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CHAPITRE VII

Préceptes sur le régime et les remèdes généraux qui contiennent aux femmes enceintes ; sur les maladies et les accidens qui peuvent survenir pendant la grossesse et après V accouchement ; sur les accidens et les maladies des enfans noui^eau-nés.

ARTICLE PREMIER

SECTION PREMIERE

Du régime et des remèdes généraux qui conviennent aux femmes enceintes.

§. 1. JuE régime ne se borne pas au choix et à la quantité des aliniens que la femme doit prendre chaque jour, comme le pense le vulgaire; il comprend aussi toutes les choses qui peuvent influer, en bien ou en mal , sur la santé ; telles que l'air qu'on respire , le travail et le repos , les vêtemens , les évacuations , les passions de l'âme, etc.; mais il est impossible que toutes les femmes suivent celui qui leur conviendroit le mieux, tant il y a de circonstances qui s'y opposent.

Quoiqu'il n'y ait pas d'alimens absoluiiient mauvais pour les femmes enceintes

qui désirent ardemment tels ou tels moins bons que d'autres, et quoiqu'on puisse les leur accorder ou refuser, sans craindre que leurs enfans en souffrent ou en soient marqués, elles feront cependant bien de préférer les meilleurs, les plus succulens et les plus faciles à digérer, parmi ceux que l'opulence ou la médiocrité de la fortune leur permet de se procurer. La quantité de ces alimens doit être proportionnée à la constitution de la femme et h ses besoins; elle doit moins consulter son appétit que les forces de son estomac , et éviter soigneusement toute espèce d'ex- <îès. L'estomac ne pouvant en admettre la même quantité dans tous les temps de la grossesse , à cause du volume de la matrice qui s'augmente chaque jour, qui le gêne et qui le presse, surtout dans les derniers mois et pendant la nuit, les femmes enceintes feroient très bien de manger plus souvent et moins à la fois, surtout le soir au souper.

Toutes les boissons fermentées, telles que le vin, le cidre et la bière, leur conviennent également : elles en useront à leur choix, mais toujours avec modération. Celles qui auront de la répugnance pour ces boissons préparées, ou qui ne pourront s'en procurer , choisiront l'eau la plus pure. Le café à l'eau et les liqueurs spiritueuses , donnés avec réserve, sont quelquefois très

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Utiles pendant la grossesse ; mais l'excès en est toujours nuisible, même dangereux.

Un air pur et tempéré est celui qui convient le mieux aux femmes enceintes. Celui qui est trop sec ou trop humide, trop chaud ou trop froid, nuit à la santé de quelques unes; l'air chargé de parfums, d'odeurs, de miasmes putrides, ne convient à aucune; mais comment soustraire les femmes grosses h toutes ces qualités malfaisantes de l'air ?

L'exercice est salutaire à ces mêmes femmes : mais il doit être modéré. Celles de la campagne devroient mettre des bornes à leur travail, et se procurer chaque jour un peu plus de repos que dans l'état habituel, surtout vers les derniers temps de la grossesse. Elles devroient éviter de se coucher sur le gazon , ou sur la terre fraîche et humide, pour dormir ou se délasser, soit dans le cours de la journée ou vers le soir, de marcher pieds nus, etc. , dans la crainte de supprimer la transpiration, et les écoulemens laiteux qui ont souvent lieu pendant la grossesse; de porter des icorps baleinés , de se serrer trop étroitement dans leurs corsets : elles doivent s'habiller de manière à se défendre du grand froid, et à ne pas se procurer trop de chaleur.

La constipation étant ordinaire aux femmes grosses, et les efforts nécessaires alors

DES ACCOUCHEMEWS. 5oq

pour aller à la garde-robe pouvant avoir des suites désagréables et même fâcheuses, elles doivent prendre des lavemens de temps à autre pour se tenir le ventre libre. Ces lavemens se feront avec l'eau et un peu de beurre frais, avec une décoction de graine de lin , ou de quelques plantes émollientes.

Si les urines se supprimoient ou diminuoient considérablement, il faudroit user d'une boisson propre à les augmenter et à en rétablir le cours, comme l'eau de chiendent, de pariétaire, ou de graine de lin, à laquelle on ajouteroit quinze ou dix-huit grains de sel de nitre par pinte.

