XXXVI PRÉFACE
crime de lèse-patrie ». Il faudrait, à mon humble avis, être affligé d'un chauvinisme bien étroit et bien ombrageux pour faire les grands bras et pour jeter les hauts cris à cette occasioa. »
Et pourquoi les explosions factices d'un semblable chauvinisme seraient-elles excusables contre le fait d'accepter d'un Allemand une idée qui semble juste? Et pourquoi ce même fait serait-il coupable de la part des socialistes, quand on Fapprouve, nous l'avons vu, en matière d'antisocialisme, de religion, de science et d'art par exemple? Pourquoi ne serait-on pas en droit de dire, pour toutes les manifestations de l'intelligence, ce que le lemps disait pour l'art à propos de Verdi (i) :
« La haute distinction dont vient d'être honoré Verdi était, d'avance, désirée et ratifiée par tous les Français qui veulent maintenir à leur patrie son juste renom de nation hospitalière et compréhensive entre toutes....
« Les spectateurs qui ont applaudi Othello et ses admirables interprètes, applaudissaient de plus grand cœur encore le vieux composi-
(1) Le Temps, 14 octobre 1894, 1" page.
leur maigre les circonstances changeantes où Vart éternel et supérieur aux Jrontières ne saurait jamais être compromis, »
Avant de conclure, je rapporterai les réflexions du Journal des Débats. (i) au sujet de la nouvelle revue internationale, Cosmopolis ^ ouverte aux écrivains allemands :
« Et ne réalisât-elle pas d'ailleurs toutes les espérances qu'on est en droit de fonder sur sa publication, elle vaudrait encore d'être signalée comme un indice de cette incontestable
propension des peuples modernes à mettre, pour ainsi dire, en commun leurs idées, leurs sentiments et leurs aspirations. Par une contradiction au moins étrange, il semble, en effet, que les principales nations du globe, à mesure qu'elles élèvent plus haut les barrières politiques, économiques et militaires qui les séparent, s'efforcent de supprimer leurs Jrontières intellectuelles et cherchent de plus en plus, à établir une sorte d'internationalisme de la pensée. »
La cause, je crois, est entendue. Il faudra maintenant à nos adversaires quelque audace
(1) £d. blanche, 20 décembre 1895.
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XXXVIII l>RéFAGfi
pour oser nous reprocher notre adhésion à la théorie d'un AUemaad. En tout cas, nos amis auront des armes pour riposter.
Les socialistes doivent pouvoir répondre victorieusement à toutes les attaques. Il ne serait pas digne d'eux d'entamer certaines discussions, mais ils n'ont à en redouter aucune, et il leur faut suivre leurs ennemis sur tous les terrains. Tant pis pour ceux qui sont allés chercher des verges pour se faire fouetter ; ils n'ont, pour le passé et le présent, à s'en prendre qu'à eux-mêmes ; ils n'auront, pour le futur, qu'à devenir plus circonspects.