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CHAPITRE VIII

Examen de la question qui a pour but de rechercher si, lors du depot des strates fossilifères les plus anciennes, la configuration géographique de l'hémisphère boréal était de nature à donner lieu à un climat excessivement chaud. — Etat de la surface à l'époque où le calcaire de montagne et le terrain houillcr furent déposés. — Des changements qui se sont manifestes dans la géographie physique, entre la période Carbonifère et celle de la Craie. — De la transition brusque qu'on observe entre les fossiles des époques secondaire et tertiaire.

— De l'augmentation de la terre-ferme, et de l’élévation de certaines chaînes de montagnes après la solidification des roches secondaires.

— Explication de la carte indiquant l'étendue de la surface qui, en Europe, a été recouverte par la mer depuis le commçncoment de la période tertiaire. — Théories astronomiques relatives aux causes déterminantes des variations qui ont lieu dans le climat. — Théorie de la diminution de la chaleur primitive attribuée au globe terrestre.

Ainsi qu’on l'a vu dans un des chapitres précédents (le sixième) , les arguments qui se déduisent de la présence des débris organiques m’ont servi à conclure que lors du dépôt des strates carbonifères et d’autres couches plus anciennes encore , la température moyenne annuelle de l’hémisphère nord était beaucoup plus élevée quelle ne l'esta présent; que depuis i. t. 27

Cil \NGKMENTS

(LIVHF. I ,

les époques où ces couches se sont formées, le climat a subi diverses modifications; et enfio, que par suite de ces modifications successives, il s’est de plus en plus rapproché de celui qui domine aujourd’hui sous les mêmes latitudes. Plus loin, j’ai cherché à prouver ( Voyez le chapitre VII) que si l'on admet que des causes analogues à celles qui agissent à l’époque actuelle, puissent, parla suite dessiècles, donnerlieu à deschangements considérables dans la position relative des terres et des mers, il faudra, dès lors, admettre aussi que des vicissitudes de climat non moins importantes que celles dont nous venonsde parler, pourront égalément se produire dans les temps à venir. Maintenant, il me reste à examiner si les changements qu’aujourd’iiui l’on reconnaît avoir eu lieu anciennement dans la configuration géographique de l'hémisphère boréal, coïncident, quant à leur nature et à 1 époque à laquelle ils se sont manifestés, avec des révolutions climatériques analogues à celles qui, suivant les principes météorologiques que nous avons déjà exposés, auraient dû naturellement se produire.

Epoque des roches fossilifères primaires. — De tous les systèmes de couches dont les débris organiques fournissent un témoignage décisif à l'égard du climat, ou de l’ancienne distribution des terres et des mers, le plus ancien est celui qui comprend les for-

Cil AP. VIII.) DANS LA GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. 315

mations connues généralement sous le nom de terrain de transition, mais que j'ai appelées formations fossilifères primaires (*).Ces formations se rencontrent en France, enAngleterre.cn Allemagne , en Suède , en Russie, et en plusieurs autres parties de l’Europe centrale et septentrionale, ainsi que dans le vaste district lacustre du Canada et des États-Unis. I.e grand nombre de coraux et d’univalvcs multiloculaires ou cloisonnées, que l’on a trouvés dans les calcaires de ces groupes anciens, rappellent, par leurs volumineuses dimensions, les formes qui de nos jours n'acquièrent un très-grand développement que dans les mers tropicales. Quantauxtestacésetauxzoophytes que renferment ces strates, on pense que plusieurs espèces sont communes à des latitudes tres-éloignées entre elles, et situées, des deux côtés opposés de l’équateur; en Europe, par exemple, et aux Iles Falkland , ou dans l’Amérique septentrionale et au cap de Bonne-Espérance. Si, à l’aide de nouvelles recherches, on pouvait parvenir à déterminer d’une manière certaine l’idenlitéspécifiquedecesfossiles, la vasteétendue géographique dans laquelle on les trouve, semblerait