Les grandes passions de l'ame n'étant pas moins nuisibles aux femmes enceintes que ies mouvemens extraordinaires du corps, et ne donnant pas moins d'atteintes à la grossesse que ces derniers , elles observeront de ne s'abandonner à aucune, et de ne s'en procurer que de douces et d'agréables.

Les remèdes généraux qu'on emploie le plus fréquemment dans la grossesse, sont la saignée du bras, les lavemens, les purgatifs et les bains : leur usage est même tellement familier, que bien des femmes se dispensent de consulter sur le temps et la nécessité de les administrer, quoique leurs effets ne soient pas indifférens.

La saignée peut être utile dans tous les temps de la grossesse ; et assez souvent elle est plus nécessaire dans le commencement

5lO PRIIVCIPES SUR l'art

que sur la fin, quoique la plupart des femmes ne s'y soumettent qu'avec regret avant le quatrième mois et demi. Elle est indiquée toutes les fois que la femme éprouve, depuis quelques jours, un sentiment de lassitude, de pesanteur et de douleur dans les membres; de l'engourdissement, des crampes, de l'oppression, des maux de tête et de reins, des étourdissemens, ou des éblouissemens; qu'elle a le visage rouge, la peau brûlante, le pouls gros, dur, élevé. On ne doit jamais tirer au-delà de deux palettes de sang à la fois; et il convient que la femme garde le repos au moins le jour de la saignée.

Les lavemens ne conviennent qu'aux femmes qui sont constipées, à celles qui éprouvent de la chaleur et de la douleur dans les entrailles, ou qui sont tourmentées de coliques.

Il faut être très réservé dans l'emploi des purgatifs. Ils ne sont nécessaires qu'autant qu'il y a des marques de plénitude dans les premières voies , que la femme éprouve du dégoût pour les alimens ordinaires, qu'elle a la bouche pâteuse et amère, la langue épaisse, chargée d'un limon blanchâtre et jaunâtre.

Les purgatifs amers sont préférables à ceux qui sont gras, huileux et sucrés, et il faut toujours associer ces derniers aux autres; mais c'est au chirurgien ou au mé-

DES accouchemens. 5it

iiecin à les prescrire, et non pas à la sagefemme : surtout les émétiques , qui peuvent devenu^ également nécessaires pendant ]?. grossesse.

Les bains ne sont pas moins utiles , en bien des cas , que les autres remèdes généraux ; et ils peuvent avoir de même leurs inconveniens. Si les femmes qui vivent dans l'aisance au milieu des grandes villes, en usent souvent avec excès, celles de la campagne sont presque toujours privées des avantages qu'elles pourroient en retirer , soit préjugé contre les bains , soit défaut de moyens pour se baigner.

SECTION II

Des maladies et des accidens qui peiwent avoir lieu pendant la grossesse.

Indépendamment des maladies et des accidens qui peuvent survenir dans le cours de la vie , il en est beaucoup qui semblent dépendre de la grossesse , et qu'on peut attribuer à la manière dont la matrice est affectée par le produit de la conception , au volume que ce viscère acquiert graduellement, à la situation qu'il prend en se développant, au déplacement qu'il fait éprouver à quelques unes des parties circonvoisines , et à la pression qu'il exerce sur d'autres. On peut en effet rapporter à ces

causes, Tinappétence ou les dégoûts qu'éprouvent, dans les premiers mois, la plupart des femmes enceintes; les nausées, le vomissement , le ptialisme ou crachotement ; le gonflement douloureux des mamelles , la tension et la douleur du mamelon, la constipation, la diarrhée, les coliques, la difficulté d'uriner , l'incontinence et la rétention des urines, et dans la suite, la toux, l'oppression ou la difficulté de respirer , les palpitations de cœur, le crachement de sang; les douleurs de tête, des dents et des oreilles ; les étourdissemens , les éblouissemens, les vertiges, l'insomnie et l'apoplexie; les douleurs et les ardeurs d'estomac, les douleurs des reins et des aines ; les hémorrhoïdes , les varices, le gonflement œdémateux des grandes lèvres, des cuisses, des jambes, des pieds, et de toute l'habitude du corps ; certaines descentes , le relâchement du vagin, sa chute et celle de la matrice ; la perte de sang, les convulsions, l'avortement, etc.

