CHAPITRE VI
De la grossesse et de V accouchement de plusieurs enfans; de Vaçortement ou fausse-couche ; du faux travail et des fausses grossesses.
ARTICLE PREMIER
De la gjvssesse et de V accouchement de plusieurs enfans.
D. T)b combien d"" enfans la femme peut-elle être enceinte a la fois y et comment désignet'On ces enfans?
R. Il existe beaucoup d'exemples de grossesses de deux enfans; quelques uns de grossesses de trois, et à peine un seul bien constaté de grossesse de quatre. On se sert du.
/jn4 PRINCIPJES SUR l'aRT
mot Ae jumeaux y de tri-jumeaux , de quadri-jumeaux y pour désigner le nombre d'enfans provenans de la même grossesse.
D. Quand il existe plusieurs enfans, ontils été conçus en même temps ?
R. Le plus souvent ils sont le fruit d'une seule et même conception. En admettant l'opinion contraire, il faudroit convenir que ces enfans ont été conçus à des époques très rapprochées , comme dans le cours de la même heure et du même jour ; ce qui seroit encore assez difficile à expliquer, quoiqu'on ne puisse nier que quelques jumeaux aient été conçus à des époques beaucoup plus éloignées , même à plusieurs mois de distance, puisque la femme en est accouchée à des intervalles également marqués. La possibilité de la superfétation est établie sur des faits si positifs , qu'on ne peut en douter; mais la matrice étoit-elle unique alors ? On ne convient pas encore qu'une femme , qui n'a qu'une seule matrice, et qui est déjà grosse, puisse concevoir un second enfant, ou un troisième, etc., parce qu'il n'est pas démontré que cet organe n'étoit pas double chez celles oii la superfétation a eu véritablement lieu. L'on connoît bien plus d'exemples d'une pareille conformation que de véritables superfétations.
D. Chacun des enfans jumeaux a-t-il ses em^eloppes particulières et son placenta?
R. Le plus souvent il ne paroît y avoir qu'un seul placenta pour les jumeaux, les deux arrière-faix étant tellement rapprochés , réunis , qu'ils semblent ne former qu'une seule masse, de laquelle naissent autant de cordons qu'il y a d'enfans : mais cependant le système vasculaire de l'un communique à peine avec le système vasculaire de l'autre , et il y a constamment deux membranes appelées^horion , et deux membranes amnios ; de sorte que les eaux qui baignent la surface de l'un des enfans ne peuvent mouiller la surface de l'autre, étant séparées par une cloison formée de quatre feuillets de membranes.
Quelquefois les deux masses de placenta sont écartées l'une de l'autre , et liées par une forte membrane celluleuse ; mais la cloison qui sépare les enfans est la même, et résulte également de l'adossement des sacs membraneux qui enveloppent chacun de ces enfans. Enfin on dit avoir observé que les jumeaux étoient contenus dans les mêmes enveloppes, et baignés par les mêmes eaux : ce qui doit être excessivement rare.
D. Les jumeaux prennent-ils le même développement y le même accroissement; présentent-ils la même force y la même grosseur au terme de la naissance ; et sont-ils toujours de même sexe?
R. En général, les jumeaux sont un peu plus petits qu'un enfant qui a été porté seul
4^6 PRINCIPES SUK l'art
le même espace de temps, toutes choses étant égales d'ailleurs du coté de la santé et de la constitution de la mère. On observe de plus qu'un des jumeaux est un peu plus gros et plus fort que l'autre.
Le plus souvent ils sont du même sexe : mais on a vu naître aussi assez fréquemment un garçon et une fille; conséquemment des enfans de l'un et de l'autre sexe.
D. Un des jumeaux ne peut-il pÊis mourir avant le terme de sa naissance^ et exposer, par son voisinage, la vie du second enfant?
R. Un des enfans peut mourir long-temps avant l'accouchement, même se putréfier; mais il n'influe pas toujours pour cela d'une manière remarquable sur le développement du second. On a vu naître, dans le même moment, un enfant bien portant et un autre putréfié à l'excès ; quelquefois ce dernier paroissoit du même terme que le premier; d'autres fois il ne sembloit que du terme de sept mois, de six, et même au-dessous. Mais tous ces jumeaux étoient dans des enveloppes distinctes , formées par les deux membranes , de sorte qu'ils ne pouvoient se toucher immédiatement, ni être baignés par les mêmes eaux. On a vu des femmes avorter d'un enfant mort à un terme peu avancé de la grossesse , et porter l'autre enfant jusqu'à l'époque du neuvième mois.
D. La durée de la grossesse de plusieurs enfans est-elle la même que celle d'un seul?
R. Il est rare que la durée de cette espèce de grossesse soit parfaitement égale à celle d'une grossesse ordinaire : la plupart des femmes accouchent alors vers le milieu du neuvième mois, et quelques unes un peu plus tôt , sans qu'aucune cause étrangère à la grossesse puisse être soupçonnée d'y contribuer.
D. Quel est celui des jumeaux qui est Vaînè ?
R, Ce titre appartient à celui des enfans qui vient le premier, quoique le commun des hommes se persuade encore que cet enfant a été conçu le dernier.