(") Voyez les Éléments of geology, ch. XXII, par l'auleiic du présent ouvrage (1)

(1) Voir page 530 de la traduction que j'ai donnée de» Llcmtnli de liéntogie, Paiis. 1*39, in-lî T. N

310 PltKl'YKS I) ANCIENS CHANGEMENTS (i.iviie i,

indiquer qu’au temps où ils vivaient, le climat général du globe était sensiblement plus uniforme qu’il ne l'est aujourd’hui. Jusqu’ici, le nombre des débris de végétaux qu’on a découverts ou cru découvrir dans ces formations est très-peu considérable; toutefois,' ceux que I on a cités comme y ayant été trouvés, passent pour avoir plus de rapports avec les plantes de l’époque carbonifère qu’avec celles d’aucune autre période, ce qui doit naturellement faire supposer que 1 atmosphère au milieu de laquelle ils vivaient , était tout à la fois tropicale et humide.

Cette absence, ou du moins cette grande rareté de plantes, ainsi quede coquillesd’eau douce, et de tous autres signes propres à indiquer le voisinage de la terre-ferme, concourt, avec le grand développement qu'offrent, en Europe et dans l’Amérique septentrionale, les formations marines de l'époque dont il s'agit, à attester que lors de cette période, l’hémisphère boréal du globe terrestre présentait toutes les conditions physiques, que, su*ant les principes déjà exposés, il devait réunir pour jouir d'un climat en même temps uniforme et très-chaud. ( Voyez p. 306 et Planche 2, Fig. 1 .)

Groupe carbonifère. — Ce groupe suit immédiatement celui des roches fossilifères primaires. Un de ses membres principaux, le calcaire de montagne, est

cil ai>. vin.) DANS LA UÉOtiRAPUIE PUYSIQl'K.

d une origine marine, indiquée d'une manière incontestable par les coquilles et les coraux qu'il renferme. La continuité de ce calcaire sur de très-grands espares. fait voir aussi que l’Océan d’alors avait, sous nos latitudes, une étendue considérable; car ce groupe parait avoir été trouvé non-seulement en diverses parties de l’Europe, mais dans l’Amérique du Nord . vers les bords de la mer Arctique (*).

Bien que l’on attribue à la houille elle-même une origine végétale, on ne peut supposer, à en juger par l’état des plantes que renferment les argiles schisteuses associées à cette formation, et par la conservation vraiment extraordinaire des feuilles de ces

(■) On a déduit des obselxations faites parle docteur Richardson pendant l'expédition du capitaine Franklin à la côte Nord- Ouest de l’Amérique, et des échantillons offerts parce! observateur à la Société Géologique de Londres, qu’entre les 60* elTtr parallèles de latitude nord, il existe une formation calcaire trèsconsidérable, s’étendant vers l'embouchure de la rivière Mackensic, et renfermant dus corallincs, des produclus, des lérébratules et divers autres fossiles, qui, sous le rapport des caractères génériques, offrent la plus grande analogie avec ceux du calcaire de moulaguc, dont lo groupe en question a été considéré comme étant le représentant. On trouve aussi dans la même région une série de strates plus récentes, renfermant de» argiles schisteuses avec impressions de fougères , de lépidodendrons, et de divers autres végétaux. Il s’y rencontre également des ammonites — Vrocccdimjs of Geol. Soc., n"?, p. 63, Vais 18-28.

:{1S PREUVES D'ANCIENS CHANGEMENTS ILIVBE l.

plantes, qu elles aient été amenées, fùt-ce même è l aide du flottage , de très-grandes distances. lVun autre côté, comme il est évident que les espèces sont terrestres, on doit nécessairement en conclure l’ancienne existence d’un continent peu éloigné, — opinion qui se trouve confirmée par la présence des coquilles et des entomoslracés que l’on rencontre dans les terrains houillers supérieurs du Shropshire (*), dont les débris organiques indiquent un dépôt lacustre. A Hurdiehouse , près d’Edimbourg, on observe un calcaire qui, par l’qnalogie de ses fossiles avec ceux des couches du Shropshire, indique également que, lors de la période ancienne dont nous nous occupons, un lac, ou plutôt un estuaire existait en ce lieu (**).