La plupart de ces maladies et de ces accidens ne sont, pour bien des femmes, que de légères indispositions qu'elles supportent sans se plaindre ; et loin de consulter sur les moyens de s'en délivrer, elles refusent même les remèdes qu'on leur propose, persuadées que le temps seul peut les guérir. Si ces indispositions n'exigent pas une sérieuse attention lorsqu'elles sont légères ,

il seroit dangereux de ne pas s'en occuper quand elles altèrent visiblement la constitution de la femme ; et elles demandent alors toute la sagacité du médecin ou du chirurgien : les unes exigent la saignée , les autres les purgatifs, les amers, les antispasmodiques, les délayans , les absorbans, etc., même des opérations chirurgicales.

SECTION III

Des accidens et des maladies des femmes en couches.

Par3II les maladies et les accidens qui peuvent troubler l'ordre naturel des suites de couches , il en est de peu d'importance , dont le traitement peut être confié aux sagesfemmes, et d'autres très graves, qui demandent les plus profondes connoissances en médecine ou en chirurgie.

La contusion, le gonflement, la déchirure des grandes lèvres, de la fourchette, et du périnée même lorsqu'elle ne s'étend pas jusqu'à l'anus, sont des accidens légers qui n'exigent que des fomentations , des lotions émollientes et résolutives, répétées plusieurs fois dans le cours de la journée. On se sert pour ces lotions de lait chaud , d'une décortion de cerfeuil, ou de y:^.cï'^e f^c r-n^rv^:!dans laquelle on fai^ ïrl , r • ^"'S (leurs de sureau , de rdokiot e.

mille , ou bien à laquelle on substitue l'eaiï d'orge miellée , ou le vin. Ces mêmes accidens demandent plus de soins , lorsqu'ils sont accompagnés d'inflammation , et suivis de dépôts ; lorsque le périnée est déchiré jusqu'à l'anus, etc.; lorsqu'il y a de la fièvre, insomnie , rétention ou incontinence d'urine, éjection involontaire des matières stercorales , etc.

Les tranchées utérines, les hémorrhoïdes, le relâchement et le renversement du vagin , ]a descente de la matrice , la chute du fondement, les engorgemens consécutifs du sein , les gerçures ou crevasses des mamelons , sont encore des accidens légers auxquels une sage-femme peut remédier. Il n'y a pas de spécifiques contre les tranchées , ni de remèdes qui puissent les prévenir ; mais on emploie utilement, quand elles sont très vives, les cataplasmes émolliens et les fomentations sur la région hypogastrique , les boissons délayantes et adoucissantes , telles que l'eau de veau ou de poulet, l'eau de graine de lin ou de pariétaire ; les potions composées d'eau de laitue , de pariétaire , de tilleul , et de fleurs d'orange , avec quelques gouttes de liqueur minérale anodine d'Hoffmann sur chaque cuillerée , et un peu de sirop de guimauve ou de sucre.

Les hémorrhoïdes n'exigent pas un autre traitement que le gonflement douloureux des parties naturelles , si ce n'est l'applica-

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.ion des sangsues , quand elles sont volumineuses et accompagnées de grandes douleurs. Les engorgemens du sein se guérissent avec des cataplasmes emolliens et re^qlutifs, etc., tels que ceux de mie de pain et de lait , de farine de graine de lin cuite dans de Teau.

La perte de sang , les convulsions , les syncopes , et le renversement de la matrice, sont des accidens beaucoup plus graves , et qui demandent des secours bien plus prompts.

