DE LA CARBONISATION DE LA TOURBE
Le profit et l'exploitation de la tourbe, comme produit forestier secondaire, échëent ordinairement au personnel des forêts, et, d'après le § 1 54, se présentent souvent comme un objet de haute importance. Or, de même que fréquemment il est trèsavantageux pour le bois de le carboniser dans la forêt (§ 154), de même aussi le cas peut maintes fois se produire également bien pour la tourbe, et il sera bon, pour cette raison, que chaque forestier possède une connaissance générale de ce qui concerne la conversion de la tourbe en charbon.
Propriétés nécessaires de la tourbe à re'Juirc en charbon .
La tourbe est extraordinairement différente en qualité dans les diverses tourbières, et il s'en faut de beaucoup que toutes les tourbes puissent convenir à la carbonisation. Les conditions principales auxquelles doit satisfaire la tourbe à carboniser sont celles qui suivent :
1° Il faut qu'elle soit aussi pure et aussi homogène que possible, c'est-à-dire il ne faut pas qu'elle renferme du bois et des morceaux de racines.
parce que ceux-ci se carbonisent trop vite et laissent alors des vides -, 2° Il faut qu'elle ait une consistance suffisante pour
ne pas s'affaisser sous l'influence du feu ; 3° Il faut qu'à la combustion elle ne laisse que
tout au plus 30 pour 100 de cendres.
La tourbe contenant au moins 30 pour 100 de parties terreuses, et ne satisfaisant pas aux deux premières conditions, peut souvent encore être préparée de façon à pouvoir être employée pour la charbonnerie. Cela se fait en hachant la masse en petites parcelles, en la faisant passer par un fossé oii il y a de l'eau, en en séparant les morceaux de bois et de racines qui s'y trouveraient mêlés, et enfin en étendant ou pressant en forme de tuile le limon tourbeux purifié.
La grandeur la plus convenable à donner aux tuiles de tourbe destinées à la carbonisation est de : 353maiim. ^jg longueur,
89 à 141 '"""" de hauteur, ^^^muiim. ^g largeur.
Ek'ments de la tourbe.
Les différentes espèces de tourbes varient excessivement en ce qui concerne la composition chimique, tout comme dans l'aspect extérieur. De plusieurs analyses résultent les contenances suivantes : 15 à 45 pour 100 charbon,
30 à 70 pour 100 parties volatiles,
et 1 à AO » cendre,
laquelle cendre elle-même est composée, dans des
proportions très-diverses, d'alcalis, acides, terres et
oxydes métalliques.
Théorie de la carboDisalion Je la tombe.
La théorie de la réduction en charbon de la tourbe est la même que celle de la carbonisation des bois. Ici aussi tout se résume à produire un charbon de la meilleure qualité donnée avec le moins de perte possible de matière. On a cherché à atteindre ce but tiu moyen de différentes méthodes, parmi lesquelles on distingue les suivantes :
1° La carbonisation en fauldes;
2° La carbonisation dans les fourneaux ordinaires de la charbonnerie ;
3° La carbonisation par fourneaux particuliers à la tourbe.
Carbonisation de la tourbe arec les fourneaux ordinaires de la charbonnerie.
A une place disposée comme pour la carbonisation du bois, on élève 5,000 à G, 000 tuiles en forme de fourneau conique, en les rangeant, inclinées vers le milieu, en cercles concentriques. Pour allumer le fourneau et pour diriger le feu, on réserve sur le sol de la faulde quatre rayons de lumière ou d'ouverture de la largeur d'une tuile, puis on
^ 444 — couvre le fourneau de gazons, ramilles ou mousse , et enfin on le recouvre avec la terre ou la brasque; cependant, on laisse à découvert la surface supérieure d'environ (1 ûuabratfu^ — pied carré) Qmèt. cub. 7952 dix millièmes de mètre cube de grandeur. Alors s'ensuit l'embrasement par l'une des quatre lumières, lesquelles sont toujours fermées par une tuile du côté du vent. Aussitôt que le feu se montre à l'ouverture supérieure laissée à découvert, on recouvre celle-ci de brasque, et on perce autour de la calotte une couronne de soupiraux, afin de donner issue à la fumée. Lorsque la fumée sortant de ces trous commence à se montrer bleuâtre, et que l'on peut enfoncer avec facilité une lame de fer dans le fourneau, c'est un signe de cuisson consommée; on boucbe alors la rangée supérieure des trous, et on en pratique une seconde , à peu prés 282 millimètres plus bas. C'est ainsi qu'on arrive successivement, avec les soupiraux , jusqu'au pied du fourneau, et qu'ensuite on procède à la réfrigération et à l'extraction des cbarbons, tout à fait de la même manière que dans la carbonisation du bois en fourneaux verticaux.
