DE LA HBCHERCHE DU RAPPORT DES BOIS
Introduction et coup cl'ceil.
Pour ce qui concerne le rapport des bois, on peut faire les distinctions suivantes :
(a) Le revenu idéal ,
(b) Le revenu normal,
(c) Le revenu réel, et enfin
(d) La cote du revenu ou état.
Par revenu idéal on entend la quantité de bois qu'une forêt, en vertu de ses rapports de situation, pourrait fournir par le mode le plus convenable de
traitement, en supposant que nulles calamités, telles que ruptures par l'effet des neiges, brouillards, vents, incendies des bois, dégâts provenant de pâturage, emploi de la litière, ravages d'insectes, vols, etc., n'aient lieii. La plupart des tables d'expériences (normales) indiquent le revenu idéal; car en les dressant on a presque toujours choisi des conlenances au complet, et calculé la provision qu'elles donnaient : d'où il suit qu'en employant ces tables sans modification les revenus paraissent trop grands. Par revenu normal nous entendons le rapport des bois auquel on peut s'attendre dans une forêt en tenant compte des malheurs ci-dessus mentionnés , lorsque toutefois les autres conditions sont convenablement réglées, sont mises sur un pied régulier et peuvent être maintenues telles quelles.
Cependant nos forêts sont rarement dans un pareil état ; ordinairement les classes d'âge ne sont pas établies dans de justes proportions : les provisions de bois sont tantôt plus grandes , tantôt plus petites que ne le demande l'état normal; les essences sont plus mauvaises qu'elles ne devraient l'être d'après les rapports de la localité, etc. La tendance du forestier doit donc nécessairement aller à mettre la forêt dans une situation régulière et normale; mais jusqu'à ce que ce but soit atteint, on a, pendant quelque temps, à prélever tantôt plus, tantôt moins que nous fournit l'état normal. C'est ainsi que, par exemple, lorsque les bois susceptibles de coupes manquent ou sont extrêmement mauvais, il
faut, pendant quelques époques, se contenter d'un revenu moindre, et, par contre, le revenu do 1 époque suivante peut se présenter plus grand que le revenu normal.
Le rapportdepossibilitéquedonnela forêt, eu vertu de sa condition actuelle , s appelle le revenu réel.
Mais l'état ou la cote du revenu pour une forêt peut difîérerde la possibilité du rapport; car, quoique létat doive se fonder principalement sur la possibilité de production des bois , et que de temps en temps elle soit mise en harmonie avec cette possibilité, ce sont cependant , au fond , deux choses distinctes qui n'ont guère besoin d'être constamment en proportion. Ainsi , par exemple , l'occasion qui se présente tout "a fait exlraordinairement de faire valoir conmie bois d'exploitation des essences qui autrement devraient être comptées dans le bois de chauffage, etledésird'enlamer actuellementde préférence une forêt, afin de pouvoir ménager l'autre, etc. , peuvent très-bien nous décider à établir, pour quelques instants, la cote à un taux plus élevé ou plus bas que ne le permettent la possibilité et le rapport soutenu.
Le revenu idéal n'est mentionné ici que pour compléter les idées de revenu en général. La recherche du revenu normal porte principalement sur l'exploration et le calcul de la capacité de production du lieu de situation , tout cela dans la supposition qu'un certain plan d'exploitation a servi de base. Tant le revenu idéal que le revenu normal fournissent ainsi matière à d'intéressantes comparaisons
entre ce qui devrait être et ce qui est réellement. Mais ce qui demeure surtout important, c'est la recherche du produit réel, sur lequel nous allons nous étendre maintenant.
Ce produit est principalement dépendant de la provision et du recru, points que, d'après cela, il importe le plus de déterminer.
De la recherche de la provision des bois.
Pour rechercher les provisions du hois dans une forêt, on peut procéder par arpentage réel et par simple estimation.
