‹ Principes sur l'art des accouchementsChapitre 24 sur 41 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Des règles , de la fécondité y de la stérilité, et de la conception^ de la grossesse , et du produit de la conception.

ARTICLE PREMIER

Des règles, de la fécondité ^ de la stérilité y et de la conception.

SECTION PREMIERE

Des régies.

D. (^u'^ENTENDEz-vous par régies?

R. On désigne sous ce nom l'évacuation de sang qui se fait périodiquement par Je vagin , depuis l'âge de douze à quatorze ans jusqu'à celui de quarante-cinq à cinquante. On substitue à cette dénomination celle de mois, àc fwx lunaire ^ à.Q flux menstruel , ai ordinaires y etc.

D. Les régies commencent-elles toujours

à paroitj'e à l'âge de douze à quatorze ans y et cessent- elles constamment a celui de quarante a cinquante P

R. Non : elles paroissent quelquefois beaucoup plus tôt, souvent plus tard, et finissent de même. On a vu des enfans à peine sortis du berceau éprouver cette évacuation ; et des femmes y être sujettes jusque dans l'extrême vieillesse.

D. Toutes les femmes sont-elles réglées ?

R. Il en est bien peu qui ne le soient pas ; et il n'est pas rare chez ces femmes qu'une évacuation quelconque, telle qu'un saignement de nez, un £lux hémorrhoïdal , ou toute autre hémorrhagie, même une diarrhée, ne remplace périodiquement les règles. Ces femmes sont regardées comme inhabiles à la génération.

D. D'où vient le sang des régies ?

R, Ce sang transsude de la surface interne de la matrice par les ouvertures nombreuses qu'on appelle orifices des sinus utérins ; et , dans l'opinion de quelques auteurs , il découle immédiatement des artères ou des veines de la matrice. Les vaisseaux du vagin et ceux du museau de tanche en fournissent peut-être une partie.

D. Quelle est la qualité du sang des régies ?

R. Chez une femme saine, ce sang est pur comme celui qu'on tireroit d'une veine du bras : il n'a aucune des mauvaises qualités que des auteurs lui ont assignées, et

DES AGCOUCHEMENS. 79

auxquelles on n'a que trop ajouté foi, comme de faire tourner à l'aigre des liqueurs en fermentation ou les boissons fermentées , d'exciter la pourriture des viandes , de ronger le fer, etc. , etc.

Si on le trouve altéré, et d'une odeur fétide, etc., chez quelques femmes, il faut l'attribuera leur mauvaise santé, à l'altération de leurs humeurs, à quelques maladies des voies utérines, ou à ce que ces femmes négligent, dans le temps de cette évacuation même, les soins que demande la propreté.

D. Les règles reparoissent-elles souvent , et de combien est leur durée ?

R. La plupart des femmes n'éprouvent cette évacuation qu'une fois le mois ; quelques unes sont réglées tous les quinze à vingt jours, et d'autres quelques fois seulement dans le cours d'une année.

Sa durée est de quatre à six jours, de huit à l'égard de certaines femmes; et chez d'autres les règles n'ont lieu que pendant un jour, et même moins.

D. Quelle est la quantité de sang qui s'éçacue chaque Jois ?

R. On ne peut l'apprécier, quoiqu'on l'estime de trois à quatre onces, parce qu'elle diffère selon la constitution de la femme , sa manière de vivre, le climat qu'elle habite, etc. Les femmes d'une constitution sanguine perdent en général plus que les autres ; celles qui habitent les villes et qui

8o PRINCIPES SUR l'art

vivent dans l'aisance, plus que celles de la campagne , qui font plus d'exercice , et se nourrissent d'alimens grossiers et peu succulens.

D. Les femmes enceintes sont -elles réglées ?

R. Non : cette évacuation se supprime pendant la grossesse , et ne reparoît , le plus souvent chez les femmes qui ne nourrissent pas leurs enfans, que six semaines ou deux mois après l'accouchement , et même plus tard. Il s'en trouve néanmoins qui sont réglées une ou deux fois dans le commencement de la grossesse; quelques unes jusqu'à un terme plus avancé; mais il y en a bien peu, s'il en existe, chez qui cette évacuation se soutienne périodiquement jusqu'au moment de l'accouchement.

D. D'où vient le sang des règles pendant la grossesse ?

R. Il ne peut venir de toute la surface interne du corps de la matrice , comme chez les femmes qui ne sont pas enceintes , puisque le produit de la conception remplit la cavité de ce viscère, et y est adhérent de toutes parts. On présume , avec raison , que ce sang ne vient que des vaisseaux du col de la matrice, et peut-être de quelques uns du vagin : aussi a-t-on observé que les règles étoient alors moins abondantes et plus séreuses.

D. Peut-on assurer qu'une femme a été

DES AGGOUCHEMENS. Sî

réglée pendant sa grossesse , parce qu'elle a perdu du sang de temps a autre ?

R. Non : pour qu'une femme soit réglée, il faut que l'évacuation dont il s'agit vienne périodiquement, comme avant la grossesse, et aux mêmes époques. Celle qui ne voit du sang qu'à des intervalles irréguliers, est dans un état de perte; et presque toujours ce sang vient de ce qu'une portion du placenta s'est détachée de la matrice.

D. Est' il bien important de distinguer les règles d'avec la perte ?

R. Cette distinction seroit utile en quelques cas, mais elle est bien difficile à établir. Elle seroit utile , en ce que les règles , qui sont une évacuation naturelle , ne peuvent influer aussi défavorablement sur la grossesse qu'une perte qui proviendroit du détachement d'une portion du placenta : peu abondantes alors, elles durent peu de temps; et, s'arrêtant d'elles-mêmes, elles soulagent la femme au lieu de l'affciblir : mais il n'en est pas de même de la perte, qui peut augmenter si l'on ne prend des précautions convenables , et être suivie de fausse couche ou d'accouchement prématuré.

D. Comment pourroit' on distinguer ces deux espèces d'évacuations?

R. Voici quelques observations qui peuvent servir à établir cette distinction. Les règles paroissent au temps marqué comme avant la grossesse; le sang coule en petite

82 PttîV CîPES SUR L^ART

quantité ; il est plus fluide , plus pâle , se coagule difficilement, et cette évacuation n'est précédée d'aucune cause remarquable à laquelle on puisse l'attribuer. La perte , au contraire, s'annonce à la suite de Tune de ces causes; tantôt c'est une chute, un effort , une violente passion qui la déterminent, ou bien c'est une pléthore excessive. Elle n'a point de temps marqué; elle est accompagnée d'un sentiment de pesanteur, de douleurs sourdes vers les lombes et la matrice, le sang en est plus épais, plus rouge , se coagule plus aisément , et souvent il sort sous forme de caillot.

D. Les femmes enceintes dowent-elles prendre quelques précautions pendant le cours des règles?

R. Lorsque cette évacuation est peu abondante, la femme évitera de faire de grands mouvemens et d'excès dans le régime ; mais elle gardera le repos, elle restera au lit, et elle fera usage de quelques boissons tem? pérantes et acidulés, si les règles deviennent abondantes : si elles se renouveloient ainsi tous les mois, il seroit à propos d'en prévenir le retour ou de le modérer, par une saignée du bras faite quelques jours avant leur apparition , et lorsque la femme en éprouve les symptômes avant-coureurs.

D. Que doit-on prescrire a la femme dans le cas de perte ?

R. Lorsque la perte ne fait que s'annon-

DES accouchemens. 83

cer, si elle n'a pour cause qu'un mouvement violent, une passion vive, etc., la conduite que doit tenir la femme est encore celle qui vient d'être prescrite; mais quand cet accident provient de la plénitude des vaisseaux qui a détruit une partie des adhérences du placenta, il faut commencer par une ou deux petites saignées du bras, prescrire le repos le plus exact, donner des boissons fortement acidulées, et employer encore d'autres moyens selon que l'accident devient plus ou moins grave, (i)

D. Les femmes qui allaitent leurs enfans sont-elles réglées comme dans V état habituel?

R. Il est rare que ces femmes soient sujettes à cette évacuation périodique. Les règles ne reparoissent chez la plupart que lorsqu'elles ont sevré l'enfant; et chez d'autres, que vers la fin de l'allaitement , après les huit ou dix premiers mois, et rarement avant. Il en est cependant aussi chez qui les règles reviennent plus tôt, et l'opinion qu'on a de ces femmes est telle , qu'on les regarde généralement comme de mauvaises nourrices.