SECTION PREMIERE
Des signes de la grossesse composée de plusieurs enfans.
D. Peut-on ^i^econnoître , aidant le mo-ment de V accouchement ^ s'il existe plusieurs enfans P
R. Les signes qui dénotent l'existence de plusieurs enfans sont on ne peut plus obscurs avant les six ou sept premiers mois de la grossesse. On ne peut que le présumer d'après le volume extraordinaire du ventre, et sa division en deux tumeurs par la dépression superficielle de la ligne blanche , ainsi que d'après les mouvemens qui se passent dans la matrice en plusieurs endroits à la fois.
Mais après le sixième, et surtout le septième mois, le toucher peut nous faire connoître , chez quelques femmes , s'il y a plusieurs enfans , ou un seul. Si l'on ne peut encore, à cette époque, introduire le doigt dans l'orifice de la matrice, on distingue au moins, en palpant aux environs , quelle est la partie que l'enfant présente au détroit supérieur. Si c'est la tête , on remarque quelle en est à peu près la grosseur et la mobilité , en la parcourant et en l'agitant au moyen du doigt, tandis que de l'autre main, placée à l'extérieur, on appuie légèrement sur le lieu où se trouvent les fesses et les pieds , qui se font reconnoître en certains cas avec une facilité étonnante. Il existe plusieurs enfans quand la tête qui se présente en bas ejt petite , peu mobile , et comme fixée sur l'entrée du bassin ; quand le ventre de la femme est en même temps très volumineux, la matrice fort élevée et très large d'iTn coté à l'autre ; quand la femme éprouve de fréquens mouvemens, mais obscurs, comme gênés, et en divers endroits à la fois; quand celui qu'on imprime à la tête qui est en en bas, ne répond pas à la main qui est placée extérieurement vers le fond de la matrice.
S'il n'existoit qu'un enfant dans une matrice aussi spacieuse , et un enfant aussi petit que nous l'annonçons, il y seroit extrêmement mobile ; on l'agiteroit aisément au moyen du doigt porté dans le vagin; la
femme en ëprouveroit des mouvemens très étendus et très libres , parce que cet enfant seroit alors au milieu d'une masse d'eau considérable relativement à son volume. S'il est encore possible de se tromper en quelques cas d'après l'ensemble de ces signes, on ne doit pas au moins conserver de doute au temps de l'accouchement. Lorsqu'il existe plusieurs enfans, le ventre de la femme reste très gros après la sortie du premier; la matrice s'élève encore au-dessus de l'ombilic , et présente, toutes proportions gardées, autant de largeur d'un côté à l'autre que de hauteur; le doigt porté dans l'orifice même de ce viscère, fait alors reconnoître évidemment l'existence du second enfant, soit qu'il s'y présente à nu , ou enveloppé de ses membranes.
SECTION II
De la manière dont s'opère r accouchement de plusieurs enfans, et de ce que doit faire Vaccoucheur.
D. Comment s'opère r accouchement dans le cas oh il existe plusieurs enfans ?
R. Le plus souvent , il s'opère aussi naturellement que s'il n'y avoit qu'un seul enfant, parce que les jumeaux se présentent successivement , et dans une bonne position , à l'orifice de la matrice. On remarque
f^So PRINCIPES StJR L*ART
seulement que la sortie du premier se fait un peu plus lentement, toutes choses égales d'ailleurs, que celle d'un enfant qui seroit seul.
L'expulsion du second enfant exige peu d'efforts de la part de la femme , quand il est bien tourné, parce que le premier lui a préparé la voie : il est rare que sa sortie tarde au-delà d'une demi-heure; et le plus souvent la femme n'éprouve que deux ou trois douleurs pour s'en délivrer. Si le second enfant est resté plusieurs jours dans le sein de sa mère après la sortie du premier, c'est parce que la matrice manquoit de forces, qu'elle étoit dans l'inertie, ou bien qu'il étoit situé de manière à ne pouvoir venir seul ; qu'on ne l'avoit pas reconnu , et qu'on prenoit les douleurs que la femme éprouvoit encore pour de simples tranchées de couches.
D. V accouchement peut-il s^ opérer naturellement^ toutes les fois qu'un des jumeaux se présente bien a V orifice de la matrice?
R. Non : il arrive quelquefois qu'il ne peut s'opérer de cette manière, parce que le second enfant est placé de façon qu'il s'oppose, en quelque sorte, a l'action immédiate de la matrice sur le premier (i) : comme on
(i) Nous pourrions rapporter ici des observations intéressantes, en preuve de ce que nous avançons.
en
DES ACCOUCHE3IENS. 4^^
en rapporte des observations. Dans ce cas, après un délai convenable pour s'assurer que cet enfant ne peut pas venir naturellement , on emploie le forceps pour en faire l'extraction, si la tête est très basse; on dégage les pieds, si ce sont eux qui se présentent; on accroche les hanches au moyen de l'index de l'une et l'autre main, si ce sont les fesses qui ont été poussées très en avant ; on se conduit enfin selon la position de cet enfant , et comme s'il étoit seul dans la matrice.
