois les idiots présentent la caricature de la physionomie réfléchie : ils semblent appliquer toutes leurs forces à saisir, à comprendre ce qu’ils ne comprendront jamais. Dans le monde aussi on rencontre des gens qui de loin font 1 effet d hommes capables et réfléchis, et de près sont facilement reconnus pour des sots.
L 'imbécile est moralement un peu au-dessus de l’idiot : il est moins difforme ; sa physionomie est moins hébétée, moins repoussante.
La démence, sorte de paralysie cérébrale, abolition presque complète de l'intelligence, est produite par les progrès de la caducité, ou par une maladie, un accident qui a épuisé, désorganisé le cerveau. Elle abat l’homme énervé par l’âge, par de longs excès, de grands chagrins... elle succède fréquemment à la folie. Des malheureux, qui naguères plein d’intelligence sont tombés dans la démence, conservent au crâne et au front l’indice des facultés perdues ; dans les ruines du visage, on peut retrouver quelques nobles traits ; mais la dégradation est évidente pour qui remarque l’affaissement, l’inertie de ces traits, leur désharmonie (suite ordinaire d’une paralysie qui frappe presque toujours un côté plus que l’autre), la confusion des rides, l’hébétement des yeux. Parfois le crâne se rétrécit sur le cerveau atrophié, et rend plus sensible encore l’abaissement moral.
Dans le cadre nosologique, le ramollissement cérébral est. séparé des aliénations mentales; cependant il est parfois chronique et amène assez souvent une véritable imbécilité ; l’intelligence s’affaiblit peu à peu, la mémoire se perd, les affections s’éteignent ; le malade, sans force et sans énergie, est bêtement triste et bêtement gai; progressivement sa figure prend un air d’indifférence, d’hébétude et de stupidité.
Les maladies du cerveau affaiblissent et troublent l’intelligence; mais, d'après ce trouble et les autres symptômes, il est rarement possible de préciser la lésion matérielle que l’ouverture même du cadavre ne montre pas toujours. Ce qui n’est pas douteùx, c’est l’accord du moral et de la physionomie.
Une légère indisposition, une mauvaise digestion, une fatigue, une contrariété, une influence atmosphérique... qui jette passagèrement certaines personnes délicates et très-impressionnables dans l’impossibilité d’agir et de penser, leur donne aussi l’air imbécile.
Si clos hommes intelligents, (les hommes de génie non déchus, non malades, ont en certains moments un air d’abattement stupide, c’est qu’alors ils sont fatigués, ils se reposent, le moral dort. Pour penser, il faut qu’ils se réveillent, qu’ils s’animent.
On peut observer sur soi-même qu’il est impossible de réfléchir sérieusement en faisant garder à ses traits une expression de stupidité.
La monomanie , délire chronique sur une chose déterminée, fournit d’excellents types de presque toutes les passions, de presque tous les caractères : mélancolie amoureuse ou religieuse, extase, méditation, inquiétude, tristesse, chagrin profond, terreur... contentement, vanité, orgueil, colère... Le fou n’a pas perdu la faculté de raisonner, mais il raisonne mal, d’après des idées fausses, illusoires : il rêve tout éveillé. 11 conserve assez ordinairement son caractère qui se trouve seulement exagéré, tandis que ses affections peuvent être tout à fait changées; ainsi l’orgueilleux, devenu fou, porte plus haut que jamais la tête, a le verbe plus bref, plus impérieux, et repousse comme indignes de lui ou comme obstacle à ses projets une épouse qu’il aimait, des enfants qui faisaient sa joie.
La manie, délire vague, souvent furieux, donne des types d’égarement et de fureur.
Le délire vague et furieux, avec l’œil rouge et brillant, l’air hagard, se rencontre accidentellement dans plusieurs maladies aiguës inflammatoires ; le délire stupide, avec l’œil inerte, 1 air hébété, dans les maladies typhoïdes. Dans les fièvres, 1 œil peut être brillant sans expression morale.
h' hypocondrie, en donnant un air triste, soucieux, bourru, égoïste au malade, lui donne un caractère moral analogue. C’est une maladie voisine de la folie, et lorsqu’elle compromet 1 intellect, la physionomie ne manque pas de le dire. En général, les maladies abdominales rendent le caractère chagrin et grippent les traits de la face. Le cours de ventre affaiblit, rend lent et paresseux : il donne précisément à la figure l’aspect de la paresse.
Dans la période prodromique des maladies, l’esprit est souvent alourdi, troublé, la force défaillante ; l’inquiétude et l’abattement se
peignent sur la physionomie. D’autres fois, la susceptibilité nerveuse est si exallée que la moindre vétille, le moindre choc irrite douloureusement le malade ; son caractère change, mais sa figure aussi ; il est triste, impatient, quinteux : sa physionomie est chagriné et maussade.
‘La terreur, la stupeur la plus profonde se peint sur la figure du malheureux atteint d’hémorrhagie cérébrale, fùt-il un intrépide soldat : il a tout d’abord le sentiment instinctif de l’irrémédiable impuissance du moi. Ce même homme, frappé mortellement sur le champ de bataille et conservant pendant une seconde l’intégrité du moi, exprimerait l’audace, le défi, la colère, et tomberait, le bras tendu, la main menaçante.... comme Charles XII et une foule d’autres.
Parmi les maladies qui affaiblissent peu ou pas l’intelligence, quelques-unes semblent donner une physionomie tout opposée au caractère normal. La contradiction n’est qu’apparente ; car la maladie a déterminé une sensation, un sentiment semblable à ce que produirait une prédisposition morale. Ainsi ce sentiment particulier de gêne, ce serrement de cœur fréquent chez les personnes timides, une lésion organique du cœur ou une autre affection qui frappe sympathiquement le cœur, peut le produire chez un homme courageux. Ce malade a des sensations de surprise, de terreur, et conséquemment la physionomie inquiète du peureux; sa physionomie ne ment pas ; la bravoure est absente. La différence alors entre l’homme naturellement brave et l’homme pusillanime, c’est qu’un choc moral peut ranimer passagèrement le premier, lui rendre un reste d’énergie (qui souvent §e tue), mais ne fait qu’ajouter à la peur, à la prostration du peureux.
Certaines maladies longues, qui amènent presque inévitablement la mort, émacient le corps et Anéantissent les forces musculaires, mais semblent respecter le cerveau et laissent jusqu’au dernier moment à 1 intelligence toute sa lucidité. Il en est souvent ainsi de la phthysie pulmonaire. Cette cruelle maladie, commune dans les grands centres civilisés, frappe beaucoup de tempéraments nerveux et de natures d élite. La figure du pauvre malade, toute pâle et tout amaigiie, n a perdu ni la régularité, ni la beauté de la forme fondamen-
taie, les yeux sont doux et brillants, la bouche peut sourire encore : sur cette noble et mélancolique physionomie, on voit l’esprit qui se dégage des platitudes et des misères terrestres. C’est l’antithèse des tempéraments athlétique, sanguin-graisseux et sanguin-lymphatique, où la matière étouffe l’esprit : Voir Chaudet le sculpteur, Méhul , Schiller, Wateau, Weber...., la princesse Marie d’Orléans, Rachel,... Ainsi du squirrhe , du cancer... qui altèrent rarement le moral quand la douleur n’est pas trop forte.
Chez les phthysiques le sang comme les muscles a subi une extrême diminution, et ce qui en reste pouvant encore être revivifiée par ce qui reste du poumon, la peau n’a pas ordinairement la teinte violette qu’amène l’anévrisme du cœur ou de l’aorte. La teinte jaunepaille est spéciale à la cachexie cancéreuse.
Le rachitisme , si le système osseux a seul pâti, laisse aussi l’intelligence intacte. Il donne en général aux traits une forme alongée et anguleuse peu agréable : les bossus sont souvent taquins et caustiques. Parfois c’est une forme enfantine. On devine le rachitisme à l’aspect des têtes d 'Ésope (Voir l’hermès de ce nom), de H. P. Chauvelin, du prince de Conti, du peintre anglais Gibson, le nain ; du maréchal de Luxembourg , de Malebranche, de Pope , de Charles-Emmanuel de Savoie,... à' Elisabeth d’ Angleterre
Les maladies longues, douloureuses semblent changer le caractère moral plus qu’elles ne le changent en effet. Elles mettent à nu l’égoïsme, lui font prendre l’air rechigné, bourru qui lui convient; mais elles montrent la bonté plus touchante, et plus compatissante aux maux d’autrui. Le faux brave a franchement peur, il se plaint sans cesse qu’on le laisse mourir; il augmente son mal par l’inquiétude. Le vrai brave, l’homme fort est calme, patient; il pense aux autres plus qu’à lui, et meurt simplement, doucement. J’ai vu finir Courier et l’homme bon, mais faible et futile delà PI. XIV : leurs derniers jcrars ont été aussi dissemblables que leurs vies et que leurs physionomies.
A l’approche du moment suprême, le moral est, le plus ordinairement, affaibli comme le physique; la physionomie est calme, apathi- • que ou hébétée, et l’on meurt sans peine, sans le savoir.. Ainsi partout et toujours concordance, harmonie.
Les éléments de l’organisme et l’organisation, les fonctions, la sensibilité, les instincts, les facultés..., varient d’individu à individu. On ne rencontre pas deux individus identiquement semblables. De là vient que la même passion ne s’exprime pas de la même manière chez tous, et que la même maladie, la maladie de même nom, se présente très-différemment chez divers malades. C’est une des grandes difficultés de la pratique médicale. De là résulte aussi des étals douteux, et des états de prédisposition, d’imminence... On voit beaucoup de gens qui ne sont ni malades, ni bien portants ; ni imbéciles, ni spirituels ; ni fous, ni raisonnables. Il en est qui marchent entre la raison et la folie prêts à céder à celle-ci quand viendra l’occasion fortuite... On a bien de la peine à dire où commence la maladie, où commence la folie dont parfois on trouve de fatals signes sur des figures empreintes en même temps d’énergie, d’esprit, de génie!.. Voir les portraits de Cardan , de Desmarets , de Gilbert aux yeux effarés, de Haydon peintre anglais, de Tasse..., Tous ont de grands yeux ronds.
On reconnaît assez facilement la prédisposition à la phthysie pulmonaire, à l’apoplexie sanguine...
Malgré les contradictions qui se rencontrent incessamment dans l’homme par l’opposition et l’inégal développement des organes et des facultés, l’homme est toujours un tout homogène. Le caractère de chaque individualité se retrouve dans chaque partie, chaque partie reflète et rappelle l’ensemble. Ce grand principe d'homogénéité est le critérium de la physiognomie.
« Chaque partie d’un tout organique porte le caractère de l’ensemble... C’est toujours la même idée qui domine, le même esprit se fait sentir dans les plus petits détails..., la nature ne travaille pas autrement : c’est sur ce principe qu’elle forme la moindre des plantes et le plus sublime des hommes... Tout ce qui tient à l’homme dérive d’une même source, tout est homogène en lui, la forme, la stature, la couleur, les cheveux, la peau, les nerfs, les os, la voix, la démarche, les manières, le style, les passions. 11 est toujours un, il a sa sphère d activité dans laquelle se meuvent ses facultés , il agit dans cette sphère, mais il ne saurait en franchir les limites. Cependant
chaque visage change, ne fut-ce qu’imperceptiblemenl, d’un moment àPaulre jusque dans ses parties solides ; mais ces changements sont encore analogues au visage même, analogue à la mutabilité et au caractère propre qui lui sont assignés... La forme de chaque partie séparée peut indiquer la forme de l’ensemble. Tout devient ovale si la tête est ovale, si elle est ronde tout s’arrondit, tout est carré si elle est carrée... De même qu’il y a une homogénéité pour la beauté, il y en a une pour la laideur. Chaque figure hétéroclite a son espèce d’irrégularité qui lui est particulière et qui s’étend à toutes les parties... » Lavater.
« Tournez vos regards vers cet homme dont le dos a pris une forme convexe. Tandis que les cartilages antérieurs du cou s’allongeaient, les vertèbres postérieurement s’affaissaient; la tête s’est renversée, les mains se sont redressées à l’articulation du poignet, les coudes se sont portés en arrière, tous les membres ont cherché le centre de gravité commun qui convenait le mieux à ce système hétéroclite ; le visage en a pris un air de contrainte et de peine. Couvrez cette figure, n’en montrez que les pieds a la nature, et la nature dira sans hésiter : ces pieds sont ceux d’un bossu » Diderot.