D. Pourquoi ces femmes ne seroient-elles pas aussi bonnes nourrices que les autres?

R. î°. Une nourrice qui est réglée périodiquement et dès les premiers temps , est

(i) Voyez l'article Perte , dans la suite de cet ouvrage.

plus disposée qu'une autre à devenir grosse; 2°. son lait souvent s'éclaircit et diminue pendant le cours des règles ; et quelquefois il s'altère au point d'influer sur la santé de l'enfant. Mais il est beaucoup de femmes dont le lait ne perd aucune de ses bonnes qualités, quoiqu'elles soient réglées tous les mois : s'il convient de changer l'enfant de nourrice dans le premier cas , on ne seroit nullement fondé à le faire dans le second.

SECTION II

De la fécondité et de la stérilité.

D. Qu'est-ce que la fécondité?

R. La fécondité, chez la femme, est la faculté de concevoir.

D. ^ quel âge la femme jouit-elle de celte faculté ?

R, Dès qu'une femme est bien réglée, elle peut concevoir et devenir grosse, et elle ne perd cette faculté qu'après la cessation absolue des règles : conséquemment elle est féconde, dans les climats tempérés, depuis l'âge de douze à quatorze ans jusqu'à celui de quarante-cinq à cinquante.

D. La femme ne peut-elle pas devenir grosse avant la première apparition des règles , et après leur cessation absolue ?

R. Quoique les règles soient le présage de

la fécondité, et que la plupart des femmes ne conçoivent qu'autant que cette évacuation s'est manifestée et se manifeste encore à l'ordinaire, il en est cependant qui ont conçu ou qui sont devenues grosses avant d'être réglées, et d'autres, plusieurs années après la suppression absolue de cette évacuation.

D. D'où provient la fécondité?

R, Cette aptitude à concevoir ne paroît pas seulement une suite de la bonne constitution de la femme, de la bonne conformation des parties de la génération, de la qualité des fluides qui arrosent ces parties , et de la sensibilité dont elles jouissent; car on ne voit que trop de femmes valétudinaires, infirmes même, concevoir et devenir mères, tandis que d'autres restent stériles , quoique bien constituées.

D. Qu est-ce que la stérilité?

R. La stérilité est l'inaptitude à concevoir; c'est la privation de la faculté connue sous le nom de fécondité. La stérilité est chez la femme la même chose que l'impuissance chez l'homme.

D. Quelles sont les causes de la stérilité?

R. L'obturation du vagin et celle du col de la matrice sont les seules causes apparentes de stérilité : tant qu'elles existent, la femme ne peut concevoir; mais il n'est pas difficile de détruire ces obstacles. Les vices de conformation des parties tant externes qu'internes de la génération ; la mauvaise qualité

des fluides qui arrosent et qui vivifient toutes ces parties; le défaut accidentel d'évacuations menstruelles , ou leur abondance ; les écoulemens d'humeurs blanches qu'éprouvent habituellement certaines femmes, l'embonpoint excessif, etc. , qu'on a regardés comme autant de causes de stérilité , ne peuvent passer absolument pour telles.

D. Est-il facile de déterminer d'ouproi^ient la stérilité de beaucoup de femmes?

R. Il est d'autant plus difficile de le faire, que souvent on a vu des femmes très fécondes , quoique affectées de plusieurs de ces maladies , ou de ces vices de conformation dont on vient de parler, tandis que d'autres femmes saines, du moins en apparence , et bien conformées , sont restées stériles. Combien n'en a-t-on pas vu de ces dernières long -temps stériles avec un premier mari , et avoir des enfans avec un second, ou ne pouvoir en donner à celui-ci, quoique en ayant eu plusieurs en premières noces !

D. "^Ne peut-on pas remédier a la stérilité?

R. On peut y remédier en beaucoup de cas, surtout lorsqu'elle dépend de l'obturation du vagin et de celle du col de la matrice, ou de quelques unes des maladies qui semblent devoir rendre la femme stérile, etc.; mais les moyens d'y parvenir , toujours audessus des lumières d'une sage-femme, sont

du ressort d'un accoucheur instruit , ou du médecin.

SECTION III

De la conception et de la génération.

D. Qu^ EST-CE que la conception ?

R. On ne sauroit en donner une définition bien claire. C'est l'union, qui se fait dans le sein de la femme, des principes nécessaires à la formation de l'enfant et de ses dépendances. L'arrangement , le développement de ces mêmes principes se nomment génération.

D. Quels sont les principes que V homme et la femme fournissent a la génération ?

R. La nature de ces principes nous est inconnue. L'Etre suprême a couvert d'un voile impénétrable tout ce qui a rapport à la génération ; et , malgré le travail infatigable des plus savans naturalistes , nous ignorerons encore long-temps comment s'accomplit cette fonction , surtout en quoi l'homme et la femme y contribuent. Tous les systèmes établis à ce sujet se réduisent à deux principaux : l'un dans lequel on admet le mélange des semences fournies par les deux sexes ; l'autre dans lequel on suppose , chez la femme , des œufs qui contiennent les rudimens du fœtus, et que l'homme ne fait que féconder ou vivifier : ce dernier

système est le plus généralement admis ; et le premier n'a aujourd'hui que très peu de partisans.

D. Dans quelle partie de la femme se fait la conception ?

R. Quel que soit le système qu'on admette, celui du mélange des liqueurs prolifiques, ou celui des œufs , on s'accorde généralement sur le lieu où se fait la conception : on croit que c'est dans l'un des ovaires où l'on a trouvé des enfans bien formés. Dans l'un de ces systèmes , l'œuf fécondé dans l'ovaire s'en détache , en est exprimé par le pavillon de la trompe , et transporté dans la matrice , où il se nourrit et se développe pendant neuf mois ou environ. Quelquefois ce premier produit de la conception s'arrête da-ns le milieu de la trompe , et s'y développe de même pendant plus ou moins de temps ; d'autres fois , le pavillon de cette trompe le laisse échapper, et il tombe dans le bas-ventre, où il peut aussi se développer ; ce qui constitue autant d'espèces de grossesses , que nous indiquerons dans la suite.

D. Le produit de la conception est-il toujours de la même nature?

R. Si l'on peut assurer qu'il est constamment de la même nature dans les premiers momens, du moins présente-t-il quelquefois de grandes différences dans la suite. S'il en provient presque toujours un ou plusieurs enfans avec leurs annexes, quelquefois il n'en

résulte qu'une espèce de masse fongueuse et comme charnue , qu'on désigne sous le nom de mole , ou àe faux germe : de là ces dénominations de bonne conception et de fausse conception,

D. Quels sont les signes qui dénotent qu'une femme vient de concevoir?

R. Il n'en existe pas d'après lesquels on puisse l'assurer sans craindre de se tromper. Si quelques femmes éprouvent , à l'instant même de la conception , des cliangemens remarquables dans leur manière d'être , soit en bien , soit en mal , qui les portent à croire qu'elles viennent de concevoir , le plus grand nombre n'en est affecté en aucune façon.

ARTICLE IL

De la grossesse et de ses différentes espèces; des signes qui les font reconnoître ; du toucher.