Si l'on abat un arbre dont on coupe en petits morceaux le tronc et les branches, que l'on mesure et calcule exactement chaque pièce, en pesant les branches d'une trop faible exiguïté pour être mesurées, et en estimant leur masse d'après le poids, on arrive à connaître le volume de l'arbre abattu.
Des- arbres égaux en vigueur, hauteur et forme ont aussi le même volume : on peut, par conséquent, conclure des arbres coupés, mesurés et calculés, au volume de ceux encore debout ayant mêmes vigueur, hauteur et forme que ceux abattus; et là -dessus se forment la conformité et l'appUcalion des tables d'expertise sur le volume cubique des troncs, au moyen desquelles on peut trouver par analogie le volume des arbres encore sur pied.
Maintenant , si l'on mesure séparément toutes les tiges dune région de bois, si l'on détermine Jeur
— 273 ~ volume à l'aide de ces tables, et si l'on fait ensuite la somme du tout , on arrive à connaître le volume générai d'une contenance de bois.
Mais, comme il est impossible, dans une grande forêt , de compter tout le bois existant, depuis le plus grand arbre jusqu'à la plus petite tige, de le mesurer et d'en faire le calcul, on chercbe aussi de petites places, que l'on appelle places d'épreuves, afin de découvrir la quantité de bois des régions, en démarquant une certaine étendue de terrain, en comptant le bois qu'on y trouve, le mesurant et le calculant : et c'est ainsi que de la partie connue on conclut alors au tout inconnu.
Cependant il faut beaucoup de circonspection dans l'emploi de ce procédé; car il est extrêmement difficile de trouver une partie de contenance qui réponde parfaitement à la totalité : ce qui fait qu'on peut, par les places d'épreuves, être facilement conduit à de faux résultats.
Mais, en général, il est si difficile ou du moins ce n'est qu'avec des frais si considérables , au moyen de procédés si compliqués, qu'on peut obtenir la quantité de bois d'une forêt tant soit peu étendue, qu'il parait rationnel d'opérer le relevé de la provision des bois plutôt par une simple estimation à vue d'œil que par le mesurage et le calcul. Un taxateur doit , par conséquent , cbercber à se rendre capable d'estimer ou déjuger approximativement, avec assez de justesse, combien de bois sont contenus dans (cbaque Sirfcr — acre ou arpent) 53 ares 84 centiares
14 milliares oa millièmes d'are d'une contenance; et, pour arriver à celte facilité, des places d'épreuves sont trés-recommandables : déplus, le produit déjà connu des dernières coupes, ou les résultats des abatages des lignes des séries, etc., peuvent fournir de bons points de départ.
De lu recherche du recru.
Chaque année, parmi la masse des bois déjà existants dans toutes les parties décrites, toutes les jeunes tiges encore en croissance prennentun nouvel anneau (couche), tandis que de nouvelles pousses se développent des bourgeons; et c'est ainsi qu'une plante s'augmente en épaisseur et en longueur.
Si on mesure la force des anneaux annuels à tontes les hauteurs et, en général, à toutes les parties d'un arbre, et si de même on examine soigneusement les jeunes pousses des branches et principalement les cimes, on peut arriver à découvrir, de cette manière, l'accroissement annuel d'un arbre, et conclure également avec assez de vraisemblance à l accroissement futur, en considérant les autres rapports qui accompagnent la croissance.
Mais on se tromperait très-souvent, si l'on voulait admettre que raccroissement futur doit être égal à celui déjà constaté; car la quantité de croissance varie extrêmement et dépend de différents rapports et conditions.
La végétation du bois subit des modifications:
1" Par làge du bois,
2" Par son lieu de situation, et
3** Par des influences extérieures.
Le bois, à ses diverses périodes d'âge, s'accroît par quantités très-inégales, et, en cela, chaque espèce de bois suit une progression qui lui est propre. Le pin, par exemple, croît dans les premières années beaucoup plus vite que l'épicéa; celui-ci, par contre, s'accroit, plus tard, en proportions bien plus considérables que celui-là. Mais la progression naturelle de croissance est souvent fortement modifiée par le lieu de situation : le sol plat, par exemple, arrête de bonne beure 1 accroissement; mais un sol profond, au contraire, conserve longtemps avec modération la fécondité. Mais il y a surtout encore divers rapports et circonstances qui influent sur la progression et l'accroissement, savoir : le traitement et la protection contre les atteintes extérieures auxquelles les essences sont exposées, etc.