En raison de celle homogénéité des parties, certaines formes vont toujours ensemble, d’autres s'excluent toujours.
Les deux têtes delà PI. I ne disent-elles pas ce qu’étaient les corps? L’une doucement arrondie, unie, régulière, surmontait certainement un corps bien proportionne, souple et délicat ; lautie carree, raboteuse, ne pouvait convenir qu’à une taille trapue, grossière. Ce sont des os décharnés, et cependant on voit d’un côté la beauté, de l’autre la laideur. La tête longue et étroite de l’australien (PI. II et III) ne rappelle-t-elle pas la constitution efflanquée, les membres grêles du pauvre sauvage? Ces trois têtes ne pourraient aller indifféramment sur le même corps ; pas plus que la tête d’un jeune enfant sur la tête
d’un adulte ou d’un vieillard.
Voici quelques accords qui souffrent peu d exceptions .
Les visages longs, triangulaires, comme ceux du duc à'Albe, de Calvin.... supposent de longs nez et des lèvres minces. Jamais on ne leur verra un nez retroussé ni de grands yeux à fleur de tête. Un vi-
sage rond suppose un nez court, un menton rond et presque toujours de grosses lèvres.
Un front carré, vertical, est ordinairement séparé du nez par une cavité profonde. Avec un pareil front les joues sont longues et plates, jamais le bas du visage n’offre des parties courbées, à moins que ce ne soit le dessous du menton.
Un front qui, vu de profil, présente plusieurs courbes n’admet pas un nez tout droit.
» Un front arrondi, uni, sans nuances, pas plus qu’un front bombé comme celui d’un enfant n’admet un nez convexe ou aquilin ; le nez sera quelquefois droitetplus souvent concave : cette concavité se liant sans ressaut à la convexité du front suppose un menton qui recule.
Un beau front veut de beaux sourcils. Les sourcils sont épais quand ils couvrent de près des yeux expressifs.
On peut être laid et avoir de beaux yeux, mais un nez régulier exige une heureuse analogie des autres traits.
Quand le nez est long et saillant le menton l’est aussi. Du nez on peut déduire le menton, et du menton le nez.
Avec un nez sec, pointu, et un menton pointu, on n’a pas de grosses lèvres. Avec un nez large, épaté, les lèvres sont presque toujours grosses.
La proximité du nez à l’œil décide de l’éloignement de la bouche.
Plus il y a d’intervalle entre le nez et la bouche, plus la lèvre supérieure est mince.
La figure 2, PL XVIII, est un exemple frappant d’homogénéité. « Cet homme perdit son nez et voulut y substituer un nez artificiel . Pouvait-il choisir indifféremment une forme quelconque et la foire accorder également avec le reste du visage? Non certes, et il n’y avait qu’un nez rabattu comme celui-ci qui pût lui convenir. Le nez doit nécessairement remonter par derrière quand il s’incline ainsi par devant, et lorsqu’il est retroussé parle bout, la partie postérieure doit s’abaisser. . . Ce profil annonce une intelligence facile, mais sans énergie. L’ensemble et plus particulièrement l’œil, le nez et la bouche caractérisent un naturel à qui il en coûte de résister au charme de la volupté » Lavater.
L’homogénéité des traits fait les figures naturelles. Leur discordance annonce l’idiotie, la folie; ou, s’il ne s’agit que dune faible contraction des parties molles, la maladie, la dissimulation, 1 aflectation. Dans un portrait cette discordance vient parfois de la maladresse du dessinateur. En voyant des portraits, sans connaître les originaux, on peut dire : cette tête est vraie ; cette autre tête ne ressemble pas.
Les diverses parties quoique toutes dépendantes les unes des au très, n’ont pas toutes la même valeur. On les examinera dansl oidre de leur importance, en commençant par le crâne et le front dont Lavater et bien d’autres avant Gall avaient admis la suprématie.
Les phrénologistes, disciples de Gall, persuadés que les organes du cerveau, bien distincts et bien spéciaux, aboutissent à sa surlace, et que cette surface est assez exactement répétée par l’enveloppe osseuse, palpent et mesurent le crâne où se trouve détaillé suivant eux le bilan de chaque tête. Leur cranioscopie serait la partie positive de la physiognomie, ou plutôt la physiognomie ne serait que le complément, l’accessoire de la cranioscopie.
Probablement le cerveau est composé d’organes divers préposés aux différents instincts, aux différents penchants, aux facultés spéciales. Bonnet l’avait affirmé dans sa Pdtlingénèsie et les physiologistes modernes l’ont prouvé pour quelques fonctions des sens et des mouvements. Mais on est loin d’avoir bien établi la distinction et la classification des différentes facultés, et plus loin encore d’avoir trouve la place exacte de chaque faculté et de chaque penchant.
Certainement les facultés et le caractère des individus sont, en général, dans des rapports non équivoques avec certaines proportions du crâne, surtout de sa partie frontale : ces proportions qui peuvent se reconnaître à la vue sans le secours du toucher sont véritablement du domaine de la physiognomie et Lavater les a signalées. Quant a tous ces nombreux organes qui se révèlent aux doigts des phrenologistes avec une certitude géométrique, ils sont très contestables, et les indications de la physiognomie, malgré ce qu’elles ont d’inslinctif et d’un peu vague me paraissent plus claires et plus justes.
Maintenant, comment trouver les indications d’ensemble et de de'
tails? Par l’étude des rapports physiologiques déjà indiqués ; par l’observation réfléchie des physionomies vivantes par la comparaison et l’analyse d’un grand nombre de bustes et de médailles, de portraits peints, et surtout de portraits gravés qu’il est plus facile dese procurer.
La sculpture et la peinture peuvent mentir, que la faute vienne de l’artiste ou du modèle ; la gravure qui les traduit peut faire de nouveaux mensonges. « Toute tête humaine, dit Topjfer , aussi mal dessinée qu’on la suppose, a nécessairement une expression déterminé. » Sans doute, un portrait a toujours une expression, mais ce n’est pas toujours celle du personnage : parfois, au lieu d’un sot, on voit un homme grave, intelligent ; parfois, au lieu d’un homme d’esprit, on ne voit plus qu’un homme endormi, ivre, pris de colique, devenu fou. Les bons portraits ne sont pas ceux gravés en tailles bien nettes et bien brillantes par d’habiles ouvriers comme Wille , Bause , Berwick. . . , ni même ceux arrangés très-pittoresquement par un grand artiste comme Van Dgck ; mais plutôt ceux qui faits simplement, naïvement, ont le cachet de la vérité, comme ceux dessinés et gravés par A. Durer, par Aldegrave..., par Michel Lasne... ; ceux par Morin d’après Champagne , par Saint-Aubin et par Miger d’après Cochin ..., comme les fac simile des croquis de Ingres... Edelinck , Masson, Nanteuil, Poillg..., Suyderhoef , Wischer..., nous ont laissé d’admirables portraits, qui cependant ne sont pas toujours, comme ressemblance exacte, à l’abri d'une saine critique. Si Berwick a fait de Linnée un gros Turcaret, Schmitch a refait de telle sorte le Philippe V de Vanloo (musée de Versailles), que la tête vieille, épuisée, stupide du pauvi’e roi est devenue celle d’un homme plein d’âme et de force. Beaucoup de portraits n’ont jamais ressemblé ; beaucoup, copies de copies, n’ont plus aucune ressemblance; beaucoup sont apocryphes ; beaucoup ont changé de nom dans un intérêt commercial... Les galeries publiques même donnent souvent de fausses indications : à Versailles, un buste du cardinal de Bouillon passe pour le ne Ion, un portrait peint de Clément IX pour Alexandre VII , M. A. Ramondi pour Raphaël..., un faux buste d ’ Aristote préside aux cours des professeurs du Jardin-des-Plantes.
Il faut, autant que possible, avoir ou voir de chaque personnage
plusieurs portraits par différents artistes et sous différents aspects, afin d’être plus sûr de la véritable physionomie et de pouvoir étudier les expressions diverses qui résultent des différences du dessin. 11 faut faire grande attention à l’âge du portrait, car le tempérament et le caractère changeant avec l’âge, l’homme très-gai dans sa jeunesse pouvant devenir ensuite maussade, hypocondriaque, cas fréquent des viveurs, on se trompera grossièrement si l’on accole le portrait du jeune homme au caractère du vieillard, ou le portrait du vieillard au caractère du jeune homme. Parmi les portraits qui présentent ainsi des physionomies presque contradictoires, je citerai ceux de Louis XIV, Louis XV, Philippe V, Charles-Édouard Stuart..., de Goethe même..; et, en général, ceux des hommes qui ont beaucoup souffert, qui ont beaucoup vielli sans être soutenus par une grande force morale... Le profil de Goethe commenté par Lavaler, et la plupart de ses portroits jeunes ont un air doux et mélancolique ; ils éveillent une vive sympathie. Les portraits vieux ont au moins autant de puissance intellectuelle ; mais, hélas ! une froide teinte d’égoïsme les couvre, ils
vous glacent au lieu de vous attirer.
Le profil est plus net, plus facile à comprendre et ordinairement
plus expressif que la pleine face.
Cherchez d’abord des personnages de caractère fortement tranché, soit positif, soit négatif ; comparez ceux de même titre entre eux et avec les caractères le plus opposés : des organisations fortes, puissantes, avec des organisations faibles, maladives au physique et au moral’; de hautes intelligences, avec des gens bornés; des génies profonds et tenaces, avec des esprits frivoles ; des caractères très-résolus, très-actifs, avec des caractères très-mous, très-passifs; des caractères très-sensibles, très-bienveillants, avec des caractères durs, impassibles, insensibles ; des imaginations grandes, philosophiques, poétiques, avec des cerveaux étroits, glacés, prosaïques. Passez ensuite aux têtes médiocres ou ordinaires plus difficiles à caractériser.
Comparez des penseurs à vaste crâne, à vaste front : Arago, Bonnet, (V Alembert, Fourier (PL XIV), FranAüin, Galilée, Geoffroy Saintllilaire, Goethe, Harveij, Kant, Kepler, Lambert de Mulhouse, Lamennais, La Place l’auteur de la mécanique céleste, Leibnitz, Mon-
tesquieu , Newton, Pascal..., avec des idiots à crâne exigu ou monstrueux, à front fuyant, bas, étroit; puis avec des hommes d’une nullité comme on en rencontre tant, ce qui dispense de citer beaucoup de noms : Charles U et Charles IV d’Espagne, Ferdinand IV de Naples..., La Place homme de lettres et membre d’une Académie, traître traducteur de Fielding qu’il a prétendu corriger, perfectionner :Ja figure de face et de profil répond très-bien à son talent.
Par occasion, je dirai, ce qui est peu ignoré, que parmi les hommes célèbres entassés dans les biographies comme ayant occupé de hauts emplois, fait des vers, ou publié de gros livres, beaucoup ont été des hommes nuis, ou même de grands sots. Aussi, en voyant leurs portraits, il ne faut ni s’étonner, ni accuser la physiognomie.
Un crâne moyen peut loger un esprit distingué si la partie antérieure est suffisamment grande et si la qualité du cerveau supplée d’ailleurs à la quantité. Ainsi, quoique dans les portraits de Descartes d’après Hais (voir la peinture au Louvre), le crâne paraisse médiocre et que de misérables cheveux plats rapetissent le front autant que possible, l’ensemble des traits indique une très-haute intelligence ; son portrait gravé par Van Dalen a d’ailleurs un front plus grand et plus dégagé. Mais un crâne réduit à une circonférence de 45 centimètres, ne loge plus qu’un crâne d’idiot, le vice de forme étant alors toujours uni à un vice de qualité.