SECTION PREMIÈRE

De la grossesse et de ses espèces,

D. Qu'est-ce que la grossesse ?

R. On désigne sous ce nom l'état d'une femme qui a conçu, et qui porte en elle le produit de la conception.

QO PRINCIPES SUR l'art

D. Combien peut-on établir d'espèces de grossesses P

R. On ne peut en étal)lir que deux espèces générales , qui diffèrent par la nature du produit de la conception. L'une est formée par un ou plusieurs enfans avec leurs dépendances : on doit l'appeler uraie grossesse; l'autre, qui est également la suite de la conception , n'étant formée que d'une masse fongueuse de la nature du placenta , qu'on désigne tantôt sous le nom de mole, tantôt sous celui de Jaux germe , se nomme fausse grossesse. ( i )

D. La vraie grossesse ne présente-t-elle pas elle-même différentes espèces ?

R. La vraie grossesse présente de très grandes différences : i^. selon le lieu où se développent les substances qui la constituent; 2^. selon le nombre d'enfans qui la forment ; 3^. selon les accidens qui l'accompagnent ; et, relativement à toutes ces différences, elle a reçu des dénominations particulières.

On appelle bonne grossesse, grossesse ordinaire, grossesse utérine ^ celle où le produit de la conception se développe dans la

(i) On a également (ionné le nom de fausses grossesses à diverses affections ou maladies, comme l'hydropisie de la matrice , des amas de sang dans ce viscère , etc. ; mais une telle dénomination ne pouvant caractériser ces maladies , ne leur convient nullement.

DES ACCOUCHF.MENS. 9I

matrice; et on la distingue en simple, en composée , et en compliquée. La grossesse simple, qui est la plus ordinaire, est celle où il n'y a qu'un seul enfant ; la grossesse composée , celle où il se trouve plusieurs enfans, ou bien un seul avec une môle ou faux germe : l'une et l'autre de ces grossesses peuvent être compliquées d'accidens ou de maladies.

La grossesse extra-utérine , qu'on peut appeler maiwaise gîX)ssesse , parce que Tissue en est toujours fâcheuse , a reçu également des dénominations particulières selon le lieu où se trouvent l'enfant et ses dépendances : on Vii\M^e\\e grossesse tubaire ^ quand elle est dans l'une des trompes ; des ovaù^es , quand elle a son siège dans l'un des ovaires ; enfin , grossesse abdominale , lorsque l'enfant se développe dans le bas-ventre même.

Il peut exister en même temps une grossesse utérine et une grossesse extra-utérine; mais les exemples en sont rares.

SECTION II

Des signes de la grossesse.

D. Quels sont les signes de la grossesse ?

R. On a toujours distingué ces signes en rationnels et en sensibles. Les premiers se déduisent des cliangeniens que la femme éprouve dans sa manière d'être ; tels que la

gi PRINCIPES SUR L ART

suppression des règles , les lassitudes spontanées , les dégoûts , les nausées , les vomisseniens , le désir de certaines choses de peu d'usage , soit comme alimens ou comme boissons , le gonflement et la tension douloureuse des mamelles, etc. Les signes sensibles ne se découvrent qu'au moyen du toucher ou de la vue.

D. Peut-on assurer d'après les signes rationnels que la femme est grosse ?

R. Si le plus grand nombre des femmes qui éprouvent ces symptômes sont réellement enceintes , il en est quelques unes qui ne le sont pas , et chez lesquelles ces symptômes ne dépendent que de la suppression des règles. La grossesse d'ailleurs ne donne pas toujours lieu à ces petits accidens ; s'ils en ont paru comme autant de signes , il faut convenir qu'ils sont très douteux.

La sécrétion du lait , son excrétion par les mamelons , ne sont pas des indices plus sûrs de la grossesse , puisqu'on a remarqué l'une et l'autre à la suite d'une suppression accidentelle des règles , et même chez de très jeunes filles, (i)

D. Les signes sensibles de la grossesse sont-ils plus sûrs que les signes rationnels?

(i) On a vu à Paris une petite fille de l'âge de huit ans, en fournir abondamment, de la meilleure qualité , et assez pour aider sa mère à supporter le fardeau de l'allaitement , et nourrir elle-même son petit frère pendant plusieurs mois.

DES ACCOUCHEMENS. qS

R. Ces signes , qu'on ne déduit que de l'état de la matrice , des cliangemens qu'elle a éprouvés , et de l'existence de l'enfant , ne laissent aucun doute sur la grossesse ; ils en font même connoître l'espèce , dans le plus grand nombre des cas, ainsi que le terme auquel elle est parvenue : le toucher est le seul moyen de bien juger de toutes ces choses.

»'«f-%/^<V»>^ %^«^%/%/»rl^ ^^^^

SECTION III

Du toucher j de son utilité dans Vart des accouchemens, et de la manière d'j,procéder?

D. Que doit-on entendre par le toucher, dans le sens relatif a Vart des accouchemens?

R, Le toucher, dans ce sens, consiste à porter le doigt dans le vagin, pour s'assurer de l'état de la matrice et de ce qu'elle renferme. On peut l'entendre également de l'application des mains à l'extérieur du ventre, faite dans les mêmes vues.

D. Le toucher est-il d'une grande utilité dans Vart des accouchemens ?

R. Il est tellement utile , qu'on doit le regarder comme la boussole de l'accoucheur, et qu'aucun autre sens ne peut y suppléer. Les occasions de le pratiquer sont très fréquentes. C'est par le toucher qu'on juge de la bonne ou de la mauvaise conformation du bassin ; de l'état sain ou morbifique des

g4 PRIJNCIPES .SUR L ART

parties internes de la génération ; qu'on reconnoît la grossesse, et qu'on apprécie ses différens termes; qu'on distingue la grossesse utérine d'avec la grossesse extra- utérine, et la grossesse composée d'avec la simple ; les vraies douleurs de l'enfantement d'avec les fausses douleurs, ou celles qui lui sont étrangères ; enfin , c'est par lui que nous jugeons des progrès du travail, que nous reconnoissons la partie que l'enfant présente à l'orifice de la matrice, la position de cette partie, etc., etc.

D. Comment doit-on procéder au toucher?

R. Pour se rendre habile dans l'art de toucher, il faudroit s'exercer fréquemment et sur beaucoup de femmes, en commençant par celles qui ne sont pas enceintes , afin de prendre une connoissance exacte de la matrice dans l'état naturel ou de vacuité : car ce n'est qu'au moyen de ces connoissances préliminaires, qu'on peut apprécier les changemens que la grossesse ou certaines affections morbifiques ont opérés dans^ la forme et le volume de la matrice.

On touchera d'abord la femme debout , pour juger plus sainement de la position de la matrice, de sa pesanteur et de sa mobilité ; et ensuite étant couchée sur le dos, pour mieux en apprécier le volume. Le doigt indicateur de l'une ou l'autre main étant enduit de beurre , de pommade ou de tout autre corps gras , on cherche doucement

DES A.CCOUCHEMENS. g5

l'entrée du vagin, en écartant les grandes lèvres , et on Tintroduit jusqu'à ce qu'on rencontre le museau de tanche. On examine quelle est la longueur, la grosseur, la dureté de cette partie , et le degré d'ouverture de son orifice; ensuite on fait attention à sa situation, à la pesanteur, et à la mobilité de la matrice.

Après ces premières recherches, la femme étant couchée sur le dos , on lui fait relever les genoux de manière que les cuisses et les jambes soient à demi fléchies; on place un oreiller sous la tête et les épaules pour que la poitrine soit plus haute que le bassin, et que les muscles du bas-ventre soient dans un état de relâchement. On applique alors la main gauche sur le ventre, la paume vers le pubis et les doigts allongés du coté de l'ombilic. On déprime les enveloppes abdominales par une pression convenable , qu'on augmente graduellement et en portant le bout des doàgts réunis alternativement d'un côté à l'autre, jusqu'à ce qu'on rencontre la matrice , qui se présente profondément sous la forme d'iui corps assez dur.

On s'assure que ce corps est réellement la matrice , en le fixant entre la main placée extérieurement , et le doigt appliqué au museau de tanche : on juge aisément de sa forme et de sa grosseur quand elle est fixée de cette manière.

