‹ Principes fondamentaux de la science forestièreChapitre 94 sur 105 · B. TRANSPORT PAR EAU · texte numérisé non relu

B. TRANSPORT PAR EAU

1 ° Par flottes ( bûches perdues, — nageant libres) :

(a) Dans les petites rivières,

(b) Dans les fossés ou canaux particuliers,

(c) Dans les rivières navigables;

2° Dans des canots et bateaux (hors du domaine de la partie forestière).

TRAHSPORT DES BOIS PAB TEBBE.

Tout le bois croissant sur la terre, il est de toute nécessité que le premier transport se fasse par terre; or les premières forces actives dans cette opération étant toujours celles de l'homme, nous devons donc commencer par eux.

Transport des bois par hommes-

Les manipulations en sont trop simples et trop naturelles, et encore aussi trop multiples, pour qu'il convienne d'en donner ici une description détaillée. On ne saurait enseigner dans cet ouvrage comment il faut s'y prendie pour empiler en {Klajtern

— cordes) stères le bois coupé, etc. De plus , on ne pourrait y énumérer les cas particuliers où il faut porter ou traîner à la main jusqu'aux chemins praticables au voiturage, ou bien, comme cela se fait quelquefois dans la Suisse saxonne, où on l'opère par-dessus des gorges étroites au moyen de cordes tendues (ce qu'on appelle Rappern-cordeaux), mais il faut s'en remettre, pour ces expédients, — qui sont rarement applicables en deux endroits de la même manière — à l'esprit inventif de chacun.

Transport des bois par bêtes de trait

(au moyen du Toilu-.a^c et îles traîneaux, ot jiar traînage sur terre).

Il faut faire en sorte que chaque forêt soit coupée par un nombre sulhsant de chemins praticables au voilurage; et, lorsque le terrain n'otfre pas de trop grandes difiicultés, on peut établir en état de routes bonnes et durables une partie des limites des divisions (lignes des séries, ailes), et les réparer ou reconstruire chaque fois que les coupes dont le tour arrive en demandent l'usage.

On égalise, autant que possible, les inégalités particulières; on pose une base de grosses pierres, et on couvre celles-ci de décombres en triture, de telle sorte qu'il en résulte un chemin en levée, construit en chaussée. Les ruisseaux et petites rivières doivent être pontés, ou du moins il faut y établir des gués surs ; et , dans les endroits marécageux où les pierres

manquent, on doit construire des chemins avec des rondins.

La dépense pour le bon entretien des chemins sera amplement compensée, dans les contrées cultivées et dans les forêts en état régulier, par le débit phis grand, plus assuré et plus profitable du bois. Le propriétaire de forêts qui , dans une contrée , construit le premier de bons chemins forestiers attirera par là les acheteurs , et , si les autres propriétaires n'imitent pas son exemple , le monopole lui restera .

Manipulation des firmsports. — Pour amener le bois long de la forêt jusqu'au lieu de sa destination ou jusqu'à l'entrepôt, d'où le transport ultérieur se fait par eau , on emploie , suivant l'occasion , des chariots , des traîneaux et le traînage sur terre. Lorsque les routes sont mauvaises, — ce qui toutefois dans les forêts bien tenues ne doit pas être toléré , — on préférera le transport par traîneaux à celui par chariots; et, aux passages três-difliciles, on se verra quelquefois obligé d'avoir recours au traînage sur terre.

Ce dernier mode consiste à fixer à l'extrémité intérieure de la tige dont on a coupé les branches, ou de la pièce de bois, un croc en fer auquel on attelle les bêtes de trait. Mais , pour faciliter encore le traînage, on place dans beaucoup d'endroits, sous cette extrémité antérieure , ce qu'on appelle un arbre cTenrajure. Cet instrument a à peu près la forme d'un sabot, qui (ordinairement) se termine sur le

(levant en timon; on attache au bout du tronc la partie postérieure plate ou légèrement creuse; on fait l'arbre d'enrayure de bois très-solide et on le garnit toujours de fer. Il est toujours avantageux, dans ces cas , d'attendre un temps de neige ou un sol trempé de pluie pour traîner le bois. Dans beaucoup de contrées on effectue aussi sur terre le traînage des tiges (ou billes de sciage) sans arbre d'enrayure. Le transport du bois co«r^ sur chariots, charrettes et sur traîneaux est trop connu et rentre trop dans le domaine des charretiers , pour que l'on doive en faire ici une description plus détaillée.

Transport du bois par sa propre pesanteur.