Des hommes d’une intelligence plus qu’ordinaire ont avec un beau crâne des traits communs, une tournure lourde et disgracieuse. L’homogénéité n’est pas pour cela en défaut; soyez sûrs que ces hommes sont très-incomplets et que leur esprit manque de grâce, d’étendue ou d’élévation : le lourd Johnson, Y abbé Des fontaines, Montgaillard..., et beaucoup de pédants érudits... Parfois c’est un caractère faible uni à un grand génie, comme chez Bacon... Parfois l’air disgracieux, la laideur, résulte d’une maladie, d’un accident. La paralysie a défiguré Scarron , la petite vérole Pèlisson et Vauvenargues... D’ Alemberl, Goldsmith..., qu’on a voulu ranger dans la catégorie des mines trompeuses, avaient seulement l’air timide, gêné d’esprits supérieurs qu’effarouchent les froissements et les tracas de la vie matérielle.
Certaines formes de crâne ont une signification bien déterminée. Ainsi la largeur de l’occiput et de la nuque a toujours été regardée comme un signe de force musculaire et de puissance génératrice. Une tête carrée, osseuse, comme : Barbcrousse , Campanella , Fronsberg , G. Cadoudal , Jules II , Kleber, Michel-Ange , Mirabeau, le maréchal de Saxe..., est, en général, un indice de fermeté, de force..., et souvent aussi de brutalité, de férocité. Les carnassiers du genre chat ont cette conformation ; c’était celle des anciens Romains, comme on peut le voir par leurs bustes ; c’est celle de presque tous les hommes qui aiment les combats. Dans la suite de portraits hollandais gravés par Houbraken, on la trouve presque sans exceptions aux marins, aux hommes de guerre, Kortenaer , Ruyter, les deux Tromp..., tandis que la forme alongée distingue presque tous les magistrats et les savants, Barnevelt, Dousa, Erasme, Grotius... Remarquez que ces formes de tête, soit chez l’homme, soit chez les animaux, sont très-souvent indépendantes de la forme du cerveau, et que la largeur des grosses têtes carrées ou rondes tient principalement à la saillie des os et à l’épaisseur des muscles.
Comparez de fougueux et durs soldats : Barberousse, Charles le Téméraire , Fronsberg, le corsaire Storzenbecher (Lavater 1.).., de sanguinaires tyrans : Caracalla, Néron..., César Borgia, Ezzelinoda Romano , Ferdinand II, Henri VIII, Richard 111..., d’impitoyables fanatiques, de vulgaires assassins..., avec les vierges et les anges de Raphaël, avec les têtes idéales du Christ, avec toutes les figures calmes, douces, religieuses : Antonin... Pli. Champagne, Richard Cromwell, Xavier de Maistre, Dominiquin, S. Gesner, Raphaël, Sébastien de Portugal, Saint-Vincent de Paul, West (PL IX et X)... Des têtes sévères, profondes et concentrées : duc à'Albe, (Pl.XVI) .Bonaparte général, Bourbon, le connétable, Charles-Quint , Cortez , Olivier Cromwell , Dante, Fourier (PL XIV), Guillaume le Taciturne, Guillaume III, Henri de Guise, Jean de Leyde, Richelieu, Ximenès...; hypocondriaques : Bandinelli, M. A. Caravage, Cosme 111, Marie Tudor , Philippe II et son fils Don Carlos..., Marat, Robespierre. ., madame Lafarge..; calmes, froides : Charles 1er d’Angleterre, le vieux Talleyrand...., avec des figures expansives : Bassompierre ,
Br aider, Callot, Coysevox, Diderot, Ducis , W. Godwin, Gustave Adolphe , M. de la Bour douais , Lavater... ; puis avec des figures ternes, faibles, bornées : Claude... Alphonse VI de Portugal, Charles II cl Charles IV, Philippe IV et Philippe V d’Espagne, Christian Vil . François 11, George 111. le bon homme Jean VI de Portugal, le diacre Pâris et son frère, Philippe d'Orléans frère de Louis XIV le crédule Dom Gerle...
Rapprochez ces dernières séries des figures incisives, ironiques, de Boyd, auteur présumé des lettres de Junius, Casti, Fielding , Lichtenberg, Saint-Germain l’alchimiste, Sixte-Quint, Sterne , Voltaire...
Comparez encore les figures fières, audacieuses, dédaigneuses, de Mithridate..., Bernadote, Christine de Suède, Danton, Hoche, Kleber, Mirabeau, Pierre Alfieri, Broussais , Byron, Maury...
avec des figures lentes, tristes, maladives..., humbles... , timides... , ou simples, naïves, modestes : l’ahbé Blanchet, Boyle, Chaudet, Dominiquin, le médecin Dubreuil l’ami de Pechmeja, Erasme, le médecin Hamon, Hauy, Lanlara, Le Vayer, Louis XIII, Malebranche , Nicole, Pellico, Pie VII, Spinoza, Vauquelin, Wilson l’ornithologiste...
Multipliez ces comparaisons ; cherchez dans les biographies et dans les collections de portraits des ressemblances et des contrastes...
Comme les exemples ici présentés pourraient être des exceptions recueillies au milieu de beaucoup de faits contraires, comme tout choix a quelque chose d’arbitraire, on conclura plus sûrement eu prenant les séries et les groupes donnés par l’histoire ou par les rapports de classe, de profession, de famille...
Dans la suite des empereurs romains ( Iconographie par Visconti et Mongez), depuis César, belle personnification du génie ambitieux, jusqu’à Julien, tête médiocre, étroite, dont au siècle dernier on a voulu faire un grand philosophe, on trouve des caractères bien tranchés, grands, habiles, bons, faibles, fous, sombres, méchants, atroces.
Dans la suite des papes, à côté d’un grand nombre de nobles figures, calmes, pieuses, véritablement chrétiennes, on trouve des figures mesquines, faibles, bigotes..., fines, dissimulées..., opiniâtres, sombres, haineuses..., des figures qui n’ont rien du prêtre : l’infâme
Alexandre VT, face ignoble et sinistre ; le bouillant Jules //, à tête d’hercule, qui veut qu’on le peigne une épée à la main ; Léon X, le fastueux épicurien, aux traits ronds et mous...
Dix-huit souverains ont occupé le trône de France depuis Charles VII, nonchalent, égoïste, sensuel, figure fade que ne relève pas un grand nez massif, jusqu’à Louis-Philippe, amateur des beaux arts, dont la belle tête est gâtée par une malheureuse expression de ruse et de finasserie. Chacun de ces souverains porte distinctement écrit sur sa physionomie sa force ou sa faiblesse, son énergie ou sa nullité, ses penchants, ses facultés... Comparez-les entre eux et avec leurs contemporains. Louis XI, au visage froid, intelligent, un peu commun, n’est-il pas bien le Louis XI de l’histoire? François Ier, ce gros garçon, dans une lutte politique avec Charles-Quint, ne doit-il pas succomber? Son front étroit, scs pommettes larges obligent Titien à le peindre de profil et la tête couverte (voir au Louvre la peinture de Titien et un buste en bronze). La figure régulière mais fade de Henri 11 indique-t-elle plus de sagesse et de réflexion? C’est un beau garçon qui ne songe qu’à son plaisir. La figure fausse, chagrine et méchante de Charles IX a sa place entre les Néron et les Robespierre. Henri 111 (voir le buste du Louvre), est-il capable de se délivrer des Guise autrement que par un assassinat ? et cette petite figure piteuse, si pauvre de crâne et de menton ne montre-t-elle pas le rejeton dernier d’une race qui s’éteint? La belle, bonne et fine tête du Gascon Henri IV ( I), de ce brave et galant compagnon qui fut un grand politique, ne commence-t-elle pas dignement une nouvelle lignée? Louis XIII et Richelieu sont en présence, n’èst-ce pas celui-ci qui régnera, heureusement pour la France, en dépit d’obstacles sans cesse renaissants? Louis XI V dont les portraits sont innombrables, est dans sa jeunesse et son âge mûr un assez beau type d’égoïsme et d’orgueil avec une expression de grandeur; dans sa vieillesse, la mauvaise humeur et l’ennui dominent.
• Le même caractère d’égoïsme et d’ennui avec moins de noblesse et de volonté, quelque chose de timide, se trouve de bonne heure sur la
(I) Le meilleur et le plus beau portrait de Henri IV est le masque moulé sur nature b Saint- Denis en 1791 1
figure de Louis X V. Louis XVJ, au contraire, a une bonne figure ouverte mais qui n’annonce ni grande prudence, ni grande foi ce d es prit : c’est un brave homme sanguin, dominé par des besoins matériels. Contraste aussi frappant que possible, voici le général Napoléon Bonaparte, à la face maigre et pâle, au front large, à l’œil couvert et perçant, aux lèvres minces ; qui de loin voit son but et y marche inflexible comme le destin. A la fin de l’empire il était devenu trop gras, mais son profil conservait un grand caractère : tel il est sur les pièces de cinq francs, tel je l’ai vu en 1815 (la tête moins longue cependant). Les pièces de cinq francs donnent bien aussi les profils de Louis XVI II, de Charles X et de Louis-Philippe.
Dans cette suite de rois, il n’est guère possible d’appliquer au portrait du père le caractère du fils. Si François ltT et Henri 11 se ressemblent un peu, on ne se trompe pas entre Henri II et Henii 111 , encore moins entre Henri IV et Louis \1II. On trouve entre Louis XV et son fils le dauphin Louis une dissemblance complète et physique et morale, tout à l’avantage du dernier dont la figure ronde, douce, bonne et honnête rappelle Marie Leczinsha.
Pareil contraste de caractères et de physionomies existe entre Richelieu et son frère aîné, entre Condé et Conti , entre Cromicell et son Gis Richard... entre les deux Demaislre , entre les quatre fils d e Paul F1 et de Marie Federouma, Alexandre , Constantin, Nicolas et Michel...
Quant aux classes, aux professions, on peut comparer entre eux les guerriers marquants d’une époque ou de plusieurs époques ; les hommes d’État, les médecins, les littérateurs, les artistes, les peintres....
Réunir les portraits de tous les peintres est impossible, mais il suffit de voir deux cents et même cent portraits de ceux le plus généramenl connus, pour trouver une nouvelle preuve du principe d’accord entre le physique et le moral, entre le physique et le caractère, le talent et le genre du talent.
Raphaël représente le mieux l’idéal de la peinture, quoique sa noble et gracieuse tête manque un peu de force et de couleur. Tous les grands peintres de la grande peinture ont de beaux fronts et de belles figures : André del Sarle, Fra Barlholoweo, Corrëge, Domini-
quiii, Giorgion , Guide , Jules Romain... On peut citer des portraits d André del Sarte , à joues rebondies, à physionomie sanguine et gourmande; mais d’autres plus maigres offrent des traits délicats, une noble et mélancolique physionomie : différence qu’explique la vie du pauvre André. Un seul portrait donne rarement tout l’individu.
Pas plus qu’ André, Michel-Ange et Rembrandt ne font exception. Le premier, malgré son nez un peu camus, a une tête noble, puissante, pensive et concentrée, qui répond bien à son talent vigoureux, a ses habitudes austères. La tete de Rembrandt , peinte et gravée tant de fois par lui-même, est de type hollandais, ronde, mais «avec un beau front et des yeux vifs et pénétrants, elle a de la vigueur, de la bonhomie, souvent de la noblesse. Ce grand artiste, qui ne voulait pas qu’on le prît pour un teinturier, cherche avant tout l’effet, mais il est loin d’être toujours sans noblesse et sans correction. Jordaens est bien aussi de type hollandais, mais quelle physionomie brillante, animée, productive : ce n’est pas d’ailleurs par la délicatesse et la noblesse des formes que Jordaens se distingue, mais par la force, l’entrain, la fécondité. Les autres grands maîtres de la Hollande sont presque tous en dehors du type national : Rombout , Rubens, Van Dyck, Van-Veen...
Au contraire , les peintres de genre du même pays ont presque tous des figures rondes, chiffonnées, mais pleines de vie et d’esprit : Bramer , Craesbeke, Dujardin, Mieris, Oslade, J.Sleen, Deniers Bramer, Dujardin, J. Sleen de peintre habile devenu cabaretier ivrogne..., annoncent bien les désordres de leur vie, et Van Noort aussi, le premier maître de Rubens. La figure calme, lymphatique de Gérard Dom répond à la patience de son talent.