La perte qui survient immédiatement après Taccoucbement ou dans les premiers jours des couches , est presque toujours la suite de l'inertie de la matrice ; elle peut être abondante ou médiocre , apparente ou cachée. La perte est apparente toutes les fois que le sang se répand au dehors ; elle est cachée quand il s'épanche dans la matrice : on les préviendroit presque toujours . si l'on continuoit plus long-temps les fortes frictions que nous avons recommandé de faire avec la main sur la région hypogastrique de la femme; si on y appliquoit assez long-temps des serviettes très chaudes, dans la vue de réveiller Faction de la matrice, et d'exciter ce viscère à se resserrer. Quand la perte a lieu, on insiste sur ces mêmes frictions , on applique sur la région de la ' — matrice et sur les cuisses , des serviettes trempées dans l'eau froide et le vinaigre ;

3î6 PRINCIPES vSUR l'aRT

on injecte de ces liqueurs dans la matrice 5 et on en verse sur le ventre ; on établit un courant d'air froid dans la chambre , et on y expose la femme couchée bien à plat : si la perte continue malgré ces secours, on tamponne le vagin , le col même de la matrice, si on le peut, avec des lambeaux de linge trempés dans l'eau et le vinaigre , en observant de L^nir une main appuyée fortement sur la région hypogastrique de la femme, pendant tout le temps que le tampon reste en place , pour que le sang qu'il retient ne s'épanche pas dans la matrice. Lorsque la perte est interne, c'est-à-dire que le sang s'est épanché dans la matrice au lieu de se répandre au dehors , ce qui se reconnoît au développement de ce viscère et à son volume , il faut commencer par l'évacuer en introduisant la main , et on administre ensuite les secours qui viennent d'être indiqués.

Quel que soit l'état de foiblesse de la femme après une perte , il ne faut pas se presser de la ranimer, de la réchauffer, et de la remuer pour la changer de lit. On doit la tenir dans le plus grand repos pendant plusieurs heures ; ne lui accorder que quelques cuillerées de bouillon à la fois ; ne lui donner que de la limonade pour boisson , et , au défaut de celle-ci , de l'eau sucrée acidulée avec le vinaigre ordinaire.

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Quand la perte est médiocre et accompagnée de fortes douleurs ou de tranchées, elle exige des moyens différens ; on donne alors, par cuillerées , des potions calmantes et anodines, qui sont bien plus efficaces que les remèdes dont on vient de parler.

Ces potions se composent de ce qui suit :

Eau de tilleul , ) j i

, ,. f de chaque , une once et

, n j, l demie.

— de rieurs d orange, j

Liqueur miner, anod. d'Hoffmann , 3o gouttes.

Teinture de Sydenham, i5 gouttes.

Sirop de guimauve , une once et demie.

Les convulsions qui se manifestent à l'instant de l'accouchement peuvent être la suite d'une perte abondante ; de l'extrême sensibilité qu'acquièrent les organes dans un travail pénible ; du trouble que produisent des efforts long-temps soutenus, et de l'engorgement du cerveau , qui est la suite de ces mêmes efforts; elles peuvent être l'effet du renversement de la matrice , ou bien elles sont habituelles. Les convulsions sont toujours fâcheuses , quand elles succèdent à une perte considérable : elles cèdent à l'usage des potions calmantes et des bains , lorsqu'elles ne dépendent que de la sensibilité accidentelle de la femme : elles exigent la saignée du pied, et souvent celle de la gorge , quand elles ont pour cause l'engorgement du cerveau, etc. Dans tous les cas,

5i8 pRiNcrp£s 81)11 l'art

les sages-femmes doivent appeler un médecin , ou un accoucheur.

Les foiblesses ou syncopes, quoique moins alarmantes que les convulsions, peuvent devenir aussi fâcheuses. Elles peuvent être la suite d'une grande perte , ou d'un épancliement de sang dans la^matrice , comme elles peuvent ne dépendre que de la grande vacuité du ventre à l'instant même d'un accouchement trop prompt. Dans ce dernier cas , presque toujours , on en prévient le retour en serrant un peu le ventre au moyen d'une sei viette , comme on l'a recommandé page 261. Quand elles sont la suite de la rétention du sang coagulé dans la matrice ou le vagin , on fait l'extraction de ces caillots : si elles surviennent à la suite d'une perte, si elles en sont accompagnées , on tient la femme couchée horizontalement sur le dos ; on dirige sur elle un courant d'air frais, on lui frotte les tempes et la paume des mains avec un linge trempé dans le vinaigre , ou quelques liqueurs spiritueuses ; on applique autour du ventre le bandage de corps recommandé. On donne de temps en temps quelques cuillerées de bon vin, ou bien huit à dix gouttes de liqueur d'Hoffmann ou d'éther sulfurique sur un peu de sucre, ou dans une petite cuillerée d'eau sucrée.