Considéralions ultérieures.
Si Ton a recherché la provision de bois d'un peuplement , puis découvert l'accroissement annuel qu'il donne, et déterminé l'époque de la coupe , on peut, d'après cela , évaluer le produit futur.
Supposons que la provision soit dans une partie de forêts de (6,000 ■5\ubitfu§ — pieds cubes) 134 mètres cubes (pro Slcîev pour acre ) , 53 ares 84 centia res, Taccroissement annuel de 3 mètres cnbes, et
que la coupe doive être efiFectuée après 30 ans , ou aurait à additionner la masse d'accroissement, s'élevant à 67 " cubes, avec la masse de la provision de 134"" cubes; et on pourrait ainsi , après 30 ans, s'attendre, dans cette division, à 201 mètres cubes par 53 ares 84 centiares.
Mais, s'il est déjà diflîcile de reconnaître exactement la quantité de bois, il est bien plus difTicile encore , sinon impossible , de déterminer exactement, à l'ayance, la quantité d'accroissement, parce qu'une foule de circonstances imprévues peuvent influer sur la végétation.
Mais même, dans le cas tout à fait invraisemblable que l'une et l'autre , la provision et l'accroissement annuel , fussent exactement connus , et que l'on eût pesé au plus juste toutes les conditions de croissance pouvat s'établir pour l'avenir, puis calculé exactement, de cette manière, au pied cube prés, c'est-à-dire à 0" ' 02242 cent millièmes de mètre cube , la production annuelle des bois , le produit futur ne répondrait pas néanmoins tout à fait à ce calcul , puisque cbaque arbre en particulier, non moins que les essences en général , subissent un décbet , suivant lequel le propriétaire de la forêt ne profite que d'une partie effective, qui ne saurait s'apprécier.
Ce décbet, qui, en partie, pourrit dans la forêt, en partie est employé comme bois de glanage, en partie est volé , devient souvent très-considérable au total, cl nous l'aurions déjà cité, pour cette raison, comme
un objet dont dépend un peu le rapport des bois, si seulement l'importance de ce déchet pouvait être reconnu avec quelque certitude. Mais , comme il n'y a pas de régie à indiquer à cet égard, il faut s'en remettre, pour cela, uniquement au jugement du taxateur.
Toutefois, ce qui résulte positivement de tout ceci, c'est que l'accroissement annuel des bois d'une forêt ne peut jamais être reconnu avec une certitude complète , puisque ni Taccroissement ni le déchet ne peuvent être suffisamment évalués. Par conséquent, au lieu de nous abandonner à des estimations pénibles d'accroissement et d'ailleurs oiseuses , nous ne faisons qu'examiner l'accroissement, non pas, à la vérité , dans le but de calculer, par des moyens artificiels, des contenances entières, mais plutôt afin de pouvoir porter, en général , sur la productivité future des essences, un jugement plus juste qu'on ne le pourrait autrement, car l'apparence extérieure des arbres est extrêmement trompeuse, parce que les couches annuelles montrent un accroissement tantôt plus grand, tantôt plus petit qu'on ne devrait s'y attendre.
Pour ce qui concerne le rapport des vides de bois, beaucoup de forestiers économistes sont de l'avis que les surfaces entièrement dégarnies des forêts ne doivent pas entrer en ligne de compte dans les estimations du produit , car ils soutiennent que du bois n'existant pas encore ne peut être taxé.