L’Anglais Hogarth se rapproche des peintres hollandais de genre par sa tête ronde. Ses traits sont communs, mais sa physionomie est celle d’un très -sagace observateur; son dessin est incorrect et commun, quoiqu’il ait écrit un traité de la beauté ; mais ses tableaux et ses gravures sont une ingénieuse critique des vices et des ridicules de son temps. L’Espagnol Goya, peintre humoriste, se rapproche de Hogarth par les traits et le caractère de la physionomie.
Albane, Rœlcmbourg ont des ligures fades comme leur talent.
Les excentriques : Salvator Rosa..., Henri Füesli, peintre incorrect et fantastique, Haydon, le misanthrope..., ontdes figures excentriques. Ceux de la manière noire : M. A. Caravage , Herrera le vieux, Hcrrera , Riberra le vieux, Riberra, Zurbaran..., ont des figures sombres.
Les peintres français confirment la règle. S. Vouet , doué d’une grande facilité, dont il abuse pour produire beaucoup sans se donner beaucoup de peine, très-habile à se faire valoir, a une figure spirituelle d’homme du monde et non les traits sérieux et réfléchis du génie. Cette physionomie sérieuse du génie se voit au Poussin, philosophe peintre, avec une exagération d’austérité qui néglige un peu la grâce. Champagne (né à Bruxelles, mais Français par toute sa vie) a aussi une noble tête pleine de calme et de sagesse : il n’a manqué à cet excellent homme qu’un peu plus de chaleur et d’imagination pour briller au premier rang. Lesueur rappelle Raphaël par sa physionomie, comme par la grâce et la noblesse de ses compositions. On reconnaît en S. Bourdon l’artiste aventureux qui se jette dans tous les genres, et dans tous obtient des succès. Lebrun, belle et pompeuse figure, est fait pour être le peintre de Louis XIV , comme Boucher pour être le peintre de Louis XV. Ce Boucher , à la mode au temps des paniers, redevenu à la mode au temps des crinolines, vil proxénète, vendant à qui en veut des catins bêtes, fardées, boursouflées, a une laide physionomie. On disait à Lavaler, en manière d’objection, que le peintre des grâces avait la mine fort disgracieuse : c’était précisément à quoi s’attendait Lavaler , car les tableaux de Boucher lui avaient toujours déplu. Cependant ce peintre était né avec de la facilité et de l’imagination ; c’est ce qu’indique son portrait jeune (au Louvre), d’une physionomie bieq supérieure aux autres : dans un milieu meilleur il eût eu des succès légitimes. Mais, à cette époque de décadence, seuls quelques peintres de genre montrent du talent ; la grande peinture est absurde, ridicule, et les têtes des peintres d’histoire sont presque toujours fades, bêtes ou ridicules ; la perruque à marteaux leur va parfaitement. Quand la peinture se relève, la physionomie des peintres a changé. David , malgré l’irrégularité d’une joue, est remarquable par un beau front et de beaux yeux ; Drouais a un très-beau profil, et Gros, de même type, a une superbe tête...
Entre les plus, célèbres contemporains de Gros se trouvent Prudhon, Girodel et Guérin. Prudhon ne plaît-il pas autant par sa physionomie douce et gracieuse que par ses ouvrages? Girodel n’est-il pas souvent maniaque dans ses tableaux et dans ses dessins comme dans ses habitudes et dans sa physionomie? Guérin, homme de goût, bon dessinateur, mais d’une constitution très-chétive, a beau prendre de grandes toiles et y poser de grandes figures, il lui est impossible de faire de la grande, de la forte peinture. Le meilleur de ses tableaux a moins de vigueur et de feu qu’une petite ébauche de Rubens. Le portrait de Guérin rappelle celui de Stella, homme de goût, de jugement, de talent, mais constitution débile et maladive à qui la vigueur
manque aussi.
C’est de l’école de Guérin que sort Géricaull, le peintre énergique . Géricaull aune tête énergique, un nez d’aigle. Sigalon, autre élève de Guérin, à tête forte et sombre, n’est-il pas l’homme le plus apte à reproduire le Jugement dernier de Michel-Ange , dont il se rapproche par le talent comme par la physionomie et le caractère.
Deux grands artistes viennent de nous quitter : Scheffcr, figure fine et mélancolique comme ses héroïnes; Delaroche, belle figure ré-
gulière, un peu froide. Si je ne m’étais interdit de parler des v hauts, j’opposerais au beau nez ondulé de celui-ci le nez court, vif et haidi d 'Eugène Delacroix...
La physionomie donne le caractère de 1 homme et 1 intensité, la couleur de son talent, plutôt que la spécialité ou la profession. Difficilement on peut dire : cet homme est un peintre, celui-ci un musicien, cet autre un journaliste... Le hasard influe trop sur le choix d’un état et sur les occupations mêmes qui semblent le plus libres et volontaires : nombre de peintres avaient moins de prédispositions natives que tel magistrat, tel ouvrier qui jamais n’a touche un pinceau. S’ils possèdent par nature ou par habitude certaine habileté manuelle, certaine mémoire des formes que n’a pas l’homme étranger à la peinture, celui-ci peut avoir bien mieux le sentiment de la beauté, de l’ expression, de l’harmonie, des convenances .. Et par conséquent il est permis à un amateur de critiquer une œuvre d’art qu’il lui serait matériellement impossible de produire. Ce qui encore rend difficile
de reconnaître les spécialités, c’est que les aptitudes spéciales, exclusives, sont très-rares et peu propres à former de grands talents : le peintre a besoin d’imagination et de sensibilité comme le poète, de réflexion, de jugement comme le médecin : Michel-Ange était sculpteur, peintre, architecte, ingénieur, poète... Rubens était un des plus savants hommes de son temps ; il faisait de l’architecture, il faisait aussi et très-bien de la diplomatie (1). Poussin eût été probablement un digne magistrat, un bon médecin, peut-être un excellent ministre... Tous les grands artistes cà génie multiple, Âlberl Durer , Gior gione, Lebrun, Van-Veen, Vasari , Vinci..., ont des têtes majestueuses, calmes, que l’on croirait froides ; Rubens même dans plusieurs de ses portraits.
Le même fait se retouve dans toutes les catégories d’hommes célèbres. Molière et Shakespeare, grand comique aussi, ont des physionomies sérieuses, mélancoliques.
Le feu du génie est moins bruyant que la fougue stérile des esprits médiocres, et l’on ne trouve guère de véritable chaleur chez les gens très-vifs qui jamais ne reposent. Cette remarque est générale. Méfiezvous des gens hyperboliques, et regardez comme mensonge ou faiblesse :
« Les contorsions
De tons ces grands faiseurs de protestations »
Dans l’étude d’une physionomie, on peut commencer par le trait le plus saillant, qui n’est pas toujours le plus caractéristique. On fera toujours bien ensuite de procéder par ordre, de manière à rendre plus faciles les comparaisons.
Ce qu’il y a de plus vital dans la figure, c’est la tournure et la mine ; voyez quelle impression vous en recevrez d’abord, et si cette impression change ensuite ou reste la même. Les détails viendront après la forme générale ; plus on les multipliera, plus on aura de garanties contre un faux jugement. Si l’on manque de temps, qu’on s’attache de préférence au front et à deux lignes essentielles; la fente, de la bouche, et la ligne que la paupière supérieure décrit sur l’œil :
(1) De la diplomatie comme passe-temps, répondit-il h un grand seigneur qui croyait le flatter eu lui disant que sans doute il faisait de la peinture comme passe-temps.
tout cela se voit mieux sur le profil. Ajoutez autant que possible le passage du front au nez et celui du nez à la bouche.
Voyez si la face est ronde, ovale, carrée, triangulaire, en losange... si le profil est droit, convexe, concave, moitié l’un, moitié l’autre ; — notez la longueur proportionnelle du front, du nez, du menton. Observez l’angle caractéristique que forme le bas du nez avec la lèvre; s’il est rectangle, obtus ou aigu ; si un côté est plus long que l’autre. Passez ensuite aux petits détails de chaque partie : une passion diabolique, dit Lavater , ne se révèle parfois que par un tout petit trait qui peut passer inaperçu chez un hypocrite habile.
D’un grand nombre d’observations comparées on a pu conclure des indications plus ou moins précises. En voici quelques-unes extraites en majorité du grand ouvrage de Lavalcr (l).
Une lêle longue, avec les contours durs et angulaires, des traits formés de lignes presque droites, annonce un caractère dur, l'opiniâtreté, l’austçrité : Albe, Calvin , Pavillon, évêque d’Alet...; avec les contours mous et ronds, surtout si la longueur tient à l’alongement de la mâchoire, une extrême faiblesse : Charles 11 d’Espagne.
Une tête large, avec les contours durs, annonce la force, l’inflexibilité du caractère, et quand les yeux et la bouche en donnent l’indication, une cruelle insensibilité ; avec les contours mous, de la sensualité, de l’indolence, de la faiblesse : Bernis, Panard.
La prépondérance du front sur le reste du visage, à moins qu’elle ne soit monstrueuse, est un signe de supériorité. Le front, vu de profil, en y comprenant l’intervalle entre le sourcil et la racine du nez, est la partie qui retrace le plus souvent et avec le plus de certitude le jugement, la force active et passive.
Le front grand, arrondi en arc de cercle (PI. IV et XIV) annonce toujours de hautes et nobles facultés ; petit, bas, étroit, un naturel stupide, rebelle à l’éducation, souvent brutal.
(1) 3 vol, in -4° 1781-1786 et un 4ra* volume 1806. Les observations qui terminent ce 4mo volume, n’ayant pas été collationnées par Lavalcr, mort en 1801 ; les gravures ne se rapportent pas toujours au texte. — Quand à l'édition de Paris en <0 vol., elle pèche par de nombreux défauts de concordance entre le texte et les gravures, par 1 infidélité des gravures, par un bouleversement complet du texte.
En mesurant le front, il faut prendre garde de se laisser tromper par l’implantation des cheveux qui peut être plus ou moins rapprochée des yeux sans que le crâne soit moins ou plus grand. Les statuaires de l’antiquité ayant souvent placé bas la naissance des cheveux, en signe de jeunesse et de force, ont été accusés, à tort, d’avoir fait des fronts trop petits.
Le front grand, osseux, carré, indique la fermeté, la force morale, l’austérité, l’opiniâtreté, parfois l’humeur sombre, bizarre : Agrippa, Beethoven, Buchanan, Campanella, Cardan, Cellini, Charles-Quint, Jules II, Le Tellier, jésuite, Michel-Ange, le chirurgien Sabatier, Vèsale...; grand, moelleux, uni, le calme, la bonté : Malesherbes , Panard...; uni et bombé comme chez l’enfant, il est, dans un adulte, un signe de douceur, de faiblesse ; très-convexe du haut et rentrant du bas, un signe de stupidité (PL XII) ; très-fuyant, avec un nez arqué et le bas du visage allongé, il caractérise une tête faible et à moitié folle ; grand et penché en arrière, sans excès, il fait présumer une imagination vive et brillante, une imagination de poète : Platon..., Arioste, Buffon , Jules Romain , Paul Veronèse... Cette forme de front n’en diminue ni l’étendue, ni la capacité, si le trou auditif est abaissé autant que l’os frontal ; cependant les imaginations principalement scientifiques ont en général le front haut, non fuyant : Fourier, Geoffroy-Saint-Hilaire, Keppler, Newton...
L’épaisseur des sinus frontaux, la saillie de l’arcade orbitaire et de son angle externe annoncent l’énergie, et parfois la brutalité.
Un front fané, ridé avant l’âge, peut indiquer un tempérament mélancolique, le soucis des affaires, l’ambition non satisfaite, l’abus des plaisirs... L’indication précise est donnée par les yeux et la bouche. Le front sourcilieux ( frons constricta ) marque le mécontentement, la sévérité. Des rides qui n’occupent que la partie supérieure du front expriment presque toujours un étonnement qui avoisine la bêtise. Des rides multipliées, confuses, irrégulières, sont un signe de folie.
Des sourcils d’une courbe gracieuse, réguliers, bien fournis, les poils lisses et couchés parallellement, sont un signe de goût et de noblesse dans le caractère : Byron , S. Clarke , Molière, Racine , Raphaël... si les sourcils, horizontaux du côté du nez, se courbent ré-
gulièrement de l’autre côté, un esprit vigoureux est uni ordinairement à beaucoup de bonté : Henri IV... Des sourcils horizontaux, épais, qui couvrent bien les yeux, annoncent un caractère sérieux, solide : Boileau, Lamennais, Newton, Turenne, Vinci..; plus ils s’approchent des yeux, plus le caractère est sérieux et concentré.