D . Le procédé que 'Vous venez de décrire est-il facile h exécuter?

R. Il ne présente de grandes difficultés que chez les femmes ({ui ont beaucoup d'embonpoint, ou dont le bas-ventre est extrêmement sensible ; mais il est d'une exécution facile sur les femmes maigres, et surtout chez celles qui ont eu des enfans. Nous observerons qu'une partie de ces recherches devient inutile quand l'accoucheur s'est acquis une grande expérience dans l'art de toucher : le doigt introduit dans le vagin lui suffit pour juger de l'état de la matrice, et distinguer celle qui est saine et en vacuité , de celle qui est affectée d'engorgemens, ou qui est dans l'état de grossesse.

D. Comment doit-on pratiquer le toucher pour déterminer si une femme est enceinte ou non ?

R. Quand il s'a-git d'une grossesse douteuse et au-dessous du terme de quatre mois, il faut procéder au toucher comme on vient de le décrire; c'est-à-dire qu'il faut toucher la femme debout et ensuite couchée, afin de pouvoir saisir et fixer la matrice entre le doigt porté dans le vagin et la main appliquée au-dessus du pubis : dans un cas de grossesse plus avancée , il suffit de toucher la femme debout.

D. J quels signes reconnoît-on une grossesse de deux ou trois mois au plus ?

R. On ne peut en assurer l'existence que

d'après

d'après le volume de la matrice. Au terme de six semaines à deux mois, on trouve le corps de ce viscère manifestement plus gros que dans son état naturel; il s'est arrondi dans tous les sens, et son volume surpasse celui d'un œuf d'oie. Souvent à ce terme la matrice se trouve un peu plus basse que dans l'état ordinaire. Au troisième mois, son corps plus arrondi encore , et plus développé, paroît égaler la grosseur du poing d'un homme, et quelquefois la tête d'un très petit enfant de naissance.

D. Peut-on assurer , d'après ces signes , quhine femme est réellement grosse?

R. Non : ces signes n'appartenant pas exclusivement à la grossesse, l'engorgement des parois de la matrice et nombre d'autres maladies peuvent en augmenter le volume à ce point, et même bien plus. Mais dans le cas d'engorgement et d'obstruction, le corps de la matrice est dur, il est inégal au toucher; et le plus souvent le col est affecté de la même manière. Dans la grossesse, au contraire, la matrice, plus volumineuse que dans l'état ordinaire, est égale et présente une sorte de souplesse au toucher, ainsi que le museau de tanche, qui n'a subi encore aucun changement.

Les petits accidens que la femme éprouve depuis qu'elle se soupçonne grosse, et que nous avons regardés comme autant de signes rationnels de la grossesse , donnent un degré

de certitude de plus aux signes que nous déduisons de l'augmentation de la matrice , parce qu'ils n'ont pas lieu ordinairement dans les maladies de ce viscère.

D. Ne peut-on pas juger aussi de la grossesse commençante par Vétat du col de la matrice seulemen t ?

R. Beaucoup d'auteurs l'ont pensé, d'après l'opinion où ils étoient que l'orifice de la matrice se refermoit exactement après la conception : mais comment s'assurer de l'état où est l'orifice interne, le doigt ne pouvant V atteindre avant les derniers mois de la crrossesse? S'il est fermé dans ces premiers temps, l'orifice externe ne l'est jamais assez étroitement chez les femmes qui ont eu des enfans, pour qu'on ne puisse y avancer un peu le bout du doigt.

D. Quels sont les signes qui indiquent le quatrième et le cinquième mois de la grossesse ?

R. Au quatrième mois , le corps de la matrice paroît au-dessus des os pubis, et son fond s'élève à peu près vers le milieu de l'espace compris entre ces os et l'ombilic ; le museau de tanche est tourné vers le sacrum, et en général un peu plus élevé que dans les deux premiers mois.

Au cinquième mois , le corps de la matrice , plus volumineux qu'au quatrième, occupe toute la région hypogastrique , qui en devient plus saillante, et son fond est

à la distance de deux travers de doigt ou environ de l'ombilic.

C'est entre ces deux époques que la plupart des femmes ressentent les mouvemens de l'enfant. L'époque de ces premiers mouvemens n'est cependant pas invariable ; des femmes les distinguent dès le troisième mois; d'autres n'en sont affectées qu'après le cinquième ou le sixième mois , et même plus tard, (i)

jy. De quelle espèce son lies mouvemens que la femme ressent dans ces premiei^s temvs?

R. Ces mouvemens dépendent de faction musculaire de l'enfant même : ce sont ses membres qui s'agitent , et qui frappent la surface interne de la matrice avec assez de force pour que la femme en soit affectée, La tête et le tronc de l'enfant se meuvent également; mais ces mouvemens impriment une sensation différente de celle qui résulte du mouvement des extrémités.

D. L'enfant ne commence-t-il a remuer qu'à r époque ou la femme s'aperçoit de ses mouvemens?

B. Étant animé dès l'instant de la concep-

(i) Nous avons donné des soins à plusieurs femmes qui nous ont assuré n'avoir ressenti les premiers mouvemens de l'enfant que vers la révolution du septième mois ; une autre femme n'en a remarqué aucun avant l'accouchement , et toutes sont accouchées d'un enfant de grosseur ordinaire et bien portant.

OO PRINCIPES SUR l'aRT

tion, l'enfant doit remuer beaucoup plus tôt; inais ces premiers mouvemens ne sont ni assez forts ni assez étendus pour que la femme puisse les distinguer.

D. V enfant n' a- t-il pas cV autres moiwemens que ceux dont vous venez déparier?

B, L'enfant peut faire d'autres mouvemens , qu'on pourroit appeler de déplacement ou de hcdlottement; mais l'action de ses organes n'y contribue en rien. Entouré d'un volume d'eau toujours très grand relativement à sa petite masse dans les premiers mois, et étant spécifiquement plus pesant que ce fluide, il peut être déplacé par les mouvemens de la femme, l'attitude qu'elle prend , ou par les secousses que l'accoucheur communique à la matrice, tant au moyen du doigt porté dans le vagin, que par les mains appliquées extérieurement.

D. Indiquez cVune manière plus précise comment on peut exciter et reconnoître ce ballottement.

R, Pour le bien comprendre, établissons d'abord que l'enfant , étant plus pesant qu'un pareil volume d'eau, doit toujours occuper la partie la plus basse de la cavité de la matrice; conséquemment la région qui a voisine le col de ce viscère , quand la femme est debout; et qu'il est aisé de l'écarter de ce point sur lequel il doit retomber, si on cesse de l'agiter, et si l'attitude de la femme reste la même. Cela posé, pour exciter et

DES ACCOUCHEMENS. 10 f

reconuoître ce ballottement , on se conduit de la manière suivante.

On avance l'index d'une main jusqu'au fond du vagin , le plus haut possible entre le museau de tanche et la symphyse du pubis , et on place l'autre main sur le ventre à la hauteur du fond de la matrice. Alors on agite doucement ce viscère au moyen du premier doigt , pour déplacer l'enfant et l'obliger de s'élever au miheu des eaux ; puis on donne de suite une autre secousse avec les doigts placés extérieurement , pour accélérer sa chute sur le point d'où on l'avoit éloigné. L'enfant , ainsi ballotté h diverses reprises , frappe , en retombant , le doigt introduit dans le vagin , et le fait avec d'autant plus de force que la grossesse est plus avancée.

Ce ballottement , ou ce choc de l'enfant, est si peu remarquable au toucher avant le quatrième mois de la grossesse , que les personnes peu exercées ne sauroient le reconnoître ; mais il devient d'autant plus sensible , que la grossesse se rapproche davantage du huitième mois ; c'est pourquoi les commençans feront bien de s'habituer à le reconnoître d'abord a cette époque , puis à celle de sept mois, de six et de cinq, pour se mettre à même de le bien apprécier au quatrième.