Le renversement de la matrice est un accident des plus fâcheux , si on n'y remédie pas promptement : presque toujours il est

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SUIVI de perte , de convulsions et "de syncopes. On ne peut donner aux sages-femmes une juste idée de ce renversement, qu'en comparant la matrice à une bourse retournée sur elle-même , de sorte que le dedans en fasse le dehors. Il peut être complet ou incomplet.

Dans le premier cas , la matrice retournée sur elle-même remplit tout le vagin , et le plus souvent elle forme au dehors une tumeur semblable à une très grosse poire , plus molle à l'instant où elle paroît que quelque temps après , et plus large en bas que dans son principe : l'on ne retrouve plus l'orifice de la matrice en parcourant le fond du vagin au moyen du doigt. Voyez planche xxtx.

Dans le renversement incomplet, la tumeur formée par le fond de la matrice semble sortir de l'orifice même de ce viscère; ^Ue est moins grosse, et ne descend pas au-dessous de la vulve. Voyez planche xxx. En palpant le ventre de la femme , dans le premier cas , l'on ne distingue nullement la matrice au-dessus et derrière les os pubis; mais on la trouve dans le second , et on s'aperçoit qu'elle forme dans sa partie- supérieure une sorte de cavité plus ou moins évasée dans son entrée.

Pour que la matrice se renverse ou se retourne sur elle-même, il fmt qu'elle soit dans l'inertie , que ses parois soient

souples el flasques au toucher : elle ne peut le faire quand elle est contractée , dure et resserrée. Les causes qui en opèrent le renversement sont toutes mécaniques ; il faut que quelque chose presse extérieurement sur le fond de cet organe , pour le déprimer et le pousser à travers l'orifice; ou bien qu'une autre puissance , agissant au-dedans même, entraîne cette partie. Dans le premier cas , ce sont les efforts mêmes de l'accouchement, trop prolongés, qui produisent ce renversement; et, dans le second, ceux que l'enfant exerce en sortant sur le cordon ombilical , ou ceux que fait l'accoucheur en voulant opérer la délivrance, et en tirant sur ce cordon. Les femmes qui sont d'une constitution molle et délicate ; celles qui accouchent précipitamment et sans beaucoup d'efforts, étant debout ou assises; celles qui soutiennent ces efforts après la sortie de la tête et des épaules de l'enfant, sont plus exposées que les autres au renversement de la matrice , surtout lorsque le cordon ombilical est très court, ou lorsqu'il se trouve contourné plusieurs fois sur le cou de l'enfant.

Il n'est pas toujours au pouvoir de l'accoucheur de prévenir le renversement de la matrice ; il peut en être le témoin oculaire sans qu'on puisse justement le taxer d'ignorance : l'impéritie consiste à y donner lien en opérant la délivrance avec précipitation et

trop peu de soin, et surtout à méconnoître cet accident , à prendre la matrice renversée pour une mole, un polype, et à vouloir l'arracher ou l'extraire au lieu de la réduire.

L'on préviendroit le renversement de la matrice, i°. en empêchant la femme de pousser fortement après la sortie de la tête et des épaules de l'enfant, si elle étoit plus docile aux conseils qu'on lui donne; 2**. en désentortillant le cordon ombilical lorsqu'il décrit plusieurs circulaires sur le cou , ou bien en le coupant à propos lorsqu'il est très court, ou qu'on ne peut le développer; 3*". en ne procédant à l'extraction du placenta que quand la matrice est bien contractée sur elle-même, et qu'on la sent extérieurement au-dessus du pubis, sous la forme d'une boule rénitente et dure , etc.