Carbonisation en demi-1'ouineauT.
La carbonisa lion de la tourbe en fourneau de cbarbonnerie a été blâmée sous maints rapports, et on a reproché surtout à cette méthode la réduction en charbon qui s'opère vu laissant trop d'accès à l'air,
et en ce que la réfrigération des charbons dans le fourneau ne s'effectue pas ainsi qu'il conviendrait. Il est très-vraisemblable que Ton peut obvier à ces deux inconvénients, en entourant les fourneaux à tourbes avec des murs de 564 à 846"'""" de hauteur, et en ne commençant à les construire en cône ou pyramide qu'à partir de cette élévation, suivant qu'on veut les ériger à contours carrés ou circulaires. Il faut que les murs au pied de la faulde soient pourvus de quelques soupiraux que l'on puisse fermera volonté, et que l'on puisse mettre le feu , soit du bas par l'une des lumières, soit du haut par le creuset du foyer. On réduit d'une manière analogue en beaucoup d'endroits la houille (charbon de terre) en coke, et on concilie par ce même procédé les avantages d'un entourage fermé et assuré contre l'air avec l'usaged'unecouverture mobile, s'afTaissant toujours, au moyen de laquelle on évite principalement les creux qui se produisent souvent dans les fourneaux.
Les plus anciens fourneaux pour la conversion delà tourbe en chaibon.
Les plus anciens fourneaux à carboniser la tourbe furent inventés par le grand maitre des chasses de Lnnge, et établis sur le Brocken (la plus haute montagne du Harz) par le maiire en chef des forêts de Zan- ^^/er.lls consistaienten coffres en fer de 2" 820™"''" de hauteur, ronds, avec une terminaison légère en cône; mais le produit en charbon par ces fourneaux était
très-faible. D après les mêmes principes on construisit plus tard, à Gottesgabe, dans l'Erzgebirge, un fourneau en briques pour carboniser la tourbe qui donna déjà des résultats plus favorables; mais cependant de meilleures dispositions, que nous apprendrons à connaître dans les paragraphes suivants , ont fait tomber en désuétude les premiers essais.
Fourneaux de Aîoscr pour carboniser la tombe.
Ces fourneaux , introduits pour la première fois en l'année 1 822 à Weisenstadt, dans le Fichtelgebirge, consistent dans un creuset* rond, bâti en briques, de S*"- 76'"'"'" d'élévation, sous 3" SSA""'"'"^' d'épaisseur en bas et l™ 692'"'"'"' en haut. Dans toute leur circonférence ils sont pourvus, à des hauteurs différentes, de petits soupiraux qui peuvent être fermés à volonté par des portes en tôle. L'orifice supérieur est terminé en voûte, sauf un trou en entonnoir de ^g^miiiim. jg diamètre pour remplir les fourneaux, lequel entonnoir est fermé au moyen d'une plaque en fer.
On dispose régulièrement les tuiles à tourbe dans les fourneaux, où on se borne, du reste, à les introduire pêle-mêle, et on allume par le bas. D'ordinaire on construit trois de ces fourneaux l'un à côté de l'autre ; un seul ouvrier peut les desservir. La car-
♦ On appelle cieiibct (brasier) Tespace creux du fourneau.
bonisation elle-même dure de cinq à six jours, puis il faut encore quatre jours pour la réfrigération.
Fourneaux Irancais pour carboniser la tourbe.