D. La mère peut- elle distingue?^ nettement ce mouvement de ballottement de V enfant ?

R. On pouiToit croire qu'elle ne le remarque pas , car elle n'en fait aucune mention ; ce qu'il y a de certain , c'est qu'il ne peut être aussi remarquable pour elle que les mouvemens ordinaires dont nous avons parlé, excepté cependant quand l'enfant est mort; dans ce dernier cas , la femme ressent ce mouvement de ballottement , et quelquefois d'une manière incommode ; elle annonce qu'une espèce de boule pesante tombe constamment sur le côté où elle se coucbe^ et suit les mouvemens qu'elle exécute ellemême.

D. Puisque la matrice contient beaucoup d'eau y relativement à la grosseur du foetus , dans les premiers temps de la grossesse, ne devroit-on pas distinguer aussi V ondulation de ce fluide , comme on le fait dans l'hydropisie du ventre?

B. Les eaux de l'amnios ne sont jamais en assez grande quantité dans la grossesse ordinaire , pour qu'on puisse en distinguer l'ondulation. On ne pourroit d'ailleurs regarder cette ondulation comme un signe appartenant exclusivement à la bonne grossesse , puisqu'il auroit lieu également dans quelques unes des fausses grossesses.

D. Quels sont les signes gui caractérisent le sixième et le septième /nois de la grossesse?

R. Au sixième mois le fond de la matrice s'élève généralement au-dessus de l'ombilic , qui en paroît moins enfoncé ; le

DES ACCOUCHEMENS. lOi

col semble un peu plus court que clans l'état naturel , la base du museau de tanche , ou sa partie supérieure , est plus développée , plus large et plus épaisse ; l'orifice est encore plus en arrière et plus haut qu'aux, époques précédentes.

Au septième mois le fond de la matrice occupe une partie de la région épigastrique , et se trouve à plus de trois à quatre travers de doigt au-dessus de l'ombilic. La forme du ventre est telle, que sa plus grande convexité est à la hauteur de cette cicatrice.

Le col de la matrice est plus court que dans l'état naturel , sa base encore plus large qu'au sixième mois , et le museau de tanche quelquefois si éloigné de la vulve , que le doigt ne peut y atteindre que très difficilement. A ce terme , on trouve presque toujours la tête de l'enfant au détroit supérieur, et on la distingue aisément à travers l'épaisseur des parois de la matrice.

D. La tête de V enfant ne se présentet-elle a ce détroit qu au septième mois de la grossesse ?

R. On la reconnoît également au sixième mois , et même plus tôt chez quelques femmes, quand on est suffisamment exercé dans le toucher ; mais ce n'est qu'au septième , pour l'ordinaire , qu'elle se présente de manière à être reconnue des accoucheurs les moins versés dans ces sortes de recherches. La facilité avec laquelle on la découvre alors

I04 PRINCIPES SUR l'art

a fait croire au plus grand nombre de praticiens qu'elle ne se présentoit qu'à cette époque , et que c'étoit le temps où l'enfant se retournoit et faisoit la culbute, (i)

D. Quels sont les signes qui caractérisent le huitième mois de la grossesse?

R. A ce terme , le fond de la matrice est tellement élevé chez la plupart des femmes, qu'il touche presque au bord antérieur et inférieur de la poitrine. Le museau de tanche a peu de longueur ; ce n'est qu'une espèce de mamelon très court , ou un bourrelet très peu saillant et assez souple : souvent il n'existe plus. Il est rare que l'orifice chez les femmes enceintes de leur premier enfant , à cette époque , en soit ouvert; mais on y introduit assez facilement le doigt chez celles qui ont eu d'autres grossesses. La tête de l'enfant paroît plus basse , et on la trouve plus solide et plus grosse qu'au septième mois. Presque toujours l'orifice de la matrice est si élevé vers le sacrum, qu'on ne peut y atteindre qu'avec une extrême difficulté.

D. Quels sont les signes qui dénotent le neuvième mois de la grossesse ?

R. Le fond de la matrice , au lieu de s'élever de plus en plus vers la poitrine dans le neuvième mois de la grossesse, semble s'en

(i) Nous disciiteroiis cette opinion en parlant de la situation de l'enfant dans le sein de sa mère.

DES ACCOUCHEMENS. lO:)

éloigner et se rapprocher de l'oiubilic, de manière que la région épigastrique en de- A'ient plus libre : ce qui fait dire aux femmes que leur ventre a baissé, et qu'elles ne tarderont pas à accoucher. Cette espèce d'affaissement duNentre se fait insensiblement chez quelques unes , et en quelque sorte subitement chez d'autres. La matrice après ce temps paroît acquérir plus de largeur d'un coté à l'autre , et présente en devant plus de rondeur.

Le museau de tanche achève de se développer dans le cours de ce dernier mois; il s'efface complètement, le bord de l'orifice devient très mince, et cet orifice s'élargit assez pour permettre au doigt de toucher les membranes qui enveloppent l'enfant.

La réunion de tous ces signes fait connoître que le terme de l'accouchement n'est pas éloigné; et il en est d'autres qui annoncent qu'il est très proche.

D. Quels sont les signes qui indiquent que le tixwail de V accouchement ne tardera pas a se déclarer?

R. On peut les distinguer, comme ceux de la grossesse, en signes rationnels et en sensibles. Les premiers se déduisent du temps de la suppression des règles; de l'époque des premiers mouvemens de l'enfant; des maladies qu'éprouve la femme ; des douleurs qu'elle ressent , tantôt vers les lombes , et tantôt dans le bas-ventre; des envies fré-

fo6 PRINCIPES SCR l'art

quentes dViriner; de l'humidité des parties^ des glaires qui en découlent, et souvent de l'apparition d'un peu de sang : mais ils sont moins certains que les suivans, que nous appelons signes sensibles.

Le moment de Faccouchement n'est jamais éloigné, quand le col de la matrice est complètement développé et entr'ouvert ; quand le bord de rorifîce se durcit momentanément, et se relâche ensuite; lorsque les membranes qui se présentent ?i cet orifice se tendent et se détendent alternativement: car ces effets sont comme le prélude du travail, et les douleurs n'attendent, pour se faire sentir, qu'un degré d'action de plus de la part de la matrice; ce qui ne tarde pas alors à avoir lieu, (i)

(i) On n'a ])arlé dans cet article que des signes de la grossesse la plus ordinaire , devant exposer ailleurs ceux de la grossesse de plusieurs enfans , et des grossesses extra-ulérines , autant qu'ils peuvent être connus.

Nous observerons de plus que tout ce qui a été dit de la hauteur du fond de la matrice , jusqu'au huitième mois de la grossesse , et de l'état du museau de tanche , a rapport spécialement à une preluière grossesse. Nous ajouterons ici que le fond de la matrice ])aroît un peu moins élevé à chacune des époques.assignées , chez les femmes qui ont eu plusieurs enfans ; que le museau de tanche conserve un peu plus d'épaisseur, et s'ouvre de meilleure Ijeure : mais ces différences ne sanroient tromper l'accoucheur instruit, sur le terme de la grossesse.

DES ACCOUCHEMEWS. I07

%/«/».%<'V^V-»--».«.»/»<-»/*-»/>,«^»^»<»/-«<^»^%/%.'».'»/fc«/>/^>l'»/^»/»'W^»/^«

ARTICLE III

Du produit delà conception, ou dufçetus; du placenta y du cojxlon oinhiliccd, des membranes , et des eaux.

SECTION PREMIERE

Du fœtus, de son attitude, et de sa position dans la matrice.

D. Qu'bst-cb que le fœtus ?

R. On donne ce nom à Tenfant, depuis Tinstai^t de la grossesse où toutes ses parties sont ébauchées de manière à être reconnues., jusqu'au moment de sa naissance, et celui à'embrjon avant le terme de six semaines à deux mois.