D. Que doit-on faire dans tous ces cas y après la sortie du premier enfant?
R. Lorsque le second se présente bien , on le laisse venir naturellement : on sollicite seulement les contractions de la matrice , en faisant des frictions sur le ventre de la femme au moyen d'une main ; mais , s'il se présente mal , on le retourne ; et , après en avoir dégagé .les pieds, on ne procède à son extraction qu'autant que la matrice se contracte bien , et que la femme éprouve de nouvelles douleurs , afin de prévenir l'affaissement de ce viscère, et d'empêcher qu'il ne tombe dans une sorte d'inertie qui suit assez ordinairement un accouchement trop prompt.
D. Que faudroit-il faire y lorsqu'il y a plusieurs enfans . si le tra<^ail de V accouchement étoit compliqué d'accidens?
R. Il faudroit opérer cet accouchement
comme on Ta prescrit en faisant mention de ces mêmes accidens.
D. Indiquez quelques unes des positions des jumeaux, tant a V égard de V orifice de la matrice que respectivement l'un à l'autre.
R. V. Les jumeaux peuvent présenter la tête au détroit supérieur ; mais celle de l'un ne peut s'y engager que celle de l'autre ne s'en écarte, en remontant vers l'une des fosses iliaques. Lorsqu'elles sont pressées également sur la marge du bassin , aucune ne peut s'y engager, et l'accouche» ment devient impossible sans les secours de l'art.
2°. La position respective des jumeaux est telle, le plus souvent, qu'ils sont à coté l'un de l'autre, comme on le voit exprimé sur les planches xxvii et xxviii : de sorte que , dans l'accouchement , ils présentent successivement la tête à l'orifice de la matrice , ou bien l'un d'eux seulement y et le second le siège ou les pieds. Quelquefois ils se croisent de manière que la tête de celui dont les fesses répondent à la partie latérale droite de la matrice, est appuyée sur la fosse iliaque gauche ; et la tête de celui dont les fesses regardent le coté gauche , est sur la fosse iliaque droite.
3°. Us peuvent se trouver dans les rapports encore très différens : l'un d'eux ayant la tête en bas, et l'autre les pieds; ou bien ce dernier étant couché transversalement
sur la partie postérieure, ou sous la partie antérieure de la matrice.
4°. L'un peut offrir l'épaule ou le bras, le dos ou la poitrine, à l'orifice de la matrice, et l'autre s'y présenter ensuite de la manière la plus avantageuse : ou bien le premier peut offrir la tête, et le second une des parties ou régions dont il s'agit.
5*. L'un et l'autre peuvent présenter les pieds en même temps et comme pêle-mêle, si les membranes des deux se rompent à la fois, etc. , etc. Enfin le cordon ombilical de l'un peut sortir à l'instant de l'ouverture de la poche des eaux, et l'autre se présenter de manière à venir le premier.
D. Comment doit-on procéder à V accouchement dans tous ces cas?
B. Quelle que soit la cause qui s'oppose à la sortie du premier enfant, lorsque la tête a été poussée jusqu'au fond du bassin , il faut opérer l'accouchement comme nous Favons déjà dit plus haut; mais on ne doit retourner cet enfant qu'autant qu'on ne peut se procurer le forceps, et quelqu'un qui sache l'appliquer.
1°. Lorsque les jumeaux présentent la tête dans le voisinage du détroit supérieur, de manière que celle de l'un s'oppose à la descente de celle de l'autre, il faut essayer d'en écarter une; et, si l'on ne peut y parvenir, on va prendre les pieds de l'un de ces enfans, on le retourne, et on en fait
^l^ PRINCIPES SUR l'art
l'extraction à l'ordinaire. On a seulement l'attention de n'extraire ce premier enfant que dans l'intervalle des douleurs, et de recommander à la femme de ne faire alors aucun effort, dans la crainte que la tête du second , qui est déjà dans le voisijiage du détroit supérieur , ne soit poussée en avant, on ne soit entraînée par la poitrine ou la tête de l'autre , de manière à s'opposer fortement à sa sortie.
Après l'issue du premier enfant, si le second se présente bien , on le laisse venir ; s'il se présente mal, on l'amène par les pieds.
2'-. Lorsque les jumeaux se croisent dans la matrice, de manière que la tête de l'un et l'autre se trouve appuyée sur les fosses iliaques, il faut aller prendre les pieds de celui qui est en dessous, le retourner , et l'extraire avec les précautions recommandées précédemment. On se comporte ensuite à l'égard de l'autre, selon la manière dont il se présente.
3^. Quand l'un des enfans présente la tête et l'autre les pieds, il faut se conduire dilFéremment, selon que ces derniers seront plus ou moins engagés. On les repousse le plus qu'on peut sur l'une des fosses iliaques, s'ils se présentent seulement à l'orifice de la matrice , pour que la tête de l'autre enfant puisse s'engager librement et sortir. Mais s'ils étoient à la vulve , et la tête du
DES ACCOIICHEMEiXS. 485
second enfant encore très éloignée, il faudroit les dégager, et extraire en premier lieu Fenfant à qui ils appartiennent, après toutefois avoir repoussé la tête de l'autre.