Des sourcils élevés, s’ils sont bien faits, bien fournis, avec un grand et beau front, dénotent une intelligence grande et facile, l’inspiration, l’enthousiasme : Shakespeare, Tasse..; élevés, étroits, peu fournis, ils appartiennent à des êtres faibles, apathiques. Jamais on ne voit des sourcils minces, placés au milieu du front, à un penseur profond, à un homme ferme. Jamais on ne voit des sourcils confus, hérissés, à des hommes sages, doux, patients.
Le mouvement des sourcils est très-expressif ; il sert à marquer l’orgueil, le dédain, la colère, l’inquiétude...
Le siège de la méditation est entre les sourcils.
Des yeux enfoncés, grands, bien dessinés, avec des sourcils presqu’horizontaux, indiquent un caractère judicieux, discret, si la bouche n’y contredit pas.
Sous des sourcils épais, de petits yeux brillants qui paraissent s’enfoncer lorsqu’ils sourient malignement, indiquent la ruse, l’esprit d’intrigue : Sixte-Quint; surtout si la bouche grimaceun sourire perpétuel. Si de pareils yeux ne sont pas accompagnés d’une bouche moqueuse, ils désignent un esprit froid, pénétrant, de la précision, de la profondeur, plus de penchant à l’avarice qu’à la générosité.
Quand l’œil est bien ouvert, sans tension, le bord ciliaire de la paupière net et décrivant une courbe régulière, on peut présumer un naturel bon, franc, délicat. C’est aussi parfois le signe d’un caractère timide, féminin. Si le coin de l’œil est obtus, le visage a toujours quelque chose d’enfantin.
Un œil qui étant bien ouvert forme un angle allongé, aigu vers le nez, appartient à une personne très-judicieuse ou très-line.
L’œil dont la paupière supérieure repliée ne laisse voir qu’une partie du bord ciliaire, dont les contours sont nets et l’angle externe aigu, annonce l’activité d’un esprit sérieux, éclairé : Vauban...
Une paupière reculée et fort échancrée annonce ordinairement une
humeur colérique. Elle peut aussi caractériser l’artiste et l’homme de goût. Chez les gens colères, souvent le bord ciliaire est presqu’entièrement caché et l’œil laisse voir du blanc au-dessous de l’iris : quelquefois l’œil est rond et à fleur de tcte ; ou s’il est enfoncé les contours en sont vigoureux.
Des yeux ronds, étincelants dénotent une grande vivacité. Des yeux qui laissent voir tout l’iris et sous l’iris du blanc, sont dans un état de tension non naturelle, et caractérisent des hommes inquiets, passionnés, à demi-fous. Des yeux toujours ternes appartiennent à des gens stupides ou à des fous mélancoliques. S’ils sont mous et saillants, presque de niveau avec le profil du nez, ils marquent une organisation faible; s’ils sont plutôt petits que granda, allongés, peu ouverts, humides, la paupière inférieure large et légèrement gonflée, ils annoncent la mollesse et les penchants voluptueux. Mais la lubricité est mieux indiquée par de gros yeux roulants.
Des yeux qui restent toujours à demi-fermés, avec un angle interne très-aigu, appartiennent à des hommes fins, rusés, patients, ou à des personnes très-prétentieuses : Fouché, Talleyrand... le chat qui guette sa proie.
Des yeux perçants et voilés caractérisent un homme calme et habile, si le front ne contredit pas ; des petits yeux sans éclat, enfoncés, fortement dessinés, sous un front presque vertical, un homme prudent, intelligent, mais froid, dur, orgueilleux, soupçonneux.
Certains yeux très-ouverts, très-saillants, avec une physionomie fade, annoncent un caractère froid qui veut paraître vif, l’entêtement sans fermeté, la bêtise avec prétention h la sagesse.
Le regard est actif ou passif, vif ou endormi, fixe ou vague, fixe et rapide qui, pour ainsi dire, saisit et perce les objets ; agité ou serein, c’est-à-dire plus tranquille que le vif, moins fixe que le mélancolique, moins vague que le sanguin; attractif, répulsif, hardi, timide, ouvert, sournois, ferme, nonchalant, froid, chaleureux...
Un beau nez est une bonne recommandation et ne se trouve que sur un beau visage. Cependant il a moins de valeur que le front, la bouche ou les yeux : on peut avoir une physionomie bonne, spirituelle, grande même avec un nez médiocre
Un nez osseux, accentué annonce un caractère ferme : César...., Napoléon, Richelieu.... ; un nez très-courbé dans sa partie supérieure, un caractère impérieux : Marc- Antoine.... ; fin, délicat, à ailes mobiles, de la délicatesse, de la sensibilité qui peut aisément dégénérer en sensualité.
Des narines grandes sont un signe de force, de vivacité, de colère..., de sensualité....; petites, un signe de faiblesse, de timidité.
Un nez dont le dos est large indique presque toujours des qualités fortes, peu communes : Boerhave, Campanella , Jules IL... Si en même temps le bout est relevé, c’est une marque d’esprit naturel, de caractère aventureux; tels sont, accompagnés d’yeux spirituels et hardis, les nez de Bellisle, Callot, Charetle , Dumourier... du dernier Guise, un moment roi de de Naples, Malet..., du maréchal de Saxe..., de madame Roland, de madame de Staël...
Un nez retroussé, avec un creux très-prononcé vers la racine, sous un grand front (Socrate, P. Jeannin..., les Silenes), décèle une disposition à la volupté, à l’entêtement..., mais peut appartenir à une tête sage et habile. S’il est très-court, très-obtus, si la lèvre supérieure est longue et mal faite, aucun autre trait ne pourra balancer l’indication funeste.
Un nez mince, saillant, pointu (en lame de couteau), avec un front et un menton fuyants, ne peut convenir qu’à un caractère mesquin, curieux, tracassier. Avec un large front et un menton saillant, on trouve beaucoup plus d’intelligence, mais beaucoup plus de méchanceté noire.
Un grand et gros nez, lourd, tout d une venue, indique de:? appétits sensuels, matériels, peu d’esprit, peu de goût.
Les hommes dont le nez penche extrêmement vers la bouche, sont, en général, froids, peu communicatifs, de mauvaise humeur, bi h s nez de ce genre sont courbés du haut, c’est encore 1 indice d un tempérament lubrique.
Un nez qui se fronce très-souvent, n’appartient pas plus à un homme très-bon qu’un nez incapable de se froncer à un homme trèsméchant. Un bon homme dont le nez se fronce sans cesse et en conserve de profondes empreintes est à demi lou.
Des pommettes rondes, saillantes, élevées près des yeux , indiquent la grossièreté, et si les traits sont mous et le menton fuyant, la stupidité.
Le trait qui de l’aile du nez passe à l’angle de la bouche est un des plus expressifs ; léger, gracieusement couché, il marque [l’esprit, la finesse,... très-prononcé, la causticité, la prétention, le goût faux,... raide, très-éloigné de la bouche, la stupidité..,
Sur la joue qui sourit trois lignes circulaires parallèles dénotent un fonds de folie.
Ne vous prévenez jamais contre un homme qui, soit qu’il se taise* soit qu’il parle, qu’il écoute ou qu’il interroge, qu’il réponde ou qu’il raconte, qu’il soit triste ou gai, conserve toujours une bouche remplie de grâce ou du moins d’ingénuité, une bouche qui ne perd jamais de belles proportions.
Un caractère bon, judicieux se trouve presque toujours avec une bouche bien dessinée, à lèvres moyennes, un peu plates, fermées doucement, sans effort.
Une bouche bien faite, simple, régulière, un peu charnue, est un bon signe, quoiqu’on puisse lui reprocher d’aimer le plaisir : Molière... De trop grandes lèvres, quoique bien proportionnées, indiquent un homme très-sensuel : Regnard , Charles II d’Angleterre... quelquefois un homme stupide ou peu délicat, ou méchant.
Une bouche bien close, avec des lèvres fermes, si elle n’est ni pointue, ni pincée et maniérée, annonce la fermeté, le courage. Dans les occasions où il faut se bien montrer, les personnes mêmes qui ont l’habitude de tenir la bouche ouverte la ferment ordinairement... Une bouche béante est faible, plaintive...
Une lèvre supérieure qui déborde un peu est en général un signe de naïveté, de bonté; cependant la bonté est compatible avec la proéminence de la lèvre inférieure; mais, dans ce cas, croyez plutôt à une franche bonhomie qu’au sentiment d’une vive tendresse : Laroche foucauld -Liancourt . . .
Une lèvre inférieure bien faite, qui se creuse légèrement au milieu, appartient à un esprit enjoué.
Une lèvre inférieure épaisse, qui dépasse de beaucoup la supérieure : Cosme III , Ferdinand Vil,... de grosses lèvres gonflées fai—
santla moue, ou bien qui en profil ne forment qu’une seule courbe du nez au menton, annoncent également la faiblesse, la stupidité, la grossièreté... Une grosse lèvre inférieure avec les coins de la bouche très-abaissés indiquent l’insensibilité, un mépris stupide... Si la lèvre inférieure et les dents dépassent horizontalement la moitié de la bouche, comptez, suivant les autres traits, sur bêtise, rudesse, avarice ou malignité.
Une bouche comme celle de Néron, grande, épaisse, saillante, un peu pincée, les coins un peu abaissés, est l’indice non équivoque d’un caractère dégradé, mécontent, avide, grossièrement sensuel ; ces lèvres sont ordinairement mouillés de salive qui s’échappe surtout par les commissures : c’était la bouche de Lacenaire... Des portraits d'Alexandre VI, plus vrais sans doute que le type communément adopté, lui donnent une pareille bouche.
Chez un homme énergique une ouverture qui laisse entrevoir une dent, la bouche étant fermée, est signe de dureté, de méchanceté.
Des lèvres minces, une bouche serrée avec la fente droite et horizontale, annoncent le sang-froid, l’ordre, l’application; et si l’œil est couvert, concentré, la dissimulation, l’envie ou la méchanceté : madame Lafarge. Si les coins de la bouche remontent légèrement, c’est de l’activité, delà malice, de l’originalité, delà causticité : Casti, Picard, Sterne, Voltaire ,... le chirurgien Mayor... Si ce mouvement est exagéré, ilindique un esprit prétentieux, guindé : le poète De lille... ou une disposition à la folie : le comédien Monrose... Si, au contraire, les coins descendent beaucoup, la bouche exprime la fermeté, la patience, la concentration,... la misanthropie : Dante, Fourier...
Une bouche où les lèvres ne paraissent pas et où la fente forme une ligne, tendue, sans inflexions, fait présumer une méchanceté agressive. Mais les vieillards qui, dans leur jeunesse, avaient déjà la mâchoire inférieure avancée et qui ont perdu leurs dents, peuvent être doux et bons avec une telle bouche.
Le méchant, qui rit du malheur de son prochain, a ordinairement de très-petites lèvres, la fente de la bouche fortement tracée, les coins tirés en haut d’une manière désagréable, les dents terribles. Une bouche pour ainsi dire sans lèvres, dont la fente est fortement
— sa
tracée et les coins tirés en haut, avec un profil naso-labial convexe, ne se voit guère qu’à un avare dur, froid, actif, rusé...
Une petite bouche étroite, sous de petites narines et un front elliptique, est timide à l’excès, d’une vanité puérile, et s’énonce avec difficulté. S’il se joint à cette bouche de grands yeux saillants, troubles, un menton osseux, oblong, et surtout si la bouche se tient habituellement ouverte, soyez plus sur encore de l’imbécilité d’une pareille tête : Charles II d’Espagne. Mais ces traits sont-ils peu marqués, ils peuvent appartenir à des hommes honnêtes, pieux, propres aux vertus de la vie privée.
C’est principalement dans la bouche qu’on trouve les signes de la dégradation. Regardez plus au front qu’à tout le reste, si vous voulez savoir ce qu’un homme est naturellement, ou ce qu’il pourra devenir en raison de sa nature. Observez la bouche fermée, dans l’état de repos, si vous voulez deviner ce qu’il est devenu. La bouche en mouvement indique la disposition présente.