Cependant , si l'on ne pouvait porter dans les
évaluations que le bois réellement existant, l'accroissement , en général , ne saurait être non plus considéré , car tout bois qui ne fait que de commencer à croître n'existe pas de fait actuellement , soit que la végétation s'en doive opérer sur du bois déjà existant, soit sur un lieu entièrement dégarni jusque-la. Si l'on met en culture une surface de forêt vide de bois , on admet qu'avec le temps elle donnera un produit , et ce produit doit être évalué à forfait.
Si la nature du sol , de la situation et du climat est connue, ainsi que la superficie, on arrête quelle espèce de bois doit être cultivée , quand et de quelle manière doit s'opérer cette culture, comment la localité doit être traitée jusqu'au temps de l'abatage , et quand on procédera au repeuplement ; alors on peut aussi déterminer avec vraisemblance à quel revenu on peut s'attendre.
Or, maintenant, toutes ces déterminations se trouvant arrêtées par le plan d'économie, on déduit également le moyen pour établir les cotes du revenu , et le taxateur doit, de conformité, en poser approximativement les évaluations.
Mais , de p us, il est tout à fait certain que ni la provision ni l'accroissement des bois ne peuvent être taxés en toute assurance; il faut, en cela, se contenter d'un simple à peu prés ; il n'en est pas moins indispensable de cbercher encore, autant que possible, à s'approcher de la vérité. Or, pour cela , il est bon de considérer séparément chaque mode d'exploitation en particulier.
Évaluation du rapport de la futaie.
Pour celle-ci , outre révalualion d'après le coup d'œil , nos tables d'expérience , régulièrement éla- Llies , fournissent un bon point d'appui et un bon moyen.
Par le plan d'économie , on a soumis le temps à des périodes fixes et indiqué en même temps dans quelle section de ce temps chaque localité doit être exploitée. Mais, comm.e on ne peut pas encore fixer si une division tombe dans la coupe au commencement , au milieu ou vers la fin de la période déterminée , et comme , de plus , on reste ordinairement occupé d'une même division plus ou moins d'années, on admet généralement, dans les calculs du produit, le milieu delà période pendant laquelle le repeuplement génératif doit avoir lieu.
Lorsque, par exemple, une division de futaie est portée dans la deuxième période, on ajoute à chaque période , étant de 20 ans , 30 années à Vàge actuel du bois; mais, si la coupe devait être arrêtée pour la troisième période , il faudrait ajouter 50 ans , etc.
Mais aussi quelles que soient les objections à faire contre ce procédé abrégé, nous dirons que i'examen le plus subtil etl'appîicntion des meilleures formules algébriques ne sauraient nous rapprocher davantage de la stricte vérité.
Ici , nous devons encore faire une mention particulière des exploitations appelées intermédiaires (ou
préparatoires) , dénomination qui comprend toutes les exploitations qui ne sont pas effectuées par rapport au repeuplement d'une région , mais que l'on obtient , jusque-là , dans l'intervalle qui précède ce repeuplement.
Elles consistent, en partie d'éclaircies proprement dites , en partie du produit des essences mélangées, différentes de qualité et d'âge , en partie de tiges en dépérissement. Pour ce qui concerne les éclaircies, une foule ou beaucoup d'événements, qu'il est impossible de prévoir, influent tellement sur leur utilité et y contrarient renlèvement d'une partie du peuplement , si difficile , sinon impossible à contrôler , que la désignation de leur produit est trèsembarrassante, et qu'en général il est tout à fait hasardeux de pouvoir les déterminer spécialement pour un temps plus long que les dix années suivantes ; aussi vaut-il mieux ne les taxer , pour les époques plus éloignées, que sur des termes moyens généraux, et d'attendre, pour déterminer le chiffre spécial , l'approche de chacune de ces époques.
Mais, lors même que les éclaircies, — qui , à la vérité, font beaucoup de bien , lorsqu'elles sont appliquées avec une justemesure elavecles précautions convenables, et qui, dans le cas contraire aussi, peuventoccasionncr des désavantages extraordinaires, — ne sont arrêtées et déterminées seulement que pour les dix années les plus rapprochées , il est toujours nécessaire d'avertir le personnel forestier en fonction de ne pas tomber dans le tort, en se conformant
Strictement à la somme du chitYre de la cote et en le poursuivant jusqu'au dernier degré. Les éclaircies doivent s'effectuer d'après les règles forestières, mais non pas uniquement d'après les mesures du montant porté dans l'évaluation pour cet objet.
