SUR LA VIE ET LES OUVRAGES
DE M. BAUDELOCQUE,
Extraite du Discours lu à la séance publique de l'Hospice delà Maternité, le 20 juin 1810, par M. Chaussier, Médecin en chef de cet Hospice.
JJans ces séances solennelles qui terminent chaque année le cours d'études à la Maternité, je n'ai eu jusqu'à ce jour qu'à présenter le précis de quelques unes des observations importantes que fournit la pratique médicale de l'Hospice ; je n'ai eu qu'à rendre compte des améliorations qui s'opèrent chaque année, du zèle et des progrès des élèves dans les différentes branches d'instruction qui leur sont données; mais aujourd'hui la douleur, la tristesse la plus profonde règne dans le cœur de tous ceux qui sont atta^chés à cet établissement; les élèves pleurent la perte d'un Professeur qui , par ses bontés , son zèle , sa patience à les instruire, à leur aplanir les difficultés de l'étude , avoit si bien mérité
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l'attachement le plus sincère , la reconnoissance la plus vive , le respect le plus grand. Les Administrateurs regrettent l'homme de bien , l'écrivain judicieux et savant, dont les ouvrages, les talens et la haute réputation inspiroient la confiance , et ont tant contribué au succès, à la célébrité de l'Ecole qu'ils ont fondée. Et nous , ainsi que tous ceux qui s'occupent de l'art de guérir, nous regrettons un ami du commerce le plus doux, un collègue estimable, d'un jugement exquis, d'une expérience consommée , dont les conseils ont été si souvent salutaires dans les cas les plus complexes. Mais ces sentimens ne sont point concentrés à l'enceinte de cet Hospice , de cette École ; du palais des grands jusqu'à la chaumière du pauvre, les mères se rappellent avec reconnoissance le praticien habile dont la dextérité et les soins toujours empressés et délicats ont tant contribué au soulagement de leurs maux, à la conservation de leur vie et de leurs enfans. Cet accord général de sentimens , cette unanimité d'expressions est sans doute le plus bel éloge de l'homme de bien. Une Notice de la Vie , des Ecrits de notre savantProfesseur,fera mieux apprécier encore
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tous les services qu'il à rendus à l'art et à la société,
J.-L. Baudelocque y membre du Collège de Chirurgie de Paris, conseiller de PAcadémie royale de Chirurgie, professeur d'accouchemens à la Faculté de Médecine , chirurgien en chef accoucheur et professeur à l'Hospice de la Maternité , associé de plusieurs Académies nationales et étrangères , naquit à Heilly, près d'Amiens, département de la Somme, le 3o novembre 1745.
Après avoir fait ses premières études , et reçu de son père , qui exerçoit avec distinction la chirurgie dans le pays , les principes de cet art , Baudelocque vint à Paris puiser des connoissances plus étendues dans les leçons des grands maîtres. Il embrassa dans ses études toutes les branches de l'art , cultiva l'anatomie avec un soin particulier; et , pour parvenir à une connoissance plus exacte des maladies et de leur traitement , il fut pendant plusieurs années attaché à l'Hospice de la ^ Charité, y suivoit les maladies, y faisoit les pansemens. Admis à l'École pratique établie dans le sein du Collège royal de Chirurgie , il obtint au concours public un des premiers
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prix de cette École. Ce succès, qu'il devoit uniquement à l'étendue, à la solidité de ses connoissances anatomiques et chirurgicales , le fit distinguer parmi tous ses condisciples , et lui valut l'estime et même l'amitié de M. HousTET, qui lui devint fort utile par la suite : il lui procura aussi la connoissance de Solajres de Renhac, jeune docteur nouvellement arrivé à Paris, et qui, plein de zèle et d'activité , faisoit alors avec succès des cours particuliers d'Accouchemens, et commençoit à jouir d'une certaine réputation.
Solayres, qui, dans le nombre des élèves, avoit distingué le jeune Baudelocque , et avoit su apprécier ses talens , ses connoissances , le chargea de continuer un cours qu'il avoit commencé, mais qu'il étoit forcé d'interrompre à cause d'une altération de la voix et d'une affection grave des poumons , qui le conduisit en peu de temps au tombeau.
Cette circonstance fît aussitôt connoître tout ce que Ton pouvoit attendre de Baudelocque. La méthode qu'il employa dans les leçons qu'il fît pour remplacer Solayres ^ la justesse dans les défînitions, la clarté dans le développement des différens points qu'il trai-
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toit , excita l'attention , Tenthousiasme de tous les étudians qui suivoient le cours , et ils se réunirent pour lui demander, avec les plus grandes instances, de continuer à faire des cours.
Ce premier succès dans l'enseignement éveilla la jalousie; quelques uns voulurent empêcher Baudelocqiie de continuer à faire descours,parceque, jeune encore, il n'avoit aucun titre légal; mais M. Houstet, qui étoit le protecteur de tous les jeunes gens qui annonçoient des talens, et qui avoit pour Baildelocque une estime particulière , n'hésita pas à faire mettre les cours sous son nom.
Également instruit dans les différentes branches de l'art , Baudelocque auroit pu se livrer avec succès à l'exercice de la médecine ou de la chirurgie; mais, pour mieux em- -brasser son objet, il se borna entièrement à la- pratique des Accouchemens , et fit chaque année un ou deux cours particuhers , qui toujours étoient suivis par un grand nombre d'élèves , parmi lesquels on comptoit beaucoup d'étrangers qui étoient envoyés et entretenus par leurs souverains. Chaque jour aussi sa réputation s'accrut, non-seulement comme