Le doux sourire de la bonhomie, de la bienveillance, donne des grâces à la bouche et au regard. Le ris moqueur, si différent du divin sourire de la pitié, du sourire de la tendresse indulgente, du sourire ingénu de l’innocence et de la cordialité, ce ris moqueur tourné en habitude imprime à la bouche l’irrégularité, la disproportion et défigure le plus beau visage. La moquerie efface les traits de bonté, elle resserre les yeux et fait contracter à la peau voisine de l’œil des plis semblables à ceux qn’on remarque sur la plupart des fous.
En général, les menions saillants ont une signification positive; les mentons reculés une significatiori négative.
Un menton saillant, mais non galoche, est le signe d’un caractère prudent et ferme. Un menton carré, avec fossette au milieu, est l’apanage de la fermeté, de la résolution : César..., Kleber , Napoléon, Turenne, Vauban... Si le menton porte un grand caractère de prudence et de sagesse, c’est une indication certaine.
Un menton petit, reculé, dénote presque toujours faiblesse, timidité, hésitation : plus le menton recule, si les autres traits sont ronds et obtus, plus le caractère est efféminé et mou ; la faiblesse
amène parfois la fausseté ; mais un menton pointu est beaucoup plus souvent l’indice de la finesse, de la ruse, qu’un menton qui recule.
Quoique placé en arrière, le menton peut être bombé, et alors si les autres traits sont énergiques, il peut appartenir à un caractère énergique : Condé, Frédéric II...
Un menton très-charnu est la marque d’un penchant naturel à l’intempérance. Un menton arrondi, à double étage, est un signe de sensualité : Catherine 11, Panard...
Un lourd menton de galoche indique un esprit lourd, faible, paresseux : Charles II d’Espagne...
Les dents, bien ou mal rangées, grandes, petites, blanches, jaunes, bleuâtres..., fournissent des indications importantes au physionomiste et au médecin.
L’oreille , intelligente, noble, fine, voluptueuse, sotte, grossière..., a aussi une grande importance.
Des cheveux bien plantés, qui reluisent doucement, qui tombent naturellement en boucles ou en ondes gracieuses, sont un signe de noblesse. (Voir les chevelures du Christ..., de Albert Durer, Champagne, Charles Ier, Franklin, Vinci...) Des cheveux gros, durs, mal liés, ébouriffés, accompagnent ordinairement des têtes dures et vulgaires ; bruns, courts, épais, ils annoncent la force ; longs, pâles, fins et doux, une organisation délicate, faible ; noirs et minces sur une tête demi-chauve dont le front est élevé et bien voûté, un jugement sûr et net ; tout plats, avec un petit front, une intelligence trèsbornée ; plus ou moins longs, en désordre, le plus souvent peu épais, un esprit inquiet, mécontent, rempli de contradictions : Benjamin Constant , d'Assoucy, Paganini, Mathurin Regnier...
La barbe ressemble ordinairement aux cheveux, rude quand ils sont rudes, douce quand ils sont doux..., mais elle peut être rare avec des cheveux épais, et épaisse la- tête étant chauve ; ce dernier cas annonce souvent une forte constitution fatiguée par des travaux de tète ou par quelque maladie.
Un cou ferme et bien proportioné fait présumer la solidité du corps et du caractère. Le cou, la nuque,, l’attitude de la tête indiquent la raideur ou la mollesse du caractère La nuque épaisse et courte
marque la force, l’opiniâtreté... Certains goitres sont le signe infaillible de la bêtise, de la stupidité.
Un ventre gros et proéminent incline à la sensualité et à la paresse. On voit cependant des gens de taille effilée qui sont excessivement lents; mais alors lé caractère de l’indolence est visible sur le bas du visage.
Le reste du corps, les membres, les pieds, les mains surtout, donnent beaucoup de bonnes indications.
Une main ferme et souple, un pouce très-mobile et très-opposable, des doigts déliés sans être trop maigres, plutôt un peu carrés que trop pointus, sont un signe de supériorité : le nègre a le pouce peu opposable.
La variété des mains égale la variété des visages. La main est forte ou faible, délicate ou grossière, vive ou lente, bonne ou mauvaise, généreuse ou rapace... ; elle participe à toutes les affections, soit en santé, soit en maladie ; elle est en jeu dans toutes les passions, dans toutes les actions ; elle s’empreint de toutes les habitudes, de toutes les positions sociales. La main, comme le visage, se dégrade plus facilement et plus souvent que les autres parties. Un travail manuel grossier et prolongé déforme la main, raidit les articulations, durcit la pulpe siège principal du toucher ; mais dans chaque effort que fait la main, le visage aussi se contracte d’une manière pénible, et au bout d’un certain temps les traits grossis et enlaidis se trouvent avoir subi la même déchéance que la main.
La tête et les mains sont les principaux organes du geste, et le geste fait partie de la physionomie. C’est un puissant moyen d’expression qu’exagèrent souvent les peintres et les comédiens. Il varie comme les instincts, le caractère, la santé..., comme les passions.
Au premier âge de l’humanité, le langage mimique instinctivement donné par la nature étant le seul pratiqué, les exclamations et les gestes étaient nécessairement très-multipliés : le langage articulé les a beaucoup restreints dans les relations ordinaires. En général, plus les habitudes sont polies, plus le caractère est grave, noble, intelligent et naïf, plus le geste est sobre et simple. Les caractères légers, les gens irritables et passionnés, tels que les Français méridionaux, Provençaux, Gascons..., les Italiens..., gesticulent à tous propos. Les
gens prétentieux ont le geste maniéré, les gens grossiers, brutaux ont le geste violent, disgracieux. Quand le moral est fortement préoccupé, les gestes sont presque toujours simples et rares. « L’abattement de la douleur en permet peu, dit Prèville ; la réflexion profonde n’en veut aucun ; la dignité n’en a pas. Les yeux et le visage expriment mieux que ne le feraient les gestes, le mépris, l’indignation, la fureur concentrée... »
Le geste naturellement, instinctivement amené par l’état moral, en conséquence de l’unité individuelle, est vrai. Quand il est calculé, contraint, il est rarement vrai. Le peintre et l’acteur n’arrivent à l’entière vérité qu’en s’identifiant avec leurs personnages. Mais l’observation et la mémoire n’y suffisent pas sans une belle organisation, sans une âme élevée, facilement impressionnable'. Aussi rien n’est plus rare en peinture qu’une simplicité vraie et noble. Raphaël même est parfois un peu maniéré ; Lesueur me semble plus constamment vrai et naïf. Michel-Ange se pénétrait du caractère qu’il voulait représenter et se mettait lui-même en action ; mais sa nature forte et un peu rude le portait à des mouvements exagérés. Quant au geste scénique, Talma s’exprime ainsi dans une lettre sur l’art où il excellait : « La première règle est d’être profondément pénétré. Lorsque vous serez identifié avec le caractère et la situation de. votre personnage, faites que votre imagination s’exalte et que vos nerfs soient agités ; le reste viendra naturellement; le mouvement de vos bras et de a os jambes se trouvera en harmonie avec l’état de votre âme. » Oui, mais ceci exige une condition préliminaire : c’est que 1 intelligence, la sensibilité, l’organisation s’y prêtent bien.
La voix n’a pas une moindre importance que le geste. Elle est aussi variée, aussi distincte, aussi modifiable que les traits du visage ; elle est naturellement si bien d’accord avec eux, que les personnes qui se ressemblent de figure ont presque toujours (à moins d accident) le
même timbre, la même intonation de voix.
Tous les traits doivent être homogènes et se confirmer, se renforcer les uns les autres. Quand les traits, la voix et le geste sont d accord, on peut croire aux sentiments ainsi exprimés. Le rapport est si vrai, si naturel, qu’il reste exact, les termes étant renversés : l’état phy-
sique amène l’état moral. Campanclla, dit Spon , avait fait des observations très-curieuses sur les traits du visage, et possédait au suprême degré l’art de contrefaire les plus frappants. Voulait-il appiofondii le caractère de ceux avec qui il était en relation, il en imitait le plus exactement qu’il pouvait la physionomie, les gestes et toute 1 attitude, puis il étudiait la disposition d’esprit dans laquelle cette imitation l’avait placé. De cette manière, il était en état de pénétrer les sentiments et les pensées d’un autre presqu’aussi bien que s’il en avait pris la place et la forme.
L’histoire de l’arlequin Dorinnique ne contredit pas celle de Campanella. Dominique si vif, si gai sur le théâtre, se mourait, dit-on, de tristesse. Très-certainement Dominique sur la scène n’était plus hypocondriaque, mais en quittant les planches il reprenait son humeur noire, et sans doute aussi sa mine somhre.
Une maladie, un accident, peut déranger l’harmonie matérielle jusqu’à un certain point, sans que le moral soit changé. Barbiéri (il Guercino ) louchait, David avait la houche de travers par 1 effet d une tumeur à la joue, Fourier avait le nez cassé vers la racine..., mais chez eux bien assez de l’extérieur restait intact pour qu’on pût voir ce que valait l’intérieur. Ces exceptions accidentelles ne détruisent en aucune manière la vérité de la physiognomie. Il est cependant certain que, en général, tout désaccord, toute dissonance est suspecte d’affectation, de dissimulation..., et qu’il est permis, par exemple, non certes de condamner de prime abord les yeux louches, mais de se tenir avec eux sur ses gardes : c’est avec raison que le mot louche est passé du propre au figuré.
Défiez-vous surtout des dissonances, pour ainsi dire volontaires, de ces yeux qui sans être louches ont pris l’habitude de regarder à la fois de deux côtés (le voleur de la PI. XI), d’un regard qui n’est pas d’accord avec le mouvement de la bouche, d’une mine ou d’une attitude qui ne va pas avec les paroles.. Défiez-vous cent fois d’un visage osseux, fortement accentué, à lèvres fortes..., qui se fait une pose humble, adulatrice, une voix faible et fiùlée : il vous dit ce qu’il ne pense pas.
C’est le défaut d’harmonie qui démasque presque toujours l’hypocrisie.
, L'hypocrite court deux lièvres à la fois : il a un but caché qu’il s’efforce d’atteindre, et un but apparent qui lui coûte d’autres efforts. S il pouvait parfaitement prendre la mine, le geste et le ton du sentiment qu’il veut feindre, il l’éprouverait réellement et ne serait plus hypocrite. Mais sa prétention est presque toujours opposée à sa nature. Voici (PI. \I, fig. l) ; J)aum as-Dupin, guillotiné à Versailles en 1829, pour avoir, de concert avec Saint-Clair , assassiné un jeune homme et- sa femme, aubergistes à Montmorency. Il fut condamné sui des preuves irrécusables, et sa physionomie ne fut pour rien dans le jugement, mais on était choqué du contraste de cette ossature carrée, de cette bouche large et ignoble..., avec le rôle de candeur et de sensibilité que cette homme affectait : lui, égorger deux jeunes époux ! il les eut défendus si la fatalité ne l’avait éloigné un moment! Il avait provoqué en duel Saint-Clair, le véritable assassin! (alors contumax.)
Dans les comptes-rendus des proçès criminels, on ne manque jamais d’indiquer la physionomie des accusés, et presque toujours leur mine brutale, sombre, rusée..., semble par avance confirmer l’acte d’accusation. Cependant quelquefois on leur trouve un air insignifiant, un air candide, un air honnête...; on le remarque avec un étonnement qui déjà témoigne d’une certaine croyance à la physiognomie. Mais je suis persuadé que dans ce dernier cas on a mal vu le plus souvent. Est-il donc étonnant que des malheureux à figures peu accentuées, vus de loin, à faux jour, affaiblis par la prison, pâlis, troublés, ou habiles à se faire un visage, paraissent autres qu’on ne les supposait?... On doit savoir d’ailleurs que beaucoup de ces criminels sont des êtres peu intelligents, peu énergiques, nés dans des conditions fatales, et qui se laissent aller au mal sans remords et sans discernement, voleurs, assassins même comme d’autres sont maçons ou menuisiers... Les plus intelligents peuvent avoir, sans hypocrisie, un air franc et ouvert, car ils sont aussi sans remords, fiers de leur habileté et de leur importance, pleins de mépris pour leurs victimes. Il est encore des malheureux qui, aigris par des entraves et des injustices, trahis, dépouillés d’abord, s’imaginent, comme le Max de Schiller , ne faire à leurs ennemis et à la société qu’une guerre légi-
time. Enfin, la folie transitoire, subjugant par une attaque subite et passagère des personnes saines en apparence, explique certains cas rares qui jettent les magistrats dans une cruelle perplexité.