4°. On laisse venir l'enfant dont la tête se présente, et on retourne le second pour l'amener par les pieds , s'il se trouve dans la suite placé transversalement sur le détroit supérieur.
5°. Quand l'un des enfans présente les fesses , si elles sont très engagées , on les accroche d'un doigt légèrement recourbé sur le pli des aines, comme on l'a recommandé ailleurs ; ou bien on va chercher les pieds , si elles sont moins avancées ; mais on laisse aux soins de la nature l'expulsion du second enfant, s'il se présente bien.
6°. Lorsqu'un des enfans présente le bras au point que la main est dehors, il faut le retourner et l'amener par les pieds, à moins que la tête de l'autre ne se soit profondément engagée en même temps que ce bras , car il faut alors laisser venir cette tête, ou l'extraire avec le forceps, si elle ne peut sortir naturellement.
7°. Quand l'un et l'autre jumeau présentent les pieds en même temps , il faut s'assurer, avant de ne rien entreprendre, si les trois ou quatre extrémités qui sont k l'orifice de la matrice appartiennent à un enfant monstrueux, comme en en connoît des exemples, ou bien à des jumeaux ordi-
naires. Quand toutes ces extrémités appartiennent à un enfant monstrueux, on les dégage à la fois: mais, lorsqu'elles appartiennent à deux enfans , il ne faut dégager que les pieds de celui qu'on doit extraire en premier lieu, et repousser ceux du second enfant.
8^. Il est assez difficile de reconnoître si le cordon qui s'est précipité au dehors, à l'instant de l'ouverture de la poche des eaux, appartient au jumeau qui a commencé à s'engager, ou à l'autre : mais voici quelques règles de conduite relativement à l'accouchement :
Si la tête de l'un de ces enfans se trouve très avancée , et disposée à sortir promptement, on la laisse venir, que ce soit ou non celle de l'enfant a qui appartient le cordon qui est dehors; mais on fait l'extraction de cette tête au moyen du forceps, si elle ne peut venir naturellement et aussi promptement, pour se comporter ensuite, à l'égard du second enfant, selon la manière dont il se présentera. Lorsqu'aucun des enfans ne paroît disposé à sortir, a l'instant oîi le cordon s'échappe, il faut aller prendre les pieds de celui à qui appartient ce cordon, etc. (i), le retourner, et l'extraire.
(i) L'on a exposé ailleurs les préceptes qui sont relatifs à la délivrance après l'accouchement de plusieurs enfans. Voyez page aSo.
^j. syjn
ARTICL E II.
De Vavortement.
D Qu'EST-m que tavortement?
R L'avortement, dans l'acception la plus générale, est l'expulsion du fœtus et de ses dépendances avant le terme de sa maturité c'est-à-dire avant qu'il ne soit assez fort et assez développé pour continuer de vivre après sa naissance, quelques soms qu on donne alors à sa conservation. ^
D. Le mot de fausse-couche signifie-t-u autre chose que le mot avortement?
R. L'usage a rendu ces deux mots synonymes ; ils s'emploient pour exprimer la même chose, l'expulsion d'un fœtus qui est loin de son terme naturel. Mais on préfère le mot fausse-couche à celui d avortement , qui semble affecté plus spécialement a 1 espèce des brutes. L'expulsion dune mole de ces masses d'hydatides, de ces amas de sang ou d'eau , qui constituent les fausses grossesses dont nous parlerons ci-apres , s'exprime également par le mot faussecouche.
SECTION PREMIÈRE
Dt.s causes et des signes de ravovtement.
D. Quelles sont les causes qui peuvent donner lieu a V avortement ?
R. Ces causes sont en grand nombre : les unes proviennent de l'enfant , les autres de la mère ; et il y en a qui sont purement accidentelles.
Les maladies dont l'enfant peut être affecté avant sa naissance , et qui peuvent alors influer sur sa vie , doivent être regardées comme autant de causes éloignées de Tavortement , parce que la matrice , irritée par la présence d'un enfant mort , ne tarde pas à faire des efforts pour l'expulser.
Les maladies aiguës ou chroniques de la femme peuvent également donner lieu à l'avortement , soit en influant sur la vie de l'enfant , soit en troublant l'ordre du développement de la matrice.
La ténuité des enveloppes du fœtus en est souvent une autre cause , parce que ces enveloppes se déchirent aux moindres efforts, et laissent échapper les eaux quelquefois long-temps avant le terme de la maturité de la grossesse.
La foiblesse organique, l'extrême rigidité, et l'excès de sensibilité de la matrice , produisent également l'avortement.
DJ:S ACCOTJCHEMENS. 48q
L'abus des plaisirs de l'amour, les passions désordonnées , l'exercice forcé , les courses à cheval , le cahot des voitures , la danse , le chant , le rire immodéré , les coups , les chutes , et les efforts inconsidérés pour aller à la garde-robe , peuvent également le provoquer. Nous ne développerons pas la manière d'agir de chacune de ces causes, parce que cette explication seroit trop longue, et pourroit paroître inutile pour des sages-femmes.