Quel que soit le degré de ce renversement , dès qu'on s'en aperçoit , il faut restituer la matrice dans son état naturel. On y trouve peu de difficultés, quand ce renversement est incomplet; mais souvent on en éprouve de très grandes , et quelquefois d'insurmontables , lorsqu'il est complet. Dans le premier cas , s'il n'y a qu'une simple dépression, on introduit la main dans le vagin, on avance les doigts réunis dans le col de la matrice , et on en repousse le fond. Si la tumeur que forme cette partie renversée traverse le col de la matrice, et descend jusque dans le vagin , il faut l'embrasser de tous

^20. PRINCJPES SUR l'art

les doigts convenablement écartés , la presser mollement , et la repousser de même. C'est aussi de cette manière qu'il faut se comporter pour réduire et retourner une matrice complètement renversée : on embrasse toute la tumeur , on la presse sur les côtés, en devant et en arrière en même temps, comme pour diminuer son volume, et on la fait repasser à travers l'orifice, en commençant par ce qui en est le plus près : et pendant ce temps on appuie de l'autre main sur la région hypogastrique , en la déprimant autant qu'on le peut, et en tenant les doigts très écartés. Dans le renversement incomplet , on réduit le fond de la matrice sans en détacber le placenta, s'il y tient encore; mais dans le renversement complet on en détache cette masse avant d'entreprendre la réduction. Cette réduction n'est complète qu'autant que la matrice enveloppe la main, comme le feroit une bourse.

Lorsqu'on est parvenu à la réduire à ce point , c'est-à-dire à la retourner de nouveau sur elle-même, on y laisse la main un instant pour en exciter la contraction et le resserrement. Quand la sage-femme trouve trop de difficultés à opérer cette réduction , elle doit appeler , sans perdre de temps , un accoucheur instruit , qui se comporte alors relativement aux circonstances, et selon qu'il le juge convenable; car, après les premières heures , la réduction de la matrice peut of-

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frir de très grandes difficultés , et ne plus être possible.

Le renversement du vagin et la chute de la matrice sont des accidens bien différens de celui que nous venons rre décrire , et ils sont également bien moins fâcheux. La sage-femme la moins instruite ne prendra jamais l'un pour l'autre , si elle y donne la plus légère attention. Dans le renversement ou la chute du vagin , c'est plutôt une sorte de bourrelet plus ou moins épais, qui sort de la vulve, qu'une tumeur en forme depoire; et l'on remarque au milieu une ouverture qui conduit au col de la matrice. Dans la chute ou descente de matrice, quel que soit le volume de la tumeur qui est au dehors, elle est plus large auprès de la vulve que dans son extrémité inférieure , qui est formée par le museau de tanche, et où se remarque évidemment l'orifice de la matrice , à moms^ cependant que le vagin ne se soit complètement renversé à la suite de cette chute de matrice, et ne contienne la vessie et quelques anses d'intestins ; car la tumeur est alors plus grosse auprès de la vulve qu'à l'extrémité où est l'orifice du museau de tanche.

Dans tous ces cas, on réduit aisément le vagin et la matrice, et on prévient de même le retour de l'accident , en tenant la femme au lit, et en lui recommandant de ne faire aucun effort, soit pour aller à la garde-robe, soit pour rendre ses urines. L'on s'en tient k

ces moyens dans les premiers temps; mais dans la suite on emploie utilement les fomentations aromatiques, le pessaire, etc. (i)

Les grands accidens dont nous venons de parler, nAont pas les seules occasions où les sages-femmes doivent appeler un accoucheur ou un médecin instruit; il y en a beaucoup d'autres qui paroissent moins graves d'abord , et dans lesquelles la vie de l'accouchée est également en danger. Elles y auront recours lorsqu'il se manifestera de la fièvre dès les premiers jours des couches, ou bien lorsque celle qui survient au troisième se soutiendra au-delà du quatrième ; lorsqu'elle sera précédée ou accompagnée de frisson, de nausées et de vomissemens, de coliques et de diarrhées; lorsque la femme ressentira de la chaleur et de la douleur dans toute la capacité du ventre , ou dans un seul point; lorsque le ventre se tuméfiera , se tendra , et deviendra sensible à la pression du doigt ; lorsque la femme sera agitée au point de ne pouvoir goûter un seul instant de repos , que la tête sera pesante et douloureuse , que les yeux ne pourront supporter la lumière , qu'il y aura des tressaillemens dans les membres, que la langue deviendra épaisse, et se couvrira d'une

(i) C'est bien moins dans les premiers jours de couches que quelques semaines après , lorsque la femme commence à marcher et à reprendre ses travaux ordinaires , qu'on voit de ces chutes de matrice avec le renversement complet du vagin.

croûte blanchâtre et jaunâtre ; lorsque les lochies se supprimeront tout à coup, etnereparoîtront pas quelques instans après, etc., etc. : car, clans tous ces cas , la femme est menacée d'une maladie grave , et souvent mortelle , qui exige toute la sagacité d'un médecin.