On a cité souvent la figure impassible de Talleyrand comme type de dissimulation et d’hypocrisie diplomatique. Oui, Talley.rand est un type d’impassibilité rusée, de dissimulation, si l’on veut; mais d’hypocrisie, pas du tout. Talleyrand pouvait se montrer impénétrable et vous bercer de paroles menteuses, mais nullement vous gagner par sa ligure; car jamais physionomie n’a mieux dit : prenez garde, je veux vous tromper! La vraie, la bonne figure diplomatique est celle de Franklin , si ouverte, si insinuante, et qui vous prendra facilement : Franklin était bon, honnête et généreux. Bassompierre, avec sa rouge et vive mine, avec son robuste estomac, se conciliait les Suisses mieux que n’eût fait un Talleyrand.
Sous le titre de : Harmonie entre la beauté morale et la beauté physique, Lavater a écrit un de ses meilleurs fragments. Je vais tâcher d’y ajouter quelques idées.
Je crois avoir suffisamment prouvé que l’extérieur est, en général, l’expression de l’intérieur. S’en suit-il que la beauté morale soit généralement belle aux yeux, la laideur morale généralement laide? On sent que cela devrait être, on sent que cela est dans bien des cas; mais les objections et les contradictions semblent se présenter si nombreuses que peu de personnes osent admettre le principe. La première et la principale cause qui empêche de s’entendre sur cette question, c’est le vague et l’incohérence que la pauvreté de la langue et les anomalies de nos intelligences et de nos goûts mettent dans les idées de beauté morale et de beauté physique, d’où résulte que presque jamais on ne donne aux deux expressions des valeurs parallèles exactement comparables : telle personne n’appelle beauté morale que le sublime
de la vertu et prodigue le mot de beauté physique ; telle autre fait le contraire.
Je commence donc par définir les termes, et pour leur donner une grande largeur, je comprends, en général, sous le nom de beauté morale, par opposition à beauté physique, toute force, toute qualité interne des choses, bonne, utile en elle-même, quelque abus qui
puisse eu être fait : sous le nom de beauté physique, tout signe, toute apparence qui nous affecte agréablement. Je crois que, dans tous les degrés parallèles de ces deux ordres d’idées et de signes, il y a correspondance, quoiqu’on ne l’aperçoive pas toujours. Si certaines couleurs, si certaines formes nous plaisent indépendamment de toute idée d’utilité, sans que nous puissions nous rendre compte du pourquoi, c’est parce qu’elles expriment des analogies, des rapports, non encore compris, mais réels. Dans ce qui en paraît le plus dégagé, il peut y avoir une idée morale : un caillou ne nous dit rien, mais un rocher précisément de même forme et de même couleur, s’il a cent mètres de hauteur, nous paraît beau, parce qu’il produit en nous l’impression d’une force immense C’est l’idée de force, de rapidité, de puissance, qui peut rendre beau un incendie terrible, 1 idée d’un malheur particulier cédant alors à une idée plus générale.
La seconde cause de dissentiment, c’est qu’il existe plusieurs genres de beauté. D’abord, cette grandeur des forces universelles qui confond notre faiblesse et force notre admiration, est une beauté dynamique, pour ainsi dire, comme celle que donne à 1 homme et aux animaux la santé du corps, la puissance des organes, la vigueur et l’agilité des membres. L’unité, l’ordre, la combinaison et l’harmonie de ressorts que nous retrouvons dans toutes les œuvres de la nature, donnent l’idée d’une autre beaute intellectuelle, beauté dont quelques parcelles agitent le cerveau humain et se reflètent sur la physionomie humaine. L’enchaînement des phénomènes pont une fin utile, la Providence qui nous excite, qui nous guide dans un progrès indéfini, la solidarité générale qui réunit l’espece humaine, le sentiment de sympathie et de charité naturel, instinctif, v oilà un tioisième genre de beauté dont l’expression embellit la figure de l’homme. Ces trois genres de beauté, quoique sorties de la même source, sont jusqu’à un certain point indépendantes l’une de l’autre, et se combinent en des proportions tres-variées, soit positives, soit négatives, de manière à former toutes les espèces et tous les degrés de beauté et de
laideur. ,
Nos organisations, nos esprits sont si divers et si fausses . Qui
pourra distinguer les degrés du beau et même le beau du laid ? Quand
un gourmand contemple un rosbif cuit a point, il le tiome beau, mais. un gourmand qui ne vit que pour manger est un être très-inférieur, très-étroit, et son idée particulière de la beauté ne peut être admise qu’au degré le plus bas. Pour un satyre, la beauté sera une bacchante à hanches larges et fringantes, gorge étalée, lèvres rouges et charnues, yeux roulants et provocateurs ; pour un romantique, peut-être une femme frêle, pâle et maigre. Ni l’un ni l’autre encore ne peut faire admettre son idée de beauté. L’homme raisonnable aura du dégoût pour la première femme et ne sera qu’attristé par la seconde, car l’amour brutal est une basse passion, funeste très-souvent, et, d’un autre côté, la faiblesse et la mauvaise santé sont des qualités négatives. Cependant il se peut que grâce à une association d’idées qui éveille quelque sentiment moral, la faiblesse, la maladie, ajoute véritablement à la beauté; il se peut aussi que la faiblesse ou la maladie fasse mieux ressortir des qualités supérieures, morales, intellectuelles, perdues sous les traits de la force et de la santé.
Comme la vertu est d’autant plus belle qu’elle a un caractère d’utilité plus grande et plus générale, les traits seront d’autant plus beaux qu’ils exprimeront une sympathie plus large et plus intelligente. Quanta la beauté absolue, elle ne peut exister qu’en Dieu, et nous sommes dans l’impossibilité de nous imaginer son expression. Lorsque Raphaël a voulu représenter Dieu, il a peint une belle tête d’homme, majestueuse, bonne, intelligente et pleine d^ force, quoiqu’avec des traits qui, chez l’homme, annoncent l’expérience acquise par le long âge. Il nous a donné pour des anges de beaux jeunes hommes, et il ne pouvait pas faire autre chose. C’est dans l’humanité que nous devons chercher nos types de beauté idéale. La beauté de l’humanité ne peut d’ailleurs être exprimée que par un groupe tel que celui du tableau de Gérard : Les Trois âges, imité d’uue peinture antique. L’enfant sera beau s’il a les traits et les qualités qui conviennent à son âge, et qui font en même temps présager les fortes et nobles vertus de l’homme fait. Le vieillard sera beau si sa ligure et sa démarche, tout en rappelant l’activité de l’âge mûr, expriment la bonté, la sagesse qui doivent être plus particulièrement les attributs de la vieillesse.
Les tê tes de M’est et de Vinci (PI. X), sont plus belles que bien des têtes jeunes. Vinci , indépendamment de sa belle chevelure et de sa barbe majestueuse, a dans tous les traits une vigueur qui l’élève bien au-dessus de West. Ces têtes disent leur passé ; personne ne confondra le quaker américain que l’amour de l’art enté sur beaucoup d’amour-propre put amener en Europe, mais qui, une fois casé, ne changeant plus rien à sa vie paisible, habita trente années le même appartement, et l’Italien à l’organisation puissante, qui fut grand peintre et sculpteur, musicien, poète improvisateur, écrivain, ingénieur, mécanicien,... habile à tous les exercices du corps comme à tous ceux de l’esprit. West, plus recommandable par ses vertus domestiques que par sa peinture, couvrait facilement d’immenses toiles : ce n’est pas un signe de force. Vinci peignait lentement ; sa belle imagination lui formait un idéal qu’une ardente opiniâtreté parvenait à réaliser.
S’il fallait par une seule figure, représenter l’idéal de l’humanité, le choix ne serait pas douteux : c’est la figure du Christ qu’on proposerait aux méditations des artistes. Sans aucun doute, celui qui sentira le mieux et rendra le mieux la plus parfaite, la plus haute beauté aura lui aussi une belle et puissante organisation. Evidemment les meilleures organisations nous donneront les meilleures idées de la beauté au physique et au moral.
Si on s’efforce de donner au Christ une sublime beauté, ne doit-on pas représenter Satan d’une horrible laideur? Non, la tête de Satan peut être belle encore sans donner un démenti à l’accord du beau et du bon : car on doit y lire la force, l’audace et la magnifique intelligence dont il était doué, mais qu’une triste fatalité a fait servir à sa ruine. C’est ainsi qu’un scélérat peut inspirer de l'intérêt, peut paraître beau et être beau véritablement ; on le plaint, on se demande comment il est tombé, on gémit que de grandes facultés n’aient pu avoir un noble et utile emploi. N’accusez pas la physiognomie s il arrive qu’un criminel ait des traits qui non-seulement annoncent le bien dont il était capable, mais où la dégradation est à peine sensible. Comme le dit Lavater : « Un homme heureusement ne, dont 1 organisation est délicate et dont les fibres s’irritent aisément, .peut, dans
certains moments, se laisser entraîner à des crimes qui le feraient passer aux yeux du monde pour le plus abominable des mortels, et cependant il est possible qu’il soit au fond bien plus honnête et bien meilleur que cent autres qui passent pour gens de bien et qui seraient incapables des forfaits qui -nous obligent à le condamner. »
On répète continuellement l’objection que beaucoup d’hommes vertueux, beaucoup d’hommes d’esprit sont laids et ont l’air grossier, stupide. Ici encore c’est un quiproquo à éclaircir. Il faut d’abord s’assurer si ces hommes sont bien au moral et au physiqne tels qu’on les dit; puis ne pas oublier qu’il existe trois genres de beauté, que plusieurs espèces de vertu et d’esprit peuvent se trouver unies à des défauts matériels ou animiques ; et enfin distinguer toujours les qualités relatives, les convenances. On cite souvent la laideur de Socrate : sans doute le peintre qui représenterait Adonis sous les traits de Socrate ferait un Adonis fort laid et fort ridicule ; mais comme tête de philosophe, comme tête intellectuelle et morale, le buste de Socrate est beau. Socrate souriant à la mort et chantant l’immortalité de l’âme eût paru bien autrement beau. Des hommes d’esprit ont été laids : ces hommes étaient-ils complets, étaient-ils sans défauts? et surtout étaient-ils toujours laids? La plupart des hommes d’un grand esprit sont nuis pendant les trois quarts de leur vie, ils n’ont d’esprit, de génie qu’à leurs moments et alors ils ne sont plus laids. On peut dire d’eux, en général, ce que Màrmontel raconte de Cdraccioli :
« Au premier coup d’œil il avait l’air épais et massif qui annonce la bêtise; mais sitôt qu’il parlait ses yeux s'animaient, ses traits se débrouillaient, son imagination vive, perçante et lumineuse se réveillait et l’on en voyait comme jaillir des étincelles. La finesse, la gaieté, l’originalité de la pensée, le naturel de l’expression, la grâce du sourire, la sensibilité du regard donnaient à sa laideur un caractère aimable. » Grimm en dit autant de Lekain, dont il exagère singulièrement la laideur. « La nature avait refusé à Lekain presque tous les avantages extérieurs que semble exiger l’art du comédien... un seul don avait suppléé à tout; c’était une sensibilité forte et profonde qui faisait disparaître la laideur de ses traits sous le charme de 1 expression dont elle les rendait susceptibles, qui ne laissait aper-
cevoîr que le caractère et la passion dont son âme était remplie. »
Si la physionomie s’embellit par l’effet d’une exaltation spirituelle ou affective, elle s’enlaidit par un effet opposé dans les moments où l’on commet une action basse, méchante, dans les moments de paresse et d’ennui. Si elle peut changer ainsi, subitement, elle le peut à plus forte raison par l’effet de longues habitudes qui modifient jusqu’aux parties solides. Un visage né avec les stigmates des souffrances et des vices paternels deviendra moins laid, deviendra même beau dans des circonstances meilleures et par de meilleures habitudes ; mais aussi, une belle et naïve physionomie peut, hélas! être dégradée, et c’est ce qui arrive souvent dans le cours de la vie. Voyez plusieurs portraits d’un même personnage faits à différents âges, presque toujours le dernier sera le pire ; et bien entendu qu’il n’est point ici question des changements normaux produits par le cours des années, mais seulement de l’expression morale. Un beau vieillard, beau comme vieillard, est très-rare... On peut dire, il est vrai, que de mauvais penchants sont jusqu’à un certain point dissimulés sous la fraîcheur et les agréments de la jeunesse, et que pour qu’une tète soit belle et plaise avec des rides eL des cheveux blancs, il faut que l’expression d’intelligence et de bonté y soit bien plus fortement empreinte.