D. Quels sont les symptômes qui déno-tént qu une femme est menacée d'avorter?
R. Le travail de l'avortement se déclare quelquefois sans qu'aucun symptôme n'ait annoncé qu'il étoit à craindre , ou que la femme en ait-été menacée; mais le plus ordinairement il est précédé d'une sorte de lassitude dans toute l'habitude du corps , de pesanteur et de douleurs dans les membres; le pouls de la femme est fréquent, élevé, dur , irrégulier, et comme fébrile; le visage est comme décomposé , les yeux paroissent enfoncés , et les paupières livides ; la femme se plaint d'une pesanteur dans le fond du bassin , ou au-dessus de l'anus , qui est accompagnée d'un tiraillement douloureux vers les lombes et les aines; les mouvemens de l'enfant deviennent plus fréquens , ou bien plus obscurs , et bientôt la femme n'en ressent aucun , si ce n'est une espèce de ballottement : il s'établit un écoulement
49^ PRÏJVCIPES SUR l'art
glaireux , séreux , roussâtre , et quelquefois de sang pur ; enfin il survient des douleurs semblables à celles de l'accouchement : ces derniers symptômes dénotent un avortement prochain ; et l'ensemble des autres annonce seulement que la femme en est menacée.
D. V açorteinent a-til lieu toutes les fois que quelques uns de ces symptômes se manifestent P
R. Non : on a vu des femmes perdre du sang abondamment , même à diverses reprises , ou bien éprouver une longue suite de douleurs, avec ou sans perte , et ne point avorter. On peut espérer que l'avortement n'aura pas lieu , si l'orifice de la matrice reste fermé malgré la continuité des douleurs ; si le col de ce viscère ne perd rien de sa longueur ; si les mouvemens de l'enfant continuent de se faire sentir , etc. : d'ailleurs on parvient quelquefois à rétablir le calme , quoique le travail de l'avortement soit plus avancé, le col de la matrice étant assez dilaté pour admettre librement le doigt , et la poche des eaux commençant à se former.
SECTION II
Des mojens depré<^enir Vavortement, et des secours qu'on doit donner a la femme dans le temps même où il se fait.
D. Quels sont les moyens de prévenir ravortement ?
R, Ces moyens sont aussi variés que les causes de l'avortement sont multipliées.
Rien ne peut empêcher celui qui est la suite de la mort du fœtus , des maladies aiguës ou chroniques de la mère, de certaines lésions organiques de la matrice; mais un bon régime , un exercice modéré , le repos , les bains , des saignées plus ou moins répétées , des boissons délayantes , des lavemens peuvent le prévenir , lorsqu'il n'a d'autres causes éloignées que la foiblesse des organes de la femme , la sécheresse , la rigidité , l'extrême sensibilité de la matrice „ la pléthore sanguine , les efforts du vomissement, ceux de la garde-robe , la toux , etc., en appHquant chacun de ces moyens aux circonstances où ils paroissent indiqués.
D. Quels sont les mojens de s'opposer à Vavortement , lorsque quelques uns de ses symptômes avant-coureurs se sont déjà manifestés ^ et que le travail en est commencé?
R. Lorsque la grossesse a été vivement ébranlée par une cause quelconque , on fait
garder le repos à la femme, on lui prescrit des boissons tempérantes , des potions calmantes , et un régime analogue. On lui tire quelques palettes de sang du bras , si le pouls est plein et accéléré , si elle ressent de la douleur dans le bas-ventre, si les mouvemens de l'enfant sont devenus plus obscurs , s'ils font une impression douloureuse sur la matrice , s'il existe un écoulement séreux ou sanguinolent qui menace d'augmenter, etc.
D. Quels sont les secours qu'on doit donner a la femme , dans le temps même de Favortement?
R. Ces secours doivent être différens , selon les circonstances qui peuvent compliquer l'état de la femme, et le terme de la grossesse auquel se fait l'avortement.
L'expulsion du fœtus et de l'arrière-faix doit être confiée aux soins de la nature , toutes les fois qu'il n'existe pas d'accidens alarmans , tels qu'une hémorrhagie, des convulsions, etc.
Lorsque la femme n'éprouve que les douleurs inséparables des contractions de la matrice , sans lesquelles l'expulsion du fœtus et de l'arrière - faix ne sauroit s'opérer , on attend patiemment : on évite de porter le doigt trop fréquemment à l'orifice de la matrice, dans l'espoir de le dilater; et l'on s'abstient plus soigneusement encore d'ouvrir la poche des eaux , dès qu'elle corn-
DES ACCOUCHEMlîHS. 4c)3
inence à se former à travers cet orifice ; car on retarderoit souvent de beaucoup la délivrance , en touchant fréquemment , et en faisant écouler les eaux prématurément. On doit se rappeler qu'il en coûte moins d'efforts à la nature pour expulser la totalité du produit de la conception à la fois et comme en une seule masse, avant le troisième mois de la grossesse , que pour le faire en détail comme dans l'accouchement ordinaire.
Quand la poche des eaux se déchire de trop bonne heure, dans l'avortement qui se fait avant le troisième mois de la grossesse, ce fluide et le fœtus sont expulsés aussitôt ; mais l'arrière -faix, beaucoup plus gros, ne vient qu'après un nouveau travail , toujours d'autant plus long, que l'orifice de la matrice s'est plus resserré après l'ouverture de la poche des eaux, (i)
Lorsque l'avortement n'a lieu qu'après les quatre ou cinq premiers mois de la grossesse , il faut se comporter auprès de la femme , comme dans l'accouchement à terme , tant pour ce qui regarde la sortie de l'enfant même , que pour celle de l'arrièrefaix.