ARTICLE II

Des accidens qui peiwent avoir lieu chez r enfant , et des soins qu'ils exigent.

Nous avons déjà donné quelques préceptes sur les soins qu'on doit à l'enfant à l'instant de sa naissance ; mais nous n'avons pu renfermer dans la même section tout ce qui est relatif aux divers accidens qui peuvent dès lors influer sur sa vie , et qui exigent conséquemment la plus sérieuse attention de la part des personnes de l'art. Nous ne ferons qu'indiquer ces mêmes accidens , pour que les sages-femmes, à qui le traitement n'en sauroit être confié, appellent au plus tôt un médecin ou un chirurgien instruit.

SECTION PREMIÈRE

Des accidens qui peuçent provenir de V accouchement.

Il est rare que l'enfant n'apporte pas en naissant quelque tumeur à la tête quand l'accouchement, quoique naturel, a été pénible et long. Souvent ce n'est qu'une sorte d'empâtement ou de bouffissure dans une portion des tégumens du crâne, qui se dissipe promptement , si on a soin d'étuver cet endroit de temps en temps avec du vin chaud, ou de l'eau salée et animée d'un peu d'eau-de-vie. D'autres fois, c'est une tumeur remplie de sang, qu'on ne sauroit ouvrir trop tôt, parce qu'elle s'augmente visiblement d'un jour à l'autre, que la résolution ne peut s'en faire, et qu'elle a son siège sur les os du crâne, que le trop long séjour du sang pourroit altérer.

A la suite de ces mêmes accouchemens, la tête de l'enfant paroît quelquefois d'une forme extraordinaire ; elle est allongée dans un sens , aplatie dans un autre, et comme recourbée sur elle-même, de manière qu'un de ses cotés est plus arrondi, et l'autre déprimé. Quoique le vulgaire soit dans l'opinion que la sagefemme, dans tous ces cas , peut et doit redonner à la tête sa forme naturelle, en la pétrissant entre les mains , elle n'en fera rien cependant , et elle abandonnera ce soin à la nature.

Il n'en est pas Je même quand la difformité de la tête tient à la dépression ou à la fracture des os du crâne, accident extrêmement fâcheux; alors elle appellera un chirurgien.

La moindre inattention dans l'accouchement où l'on est obligé de retourner l'enfant et de l'extraire par les pieds, pouvant donner lieu à la luxation ou à la fracture d'un bras ou d'une cuisse , la sage-femme examinera soigneusement cet enfant avant de l'emmaillotter , pour s'assurer s'il n'y a point de difformités dans l'un ou l'autre de ses membres, s'il les remue aisément et sans donner de marques de grandes douleurs, afin de lui procurer à temps les secours convenables dans le cas de fractures ou de luxations.

Il n'est jamais plus exposé à la luxation de la cuisse que quand on le tire par un seul pied, ou lorsqu'il vient en présentant les fesses; et à celle du bras, que dans les cas où celui-ci s'est relevé et porté derrière la tête et le cou , à mesure qu'on dégageoit le corps.

SECTION II

De quelques défauts de conformation ^ auxquels il convient de remédier prompte-

Le filet , des brides placées sur les côtés de la langue, rimperforation de l'anus et du canal de l'urètre, sont des vices de conformation auxquels il est important de remédier dès les premiers jours de la naissance.

Il n'y a pas une seule femme qui ne soupçonne son enfant d'avoir le filet lorsqu'il ne peut téter librement, et qui ne sache que c'est un repli membraneux , mince et comme transparent , qui attache la langue assez étroitement au bord de la mâchoire pour l'empêcher de sortir de la bouche et de s'appliquer au palais. Quelques sages-femmes déchirent ce repli avec l'ongle, sans se douter que ce procédé peut avoir des inconvéniens, ou le coupent avec des ciseaux , sans savoir que cette opération , quoique simple en elle-même , peut avoir des suites fâcheuses , et doit être faite par un chirurgien.