Si le taxateur, relativement à l'exploitation principale , a commis une faute , cette faute se découvre par le livre d'économie (dont la disposition est indiquée dans la troisième section), et alors on peut arrêter les effets nuisibles pour la forêt ; si , au contraire , c'est le personnel en exercice pratique qui commet des fautes relativement aux éclaircies , elles ne ressortent pas alors des comptes , mais elles se font sentir d'autant plus par l'influence nuisible qu'elles exercent plus tard dans la forêt.
Évaluation du rapport du taillis simple.
Il a été déjà mentionné que, pour les taillis simples et composés, une division en surfaces ou coupes peut avoir lieu , et celle-ci est à considérer comme la meilleure base pour servir à l'évaluation du rapport ; or une pareille division en surface peut être opérée de diverses manières, savoir :
1° Par division immédiate en autant de coupes
que l'on a posé d'années pour la révolution
(ou exploitation ) , et
2" De telle sorte que l'on détermine quelle doit
être l'étendue de la surface à couper annuelle-
ment, et qu'ensuite on choisisse, tous les ans , les coupes particulières jusqu'à concurrence approximative de cette surface , d'après la mesure des besoins et la qualité des essences.
Chacune de ces manières de procéder a ses avantages et ses défauts. La première donne cet avantage qu'il ne peut y avoir aucun doute sur le lieu où , chaque année, doivent s'opérer les coupes, et, par contre , entraîne ou apporte l'inconvénient que quelquefois les besoins du moment ne peuvent être assez complélement satisfaits , ni les essences assez convenablement exploitées; par exemple, dans des contrées sans consistance , où les coupes ne peuvent s'effectuer que par un très-grand froid , comme on n'en voit pas tous les ans. La seconde laisse plus de liberté, mais nécessite annuellement des mesurages particuliers de coupes.
Toutefois, ce qui, en général, vaut le mieux et facilite extrêmement l'évaluation du revenu, c'est lorsque toutes les coupes dans la forêt sont délimitées et pourvues de bornes, parce qu'alors on sait immédiatement où opérer les abatages.
Dans le cas où les revenus dune année à l'autre se présenteraient avec un chiffre inégal, ou que les besoins éventuels se trouveraient dépasser la mesure rien qu'une fois en plus ou en moins , on peut, suivant qu'on le juge à propos, franchir les limites des coupes, se rétrécir dans ces limites ou revenir
sur ses pas en temps et lieu, tout en maintenant pourtant l'ordre général.
Pour ce qui regarde les cotes du revenu même, il est préférable de les déterminer d'après la mesure des expériences locales recueillies chaque fois, ou bien aussi d'après les résultats que fournissent les places d'épreuves à mettre en coupe à cet eflet. D'ailleurs, le contrôle entre l'évalualion et le revenu a lieu dans un espace de temps si court pour le taillis simple, qu'on arrive, beaucoup plus facilement et beaucoup plus tôt que dans la futaie , à rectifier une estimation inexacte.
Pour les forêts de taillis simple, les coupes faites antérieurement peuvent, d'ordinaire, servir de point d'appui relativement au revenu ; hors de là , les revenus peuvent également se baser d'après de petites places d'épreuves.
Evaluation du rapport dans le taillis compose.
Relativement à la division des coupes elles-mêmes, nous pouvons appliquer au taillis composé tout ce que nous avons dit à cet égard au sujet du taillis simple; aussi, un même revenu s'établit-il pour le bois sous-futaie. Mais une grande déviation est occasionnée par ladétermination du revenu du bois supérieur, qui est encore plus diiïicile et pluschanceuse que celle des éclaircies, puisque là également une partie est employée, tandis que l'autre reste debout , et que
tout de^pend ici des justes proportions dans lesquelles cela doit se faire.