A Rolliau , dans les Vosges , on a adopté un autre genre de fourneau, dont le creuset arrondi est établi à 3"' 384"'"™ d^clévation, sous 1" 692"'''" d'épaisseur en bas et 1" 410'"'"'" d'épaisseur en baut. Dans leurs murs d'enceinte, construits de grés, se trouvent , à la moitié inférieure, trois rangs de soupiraux lun au-dessus de l'autre, qui peuvent être fermés à volonté par des bouclions de bois de forme conique, revêtus de terre argileuse. En outre , on ménage à la base du fourneau une porte qui, pendant la carbonisation, est formée de tuiles, sauf une petite ouverture qui est couverte avec une plaque en tôle. L'ouverture supérieure, — le trou en entonnoir ou de remplissage — est couverte avec une plaque en fonte, qui a dans son milieu un trou fermant également par un couvercle en tôle, au milieu duquel se trouve encore un nouvel orifice susceptible d'être fermé au moyen d'un second couvercle.
Le fourneau est rempli d'abord par la porte inférieure, et, de fait, au moyen de rangées régulières autour d'un mât de foyer, mais plus tard du haut par l'entonnoir. Lorsque le fourneau est comble, on retire le màt par le trou de remplissage, et on forme par là une ouverture dans laquelle on jette
quelques morceaux de tourbe enflammée pour embraser le fourneau.
Au commencement de l'opération, l'entonnoir reste ouvert, tandis que les deux rangées de trous supérieures sont fermées. On observe le progrés du feu parles soupiraux, en y appliquant un verre enchâssé dans un cadre. La tourbe parait-elle blanche par ces trous , on les ferme ; on ouvre la rangée qui se trouve au-dessus. Le fourneau cesse-t-il de fumer, après un laps de temps d'environ vingt heures, on met le grand couvercle de tôle sur le trou de remplissage, et on ferme peu à peu à mesure que le fourneau se refroidit avec les couvercles plus petits, l'ouverture restant dans le grand couvercle.
Après environ vingt-quatre heures de réfrigération, on fait une aspersion d'eau à la surface du fourneau et on bouche hermétiquement avec le petit couvercle. Lorsqu'à nouveau vingt-quatre heures se sont écoulées, le refroidissement est ordinairement terminé : on ouvre alors la porte inférieure et on retire les charbons par celte issue. On se sert aussi actuellement, avec avantage, de ces fourneaux dans le Wurtemberg.
On a essayé d'une autre espèce de fourneaux à Crouy; mais comme on s'y appliquait à gagner, par ce moyen, quelques produits secondaires, la disposition en est trop compliquée pour que nous la décrivions maintenant. On trouve à ce sujet, ainsi que relativement à la carbonisation en usage à Rolhau, une description détaillée dans les yinnales des mines.
— i49 - 2* série, deuxième livraison, 1829, pages 21 1 à 254.
De l'extraction du produit de la tourbe carbonisée.
La qualité et la quantité du produit de la carbonisation de la tourbe dépendent, outre le mode et la marche de la conversion en charbon, tellement de la nature des matières à carboniser, qu'il est absolument impossible de conclure, sans examen préalable, du produit d'une espèce de tourbe à un autre; cependant il sera bon d'indiquer ici les résultats moyens de quelques espèces de carbonisation des tourbes.
Le produit de la carbonisation en fourneaux dressés doit, selon Karsten, s'élever de 30 à 40 pour 100; néanmoins il n'existe pas de bases locales à cet égard.
Dans les fourneaux à carboniser la tourbe de Moser, à Weisenstadt, on obtient de 30 a 40 p. 1 00; et dans les fourneaux de Piothau, en terme moyen, 35 pour 1 00 d'après le volume, et 24 pour 1 00 d'après le poids. A cela il faut ajouter que les charbons de tourbe de Weisenstadt sont, d'après l'assurance de Moser, d'une si bonne qualité, qu'ils l'emportent de beaucoup sur les meilleurs charbons d'épicéas.
A L^ÉGARD DE h\ CAr.BOMSATION DE LA TOURBE , NOtS RECU3iaiA\D0NS
PE1XCIPALEME^T , OCTRE LES A\XALES DES MIXES DEJA CITÉES ,
LES OLVRAGES SCIVAXTS :
Un mot sur la rarbonisation de la touibe , par Tinspecteur des tourbes. — SiEHE. — Berlin, 1793.
L'économie des tourbières dans le Fichtelgebirge. — de SIoser. — Nuremberg, i8ao.
Harstek . — Science des forges, t . 1 , § 4 1 3 .
— 4ol — TROISIEME DIVISION.