Nos mœurs modernes mesquines et hypocrites produisent en foule des petites figures grimacées, basses et mesquines. Pour la classe bourgeoise et commerçante la dégradation a surtout lieu pendant l’âge moyen ; pour les classes ouvrières des grandes villes elle commence ordinairement des l’enfance. «. J’ai vu, dit Diderot, au fond du faubourg Saint-Marceau, où j’ai demeuré longtemps, des enfants charmants de visage. A l’âge de douze ou treize ans, ces yeux pleins de douceur étaient devenus intrépides et ardents, cette agréable
petite bouche s’était contournée bizarrement, ce cou si rond était gonflé de muscles, ces. joues larges et unies étaient parsemées d élévations dures. Ils avaient pris la*physionomie de la halle et du maiche. A force de s’irriter, de s’injurier, de se battre, de crier, de se décoiffer pour un liard, ils avaient contracté pour toute leur vie 1 ai i de 1 intérêt sordide, de l’impudence, de la colère. »
Il existe en nous une tendance à l’imitation et les physionomies agissent les unes sur les autres, soit en bien, soit en mal. Par le contact de la beauté, la laideur s’embellit. Des physionomies sympathiques, ce qui ne veut pas dire semblables, linissent par se ressembler. Heureux donc qui peut vivre près de grands hommes, d’hommes de bien. Ce bonheur est rare, mais vous trouvez facilement du moins les images de beaucoup d’hommes justement célèbres, tant morts que vivants. Si vous les contemplez avec plaisir et sympathie, vous êtes déjà bons; continuez, vous deviendrez bientôt meilleurs.
« La beauté du visage, dit Bernardin de Saint-Pierre , est tellement l’expression des harmonies de l’âme, que par tous pays les classes de citoyens obligés, par leur condition, de vivre dans un état de contrainte sont sensiblement les plus laids... J’ai quelquefois observé parmi tant de classes de la société, défigurées par nos institutions, des familles d’une singulière beauté. Lorsque j’en ai cherché la cause, j’ai trouvé que ces familles, quoique du peuple, étaient plus heureuses au moral que celles des autres citoyens; que leurs enfants étaient nourris par leur mère, qu’ils apprenaient leur métier dans la maison paternelle, qu'ils y étaient élevés avec douceur, que les parents se chérissaient mutuellemeut, et qu’ils vivaient tous ensemble, malgré les peines de leur état, dans une liberté et dans une union qui les rendaient bons, heureux et contents... En voyant, d’une part, un jardinier avec une figure d’empereur, et de l’autre, un grand seigneur avec le masque d’un esclave, je pensais d’abord que la nature s’était trompée; mais l’expérience prouve que tel grand seigneur est depuis sa naissance jusqu’à sa mort dans une suite de positions qui ne lui permettent pas de faire sa volonté trois fois par an... d’un autre côté il y a tel jardinier qui passe sa vie sans éprouver la moindre contradiction. »
On voit dans tous les rangs de la société des physionomies qui semblent hors de leur place : de riches patriciens à figure ignoble et crétine, des magistrats qu’on croirait échappés du bagne, des paysans qu’on prendrait pour des princes déguisés, des ouvriers dont le front indique une intelligence supérieure à celle de plus d’un académicien, de jeunes pauvres femmes en haillons, belles, modestes, coura-
geuses.,. Peut-être Azaïs et Bernardin de Saint-Pierre eussent trouvé là des compensations! Mais nous affirmons que ces tristes choses ne sont pas normales ; nous l’affirmons sans haine ni colère. Le vice et la laideur sont des maladies : le physionomiste n’a que pitié, compassion pour des malades; tout en les plaignant, il cherche dans leurs traits ce qui reste de bon, de vital, et il se demande si la guérison 11e serait pas possible. Quand il rencontre la beauté, la vertu, le génie méconnus, il s’afflige, mais cependant il est touché d’une vive sympathie et il admire l’œuvre du Créateur. 11 croit fermement qu’un temps viendra où tout mérite sera utilisé, où chacun sera à sa place dans l’intérêt de tous, où la laideur et le vice disparus avec la misère et l’ignorance laisseront la famille humaine libre, unie, grande et heureuse. C’est avec raison que Lavater a joint au titre de son Essai sur la physiognomie : destiné à faire connaître l’homme et à le faire aimer.
La physionomie des animaux a dû attirer l’attention de l’homme aussitôt qu’il a eu quelque chose à en redouter, quelque chose à en espérer. Chez les animaux supérieurs, largement organisés, variés d’instincts et de physionomies, souvent et bien observés, on distingue facilement les individus et on les voit exprimer la plupart des passions qui nous animent nous-mêmes. Chez les animaux inférieurs à organisation peu compliquée, peu en rapport avec la nôtre, et qui ont des instincts peu nombreux mais fatalement déterminés, on ne trouve guère que des physionomies d’espèce ou de genre.
Parmi les animaux domestiques, les uns, bœuf , mouton , porc,... ne sont cultivés que pour leurs dépouilles ou pour des services tout matériels; si la toison et la viande ont gagné, l’intelligence a plutôt perdu. Habitués à recevoir de l’homme tout ce qui leur est nécessaire, ils sont devenus lents, insouciants, timides à un degré qui les met bien au-dessous des variétés sauvages : leur physionomie est lourde, inerte, timide. D’autres animaux domestiqués, chien, cheval,... sont des auxiliaires de l’homme qui a façonné leur moral et augmenté leur intelligence. L’éducation individuelle successivement renforcée par l’hérédité, les a rapprochés moralement de l’homme en leur faisant perdre plus ou moins de leur caractère primitif. Le chien est, pour
ainsi dire, un animal de création humaine, on a développé son cerveau, on a créé une multitude de variétés dont plusieurs sont très— spéciales et offrent aux yeux l’empreinte de leur spécialité. Le plus intelligent de ces chiens, le caniche, a un museau court où la gueule est peu apparente, un front grand, saillant, bombé, une physionomie douce et fine; le plus féroce, le bouledogue, a la tête trapue, un front large, mais creusé au milieu, de grandes et grosses lèvres sanglantes qui cachent à peine ses redoutables crocs... La série des chiens présente une suite de caractères et de physionomies qui ont des analogues dans le règne hominal : chez les hommes il n’est pas difficile de trouver des figures hargneuses ou brutales de roquet et de bouledogue; des ligures douces, timides de caniche, d’épagneul...
C’est chez les animaux non modifiés qu’il faut chercher le véritable rapport entre la forme générale et le caractère fondamental. Le loup, quoique d’une autre espèce, ressemble beaucoup plus au chien pri mitif que la plupart des races canines nos commensales. C’est un animal svelte, à long nez fin, à oreille droite, à œil vif, dont la physionomie ne ment pas ; il est hardi, prudent, intelligent, habile chasseur et susceptible d’éducation. On prétend que les chiens des Esquimaux ne sont pas autre chose que des loups. L : éléphant, puissant auxiliaire de l’homme depuis des milliers d’années, n’est cependant pas un animal modifié, car il ne se reproduit pas ordinairement en domesticité. Son intelligence, due toute entière à la nature, est d’autant plus remarquable; elle surpasse peut-être celle du chien. Or, l’éléphant a un front magnifique qui le distingue de, tous les autres animaux. Ce front, il est vrai, formé par un osjpofiéux d’une trèsgrande épaisseur, ne peut représenter le cerveau, mais il n’en est pas moins un bon signe physiognomique, et le cerveau d’ailleurs est remarquablement beau. Si la trompe n’était qu’un nez on pourrait y voir un signe de brutalité sensuelle, mais c’est bien plutôt un bras et une main d’une courbe gracieuse. L’éléphant est un animal assez gourmand, un peu capricieux, qui ne fait jamais abandon complet de son libre arbitre. Les singes, même entre les mains des bateleurs, sont aussi des animaux qui conservent leur caractère primitif. Les singes communs, magots, sajous,... oui bien la tète arrondie, une
sorte de front, le museau court, les yeux dirigés en avant, mais ils grimacent sans cesse et leurs yeux toujours en mouvement sont des yeux de fou : le singe est un type de folie ; l'instabilité de son intelligence le place au-dessous du chien et de l’éléphant....
La mesure de l’angle facial que Camper appliquait aux animaux est plus inexacte pour eux que pour l’homme; surtout quand on veut comparer des espèces différentes : car dc^genre à genre, d’espèce à espèce, le cerveau diffère plus encore par les qualités intrinsèques que parla forme et le volume; cependant c’est une donnée dont il faut tenir compte. La tête de X hippopotame, où l’angle est très-aigu, le museau énorme, le crâne très-retréci, offre à l’homme le moins prévenu un type d’extrême brutalité, d’extrême stupidité. Mais dans la classe des mammifères on trouve une physionomie plus stupide encore, celle de la baleine, de l’ordre des cétacés, ordre ambigu qui ratache les mammifères aux poissons, les derniers des vertéhrés...
Si chez les animaux la physionomie est en général moins expressive que chez l’homme, beaucoup ont cependant des moyens d’expression que nous n’avons pas. Les mammifères à longues oreilles mobiles leur impriment des mouvements très-significatifs ; les mouvements de la queue ne le sont pas moins, ainsi que les mouvements communiqués aux poils par les muscles peauciers....
Je me borne à ces quelques lignes sur la physiognomie des animaux. Aux personnes qui désirent l’etudier sérieusement, j’indique l’observation de la nature vivante ; le vieux livre de J. B. Porta ; les curieuses figures de Lebrun ; le livre de JVL Gaina de Machado , intitulé : Théorie des ressemblances... orné de planches coloriées; le livre très-profond et très-plaisant de A. Toussenel, intitulé : L’Esprit des bêtes, zoologie passionnelle. La citation suivante montrera comment l’auteur a vu son sujet : « Les savants n’ont pas compris que c’est la passion qui distribue les caractères aux bêtes comme aux gens, et qui écrit le véritable nom des fleurs sur leurs corolles.... Un peu plus de religion et de confiance dans le principe de l’unité leur aurait laissé voir que la passion est la chaîne qui relie tous les êtres, la brute à l’homme, l’homme à la nature et à Dieu. Et comme ils auraient vu que toute créature inférieure à l’homme est miroir de ses
passions, de ses vertus ou de ses vices, ils auraient été amenés pai analogie à baptiser chaque créature du nom de la passion humaine par elle symbolisée... La forme n’est que le costume de la passion, le moule créé par elle. »
Je n’ai certes pas la prétention d’avoir écrit un traité complet de physiognomie; j’ai voulu seulement présenter aux amateurs un cadre où ils puissent placer leurs observations. L’admirable ouvrage de Lavater qu’on ne peut trop étudier, qu’on relit toujours avec plaisir, ne se compose que de fragments. Lavater voulait les compléter et en former un corps de doctrine ; il en a été empêché par les événements de ses dernières années et par une mort prématurée ! Mais Lavater luimême aurait échoué : outre que la physiognomie ne sera jamais une science mathématique, tant que la civilisation et les mœurs reposeront sur des demi-vérités, des vérités temporaires, des faussetés obligatoires et passablement d’hypocrisie, la physiognomie ne peut pas, ne doit pas atteindre au degré de certitude qu’elle aura dans les phases d’harmonie et de vérité.
N. B. En écrivant Physiognomie au lieu de Physiognomonie , j’ai suivi l’exemple des Anglais, des Allemands et de Lacater lorsqu’il écrivait en français.
ËîtRATA : Page 39, ligne , 26 se tue, lisez le tue. — Page 80, ligne 13, de de Naples, lisez de Naples; de Malet.
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