DEUXIÈME PARTIE
LES INSTRUCTIONS PltlNClPALES DB LA SCIENCE FORESTIÈRE.
Introduction.
Tous les végétaux que nous trouvons sur terre continuent à se perpétuer d'eux-mêmes , mais non dans tous les lieux où nous en jouissons, et non dans les quantité et perfection nécessaires. Le froment et le seigle, par exemple, ou les pommes de terre, ne profiteraient point avantageusement pour nous sans notre entremise; mais les bois naissent et se conservent sans aucune science forestière, et le bois croît de lui-même, pourvu que l'homme ne l'arrête pas dans son cours. Si tous les végétaux étaient détruits en Allemagne radicalement, si aucune trace de forêt ne restait plus, et qu'aucun homme ne mît le pied sur celte terre , dans ces cas mêmes la terre serait pourtant, après mille années, à nouveau garnie de plantes et composée de forêts.
D'abord l'espace inculte est peu à peu couvert de mille divers végétaux, parmi lesquels, dans la suite
du temps , le plus faible doit céder au plus vigoureux :
Là où, d'abord, seulement les lichens et mousses délicates se trouvaient debout, apparaissent plus tard des espèces d'herbes plus solides; celles-ci se trouvent à leur tour dépossédées par de plus gros arbustes, et enfin les plus robustes essences de bois prennent la place de leurs tendres prédécesseurs. Ainsi tout, dans la création , s'efforce d'atteindre son maximum d'existence.
La nature a d'innombrables ressources et moyens pour répandre les végétaux. La semence est portée au loin par les vents, eaux et bêtes, et par mille divers cas fortuits, à tel point qu'aucune place sur terre ne reste sans graine, et aucun pays fertile sans végétation.
Parmi les plus grosses essences de bois on doit indiquer en première ligne le pin (pin sjhestre, pinastre,pin sauvage), de culture facile, et le bouleau avec sa légère semencée ailée , et après ceux-ci viennent les hêtres, gros sapins (sapins blancs proprement dits) et chênes aimant l'ombrage, par lesquels une zone, maigre dans toutes ses parties, se trouve couverte en masse de forêt sombre.
Les végétaux sont des foyers de végétation dans lesquels sont préparées les substances que la terre brute ne conserve pas uniquement pour elle-même. Chaque feuille d'arbre en tombant, chaque racine en se développant dans la terre, entraîne les substances du sol qui lui ressemblent , rend fertile la forêt d'année en année, et les arbres profitent mieux sur le
même espace de terre qui leur est réservé; mais tous les arbres atteignent, les uns plus tôt , les autres plus tard, leur terme de vie. Les plus hauts sapins, ainsi que les plus vigoureux chênes, dépérissant au même âge, sont décomposés par la pourriture, et toujours la terre devient par là plus nourrissante, toujours la végétation des arbres qui leur succèdent se montre plus luxurieuse. Sur l'emplacement d'un vieil arbre dépéri se développent mille jeunes tiges, et pour la protection des essences secondaires restent sur pied quelques grosses tiges , à l'aide desquelles les petits s'efforcent de s'élever, tandis que ces derniers, dans le repeuplement continu , cèdent à leur tour la place à d'autres.
Ainsi procède la nature dans l'état normal , et les hommes procédèrent aussi de la même manière pendant longtemps^ car ou retirait alors partout des tiges isolées seulement.
Mais dans la suite on s'aperçut de divers préjudices qui étaient inséparablement liés avec cette manière de procéder. Le jeune bois était , par exemple, endommagé par l'abatage el le transport du vieux bois; là où le pâturage des bestiaux avait lieu^ le recru souffrait pareillement beaucoup trop ; on ne pouvait aussi marquer convenablement les coupes, ni les contrôler suffisamment. L'entière exploitation se faisait comme bon semblait, et partout la volonté avait le champ libre.
C'est pour cela qu'on commença à traiter les bois en façon de taillis, c'est-à-dire qu'on prenait les tiges
les mieux venantes sur une surface fixe, de manière
que sur les surfaces abattues le nouveau bois pût croître ainsi ensemble, afin d'avoir, par ce moyen, des essences du même âge, de préférence à ce qui partout avait lieu autrement.
Cette espèce d'exploitation, au moyen de laquelle on abattait des surfaces plus ou moins grandes appelées taillis , a reçu le nom A' économie du taillis *. Mais le genre d'exploitation plus ancien, par lequel un coupait, sans taillis, des tiges prises au hasard dans toute la forêt, porte maintenant plusieurs différentes qualifications : économie du jardinage y eœploitation dune manière éparpillée , ou bien économie du furetage.
On y avait, de plus, appris que le recru du bois s'obtient de deux manières complètement distinctes , savoir :
1° Par la semence tombée du vieux bois , ou
2° Par la pousse des souches et racines.
Or de là prirent origine les différentes espèces tl'exploitations; quand on cherchait à obtenir le repeuplement des bois par la semence, on la nommait
Bois de semences ou Bois d'arbres et Futaie ,
parce que ce genre d'exploitation est employé dans les
* Cette espèce d'exploitation a été utilement introduite, dès le principe , dans le tiùUis simple ; aussi la nomme-t-on , dans beaucouj> de pays, économie du taillis simple au lieu d'c'ronomie du taillis.
cas où on a le projet d'élever de grands arbres, mais nullement avec les bois de moyenne croissance , quoique ceux-ci puissent être aussi reproduits par l'ensemencement naturel.
L'autre genre d'exploitation avec lequel on cherche à produire le repeuplement, non parla semence , mais par la pousse des souches et racines , se nomme
Taillis simple ;
et si l'on s'efforce de recevoir le recru par la semence et la pousse en même temps, alors nous le nommons
T'aillis composé { ou sous-futaie ).
Le recru arrive , à la vérité , par rejets et drageons, mais il est peu fourré en bas, près des souches ou racines ; il est , au contraire , au sommet de la tige, épais à ce point, que l'on utilise seulement les rameaux aussi longtemps que la tige en fournit , et lorsqu'on prend les rameaux de la tige , la cime exceptée, on nomme alors cette opération économie de l'émondage ( élagage , ébranchage).
Mais, si on enlève aussi la cime jusqu'à la hauteur de(3— 4euen— aunes), 'r,099™'""" à 1"',466-"'"'"' , la pousse s'opère sur la partie ( le têtard ) restant sur le sol , et on nomme alors cet acte économie de Vétêtement.
11 y a donc, en général, les espèces d'économies suivantes :
(A) Sans conduite de coupe , ahatage du jardinage , économie du juretage et abatages de façon éparpillée.
(B) Avec conduite des coupes :
(a) Recru par semence : futaie , bois de semenées , bois d arbres.
(b) Recru par pousse : taillis simple, bois de pousses ( bois taillis).
(c) Recru par pousse et semence : taillis composé {ou. sous futaie).
(C) Profit des rameaux :
(a) Avec la conservation de la cime : économie de l'émondage.
(b) Avec l'enlèvement de la cime : économie de Vélêtement.
On sépare ordinairement la science forestière en plusieurs divisions , et on traite celles-ci isolément. Par là se forment maintenant différentes leçons principales dont nous allons parler ici.
Il est cependant extrêmement difficile de classer régulièrement la science forestière en parties distinctes, parce que tout se lie trop intimement, et toujours l'une est dépendante de l'autre. Toutes les études de la science forestière constituent un tout inséparable. Mais on perdrait chaque aperçu , si on persistait à laisser ensemble la matière complète de cette vaste science , et on est de là contraint de s'attacher préférablement à des classifications ; nous n'établissons toutefois que les divisions principales suivantes .