D. Quelles sont les suites les plus ordinaires de l'avortement ?
R. Ces suites diffèrent peu de celles d'un accouchement à terme ; il y a , comme après
(i) Voyez page 247 et suiv.
celui-ci, des lochies rouges, de séreuses et sanguinolentes; enfin de blanchâtres ou laiteuses. Le sein se tuméfie du deuxième au troisième jour, et quelquefois plus tard; mais cette révolution ne manque presque jamais de se faire , quelle que soit l'époqne de la grossesse à laquelle l'avortement ait lieu : ce qui doit engager la femme à se conduire comme à la suite de l'accouchement ordinaire.
ARTICLE I I L Du faux travail,
D. Qu'entend - ON ordinairement par faux travail ?
R. On désigne ainsi une suite de douleurs plus ou moins longues , et assez semblables à celles de l'accouchement , pour faire craindre qu'il n'en soit le résultat. Mais ces douleurs , qui se font sentir dans le bas -ventre et à des intervalles marqués, comme les vraies douleurs de l'accouchement, ne proviennent pas toutes de la même cause, et ne dénotent pas toutes également un commencement de travail. Les unes dépendent réellement des efforts que fait la matrice à contre-temps pour expulser l'enfant ; et les autres ne sont que des douleurs de coliques intestinales, hépatiques ou néphrétiques , etCc
DES ACCOUCHEMEJMS. 4g5
D. Quelles sont les causes qui peuvent donner lieu a ces différentes espèces de douleurs ?
R. Les coliques intestinales , hépatiques , et néphrétiques , dépendent en général de la sahurre des entrailles , de la rétention de la bile dans ses propres couloirs, de la présence d'une pierre dans la vésicule du fiel , dans les reins , dans l'un des uretères , ou dans la vessie même, etc.; maladies qui exigent toute la sagacité du chirurgien ou du médecin, et dont le traitement est étranger aux sages-femmes.
Les douleurs qui dépendent des contractions de la matrice, souvent ne sont que l'effet d'une affection spasmodique de ce viscère, et se combattent par l'usage des bains , des potions calmantes , des fomentations , des boissons délayantes , etc. Quelquefois elles proviennent de la plénitude des vaisseaux , et elles exigent une saignée et même deux ; ou bien elles sont la suite de quelques unes des causes qui provoquent l'avortement.
D. Comment distingue-t-on les douleurs qui dépendent de V affection spasmodique , ou des contractions de la matrice , des différentes espèces de coliques dont on vient défaire mention ?
R. Les douleurs qui dépendent de l'action même de la matrice se font sentir dans l'espèce de globe que forme ce viscère : il se durcit pendant ces douleurs , et redevient
souple ensuite; si ces douleurs continuent, l'orifice de la matrice ne tarde pas à s'entr'ouvrir, et la poche des eaux à se former , de manière que tous les symptômes de Taccouchement paroissent successivement , tandis que ces symptômes ne se manifestent pas dans les autres espèces de douleurs. Celles de coliques intestinales n'ont point de siège ûxe ; tantôt elles affectent un point du basventre, et tantôt un autre. Les douleurs hépatiques ont leur siège sous les fausses côtes du côté droit, et les néphrétiques vers Tun ou Tautre côté des lombes, etc.
D. Quel jugement doit-on porter de ces différentes espèces de douleurs, relativement a la gîvssesse ?
R. On doit craindre, dans tous les cas, qu'elles ne provoquent Tavortement ou l'accouchement prématuré , et la femme en est menacée surtout , quand ces douleurs proviennent de l'action de la matrice. Il convient donc d'en rechercher la cause , et de s'efforcer de les calmer par un traitement convenable; ce qui appartient bien plus au médecin qu'à la sage-femme.
DES ACCOUGHEMENS. 497
ARTICLE IV
Des fausses grossesses , de leurs signes, et de leurs suites,
D. Qu^ENTENDEZ-vouspar fausses grossesses ?
R. On appelle fausses grossesses celles qui sont formées de substances qui ne présentent aucune trace ni aucun débris du fœtus. Ces substances , considérées relativement à leur nature , ou à leur origine , sont de deux espèces : les unes sont solides , et les autres plus ou moins fluides ; les unes sont le produit de la conception, et les autres en sont indépendantes.
D. Comment appelle-t-on les substances qui sont regardées comme le produit de la conception , et quelles sont celles qui en sont indépendantes?
R. On désigne les premières sous le nom de mole ou die faux germe; et les autres sont de l'eau, du sang ou des humeurs glaireuses ; quelquefois ce n'est que de l'air retenu et raréfié dans la matrice.
