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ET RÉVOLUTION

LETIHE OUVERTE (l)

A M. R. Garofalo, baron, conseiller à la Cour d'Appel et professeur agrégé de rUniçersité de Naples.

Monsieur

A tous les titres que vous énumérez si complaisamment sur la couverture de votre volume publié ces jours-ci en français, La superstition socialiste, — on est d'autant plus fier d'être quelque chose, qu'on est plus empêché d'être quelqu'un — le contenu du volume, en prouvant que vous ne les avez vraiment pas volés, établit que vous ne songez nullement à joindre celui de parangon de loyauté.

Si vous vous étiez borné à rapetasser défectueusement de vieilles idées qui ne valaient pas cette

(i) Publiée dans le Socialiste du i5 septembre 1895.

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peine, il n'y aurait pas eu à s'occuper d'une si innocente élucubration ; mais vous avez, en outre, à Texeniple des Jonnart et des de la Berge, emboîté le pas à M. Yves Guyot (i) ; aussi ferai-je en

(i) M. Yves Guyot a, en iS93,dansundeses nombreux ouvrages contre le socialisme qui ne s'en porte pas plus mal, puis dans son journal qui ne s'en porte pas mieux, donné comme étant de moi une phrase que je n'ai jamais écrite. A la suite de mon démenti il eut, pour justifier son faux, recours au mensonge et soutint que, si cette phrase ne figurait plus dans mon volume, c'est que je l'avais supprimée après la disparition de la première édition qui, affirmait-il, la contenait. Ayant été mis par moi dans l'impossibilité de maintenir cette allégation, il se rabattit sur une phrase que, jusque-là, il n'avait pas songé à séparer de ce qui la précède et de ce qui la suit, lui prêtant ainsi un sens qu'en fait elle ne comporte pas.

Tout heureux de cette malpropre petite opération, l'ancien ministre des Chemins de fer du Sud et autres lieux, le domestique très zélé de l'excellent français, de Y « incorruptible », à la mode opportuniste, baron Jacques de Reinach, qui ne me pardonnera jamais de n'avoir pas écrit ce qu'il lui a plu de m'attribuer, a voulu se venger, et il ne se passe guère de jour sans qu'il se venge.

Probablement par affinité spéciale, il s'est inspiré pour cette vengeance d'un spécimen de la classe animale qui pratique le vol et produit des chanteurs. En effet, sa vengeance à mon égard consiste à faire le perroquet ; c'est même pourquoij ai refusé une satisfaction à mes fillettes. Conduites 1 autre semaine au Jardin d'accHmatation, elles admirèrent la. collection des perroquets et me dirent : « Oh 1 père, nous en voudrions bien un. » — Ah I non, merci, leur répondis-je, ça ferait deux, j'ai déjà Guyot et c'est assez.

De sorte que, pour le moment, notre ménagerie se compose du chien Patou, du chat Misti et du perroquet Guyot. Il me faut avouer que les deux premiers sont de beau-

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ce qui vous concerne ce que j'ai fait pour votre triste modèle, et relèverai-je les erreurs volontaires par vous commises à mon détriment .

Bien entendu, je laisse de côté ce qui n*est de votre part qu'appréciations ridiculement fausses de certaines de nos opinions. Ces appréciations

coup supérieurs au troisième dans Texécution des choses de leur compétence. Le perroquet Guyot, lui, répète indéfiniment comme doit faire tout perroquet, seulement il répète mal. Par exemple, le 24 juillet dernier, dans le Siècle qui lui sert de perchoir, il a prétendu que j* « appelle le jour bienheureux où « on se servira des moyens « que la science met à la portée de ceux qui ont quelque te chose à détruire ». En comparant cette phrase avec la mienne rapportée plus loin, on pourra juger de la perversité de l'animal.

Le rabâchage incessant de la même phrase plus ou moins dénaturée est particulier à Guyot, l'altération des textes est, semble-t-il, commune à tous les adversaires du socialisme.