L'obturation de l'anus peut influer bien autrement et plus promptement sur la vie de l'enfant que ne le fait le filet. Quelquefois c'est l'anus même qui est fermé par la peau ; d'autres fois , c'est l'intestin qui est

bouché

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bouché par une cloison membraneuse plus ou moins éloignée de l'anus ; ou bien cet intestin est oblitéré , et manque entièrement. On peut être certain qu'il existe l'un ou l'autre de ces défauts de conformation , quand l'enfant n'évacue pas dans les premières vingtquatre heures, lorsqu'il fait des efforts infructueux pour évacuer, et que les lavemens ne peuvent pas pénétrer. On peut ouvrir l'anus , et fendre la cloison membraneuse qui ferme l'intestin rectum ; mais on ne remédie pas à l'oblitération ou au défaut de ce dernier, si ce n'est par une grande opération, encore très peu usitée, et qui laisse toujours , au cas de succès même , de grandes incommodités.

L'obstacle qui empêche l'évacuation des urines ne provient quelquefois, chez les garçons, que de l'obturation du prépuce, ou de l'ouverture du gland de la verge , et on y remédie facilement; d'autres fois il dépend de l'oblitération du canal de l'urètre même, et ce cas est des plus fâcheux , sans l'être cependant autant que celui où l'intestin rectum est oblitéré : tous ces cas exigent la présence d'un chirurgien.

Il en est de même de beaucoup d'autres vices de conformation plus apparens , tels que le bec-de-lièvre , avec écartement des os du palais, l'union des paupières, l'obturation des narines, l'union des doigts entre eux , etc.

53o PRINCIPES SUR l'art

La chute prématurée du cordon ombilical , ou sa rupture près de l'ombilic à l'instant de l'accouchement , sont encore des accidens qui doivent être connus des sagesfemmes , en ce qu'ils arrivent sous leurs yeux , et qu'elles sont obligées d'y apporter les premiers remèdes. Quand le cordon se détache avant que les vaisseaux ne soient oblitérés , ou quand il se déchire à l'instant de la naissance , on applique de la charpie râpée sur l'ombilic, de l'amadou , de l'agaric , ou de la toile d'araignée ; on met pardessus un large morceau de taffetas d'Angleterre , ou un emplâtre agglutinatif quelconque , des compresses , et le bandage de corps recommandé page 276: on observe d'ailleurs de ne pas serrer l'enfant dans ses langes. Si le sang se répand , malgré cet appareil , la sage-femme doit appeler un chirurgien.

Les convulsions sont des accidens d'une autre espèce , qui exigent les secours les plus prompts. Celles qui affectent l'enfant dans les premiers jours, dépendent le plus souvent des mucosités ou glaires qui obstruent la glotte , et remplissent la trachéeartère , ou de ce qu'il n'évacue pas assez ; on les calme en administrant des lavemens, de légers purgatifs , quelquefois des vomitifs, des antispasmodiques. Quand elles se répètent après l'administration de ces remèdes , si la face de l'enfant est tuméfiée et livide , s'il reste dans un état d'assoupisse-

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ment , on applique des sangsues derrière les oreilles ou aux tempes , des vésicatoires : on continue les potions calmantes antispasmodiques, et les évacuans.

Les autres maladies particulières à ce premier âge de la vie n'ont pas une marche assez rapide, pour qu'on ne puisse consulter un médecin ni un chirursien.

EXPLICATION

DES PLANCHES XXIX Ct XXX.

La planche xxix représente la matrice complètement renversée.

AA. La matrice renversée complètement.

B. Le fond de la matrice, auquel étoit attaché le placenta.

ce. Bourrelet formé par la partie antérieure du vagin.

DD. Les grandes lèvres écartées par la tumeur que forme la matrice.

La planche xxx représente la matrice renvei^sée incomplètement.

AA. Le corps de la matrice à demi renversé.

BB. Le fond de la matrice , renversé , formant une tumeur dans l'orifice et dans le

532 PRINCIPES SUR L ART, etc.

ce. Le bord antérieur de l'orifice de la matrice.

D. Enfoncement que décrit dans sa partie supérieure une matrice à demi renversée.

EEEE. Les ligaraens larges, et l'extrémité des trompes de Fallope.

FFF. Le vagin ouvert dans sa partie antérieure.

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