PL IV
SECTION III
De la matrice considérée dans lélat de grossesse.
D. Quels sont les changemens que la matrice éprouve dans le temps de la grossesse ?
R. La matrice en éprouve de si grands qu'on a peine à s'en rendre compte : elle acquiert un volume immensément plus grand ; elle semble changer de nature et prendre une nouvelle organisation : ses propriétés vitales se développent en même temps , et elle devient capable d'une très forte action. Ces ciiangemens sont peu remarquables dans les premiers jours de la grossesse ; mais , après ce temps, le toucher nous fait assez bien connoître ceux qui s'opèrent dans sa forme et dans son volume. On observe que le corps de ce viscère se développe et s'arrondit, de manière que le fond s'élève graduellement jusqu'au-dessus de l'ombilic dans les six premiers mois, et continue de le faire dans le septième et le huitième, au point qu'il touche presque au cartilage xiphoïde ; qu'au lieu de s'élever encore pendant le neuvième mois ,, il semble descendre; de sorte que le ventre paroît plus bas aux approches de l'accouchement.
Le col de la matrice n'éprouve aucun changement avant le sixième mois; mais alors
il commence à se développer ; il s'épaissit d'abord vers sa base , et diminue de longueur insensiblement jusqu'à ce qu'il soit complètement effacé : l'orifice se dilate ensuite, et peut admettre le doigt.
L'époqse où cet orifice commence à s'ouvrir n'est cependant pas la même chez toutes les femmes : quelquefois il est assez ouvert pour recevoir le doigt dès le huitième mois et même plus tôt, surtout chez les femmes qui ont eu déjà des enfans ; d'autres fois il reste fermé jusqu'au moment des douleurs de l'accouchement.
Dans le dernier temps de la grossesse , la matrice paroît de dix à douze pouces de longueur sur sept à huit de largeur dans le • milieu de son corps. Cette augmentation s'opère sans que l'épaisseur des parois diminue sensiblement, excepté cependant auprès de l'orifice, où elle devient très mince.
D. La matrice èprouve-t-elle quelques déplacemens dans le cours de la grossesse ?
R. Il est assez ordinaire de la trouver plus basse dans les deux premiers mois; mais par la suite son orifice s'éloigne de la vulve à mesure qu'elle s'élève dans le bas-ventre: presque toujours son fond se porte vers l'un ou l'autre coté, ou se déjette en devant audessus des os pubis. Ces déplacemens se nomment obliquité. ( Voyez l'art. Obliquité. )
D. De quelle action la matrice est-elle susceptible ?
DES ACCOUCHEMEiVS. 7 5
R. La matrice est douée de la faculté de revenir sur elle-même, de se resserrer, et de se réduire h un très petit volume, à mesure que les substances qui l'avoient forcée de se dilater s'en évacuent : cette faculté se nomme action tonique. Elle jouit éminemment d'une autre action beaucoup plus forte , appelée contraction , au moyen de laquelle elle expulse l'enfant , le délivre , et les autres corps solides qui peuvent s'y développer. Cette contraction ne dure qu'un instant ; elle cesse , et recommence après un intervalle de quelques minutes , et se reproduit ainsi jusqu'à ce que l'accouchement soit terminé. {^Voyez X d^vl. Douleurs de r accouchement.^
D. Quel est Vétat de la matrice après r accouchement ?
R. La matrice , se resserrant et diminuant de capacité à mesure que l'enfant s'en dégage , se trouve réduite immédiatement après raccouchement , à un volume tel que son fond est plus bas que l'ombilic. Elle perd encore de ce volume, à la sortie du placenta, et n'excède guère celui du point aptes la délivrance : mais elle ne tarde pas a se tuméfier un peu, par rapport à l'engorgement de ses parois , pour diminuer insensiblement ensuite, et revenir plus lentement encore a son état naturel ; ce qui n'a lieu qu'au bout d'un mois, même six semaines, et quelquefois plus tard.
D. La matrice se resserre-t-elle aussi promptement et au même point chez toutes les femmes , après la sortie de V enfant?
R. Non : il arrive quelquefois qu'elle ne se resserre pas dans les proportions ci-dessus , soit parce que ses facultés se trouvent affaiblies par un travail trop long, soit parce quelle se délivre trop promptement de l'enfant ; dans l'un et l'autre cas, ses parois tombent dans une espèce d'affaissement et de relâcliement, au lieu de se contracter et de se durcir, comme dans le précédent; la matrice reste souple et flasque au toucher : on a peine à la distinguer et à la reconnoître. On a coutume d'exprimer cet état de foiblesse et de relâchement par le mot atonie ou inertie : il peut avoir des suites très fâcheuses, comme on le verra ci-après, (i)
EXPLICATION