Avant Guyot, le sénateur Bernard Lavergne avait agi comme lui et fabriqué de toutes pièces une phrase qui, à l'en croire, était de moi. Tout récemment j'ai eu l'occasion de feuilleter le volume d'un M. Boilley, intitulé : « Les trois socialismes». Si, sous la plume de son auteur, cette trinité diffère de l'autre en ce qu'elle est dépourvue de tout esprit, elle lui ressemble par les erreurs qu'elle renferme. Je suis cité plusieurs fois ; or, de toutes les citations qui me concernent, une seule, vous entendez bien, une seule est véritablement exacte.

Ce parti pris de tripatouillage chez les adversaires du socialisme prouve mieux que toute autre chose combien fréquemment les socialistes sont dans le vrai : leurs contradicteurs doivent modifier préalablement ce qu'ils disent pour pouvoir, avec une apparence déraison, y trouver à redire.

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ne pèchent pas, en tout cas, par leur nouveauté, et vous paraissez impuissant à leur infuser une valeur qui leur a originellement manqué et qu'elles n'ont pu acquérir en traînant partout. Quand ils sont intelligents, les adversaires du socialisme, si adversaires qu'ils soient, les dédaignent; ainsi M. Léon Say, il n'y a pas plus de trois semaines, dans le Journal des Débats (i), constatait, entre autres choses, que le socialisme n'était pas une chimère irréalisable et qu'il ne se confondait pas avec le brigandage.

Ce que je veux relever ici, ce ne sont donc pas des appréciations, si fausses soient-elles, de nos véritables opinions, ce sont des falsifications d'idées, ce s'ont des opinions que nous n'avons pas et que vous ne pouvez nous prêter qu'en travestissant en la circonstance ce que j'ai écrit.

Page 248, vous dites en parlant de moi : « Il conseille aux révolutionnaires de se munir de « toutes les ressources que la science met à la portée de ceux qui ont quelque chose à détruire » (donc, explosifs de toute espèce). »

Négligeant pour un instant l'impudente modiiication que vous avez fait subir à ma phrase et l'incapacité à peu près générale des écrivains bourgeois à orienter convenablement leur critique du socialisme, qui porte le plus souvent à faux, je suis surpris que vous n'ayez pas tourné

(f) Ed. blanche, %o août 1895,

VOS attaques contre ma thèse d'il y a déjà plus de douze ans en matière de révolution. Dans un ouvrage ayant pour titre La superstition socia^ liste, vous pouviez, en votre qualité d adversaire sans ménagements, être amené à montrer que cette thèse, en quelques-unes de ses parties, n'était que le résultat de la survivance d'anciennes traditions, que le passé s'était à mon insu imposé à moi quand je songeais à l'avenir.

Pour les socialistes comme pour les autres hommes, n'en doutez pas plus que nous, le fonds humain est le même. Et si, au début de son évolution physique, tout individu traverse les principales phases de transformation de la série animale, au point de vue intellectuel, quelle que soit la* direction dans laquelle des circonstances particulières engagent la pensée de chacun, les formes passées pèsent sur le cerveau de tous avant qu'il puisse parvenir à les raisonner. C'est pourquoi j'ai été conduit à considérer comme inséparable de toute révolution ce qui n'a été qu'accessoire, et à regarder comme inévitable une nouvelle révolution ainsi comprise.

Ce faisant, j'ai eu tort, je l'ai spontanément reconnu il y a longtemps déjà, et j'ai eu l'occasion d'exprimer publiquement ma manière de Voir actuelle à cet égard dans la conférence : t Socialisme, révolution, internatiooalisme » (i),

(i) Voir ci^dessus, p. 72 et suiv.

faite le 27 novembre 1893, a THôtel des Sociétés savantes, avant que les Guyot et consorts m'eussent reproché la phrase dont vous essayez, à votre tour, de tirer malhonnêtement parti.