D. Qu est-ce qu'une môle?
R, C'est une espèce de masse , pour l ordinaire , en apparence charnue , qui n'a d'autre forme que celle du lieu où elle s'est développée , et de l'espèce de filière a travers laquelle elle s'est échappée de la
matrice; quelquefois ce n'est qu'un amas confus de petites vessies remplies d'eau , attachées par un pédicule extrêmement délié , à une base qui paroît de la même nature que le placenta. On nomme ces petites vessies hydatides , et leur ensemble ou l'espèce de masse qui en résulte, mole en grappe, par rapport à sa ressemblance, quoique im-
' parfaite, avec une grappe de raisin ou de grosses groseilles. Il y a donc des moles qui sont comme charnues , et d'autres vésicu- 1 a ires.
D. Peut-on expliquer^ la formation de ces
. sortes de moles, et le germe en existe-t-il indépendamment de celui du produit ordinaire de la conception.
R. Il est assez difficile d'expliquer la formation de ces différentes espèces de moles ; mais on peut assurer que le germe n'en est pas différent de celui du produit ordinaire de la conception. Ces masses ne prennent ce caractère qu'accidentellement; et, quand on les examine attentivement , on y trouve les débris d'une bonne conception; il n'y manque que le fœtus, qui a été détruit dès les premiers temps de sa formation, et avant que ses parties eussent acquis assez de solidité pour se conserver. La mole qui est comme charnue , offre toujours une cavité tapissée de membranes et remplie d'eau ; très petite , il est vrai , quand l'embryon a cessé d'exister dès les premiers jours de la
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grossesse, et plus grande, lorsqu'il s'est détruit plus tard, comme au terme d'un mois et plus.
Quand le peu d'eau que contient cette cavité s'en évacue long-temps avant l'expulsion de la môle, celle-ci s'affaise sur elle-même, sans se détacher de la matrice et sans cesser de s'accroître; sa cavité diminue, s'oblitère, et paroît à peine quand on la recherche après la sortie de cette masse. Cette espèce de mole n'est donc , à proprement parler , que l'arrière-faix qui a continué de végéter et de se développer après la mort de l'embryon ; elle ne diffère du placenta que parce que les vaisseaux ombilicaux n'y existent pas comme dans celui-ci.
D. La môle est-elle différente du faux germe ?
R. La mole ne diffère pas de ce qu'on appelle vulgairemeuty^z/^ germe : ces dénominations expriment la même chose, et l'usage permet d'employer Tune ou l'autre. Il n'existe pas de faux germe : si la forme et la consistance des moles ne sont pas toujours les mêmes; s'il y en a de plus solides les unes que les autres , de plus sèches et de plus abreuvées de fluides , ces différences ne sont qu'accidentelles.
D. La jnole est-elle d'une autre nature que le polype de là matiice?
R. Il existe une très grande différence entre le polype et la môle. Le polype est
5oO PRINCIPES SUR L ART
une excroissance, une végétation, un développement de la propre substance de la matrice , qui n'a d'autres racines que les vaisseaux et le tissu fibreux de ce viscère même. La môle, au contraire, n'est liée à la matrice que comme le placenta y est attaché dans une grossesse ordinaire,, et n'a rien de commun avec la substance de ce viscère.
D. Quelle est la givsseur de la mole y et la durée du séjour qu elle fait dans la matrice?
R. La mole peut acquérir plus ou moins de volume , selon qu'elle est d'une nature plus ou moins fongueuse et humide , et le temps qu'elle séjourne dans la matrice : celle qui est solide et comme charnue, acquiert moins de volume dans un temps déterminé, que celle qui est vésiculaire , etc. On en a vu de cette dernière espèce surpasser, au terme de six à sept mois de grossesse, le volume de deux ou trois arrière-faix réunis : jamais la première n'acquiert autant de grosseur. L'expulsion de cette première espèce de mole se fait le plus ordinairement vers le troisième mois de la grossesse ; mais elle peut cependant rester plus long-temps dans la matrice, et au-delà même du terme ordinaire d'une bonne grossesse.
D. Comment appelle-t-on les fausses grossesses qui ne sont formées que de fluides?
R, On appelle hjdropisie de matrice ^ celle qui n'est formée que d'eau; tympanite
DES ACCOUCHFMKNS. 5o I
de matrice y celle qui ne dépend que de l'air; et amas de sang , lorsqu'il n'y a que du sang mêlé d'humeur glaireuse, (j)
SECTfON PREMIERE.
Des signes de ces différentes espèces de /tins ses grossesses.
D, Quels sont les signes qui caractérisent unefansse grossesse ?
Il n'y a point de signes qui puissent faire distinguer, dès les premiers mois, une fausse grossesse , de quelque espèce qu'elle soit , d'une grossesse ordinaire. L'une et l'autre le plus constamment sont accompagnées de la suppression des règles , du gonflement du sein , de la sécrétion et de l'excrétion d'une humeur séreuse plus ou moins jaunâtre ou blanchâtre, qu'on prend pour du lait; de nausées, de crachotement, de vomissement , etc. Dans l'un et l'autre cas souvent le ventre se tuméfie de très
^i) L'hydropisie de matrice seule , et sans produit de conception , est une maladie excessivement rare.
La tympanite de matrice est plus rare encore : peut-être même n'en existe-t-il pas un seul exemple où l'on ait pu croire à l'existence d'une grossesse.