D. Peut -on assigner l'âge du fœtus d'' après sa longueur ou sa pesanteur?

R. Nous croyons qu'on ne le peut pas sans crainte de se tromper, si ce n'est peut-être jusqu'au deuxième ou au deuxième mois et demi de la grossesse. Avant ce temps on remarque peu de différence dans la forme, la grandeur, et même la pesanteur des embryons : ils paroissent tous dessinés .d'après le même modèle. Ceux du terme d'un mois ou environ ne sont ni plus gros ni plus longs qu'une fourmi ordinaire; et ceux de

lo8 PHINCIPES SUR l'art

six semaines ont à peu près le volume d'une grosse mouche à miel. Quoique les fœtus de deux mois, et de deux mois et demi , soient beaucoup plus grands, ils ne présentent guère plus de différence entre eux, qu'on n'en remarque dans le même nombre des premiers.

Après ce temps le fœtus augmente bien plus d'une quinzaine de jours à l'autre qu'il ne l'a fait avant. Si la différence qu'on observe entre l'embryon d'un mois et celui de deux est très grande, elle l'est bien plus encore entre ce dernier et le fœtus de trois mois, et ainsi de mois en mois jusqu'au terme de neuf. Cette différence est telle, qu'en coaiparant un fœtus de deux mois avec celui de trois , on ne sauroit se persuader qu'il se fût autant développé en si peu de temps , et que la marche de la nature, si lente dans les premiers mois de la grossesse, soit aussi rapide dans la suite : de même en comparant un fœtus de trois mois avec celui de quatre , ce dernier avec un fœtus de cinq mois , et ainsi des autres.

D. Les enfans de même tenue ne présen^ tent'iU pas quelques différences entre eux?

R. Oui : ils offrent des différences qu'on pourroit appeler individuelles. Les uns sont plus grands, plus gros et plus pesans; les autres plus courts, plus grêles et d'un moindre poids : mais il est un caractère propre , en quelque sorte, à chaque âge, qui mettra toujours a même de distinguer un fœtus

DES ACGOUCHEMENS. IO9

d'un âge quelconque , d'un autre fœtus d'un âge au-dessus ou au-dessous.

D. Quelle est en général la longueur du fœtus a terme ?

R. La longueur la plus ordinaire du fœtus est de dix-huit à vingt pouces : il s'en est rencontré de seize à dix-sept pouces seulement, et d'autres de vingt-deux à vingt-trois.

D. Quelle est la pesanteur de ces mêmes en/ans ?

R. Elle est en général de six livres et demie a sept livres ; mais on en a vu de trois à quatre livres, de quatre à cinq, et de cinq à six: on en trouve du poids de huit, de neuf, de dix livres , et même plus; mais ces derniers sont excessivement rares. On en cite encore de plus gros , puisqu'on assure qu'ils pesoient vingt-cinq livres et au-delà; mais ces faits ne sont pas avérés, et nous les croyons faux, (i)

(i) Un accoucheur se trouvant chez moi à l'instant où l'on me présentoit un enfant assez gros, qui étoit mort dans le travail de sa naissance , le jugeant comparativement à un de vingt-cinq livres qu'il disoit avoir reçu depuis peu , l'estima de vingt-trois à vingt-quatre livres, quoique je ne l'évaluasse que de huit livres au plus : la balance fît connoitre qu'il n'en pesoit que huit moins un quart.

J'en ai reçu plusieurs du poids de dix livres ; un seul du poids de douze , et un de treize moins un quart. Ce dernier étoit d'une grosseur énorme.

D. Comment doit-on considérer le fœtus relativement a V accouchement ?

R. On doit connoître, i°. son attitude dans le sein de la mère , ou la manière dont il est replié sur lui-même ; 2^. sa situation à regard de la matrice; 3°. les diverses régions de sa surface , et les caractères qui les distinguent les unes des autres; 4°. la structure de ses parties principales , telles que la tête et la poitrine; les cliangemens qu'elles peuvent éprouver dans Taccouchement ; leurs dimensions , et les mouvemens variés qu'elles peuvent exécuter, ainsi que les extrémités, tant supérieures qu'inférieures.

D. Quelle est V attitude du fœtus dans le sein de sa mère ?

R. Le corps du fœtus est courbé sur sa partie antérieure ; sa tête est abaissée sur le haut de la poitrine ; les cuisses sont fléchies sur le bas-ventre, et les jambes sur les cuisses, mais de manière que les genoux se trouvent écartés l'un de l'autre , et les pieds très rapprochés, même croisés, et appliqués sur les fesses ; les bras sont couchés sur les cotés de la poitrine; les coudes portés en avant; les avant-bras plies el appliqués sur la poitrine même : attitude que l'enfant reprend dans les premiers temps de sa naissance , toutes les fois qu'on le tient en liberté, ou qu'on le débarrasse de ses langes.

Replié ainsi , il se présente sous la forme

criin corps ovoïde, dont le plus grand diamètre , qui est de dix pouces au moins , passe du haut de la tête aux pieds appliqués sur les fesses, et le plus petit diamètre, qui est de quatre pouces et demi à cinq pouces, d'une épaule à l'autre, (i j

D. Quelles inductions peut on tirer de cette observation relatif' ement a V ciccouchement ?

R, La plus importante de toutes, c'est que l'enfant ne peut sortir du sein de sa mère, s'il ne présente à l'orifice de la matrice une des extrémités de l'espèce de corps ovoïde qu'il forme dans l'attitude que nous venons de décrire, c'est-à-dire s'il ne présente pas la tête , les pieds , les genoux ou les fesses , comme on le remarquera ciaprès.

D. Quelle est la situation la plus ordinaire de r enfant dans le sein de sa mère P

R. Les auteurs sont encore partagés sur sa situation avant le septième mois : ils conviennent tous qu'il n'a point de position déterminée dans les premiers mois, parce qu'il est alors très petit; mais que, dans la suite , il en prend une qu'il conserve jusqu'à l'époque de sept mois, temps où, dans l'opinion des uns , il se retourne , pour en prendre encore une autre.

D. Quelle est donc la position que ces

(i) On peut juger de l'atlitude du fœtus par celle qu'on lui a donnée sur la planche viii.

derniers auteurs donnent à V enfant^ et comment le font-ils retourner?

R. Cette position est telle que les fesses et les pieds sont en bas, la tête au fond de la matrice , le dos à la partie postérieure de ce viscère , la face et la poitrine en devant. Au moment où il se retourne, le sommet de la tête descend le long de la partie antérieure de la matrice , et vient se présenter au détroit supérieur, de manière que l'occiput alors répond au pubis et le front au sacrum; tandis que les fesses et les pieds remontent le long de la partie postérieure de la matrice pour se rendre vers le fond , de sorte qu'après ce déplacement le dos se trouve en devant et au-dessus du pubis.

D. Comment a-t-on désigné ce déplace-^ ment^ et peut-on V admettre?

R. On l'a désigné sous le nom de culbute. Quoique généralement admis, et par des hommes d'une grande autorité dans tout ce qui concerne l'art des accouchemens , nous croyons devoir le rejeter. Sur mille enfans , il n'en est pas un qui se retourne ainsi, ou qui fasse la culbute au terme indiqué par ces auteurs.

D. Comment prouver que V enfant ne fait pas cette culbute?

R. La raison et l'observation autorisent à nier la possibilité de cette culbute. De toutes les positions dans lesquelles on peut se représenter l'enfant entouré d'eau, la plus

DES ACCOUCHEMENS. Il3

incommode, la moins conforme au rapport des parties , et la plus difficile à conserver deux instans de suite, est précisément celle que lui donnent les partisans de la culbute, jusqu'à l'époque oii elle s'exécute. La position de la tête sur le détroit abdominal , après la culbute , n'est pas plus commode , ni plus naturelle, et on ne la remarque presque jamais au temps de l'accouchement, quel que soit le terme de la grossesse où il se fasse. L'observation nous instruit également que , dans les avortemens qui se font avant le septième mois , c'est presque toujours la tête qui se présente la première , et qu'à l'ouverture des femmes mortes, avant cette époque , on a le plus souvent trouvé cette partie sur le col de la matrice ; enfin , qu'on la reconnoît de très bonne heure à travers l'épaisseur des parois de ce viscère , au moyen du doigt introduit dans le vagin, quand on est suffisamment instruit dans l'art de toucher, etc. etc.