Mon tort, à un moment, a été de comprendre la révolution de la façon qui étçiit celle de tout le monde et qui est encore trop générale en France. Je n'ai jamais dit plus que M. John Lemoinne dans le passage cité par M. Brunetière, lors de son discours de réception à l'Académie françai&v î) : « Comme tous les grands problèmes de ce li. !e, le problème de l'esclavage sera résolu par le fer et le feu, et Spartacus ramassera encore son droit de cité dans la poussière et dans la cendre des batailles. C'est le prix de toutes les grandes initiations. » Mais j'en ai dit presque autant.

Aujourd'hui, au contraire, je pense — et je ne fais que résumer ici ce que j'ai développé il y a deux ans — qu'une seule chose est essentielle pour caractériser une révolution dans le sens politique habituel du mot, c'est la rupture, sous une pression populaire, de la légalité : je pense que cette rupture peut parfaitement être pacifique, beaucoup plus pacifique même que certaines applications possibles de la légalité; je pense, enfin, qu'il n'y a théoriquement aucun obstacle à ce que

(1) Journal des Débats^ édition rose, supplément, »• coJ, j5 février 1894.

la conquête du pouvoir politique ait lieu légalement.

En fait s'opérera-t-elle ainsi, c'est ce qu'on ne saurait promettre, je l'ignore et personne n'en sait davantage. Aussi les conjectures ne sei vénielles à rien, pouvant se trouver démenties par les événements, et n'y a-t-il pas lieu pour l'instant de se préoccuper, à un point de vue quel conque, de ce qui sera déterminé par des circonètances indépendantes de notre volonté. Mais ce que je sais, c'est que toutes nos révolutions dont le souvenir nous a trop obsédés ou nous obsède trop, n'ont eu, en définitive, pour résultat que de faire passer le pouvoir d'une minorité aux mains d'une autre minorité (i); tandis

(i) « L'histoire a entièrement bouleversé les conditions daas lesquelles le prolétariat doit combattre. La tactique de i848 est aujourd'hui, quelque application qu'on en fasse, vieillie, et, à cette occasion, c'est un point qui mérite d'être examiné de plus près.

« Jusqu'ici, toutes les révolutions aboutissaient à remplacer la domination d'une classe par celle d'une autre; jusqu'ici, toutes les classes dominantes n'étaient qu'une petite minorité en face de la masse populaire dominée. Une mhjorité gouvernante était-elle renversée, une autre minorité saisissait à sa place la direction de l'Etat et conformait cette direction à ses intérêts. C'était chaque fois, la minorité préparée et appelée au pouvoir par l'état du développement économique, et précisément à cause de cela, et seulement à cause de cela, il arrivait que la majorité soumise, ou bien était associée aux profits de la révolution, ou se soumettait tranquillement à Ja révolution. Mais si nous faisons abstraction de l'objet concret de chaque cas particulier, la forme commune à

qu'il s*agit maintenant d'arracher le pouvoir politique à une minorité, à la minorité capitaliste, pour le donner à la masse travailleuse, à la majorité. Ce que je sais, c'est que cela ne peut s'effectuer par un mouvement mené comme autrefois, par la prise de l'Hôtel-de- Ville ou de monuments quelconques, fût-ce l'Elysée.

Il ne suffit pas de saisir le pouvoir par un coup de surprise, en supposant la chose possible^ il

toutes ces révolutions était qu'elles étaient des révolutions de minorité. Même quand la majorité y contribuait, elle ne le faisait, consciemment ou non, qu'au service d'une minorité. Mais, par là, ou aussi par l'attitude passive de la majorité, la minorité entretenait l'apparence qu'elle représentait le peuple tout entier.