(Roulement?, Innçoirs , chemins à traîneaux, etc.}

Dans les forêts montagneuses, on se sert souvent de manipulations et d'expédients particuhers, au moyen desquels , en vertu de sa propre pesanteur, le bois est descendu des hauteurs dans les vallées. Les principaux sont les suivants :

1° Roulement du bois court

(c'esl-à-dirt au moyeu de lançoirs de terre ou couloirs nalureU).

Le bois court est souvent précipité dans les gorges escarpées ou par-dessus les rochers, sans qu'on se serve, pour cela, d'un moyen particulier. On n'a qu'à déblaver, autant que possible , des grosses pierres et broussailles les gorges crevassées et les rochers,

et à prendre des précautions pour qu'il n'en résulte aucun danger ni pour les ouvriers ni pour quelques passants. Le bois long et les billes de sciage peuvent quelquefois aussi être descendus dans dépareilles gorges coulés en bas aumoyen de cordes, etles ramilles ou le menu bois sont souvent expédiés du haut des montagnes escarpées, en les liant sur des traîneaux. Suivant l'angle d'inclinaison, on fait glisser ainsi les menus bois, soit en les soutenant un peu, soit en les laissantàeux-mémes. Un ouvrier s'assied ordinairement sur le devant du traîneau, et dirige ou arrête le mouvement avec ses pieds , comme il le juge à propos. Mais les expédients suivants sont certainement plus parfaits et préférables pour une vidange de plus longue durée.

2o Chemius à traîneaux.

On construit , selon les pentes , avec 5,10 jusqu'à 20° d'inclinaison , un chemin recouvert de perches ou bûches refendues (bois de quartier) unies, juxtaposées exactement les unes contre les autres , sur lequel les traîneaux chargés de bois sont tirés ou, pour mieux dire, dirigés. Ce transport , lorsque le chemin est peu incliné , s'effectue plus commodément en hiver, alors que les perches sont couvertes de neige; en été, on les enduit aussi de suif , lard ou savon , et on les appelle alors <( cliemijis graissés. »

Le cas vient-il à se présenter qu'un pareil chemin à traîneaux doit être conduit par-dessus une gorge

étroite, on y subvient an moyen de poutres placées en travers, et on appelle alors cet endroit « chemin d'échelons. »

3' Lancoiis-coiiloirs ou glissoirs ar lili' iels.

Ils consistent en un conduit de (2à3^ubi{tu§ — pieds) 564 à 8 V6™"'"' d ouverture, concave et demicvlindrique ou en rigole, que Ton élablit au moyen de perches unies et pelées. On attache les perches, de (4 à 5 30U — pouces) 94 à il 8"''"'"' d'épaisseur, sur des pièces de bois transversales taillées en rond , de telle sorte que les bouts des perches se confontJent exactement au point de ne jamais former de saillies; 5 à 6 perches sufhsent pour un demi- cylindre creux et forment un « affût. « Le lançoir ne doit jamais décrire une forte courbe, et la rapidité de la chute est à adoucir, vers l'extrémité du lançoir, par des angles d'inclinaison; et là où cela est nécessaire on les pose sur des cales ou baudets, ou même on les enfonce un peu en terre. Vers l'extrémité inférieure, il faut que l'angle du talus diminue insensiblement. L'avant-dernier affût est posé horizontalement, et le dernier, qu'on appelle siège à bec (« affût de sûreté, » en Tvrol), est un peu relevé, pour que le bois puisse être lancé à une distance suflisante.

On distingue les lançoirs en lançoirs secs , des neiges y de glace et cVeait : ces derniers rentrent dans le flottage (§ 339). Aux premiers, qu'on doit employer en été, on donne 25 jusqu'à 45°, au plus,

de pente; aux glissoirs des neiges, qu'on utilise seulement lorsqu'il y a une couverture de neige ou du moins un temps humide (on peut aussi les arroser), 15 à 25° ; à ceux de glace , sur lesquels on forme une croûte de glace en y répandant de l'eau, tout au plus 16*' d'inclinaison.

Les lançoii'S sont applicables au transport des bois courts (de chaufliige ou de travail}, des billes de sciage et pièces de longueur. Les premiers doivent être lancés, autant que possible, avant d'être fendus, dans ce qu'on appelle des « tombereaux, » de manière à avoir moins de perte de bois, moins de travail et un mouvement plus réglé : quant aux dernières, on les pousse toujours le gros bout en avant.

On a aussi des lançoirs couverts et des glissoirs artificiels en fonte (ces derniers doivent être toujours surmontés d'un toit); mais on ne saurait les appliquer que rarement.