D. V enfant ne peut-il pas se retourner, au moins en quelques cas?

R. 11 en est en effet quelques uns où il peut le faire; mais ce seroit alors un grand hasard s'il se retournoit comme dans la culbute que nous venons de rejeter. Dans ces cas d'exception à la loi générale, l'enfant |>eut changer de position , et présenter successivement à l'orifice de la matrice diverses parties éloignées les unes des autres , même

Il4 PRINCIPES SUR l'art

diamélralemcnt opposées ; la tête , par exemple, dans un instant; le dos, la poitrine , un de ses côtés , ou les pieds dans rinstant qui suit; de même qu'il peut présenter d'abord Tune de ces dernières parties, et la tête un moment après. On a vu, dans l'un de ces cas d'exception , toutes les parties dont on vient de parler se présenter successivement h l'orifice de la matrice, chez une femme parfaitement à terme , dont le travail a duré plus de trente-six heures; de même que sur une femme qui accouchoit au terme de cinq mois.

D. Quels sont les cas ou V enfant peut ainsi changer de position?

R. Il n'a point de position absolument ûxe, et il peut en changer lorsqu'il est entouré d'une grande quantité d'eau relativement a son volume, parce qu'il jouit d'une extrême mobilité : ce qui a toujours lieu dans les premiers mois de la grossesse, et quelquefois sur la fin. Les dimensions de la cavité de la matrice étant alors beaucoup plus grandes que celles de cet enfant , il peut changer de position , selon l'attitude que prend la femme , et les mouvemens extraordinaires dont il se trouve quelquefois agité : si la tête se présente d'abord à l'orifice de la matrice, elle peut se porter de là vers le fond ou vers l'un des cotés de ce viscère, etc.

D. Cette obseivation peut-elle être de quel-

que utilité dans la pratique des accoucliemens ?

R. Oui ; elle nous apprend, i°. que nous ne devons ])rononcer sur la position de l'enfant, en quelques cas, qu'après l'écoulement des eaux de l'amnios, puisque ce n'est que dans ce moment qu'elle devient fixe; 2°. qu'il seroit avantageux, dans les circonstances ou l'enfant présente successi vendent des parties si différentes h l'orifice de la matrice, de faire écouler les eaux à l'instant oh. la tête se trouve en bas, pourvu toutefois que Torifice soit déjà bien dilaté.

D. Quelle est donc la position la plus ordinaire de V enfant?

B. Cette position est telle, que le sommet de la tête se présente au détroit supérieur, l'occiput, le plus souvent, vers la cavité cotyloïde gaucbe, et le front vis-à-vis la symphyse sacro-iliaque droite; de sorte que les fesses occupent le fond de la matrice, (i)

SECTION II

De la division du fœtus.

D. Comment divise-t-on la surface du fœtus?

R. On peut la diviser en quatre grandes régions : une antérieure, une postérieure et deux latérales.

(i) Voyez la planche viii.

J l6 PRINCIPES SUR l'art

L'antérieure comprend la face, le devant du col, la poitrine, le bas-ventre, le devant du bassin , et les genoux.La région postérieure comprend l'occiput, le derrière du col, le dos, les lombes, et les fesses. Chaque région latérale, i°. le côté de la tête; 2°. le côté du col, l'épaule, le côté proprement dit, et la hanche. Il faut ajouter à toutes ces régions, pour "Compléter la surface de l'enfant, le sommet de la tête et les pieds.

D. Toutes ces régions peiweiit- elles se présenter a V orifice de la matrice dans le temps de V accouchement?

R. Il n'en est aucune qui ne puisse s'y présenter; mais elles ne s'y présentent pas toutes aussi fréquemment que quelques unes d'elles. Celles qu'on trouve le plus souvent sont le sommet de la tête, les pieds, les fesses, l'une ou l'autre épaule, le dos, l'une ou l'autre hanche. Quoique les autres régions se présentent très-rarement , il n'en est pas moins nécessaire que l'accoucheur \gs> connoisse et sache les distinguer,

D. Comment peut-on reconnoître toutes ces régions, et les distinguer les unes des autres?

R. Elles ont toutes des caractères particuliers qui servent à les faire connoître ; et ce sont ces mêmes caractères plus ou moins apparens, que l'accoucheur devroit s'habituer à bien saisir au moyen du toucher, puisqu'il n'a d'autre guide que ce sens dans presque tous les cas.

D. Que doit-on considérer a la tête du fœtus relativement a V accouchement?

R, On doit en considérer la forme , la structure et les dimensions; son articulation avec le tronc , et les mouvemens qu'elle peut exécuter.

D. Quelle est la /orme de la tête du foetus?

R. La tête du fœtus, séparée du corps, est d'une forme à peu près ovoïde , et légèrement aplatie en différens sens , de sorte qu'on peut y distinguer cinq régions et deux extrémités.

La région supérieure se nomme vertex , ou sommet ; la région inférieure est la base du crâne ; l'antérieure la face , et les cotés s'appellent régions temporcdes ou pariétales.

Le menton forme l'une des extrémités de

la tête , et l'occiput en constitue l'autre ; nous

appellerons cette dernière extrémité , ^o^^e-

rieure ou occipitale.

D. Quelle est la structure delà têtedufœtus?

R. La tête du fœtus , comme celle de l'homme , comprend le crâne et la face ; mais il suffit de connoître la structure du crâne. Cette boîte osseuse , qui renferme le cerveau , est formée d'un grand nombre de pièces dans le fœtus , et de huit seulement dans l'adulte , plusieurs se réunissant, avec le temps , pour n'en faire qu'une seule. Ces huit os sont le coronal, l'occipital, les deux pariétaux, les deux temporaux, los sphénoïde , et l'os ethmoïde.

Il8 PRINCIPES SUR l'art

Ces OS, fortement articulés clans l'adulte, et assez épais , sont très minces chez kfœtus, se touchent à peine par leurs bords, et ne sont liés entre eux que par des membranes ; de sorte qu'ils peuvent se plier légèrement , se croiser ou s'éloigner un peu les uns des autres , selon que la tête est pressée dans un sens ou dans un autre : ce qui permet à celle-ci de s'aplatir , de s'allonger , et de changer de forme au besoin.

Les endroits oîi les os du crâne se joignent et se lient entre eux, se nomment sutures; et ceux où aboutissent plusieurs sutures s'ap- }^q[\q\\\ fontanelles .

D. Quelles sont les principales sutures qui se remarquent a la tête du fœtus ?

JR. Ces sutures sont la sagittale ou médiane , la coronale , la lambdoïde , et celles qui unissent les os temporaux aux os pariétaux.

La suture sagittale ou médiane est celle qui règne le long du sommet de la tête ; la coronale commence à l'extrémité antérieure de la sagittale , et descend de chaque coté jusqu'aux tempes ; la lambdoïde commence de même à l'autre bout de la sagittale, et descend derrière les oreilles.

Les sutures écailleuses , ou temporales , s'étendent du bas de la suture coronale au bas de la lambdoïde , en formant un demicercle au-dessus des oreilles.

On remarque chez le fœtus une autre

DES ACCOUCHEMEjyS. Iig

suture qui monte de la racine du nez à la suture sagittale, et qui coupe l'os coronal en deux parties égales : elle est plus serrée et plus étroite que les précédentes.

D. Combien remarque-t-on de fontanelles?

R. Elles sont en grand nombre , si on prend pour fontanelles tous les endroits où plusieurs sutures semblent se rencontrer. Les plus remarquables et les plus importantes à connoître sont l'antérieure et la postérieure. La première, qu'on appelle vulgairement la fontaine de la tête , se voit à l'endroit on la suture sagittale semble se joindre à la suture coronale , et à celle qui monte le long du milieu du front. Cette fontanelle est quelquefois si grande qu'on ne peut la couvrir de l'extrémité du pouce ; elle est toujours membraneuse au terme de la naissance , et le crâne ne s'ossifie en cet endroit qu'après plusieurs années.