« Après la première grande victoire, la minorité victorieuse se divisait ordinairement : une moitié se contentait des avantages obtenus, l'autre voulait aller plus loin encore, et formulait de nouvelles prétentions qui, en partie au moins, étaient aussi dans l'intérêt réel ou apparent de la grande masse populaire. Parfois, ces prétentions plus radicales l'emportaient même ; mais plus fréquemment ce succès n'était que momentané. La fraction plus modérée obtenait de nouveau la suprématie et, à la fin, ce qu'on avait gagné était de nouveau entièrement ou en partie perdu. Les vaincus criaient ensuite à la trahison, ou mettaient la défaite au compte du hasard. Mais en réalité les choses se passaient à peu près ainsi : les conquêtes de la première victoire étaient d'abord assurées par le succès du parti le plus radical ; si la nécessité momentanée était atteinte, les radicau:^ disparaissaient de la scène avec leurs conséquences. ^ (Fr. Engels, préface de La Lutte des classes en Fronça i848-i85o, par Karl Marx, p. 7; traduction française publiée par la Jeunesse socialiste, août 1895, p. 356-357)»

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faut le garder et le bien employer. Or, cjest à la majorité de la nation cette fois, ne l'oublions pas, a s'emparer du pouvoir, et c'est à elle-même à l'exercer ; c'est à elle à réaliser les réformes qu'elle aura en têle, dont elle aura déjà admis la nécessité. A cette majorité guidée par une même idée, le pouvoir servira efficacement pour mater les adversaires qui auraient la malencontreuse velléité de ne pas se soumettre à ce qui sera la loi ; mais une minorité quelle qu'elle soit, eût-elle le pouvoir, serait impuissante à imposer à une majorité qui n'en voudrait pas, la socialisation graduelle, adaptée à leur manière d'être, à leur mode d'exploitation ou de propriété, des moyens de production et l'organisation sociale du travail correspondante. Cette minorité serait vite écrasée, d'autant plus vite écrasée qu'elle aurait plus recours à la violence, et, loin de gagner à une tentative prématurée, l'œuvre socialiste s'en ressentirait fâcheusement pendant longtemps.

Ceux qui pensent autrement et qui, en accusant les autres d'avoir changé, se vantent d'être restés fidèles à la tradition, qui, alors que tout se transforme, croient à l'efficacilé immuable des vieux procédés révolutionnaires, sont des attardés réfractaires à la moindre investigation hors de la coquille dans laquelle ils se sont, une foi» pour toutes, enfermés. N'avoir pas changé — et, d'abord, depuis quand ? — si possible, n'est pas une qualité. Ce qui est blâmabl^, ce n'est pas de

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changer, ce peut être le motif du changement ; mais tel n'est pas le cas lorsque le changement sort de l'évolution des faits enfin comprise et, par suite, de l'évolution de l'intelligence mieux informée : la vie d'un homme pouri»ait être une, quoique ses opinions eussent plus ou moins varié, s'il n'avait jamais obéi qu'à la passion désintéressée de la vérité.

Tout change. Notre tactique ne peut pas plus ressembler à l'ancienne basée sur l'énergie révolutionnaire d'une minorité, que notre socialisme ne ressemble au socialisme de nos pères. De même que notre socialisme ne crée plus, qu'il s'adapte toujours aux faits, que la transformation , sociale par nous annoncée suivra l'évolution des phénomènes économiques et ne la précédera pas, de même notre tactique doit consister à attendre le succès de la masse antérieurement acquise au socialisme, et non plus le ralliement de la masse de la réussite préalable d'un mouvement (i).

(i) « Les conditions se sont changées pour la guerre des peuples non moins que pour la lutte des classes. Le temps des coups de main, des révolutions conduites par une petite minorité consciente, est passé. Là où il s'agit d'un changement complet de l'organisation sociale, les masses elles-mêmes doivent en être, elles doivent déjà avoir compris de quoi il s'agit, en quoi elles doivent intervenir. C'est ce que nous a appris l'histoire des cinquante dernières années. Mais pour que les masses comprennent ce qu'il y a à faire, il faut un long et persévérant travail, et ce travail, est précisément celui que nous poursuivons aujourd'hui avec un succès qui déses-

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Quel que soit le tempcramment héroïque de ceux qui se jugent modestement aptes à commander à la masse, il ne saurait plus élre question de la faire marcher. Désormais elle doit marcher d'elle-même ; elle marchera d'elle-même quand elle saura et, pour savoir, il suffit qu'elle apprenne à préciser ce qui est ea elle à Tétat d'aspirations confuses.

