PRÉFACE XXI
du marxisme est imputable à Malon qui a, le premier, abusé — je vais en fournir la preuve dans un instant — d'une expression de Guesde. La plupart de ceux qui ont emboîté le pas à Malon, seraient bien empêchés de dire d'où provient la phrase, Tunique phrase, qu'ils nous attribuent pour en faire le pivot de notre théorie.
Dans son numéro du 22 juillet 1881, le Citoyen d^Pam publiait, sous le titre — étranger, on voudra bien le reconnaître, à la philosophie de l'histoire — « candidature ouvrière et candidature de classe », un article de Guesde en réponse à une lettre d'un ami de Malon, M. F. Didelot, qui soutenait la thèse manueliste en matière électorale; c'est-à-dire que, d'après lui, devaient être seuls candidats les travailleurs manuels à l'exclusion des autres membres du parti.
Guesde, dans son article, reproduit textuellement tous les arguments de son adversaire et y répond successivement. Arrivé à celui-ci : « nous n'aurions ainsi que des dévouements réels et les transfuges désintéressés de la bourgeoisie », Guesde écrit avant de passera un autre.
XX II PHÉFACE
€ Soil. Mais sll ne nous faut dans nos rangs que des désintéressements, il ne nous reste qu'à licencier notre parti, qui ne repose que sur des intérêts à satisfaire, qui se vante d'être le parti du ventre et ne fait appel qu'à Tintérèt des prolétaires pour les jeter à Tassaut de la propriété bourgeoise I »
C'est tout. Il n'y a pas dans l'article de Guesde un mot de plus sur le « ventre » et il n'y a pas eu d'autre article où ce mot ait figuré en pareil cas. Malon le savait mieux que personne ; car, lorsqu'on le poussait sur ce point dans ses derniers retranchements, c'était finalement cette citation qu'il sortait ou faisait sortir. Et voici comment je répondais à cette exhibition dans le Socialiste du 26 novembre 1887 :
u Cette phrase d'un article de polémique courante impliquerait tout au plus que le parti marxiste pousse les prolétaires à vouloir avant tout la satisfaction de leur ventre ; mais, ni de près ni de loin, elle ne fait allusion à l'évolution humaine et à ses causes.
« Quand un général dresse un plan de campagne, il doit se préoccuper d'appliquer les résultats acquis de la science stratégique