On peut enlever une masse de bois déterminée de la futaie d'un taillis composé, sans qu'il y ait à objecter la moindre cbose, et l'on peut, au même endroit, faire choix de la masse de bois d'une façon et d'une manière qui enlrainent le plus grand dommage. Ici tout est on ne peut plus dépendant, soit de la bonne volonté, soit des vues individuelles, et l'incertitude qui régne et régnera toujours, sur la question de savoir comment doit être proprement constitué un taillis composé normal, est l'un des nombreux doutes qui peuvent être élevés , en général , contre l'économie du taillis sous-futaie.
§ îioO.
Evaluation du rapport des forêts jardinées (ou furetees).
On peut, en peu de mois, énoncer l'instruction théorique jiour l'évaluation des forêts jardinées.
On recherche :
]° La quantité de bois;
2° L'accroissement annuel de celui-ci , et
o° Le déchet annuel des bois;
4° On juge, d'après cela, si l'augmentation annuelle de bois, résultant de l'excédant de l'accroissement sur le déchet , est en juste proportion avec les rapports primitifs, et
5° On détermine , d'après tout cela , le revenu annuel des bois.
Mais si déjà , d'après ce qui a été dit précédem-
ment, il y a même pour les futaies traitées en coupes de si grandes difficultés pour déterminer l'accroissement et le déchet de la provision des bois, cette recherche, dans la forêt jardinée, est encore plus difficile et plus trompeuse: il est bon, pour cela, de s'en dispenser tout à fait, lorscpi'on détermine le produit des forêts jardinées, et de s'en tenir à ce que nous a appris l'expérience antérieure relativement au produit de la forêt furetée en question; ou bien, si cela n'est pas faisable, soit que l'exploitation ait été jusque-là vicieuse, soit que les données empêchent, à cet égard, de recourir à l'évaluation de la possibilité, on pourra, à cet effet, prendre pour base les tables de rapport préparées. Mais, comme on peut admettre qu'une forêt jardinée est dans le cas de donner en volume de bois un tiers ou un quart de moins que la futaie traitée en coupes, le taxateur doit faire une déduction convenable sur laquelle le revenu annuel soutenu peut se déterminer.
D'ailleurs , dans la plupart des cas , le plan de régularisation du rapport exige de ne pas laisser subsister le furetage, mais d'exploiter pour l'avenir le bois par des coupes* Si l'on est dans cette intention, on suit la division prescrite aux §§ 229 et 230 en cantons d'économie et en surfaces périodiques, en observant pourtant qu'alors il n'y a que trois surfaces périodiques à former, el , quant au reste, on procède ensuite de la manière suivante : ;
1 " Dans la partie de coupe désignée pour la 1 ™ période, le traitement par furetage est supprimé.
et on applique le système de coupe jugé convenable;
2" Dans la 2*^ période en surface, le traitement du jardinage n'est pas, il est vrai, supprimé tout à fait, mais on ne fait qu'enlever les arbres qui ne peuvent durer jusqu'à ce que le tour des coupes soit venu pour eux ;
3° Dans la 3' surface périodique on fait disparaître, le plus promptement possible, tout le bois qui ne peut durer jusqu'à l'époque des coupes dans la 3^ période;
4° Dans toutes les coupes de chaque surface périodique on ne réserve pas seulement le bois encore bon et tout jeune que l'on trouve, mais encore un certain nombre de tiges moyennes bien venantes et saines, pour que, après l'expiration de la première époque du rétablissement (ou de la mise en état) pour laquelle on prend un temps très-court, on trouve partout du bois suffisamment avancé, et pour que, par là aussi, le rapport ultérieur ne vienne pas à baisser.
§2dl.
De la recherche du rapport dans les cofiyersions (coupes de).