C'est là besogne de propagande ; aussi notre tactique doit-elle se consacrer à recruter des soldats conscients, à grossir les rangs du parti socialiste. Le jour où les élections révéleront à ce parti que le nombre de ses adhérents a atteint un certain chiffre, tout le monde sera fixé, majorité travailleuse comme minorité capitaliste, et le pouvoir — un pouvoir qui reposera sur des bases solides et pourra par conséquent accomplir sa tâche en toute efficacité — 'ne tardera guère à passer de celle-ci à celle-là d'une façon ou d'une autre, selon les circonstances en face desquelles on se trouvera alors placé, circonstances que personne ne peut dès maintenant indiquer avec certitude et au sujet desquelles il est donc fort inutile de discuter. ,

Voilà, monsieur, ce que vous auriez très justement pu me reprocher de n'avoir pas suffisamment compris à l'époque où j'écrivais V Aperçu

père nos adversaires.» (Fr. Engels, idem, p. iG ; traductioQ française publiée par la Jeunesse socialùte, septembre 1895, p. 399\

sur le socialisme scientifique. Vous avez préféré recourir à la falsification de certaines thèses de cette étude ; pour dévoiler votre mauvaise foi, la modification survenue dans ma manière de voir en matière de révolution importe peu, et je ne m'appuierai que sur ce que j'ai exposé dans cette étude même. •

Après avoir (i) condamné les « mouvements partiels dus à l'initiative d'individualités, de groupes ou même de villes » et constaté que « la tâche des révolutionnaires n'est pas de déterminer rheure de la révolution », qu'ils « n'ont qu'à organiser les éléments intellectuels, à recruter l'armée capable de faire tourner à"son profit les événements qui s'élaborent », j'ai ajouté — et je reproduis ici le paragraphe entier sans y corriger un mot:

« Les révolutionnaires n'ont pas plus à choisir les armes qu'à décider du jour de la révolution. Ils n'auront à cet égard qu'à se préoccuper d'une chose: de l'efficacité de leurs armes, sans s'inquiéter de leur nature. Il leur faudra évidemment, afin de s'assurer les chances de victoire, n'être pas inférieurs à leurs adversaires, et, par conséquent, utiliser toutes les ressources que la science met à la portée de ceux qui ont quelque chose à détruire. Sont mal venus à les blâmer

(i) Zre Capital de Karl Marx, résumé et accompagné d*un Aperçu sur le socialisme scientifique, p. 58.

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ceux qui les forcent à monter à leur niveau, qui, dans notre siècle dit civilisé, président aux boucheries humaines Tensanglantant périodiquement et s'attachent à perfectionner les engins de destruction» (i).

Tel est le texte exact de la phrase et de ce qui accompage la phrase que, après M. Yves Guyot, vous dénaturez. Qu'implique ce passage? 11 implique, avec un regret personnel indéniable de l'emploi perfectionné de certains engins, que, si on a à se battre, on est pourtant obligé de a mon* ter au niveau » de ses adversaires. J'ai pu me tromper — seulement, cela, vous ne l'avez ni critiqué, ni relevé — en pensant qu'on aura sans métaphore à se battre ; ainsi que je l'ai expliqué tout à l'heure, c'est là le vieux jeu qui ne cadre plus avec les conditions actuelles de lutte et de succès ; toutefois, la nécessité du combat admise, j'ai incontestablement raison, comme ont raison les nations dont les ministères de la Guerre et de la Marine visent à imiter, que dis-je, à surpasser la puissance destructrice de l'armement et, en pjarticulier, des substances explosives, possédés par les autres.