Les lançoirs sont principalement très-usités dans les montagnes de Keresmosze, dans le Marmoras, et dans les forêts de Salz-Kammergoutes, en Autriche. On a encore, dans cette dernière contrée, outre les expressions citées , les suivantes :

Insertion ou introducliGn. — Lieu où l'on embouche le bois dans le glissoir.

Apprêter ou mettre à l'œuvre. —Commencer le travail.

Renverser. — L'opération du glissoir en général. Le mouvement. — La vitesse du bois.

S oub resauter. — Le saut souvent très- dangereux

du bois.

Le jet. — Places où le bois s'échappe du lançoir.

rr,.\>iPORr des bois par eac .

Flottages .

En général, il faut considérer, pour le flottage du bois, que le bois de chauffage, par un long séjour dans l'eau, perd sa sève et ses parties salines, et, par conséquent, sa force combustible, et que le bois d'exploitation et de construction ne gagne en force de durée par l'action de l'eau que lorsqu'il est coupé en temps opportun, a dans la sève, » mais, en outre, il perd toujours en consistance. A cause de cela, il faudra faire attention, dans tous les cas particuliers, à ce que le bois, et surtout le bois de chauffage, reste dans l'eau le moins de temps possible.

Flottages dans de petites rivières

(a biiclic» pcrduis, — flitlajes à gui).

Dans les petites rivières, dont le cours et les bords sont laissés généralement dans l'état primitif le mode de (lottage le plus naturel est celui qu'on appelle flottes à bûches perdues ou flottage à gué :

ordinairement les Ijois Ùk; quartier, les billes et liges rarement, peuvent être flottés de cette manière.

Lors même qu'on laisse intacts les lits de rivières, il convient néanmoins de les purger des grosses pierres, que l'on entasse contre la berge pour rétrécir le courant. Quelquefois on resserre par endroits le lit de la rivière par des fascines réunies , et , lorsqu'il importe de détourner le bois de certaines sinuosités trop brusques des bords, on le fait par des troncs d'arbres avancés. Il y a, de plus, des balardeaux, écluses et autres précautions de ce genre, servant de moyens pour que les canaux de moulins sortant de la rivière, ou les ouvrages de moulins auxquels elle touche, digues, etc., ne soient pas endommagés.

Si, pour l'ordinaire, il y a trop peu d'eau dans la rivière destinée au floltage, et si la crue des eaux, même dans la saison pluvieuse, est trop incertaine, il convient alors d'élablir des réservoirs ou des écluses, à l'aide desquels on peut souvent aussi rendre flottables les petites branches latérales, et les mettre en communication avec le courant principal de flottage. Les grandes eaux débordant de leur lit sont aussi dangereuses que les eaux trop basses, parce qu'alors le bois est poussé de part et d'autre vers la terre, y reste arrêté et peut même occasionner des dégâts.

Le bois en bûches refendues est jeté, à différentes reprises, dans le courant de flottage, aussi vite que possible, vu assoi'fiinents distincts ou triqjics

(bois de souche, bois durs, bois tendres), mais jamais en assez grande quantité pour qu'il puisse en résulter des obstructions. Cela fait, on envoie aussitôt le long des deux rives, à mesure que le bois avance, des ouvriers — « bateliers, flotteurs, garçons de flottage à gué [poules dean), conducteurs du flottage, » — qui, avec leurs solides crocs attachés à de longues perches, — u crocs de flottage, haches pour bois-gravier ou demi-flotté, » — doivent prendre garde à ce qu'il n'y ait pas d'embarras, et qu'en général le bois soit expédié le plus promptement possible.

Ils doivent déblayer les places qui pourraient entraver, et, de cette manière, le courant est en même temps rétréci et renforcé.

Pour que le bois ne reste pas trop longtemps dans l'eau, il convient de ne jamais trop retarder le départ des bois qu'on y rassemble; car, autrement, le tout perdrait de sa force de combustibilité, et une grande partie deviendrait bois canard (ou foiidrier) et coulerait à fond. Il faut, au contraire, flotter par divisions de très-grandes quantités de bois, de telle sorte que chaque quantité de bois ainsi répartie puisse être expédiée jusqu'à l'endroit où on la déharde (sort de l'eau), et, s'il y a possibilité, qu'elle soit retirée ou du moins déposée dans un lieu sec , tout cela avant que l'on compose une nouvelle flotte. Il faut que la dernière partie du bois mise à l'eau, ce qu'on appelle la queue (bout, fin), soit poussée après les autres avec tout le soin et toute la promptitude