Il faut encore mentionner ici la recherche du produit dans les forêts ou parties de bois qui doivent subir la conversion d'un mode d'exploitation à un autre; il faut distinguer, dans ce cas, si elles doivent encore être traitées pendant quelque temps de la même manière que par le passé, ou si elles doi-
— 287 -■ vent être soumises immédiatement à un autre régime d'exploitation : par exemple, si on doit continuera traiter pendant 30 à 40 ans une contenance de sousfutaie comme sous-futaie, ou si on doit tout de suite la laisser croître en futaie. Dans le premier cas, les produits sont à rechercher d'après les considérations qui paraissent convenables au mode d'exploitation qui y a rapport ; dans le second cas, il faut une appréciation particulière de la situation à laquelle devra arriver la partie de forêt en question, et puis une appréciation des points de vue d'après lesquels il conviendrait de procéder à la poursuite du produit.
De la réunion du rapport.
Lorsque les revenus , pour chaque contenance de bois prise séparément et respectivement pour les différents espaces de temps, se trouvent déterminés, et sont aussi calculés pour chaque surface en particulier, on les réunit en un exposé sommaire. 11 faut que celui-ci embrasse ou une série d'années plus grande, ou une série restreinte à un moindre espace de temps, suivant l'état de la forêt et suivant que cet état commande d'arrêter le plan des coupes pour un espace de temps plus long ou plus court.
A de rares exceptions prés, il conviendra néanmoins, pour les forêts de futaie, d'étendre les calculs du produit et les exposés sommaires de ce produit à un espace de temps de 40 ans au moins ; mais , poui;
les forêts de taillis composés et de taillis simples, de leur faire embrasser la durée d'une révolution.
Dans ces exposés, on réunit tous les produits, d'après les époques auxquelles ils se trouvent rapportés, pour en faire somme; s'il résulte de là une trop grande inégalité de produit dans les diverses périodes en particulier, on parvient à y remédier en appliquant le revenu de telle ou telle contenance d'entre les périodes trop riches au profit des plus pauvres. Le niveau absolu entre les produits des différentes périodes est difficile à atteindre , et , certainement, ne peut l'être sans de grandes difficultés, que dans les districts où la classification d'âge présente déjà d'assez justes rapports, où nul changement de régime d'exploitation ne doit avoir lieu, et qui ont déjà atteint une certaine uniformité et une certaine fixité de situation.
Par la réunion sommaire des produits, on obtient un résultat dans lequel la possibilité actuelle de la forêt s'exprime par le sens dans lequel elle se présente, conformément au plan d'exploitation, à la série présumée des coupes, au traitement et au mode d'évaluation.
De l'ctat ou de la cote du revenu.
L'état ou la cote du revenu pour une forêt peut différer de la possibilité que nous venons de mentionner et de la cote du produit calculé sur celle-ci; et quoique cet état doive principalement se baser sur
la possibilité, et doive toujours de moment en moment être remis en harmonie avec elle, ce sont pourtant deux choses bien différentes, dont l'identité n'est nullement uïie nécessité absolue. Ainsi, par exemple, une provision démesurée de vieux bois peut être dépérissante, ou une occasion tout à fait extraordinaire d'utiliser comme bois d'exploitation des essences qui, autrement, auraient été portées dans la catégorie du bois de chauffage peut souvent nous déterminer à taxer pour quelque temps la cote du revenu plus haut que la possibilité et le produit soutenu ne le permettent proprement, et vice versa; et, encore, des circonstances opposées peuvent nous conseiller l'adoption d'un état moindre que ne le porte le relevé sommaire de ce produit. Mais il est alors essentiel qu'une pareille déviation soit convenablement motivée, et que l'on soii constamment pénétré de ses conséquences; que, de plus, on se garde aussi de ne jamais laisser arriver une disproportion trop grande entre la possibilité et l'état, et jamais, dans aucun cas, pour une trop longue durée. Certes, exiger partout et constanmient l'accord entre l'état et la possibilité, ce serait d'autant plus exagéré, que le produit des forêts est sujet à mille éventualités; que, par conséquent, nulle recherche du produit ne peut prétendre à une exactitude parfaite; et qu'au fond chaque cote du revenu est une hypothèse, que Ton poursuit pendant quelque temps, en quelque sorte pour essai, et sur la justesse de laquelle on ne peut juger avec quelque
certitude que plus tard, et lorsqu'il a été reconnu dans quelle condition la forêt est arrivée avec un semblable état.