La fontanelle postérieure se remarque à l'endroit oii la suture sagittale se joint à la lambdoïde : elle est très pejite pour l'ordinaire , et on ne la trouve pas membraneuse comme la première.

D. Comment distingue-t-on ces deux fontanelles l'une de Vautre ?

R. Le loucher nous les fait aisément distinguer. On trouve à la première un espace membraneux assez étendu , auquel viennent se rendre quatre branches de sutures, et autant d'angles osseux : deux de ces angles ap-

partiennent aux pariétaux, et deux au coronal.

La fontanelle postérieure n'est que le point de réunion de trois branches de sutures et de trois angles osseux, dont le plus allongé est formé par l'occipital , et les deux autres appartiennent aux pariétaux.

D. ISe trouçe-t'On pas quelquefois a la fontanelle postérieure autant de branches de sutures et d"* angles osseux qu'on en remarque a la fontanelle antérieure?

R. On y trouve quelquefois quatre branches de sutures et quatre angles osseux , mais ce cas est très rare ; et , malgré cette disposition , l'accoucheur instruit saura toujours distinguer ces deux fontanelles.

D. IS'existe-t-il pas dans la fontanelle antérieui^e une sorte de pulsation ou battement quipuisse la faire distinguer de Vautre fontanelle ?

R. S'il existe une pulsation quelconque dans cette fontanelle , avant la naissance de l'enfant , on ne sauroit la reconnoître au toucher, et l'accoucheur, en la recherchant long-temps au moyen du doigt introduit dans le vagin , pourroit s'y tromper, en prenant la pulsation des artères de son doigt pour celle de la fontanelle.

D. Quelle est la grosseur de la tète du fœtus , et quelles en sont les dimensions ?

R. Pour déterminer la grosseur de la tête du fœtus , il faut en connoître les diamètres , qu'on fixe au nombre de quatre. Le plus

grand

DES ACCOUCHEMEJVS. 12 T

grand traverse la face et le crâne obliquement du menton à Textrémité postérieure de la suture sagittale; il est de cinq pouces et quelques lignes. Le second va du milieu du front au milieu de l'occiput; il est de quatre pouces et quelques lignes. Le troisième traverse la tête d'une bosse pariétale à l'autre au-dessus des oreilles ; et le quatrième, du sommet à la base du crâne : ils.sont pour l'ordinaire de trois pouces cinq à six lignes. Le premier se nomme diamètre oblique, ou occipito-mentonnier; le second, occipito-frontal , ou diamètre longitudinal ; le troisième, transversal; et le quatrième, perpendiculaire.

On a déjà fait observer que chacun de ces diamètres pouvoit s'augmenter ou diminuer un peu, selon la pression que la tête éprouvoit en s'engageant dans le bassin , et l'altération de sa forme.

On voit, d'après la longueur et la direction de ces diamètres, que la circonférence de la tête du fœtus , en passant sur les extrémités du diamètre occipito-mentonnier, doit être au moins de treize pouces; et, en passant sur les extrémités des diamètres transverse et perpendiculaire, de dix pouces et demi h onze pouces au plus : ce qu'il est bien important d'observer dans la pratique des accouchemens.

D. Quels sont les mouvemens que la tête du fœtus peut exécuter?

R. Au moyen de la disposition et de la mobilité des vertèbres qui appartiennent au cou , et de la manière dont la tête est articulée avec la première de ces vertèbres , le fœtus peut baisser le menton sur le haut de la poitrine, renverser la tête sur le dos, l'incliner sur l'une et l'autre épaule , et tourner la face vers les cotés, en lui faisant décrire un quart, et même un tiers de cercle ou environ ; mouvement qu'on appelle de pwof ou de j^otation.

D. Est-il bien nécessaire de conjioître la forme j la structure et les dimensions de la tète du fœtus , ainsi que les mouvemens qu elle peut exécuter?

R, Ces connoissances sont tellement liées à celles que nous avons établies sur le bassin de la femme, que sans elles ces dernières 4eviendroient inutiles : i°. d'après la forme de la tête du fœtus, nous voyons qu'elle ne peut traverser aisément le bassin , qu'autant qu'elle s'y engage en présentant une de ses extrémités; savoir, l'occipitale, quand elle vient la première; et le menton, quand on amène l'enfant par les pieds.

'^.^. D'après la structure du crâne , nous concevons comment la tête peut passer à travers un bassin un peu resserré ; comment, en s'allongeant dans un sens, et en diminuant dans un autre , elle peut encore quelquefois s'accommoder à la forme de ce bassin défectueux.

DES ACCOUCHEMENS. ISiS

3". La connoissance de ses diamètres nous fait voir comment elle doit se présenter, soit au détroit supérieur, soit au détroit inférieur, pour passer plus facilement, et de quelle manière on doit la diriger dans les cas difficiles.

4^. Les mouvemens qu'elle peut exécuter prescrivent également des règles salutaires. Connoissant ces mouvemens et leurs bornes, nous ne craignons pas de faire rouler la tête sur son axe , de faire parcourir à la face le quart de la circonférence intérieure du bassin et même plus , pour obtenir une position avantageuse, etc.

Enfin , l'ensemble de ces connoissances nous met à même d'expliquer la marcbe que suit cette tête dans l'accoucbement le plus naturel.

D. Quelle est la structure du tronc du fœtus ?

R. La charpente osseuse du tronc du fœtus est formée d'un bien plus grand nombre de pièces que celle de la tête ; et ces prèces sont liées entre elles d'une manière bien plus lâche encore que ne le sont les os du crâne; ce qui fait qu'elles peuvent éprouver de plus grands déplacemens , que le tronc peut exécuter de plus grands mouvemens , et s'affaisser au point de traverser Hbrement un bassin que la tête ne sauroit franchir.

D. Dans quel sens le tronc du fœtus estil le plus mobile?

B. Le tronc peut se courber en devant ,

t24 PRINCIPES SUR l'art

en arrière et sur les cotés; mais de toutes ces courbures, aucune ne peut être plus facile, plus grande, moins fatigante pour l'enfant , que celle qu'il fait en se ployant en devant.

Le tronc peut encore exécuter un mouvement de rotation , dans lequel la colonne épinière est comme légèrement torse selon sa longueur ; mais ce mouvement, quoique plus libre et plus étendu dans le fœtus que dans l'homme , ne peut s'étendre au-delà d'un quart ou d'un tiers au plus de cercle , sans que les ligamens de la colonne épinière n'éprouvent une forte distension , et que la moelle que renferme cette colonne n'en soit fatiguée.

La connoissance de tous ces mouvemens devroit nous engager , i °. à ramener constamment les extrémités inférieures sur le devant du tronc, et à recourber celui-ci sur sa partie antérieure , toutes les fois que nous sommes obligés de retourner l'enfant , pour l'extraire parles pieds; 2". à ne jamais porter les mouvemens de rotation , nécessaires en quelques cas, au-delà d'un tiers de cercle, sans s'assurer auparavant si la tête, qui est retenue dans la matrice , exécute le même mouvement.

D. Les mouvemens des extrémités tant supérieures qu inférieures exigent- ils les mêmes attentions?

R. Il faut y donner la même attention

qu'aux mouvemens de la tête et du tronc, quand il est question de dégager les pieds, et de les amener du fond de la matrice au dehors, ainsi que dans l'abaissement des bras , lorsque les épaules sont parvenues à la vulve , pour ne pas luxer ou fracturer ces extrémités. Il suffît de faire remarquer ces mouvemens une seule fois à la sage-femme pour lui en donner une bonne idée ; et de lui faire faire l'application de ces connoissances à la pratique des accoucliemens, pour lui en faire sentir toute l'importance.

EXPLICATION

Page 1