M. Hutton a reconnu que dans une partie du terrain houillerdu Norlhumberlandshire et du Durhamshire se trouve une argile schisteuse qui recouvre un lit de charbon, et renferme, indépendamment des plantes de la périodecarbonifère.un très-grand nombre de coquilles fossiles d’une certaine espèce d’IJnio. La. houille a été extraite de dessous la couche coquillière

(\* Mtirchison’s Sifurian System (Système Silurien «le Muri ltison), p. 8t.

(*’) Hibbert; Trans. R. S. Edin. (Transactions de la Sociélé royale d’Édimbourg), vol. XIII; et L. Horner, Edin. New phil. Joum., Avril 1830.

eu ap. VIII.) DANS LA GÉOGRAPHIE PIIYSiyi’E. 319

qui, ainsi que cela a été déjà constaté, s’étend sur un espace de 5,000 pieds carrés (465 m. c.). Celte couche a 18 pouces environ (5 déc. à peu près) d’épaisseur, et l’on reconnaît à la différence de grandeur des coquilles qu’elle renferme, que les animaux de ces coquilles durent mourir à des âges différents. Une telle accumulation de bivalves, de l’espèce et de la forme des unios, semble indiquer évidemment le séjour prolongé, dans le lieu ou on les trouve, d’une masse d’eau douce analogue à celle de l'estuaire d’un fleuve (*).

Il est aussi plusieurs régions de l’Ecosse, ou, comme dans les parties centrale et septentrionale de l'Angleterre, le calcaire de montagne marin alterne avec des couches de houille, de manière à donner lieu de supposer que l’eau douce et l’eau salée ont dû réellement séjourner alternativement sur le même point, et qu'un grand nombre de plantes ont été transportées par des rivières dans la mer.

Bien que les continents de la période carbonifère semblent avoir partiellement consisté en roches granitiques, dont, suivant toute probabilité, les débris ont produit des grès grossiers tels que ceux qu'on désigne sous le nom de pierres à meules, les roches volcaniques ne laissèrent pas aussi d’avoir à cette époque un certain nombre de représentants, ainsi

C) Fossil Flora, pari. 10

'MO CHANGEMENTS UE LA SURFACE (LIVltE i,

qu on en voit des exemples dans le Fifeshire et en plusieurs autres parties de l’Écosse, où les matières dont se composent ces roches furent émises soit sur le fond do la mer, soit de manière à former du tuf, pendant l’accumulation des strates carbonifères.

Plusieurs géologues, tels que MM. Sternberg, Boué et Adolphe Brongniart, ont regardé l'arrangement des grès et des argiles schisteuses dans ce groupe comme étant favorable à l’hypothèse suivant laquelle les couches auraient été produites par la dégradation de petites îles placées en lignes, et formant les points les plus élevés de certaines chaînes de montagnes sous-marines. On conçoit, en effet, que la désagrégation des terrains qui formaient ces groupes d'îles devait produire au tour d’elles, et dans leurs intervalles, des dépôts détachés qui, lorsque plus tard ils venaient à être élevés au-dessus du niveau des eaux, offraient l’aspect de couches formées dans une chaîne de lacs. Les points culminants qui servaient de limites à ces apparences de bassins, se trouvaient composés des roches qui. jadis, avaient constitué les îles, et ils pouvaient encore continuer, après leur élévation , à conserver leur hauteur relative, et à entourer les nouveaux dépôts de plusieurs côtés (*).

(■) Voyez tes explications qu’a proposées à ec sujet M. Ad. Krongniart, dans son Méritoire intitulé : Consid. générales sur la Nat. de la Végét., etc., Annales des Se. Nat., Nov. 1828.

CU Al'. VIII. j

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