Une expérience répétée montre, d'ailleurs, qu'à tout prendre, les forêts qui fournissent un produit moyen sont en grande majorité; qu'il y en a tout aussi peu pour lesquelles l'état puisse être porté trèsbaut d'une manière soutenue; qu'il y en a pour lesquelles on soit obligé de les fixer très-bas pour un temps considérable; que, pour cette raison, des états extraordinairement bas requièrentTépreuve la plus rigoureuse et doivent inspirer le plus de méfiance ; il est donc à conseiller, par cela, là où le temps ou les moyens manquent, d'opérer une régularisation formelle de Texploitation et de l'obtention exacte du produit; ou bien encore, là où la qualité des bois est dans une condition trop incertaine pour procéder à leur recherche, il est à conseiller de dresser l'état sur des termes moyens , avec lesquels , tout considéré, on se trompera le moins, et où il se trouvera qu'un district pourra être compensé au mieux par un autre.
Nous devons encore ajouter l'observation que, peut-être, avec les taillis simples et composés, dans lesquels les coupes se feront d'après une répartition fixe, la cote moyenne des revenus résultant pour un certain espace de temps , — par exemple 1 0 ans, — sera rarement égale au revenu d'une année en particulier, puisque les coupes ne fournissent que rarement ou jamais un semblable revenu, et qu'on
doit encore ici prendre ce que la coupe respective se trouve précisément offrir ; tandis qu'avec les forêts de futaie on use ou on comble l'état, sans examiner, en outre, pour le moment, quelle est la surface nécessaire.
Conclusion finale.
A moins que le temps et les moyens, d'une part, et la nature des forêts , de l'autre , ne le permettent que très-peu, il ne serait pas convenable de vouloir remplacer la méthode précitée de régularisation d'exploitation et de recherche du produit par une autre méthode soi-disant abrégée. Si , au reste , des obstacles majeurs se rencontrent , par exemple le délabrement et la condition incertaine du sol et des essences , alors nous croyons devoir encore recommander principalement la manière de procéder suivante.
Le partage de la forêt en cantons d'économie et divisions — indispensables pour organiser toute exploitation — se fait de la façon ordinaire ; l'on détermine aussi pour chaque canton d'économie quel régime d'exploitation et quelle série de coupes doivent avoir lieu, et quel âge pour les abatages ( temps de la révolution) serait pour le moment le plus convenable et, par conséquent, doit être préalablement adopté. On ne fait pas de description spéciale, mais on se borne à dresser une liste de classification ou de contenance. On dispose également la recherche
du produit pour des époques ultérieures , et on se réduit à un examen relatif au temps le plus rapproché , environ à dix années à l'avance. Pour chaque canton d'économie on ne pèse et on ne fixe pas seulement de quelle manière il serait à traiter , mais on établit notamment encore combien on pourrait opérer de repeuplement en surface , d'après la mesure du temps de révolution adoptée , de la situation actuelle des essences et des autres circonstances qui , dans l'espace des dix premières années à peu près , pourraient encore se produire. Cette surface est ensuite choisie telle que le plan des coupes établi et la qualité des essences le demandent , puis évaluée spécialement. Il est procédé de cette manière avec tous les cantons d'économie et avec toutes les divisions respectives ; en outre , on détermine les exploitations intermédiaires , et on forme ainsi le revenu pour l'époque en présence de laquelle on se trouve. Ce procédé donne, au moins, l'assurance que la fixation du revenu se trouve essentiellement basée sur la surface , que l'on reste constamment en mesure d'embrasser clairement les rapports des classes , et que l'individualité de chaque canton d'économie se trouve relevée et appréciée.
Clnqulènte chapitre.