Les amas de sang n'ont lieu que chez les femmes dont le col de la matrice ou le vagin est imperforé ou oblitéré.
bonne heure , et quelquefois de manière qu'il paroît aussi gros à deux mois, qu'il l'est à cinq et à six , quand son volume ne dépend que de la dilatation de la matrice, ce qui ne provient alors que du développement^ spasmodique des entrailles. Souvent dans la fausse grossesse la femme ressent des mouvemens dans le bas-ventre, vers l'époque du quatrième au cinquième mois, et quelquefois plus tôt, comme elle en éprouve dans le cas de grossesse ordinaire; dans celle-ci, ce sont les mouvemens de l'enfant , et dans la fausse grossesse, des mouvemens hystériques ou spasmodiques , qui ressemblent assez aux premiers pour que les femmes même qui ont eu plusieurs enfans s'y trompent.
Le mouvement de ballottement que quelques femmes disent éprouver dans le basventre , quand elles s'agitent ou changent d'attitude , n'est qu'un signe illusoire de la présence d'une mole, quoique quelques auteurs l'aient donné pour certain de l'existence de celle-ci. Si la fausse grossesse est quelquefois accompagnée d'un suintement séreux et sanguinolent; si les règles ont également lieu quelquefois, quoique très imparfaitement, les mêmes effets ou plutôt les mêmes accidens se remarquent aussi assez souvent dans une bonne grossesse. Si les fausses grossesses ont des signes particuliers, ce sont des nuances imperceptibles qu'on ne peut saisir
DES ACCOUCHEMENS. 5o3
que fort tard; et il est rare que les corps étrangers qui constituent ces espèces de grossesses séjournent assez long- temps dans la matrice, pour que nous puissions prononcer sans craindre de nous tromper.
D'après ces observations, on voit avec quelle prudence la femme devroit se conduire dans le cas où elle se croit grosse, et surtout lorsqu'elle est menacée de faussecouche ; avec quelle réserve on doit lui permettre l'usage de certains remèdes vantés pour hâter l'expulsion d'une môle, ou de toutes autres espèces de corps étrangers contenus dans la matrice; enfin, qu'elle ne doit user de ces remèdes dans aucun cas, puisqu'on ne peut être certain dans aucun qu'il n'existe qu'une môle.
SECTION II
De V expulsion de la môle et des autres substances quiconstituentlafausse grossesse.
D. Comment s'opère, en général, V expulsion des substances qui constituent les fausses grossesses ?
R. La fausse grossesse formée par de l'eau, ou de l'air retenu dans la matrice, se termine plus tôt ou plus tard , et toujours sans de grands efforts de la part de l'organe: ces deux espèces de maladies , d'ailleurs extrêmement rares, exigent toute l'attention
5o4 PRINCIPES SUR L ART
du médecin , tandis que la fausse grossesse formée d'un amas de sang, ne demande souvent que les secours de la chirurgie , en ce qu'elle n'a pour cause éloignée que l'obturation de l'orifice de la matrice ou du vagin. Comme cette obturation peut être accidentelle, ou de première conformation , ces amas de sang peuvent avoir lieu chez des femmes qui ont eu précédemment des enfans, comme chez celles qui n'ont pas encore eu de règles.
La fausse grossesse dépendante d'une mole, quelle qu'en soit l'espèce, ne demande pas d'autres soins que ceux qu'on accorde à la femme dans une grossesse ordinaire. La nature se délivre de ces corps étrangers comme elle se délivre d'un enfant et de son arrière faix; il s'établit, pour l'expulsion de la môle, un travail parfaitement semblable à celui de l'accouchement, si ce n'est peut-être qu'il est un peu moins douloureux pour la femme ; les contractions répétées de la matrice en dilatent l'orifice , détachent la môle et l'expulsent, avec une effusion de sang plus ou moins grande.
D. Quels sont les secours qui peuvent devenir nécessaires pendant le travail de V expulsion de la mole?
R. On doit attendre patiemment l'expulsion de ce corps étranger, et la femme n'a pas besoin de secours, lorsque le travail nécessaire à cet effet n'est précédé ni accompagné
DES AGCOUCHEMENS. 5o5
pagné d'aucun accident : mais, quand il survient une perte abondante , il faut recourir aux moyens proposés pour ce cas; il faut hâter Texpulsion de la môle, et même en faire Textraction si la chose est possible , comme on a recommandé de procéder à celle de l'arrière-faix du fœtus abortif Fojez pag. 247 ^^ suw.
D. Quelles sont les suites de ces espèces de fausses-couches ?
R. Elles ne sont pas différentes de celles de l'avortement : la femme éprouve , après l'expulsion d'une môle , les mêmes évacuations qu'après l'expulsion d'un fœtus abortif et de son arrière-faix : dans l'un ainsi que dans l'autre cas, le sein se tuméfie après plusieurs jours; il en découle une humeur laiteuse, et il y a des vidanges ou lochies. Le régime que doit garder la femme après l'expulsion d'une môle , devroit donc être le même qu'après l'avortement et l'accouchement, puisqu'elle a les mêmes accidens à redouter.
5o6 PRINCIPES SUR l'art