dësirablos, et qu'en même temps on détache généralement ce qui a été accroché. A cet effet, il doit y avoir beaucoup de garçons de flottage, dont plusieurs s'appellent guéeurs — (ou biea u garçons à bottes»), — qui sont obligés de suivre dans le lit même. On arrête le bois flottant en toute liberté au lieu de sa destination, au moyen de poutres armées de pièces de bois disposées obliquement dans la rivière, lesquelles doivent être soutenues du bavit par un pont solide ou par des soliveaux flottants y introduits à cette fin (« barrap^es »^. C'est seulement lorsque les bords sont très-élevés et très-fermes que l'on doit établir des contre-forts rectanp;ulaires contre le courant; plus les bords sont plats, plus il faut que la direction de ces derniers en soit oblique. Souvent l'on dispose, l'une derrière l'autre, de pareilles poutres armées de pièces de bois obliques ou barrages, pour ne donner entrée, dans lintervalle, qu'à la quantité juste de bois, de manière à ne pas gêner le travail du débardage. Afin de faciliter la mise hors de l'eau même, on fait diriger le bois dans un ou plusieurs fossés dont la communication avec la rivière peut à volonté être interceptée. La sortie du bois canard resté en arrière se fait phjs tard, lorsque les eaux baissent. Lorsqu'on flotte des billes de sciage dans les lits ordinaires des rivières, par exemple, dans le lit de la Kirnitsch, près Scbandau (Suisse saxonne), il faut alors des dispositions plus compliquées et de plus grands réservoirs d'eau, comme on le verra en partie dans les paragraphes

suivants : ceux-ci, toutefois, ne sauraient être décrits ici chacun séparément.

Flottages dans les fosses à flottes.

Afin de pouvoir flotter du bois dans !e courant des ruisseaux peu considérables , et souvent à de grandes distances , sans avoir trop de peine et trop de perte par le bois canard , il est absolument indispensable d'en indiquer (baliser) toutes les parties ou de creuser à part un fossé de flottage avec une chute aussi régulière et des chaussées (chemins de halage ) aussi unies que possible , et il faut mettre ce fossé en communication avec les étangs de réserve (« écluses, réservoirs provenant en général des eaux de pluie, pertuis »). Au sortir du fossé, le bois est immédiatement introduit dans de plus grands courants, au moyen desquels il peut être expédié plus loin, avec beaucoup moins d'apprêt, ou bien il arrive tout de suite à des rivières navigables, dans lesquelles le bois de longueur est relié en radeaux ( « train de bois )) ) , et le bois court chargé sur les radeaux ou dans des barques pour être transporté plus avant. Or, comme des mesures de flottage aussi compliquées ne peuvent être commises à l'administration forestière , mais bien à un personnel particulier pour flotter, il suiïlt de donner ici uniquement un aperçu très-succinct de ces sortes d'opérations d de rapides indications des divers procédés : les ouvrages cités à la fin , particulièrement celui de

JœgerschTîiiil j en donnent des instructions trèscomplètes.

Conduites li'eau. — Lanroirs cVeau. — Construction de bacs.

Par ces procédés , avec la plus faible quantité d'eau on peut effectuer facilement le transport des bois dans des gorges , vallons latéraux et même aux pentes des montagnes. Ces conduites d'eaux (appelées encore « construction de bacs ou de lançoirs d'eaux » , § 235 ) consistent , savoir, en apprêts de bois demi- cylindriques , composés d'une longue suite de tiges d'arbres creusées en gouttières et étroitement rajustées, ou en rigoles formées au moyen de poutres jointes. On les affermit sur des bases pareilles à celles des lançoirs , § 335 , on leur donne une inclinaison aussi régulière que possible , mais peu considérable , et on y dirige un ruisseau ou quelques sources abondantes dont l'eau transporte jusqu'à la fin — ordinairement jusqu'cà un autre établissement de flottes — les bois qu'on y introduit consécutivement.

Fosses de flottage. — Canaux de flottage.

Leurs bords sont souvent en murs raffermis au moyen d'une garniture de tiges de bois; on revêt même le lit entier de planches. Les fortes courbures doivent être évitées et la chute doit être aussi régulièrement douce que cela se peut. Non-seulement on

peut y faire flotter (lu hois court et des billes de sciage, mais aussi des bois de longueur. On laisse nager ces derniers en tiges isolées ou en c( trains de bois » trésétroils , avec lesquels trains , dans les plus grandes rivières, on forme des flottes jointes ensemble.

Coup d'oeil rapide

(«les diverses mc.liodes de flottage, dos ap)>icts et des constructions qu'elles nécessitent, d'après I'otivra;:e de Ja^gersclimid).

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