M. Yves Guyot reconnaît que je n'ai parlé que pour l'avenir, mais il imagine que j' « appelle le jour bienheureux où on se servira » des armes, quelles qu'elles soient. Vous, monsieur, vous pla-

(i) /dem, p. 58-59.

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cez la chose au présent et écrivez que je « conseille aux révolutionnaires de se munir d'explosifs de toute espèce ». Qu'on relise mon texte tel que je l'ai publié et tel que je viens de le reproduire, et qu'on apprécie Thonnêteté de l'une et de l'autre de ces interprétations.

Page 249, vous prétendez que nous poursuivons et annonçons entre autres choses le « massacre des riches », et votre prétexte pour cela est que j'ai dit du paysan qu'il assisterait « impassible à Texpropriation des grands propriétaires, et même à quelque chose de plus, pour le cas où ceux-ci auraient la maladroite inspiration de faire les récalcitrants ». Dans cette citation, vous mettez en italiques les mots : « et même à quelque chose de plus », puis vous ajoutez entre parenthèses : « promesse suffisamment claire de nouveaux massacres de septembre ». Votre commentaire est erroné — nous ne sommes pas de ceux qui ont pour programme l'imitation servile de la grande Révolution du siècle dernier — et votre conclusion est une calomnie.

La citation par vous faite est tirée de la page 61 de mon Aperçu ; or, page 69, tout en croyant alors à la nécessité d'une révolution violente pour la conquête des pouvoirs publics, j'établissais que la transformation économique, elle, s'eflectuera légalement, que la force ouvrière « une fois maîtresse du pouvoir politique, fera à son tour une légalité ûouvelle, et procédera léga-

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ment à l'expropriation éco^^omique ». Le « quelque chose de plus » dont vous tirez des effets dramatiques, ne comporte, par conséquent, que l'application de la loi à qui ne se soumettrait pas de bon gré. Ceux qui violent la légalité courante, n'est-ce pas, monsieur le conseiller à la Cour d'appel? sont punis; ceux qui violeront la légalité nouvelle seront mis dans l'impossibilité de lui nuire. Qu'y a-t-il d'étrange à cela? Voudriezvous, par hasard, qu'on les récompensât?

Gomment, d'ailleurs, oser parler de « massacre des riches » quand, page 62, vous avez pu lire : « Les capitaux ayant fait retour à la collectivité, le capitaliste aura disparu en tant que capitaliste ; en tant qu'homme, les moyens de production socialisés seront à la disposition de son activité aux mêmes conditions que pour tous et, comme tous, il touchera la rétribution afiTérente à son temps de travail. S'il est infirme ou vieux, la collectivité Tentretiendra, comme elle entretiendra largement tous les vieillards et tous les infirmes ». Vous avouerez qu'il serait diflîcile de les rétribuer ou de les entretenir à la page 62, si, page 61, ils avaient commencé par être massacrés.

Ma démonstration est achevée et votre improbiténe peut plus faire doute pour personne. J'aurais terminé si la forme dans votre ouvrage valait mieux que le fond ; mais il n'en est rien, et il me reste à ce sujet une observation à vous adresser.

Lorsque vous me nommez, vous dites « Gabriel Deville » ou « Deville ». Cette façon de parler, de mise seulement à Tégard des personnes d'une très grande notoriété, ne peut être en ce qui me concerne que la conséquence de Timpolitesse professionnelle de la magistrature. Quand vous êtes sur vot: e siège, on est bien obligé de supporter des tournures de langage auxquelles je n^auraîs rien à objecter si elles étaient absolument les mêmes pour tous sans exceptioa. Ici vous ne siégez pas, et, la différence que sur votre siège) vous faites entre les classes, je veux la faire moi. aussi;: ce que je trouve tout naturel de la part: d'un coreligionnaire, je ne puis le permettre à un. baron en exercice, à un conseiller de bassecour d'appel hors de son comptoir :

— Garofalo, à bas les pattes ; moins de familiarité et un peuplus de tenue, s'il vous plaît, mon garçon.-

Paris, le a septe.nbrc i8f)5.

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