CIUP. VIII ) ET CLIMAT CONTEMPORAIN
subi certaines couches secondaires, avant que d’autres couches se soient déposées sur elles. Plusieurs faits indiquent que pendant les convulsions répétées qui ont donné lieu à ces bouleversements, la configuration géographique de l’hémisphère nord a éprouvé de fréquentes modifications, et que, de temps en temps, de nouveaux continents ont surgi du sein de l’Océan. A certaines époques de la période secondaire, depuis le Lias jusqu’à la Craie inclusivement, la végétation semble avoir approché de celle des grandes îles de la zone équatoriale, telle, parcxemple, que celle qui aujourd'hui est en pleine vigueur aux Antilles (*). Tout porte à croire que ces -îles étaient arrosées par de très-grandes rivières dans lesquelles vivaient des crocodiles et des reptiles ovipares gigantesques, tout à la fois herbivores et carnivores, et appartenant pour la plupart à des genres éteints. Quant aux habitants contemporains des parties solides de ces Mes, bien que l’on n’ait encore que des données trèsincomplètes à leur égard, on sait pourtant que dans le nombre se trouvaient des reptiles volants, des insectes, et de petits mammifères voisins des marsupiaux.
A la partie supérieure des séries secondaires du
(*) Ad. Brongniart, Consid. génér. sur la Nat. de la Vegél., ol<\, Ann. dos Sc. Nat., Nm . 1828
3*26 CHANGEMENTS DE LA SURFACE (livre 1 ,
Sud de l’Angleterre, on rencontre un dépôt d'eau douce, qui, désigné sous le nom de formation Wealdicnne. atteste par son étendue et par la nature de ses fossiles, I existence ancienne, dans la région qu’il occupe, d'un très-grand fleuve arrosant un continent ou une île considérable. Cette terre renfermait de nombreuses forêts; elle était peuplée d’oiseaux et de reptiles terrestres énormes, et s’avançait autant vers le Nord que les comtés de Surrey et de Sussex. Une telle position, à une époque où l'on suppose que la température moyenne du climat était beaucoup plus chaude qu’à présent, peut, au premier abord , paraître incompatible avec la théorie qui tend à établir que la chaleur était due à la réunion de toutes les grandes masses de terre dans les basses latitudes, et à l’agglomération des mers dans les régions septentrionales. Mais il ne faut pas croire que les conditions géographiques que nous avons indiquées page 306 et Fig. 1 de la PI. 2, comme étant de nature à produire le maximum de chaleur, se soient trouvées rigoureusement combinées à toutes les époques géologiques sur lesquelles nous avons pu jusqu’ici recueillir quelques données. Il est bien plus probable, d’après ce qui a été établi dans les chapitres précédents, qu'il a dû suffire d'une certaine tendance vers un pareil état de choses. En d’autres termes, si la majeure partie des continents était comprise entre les tro-
cil ap. vin.) ET CLIMAT CONTEMPORAIN. 3*27
piques, sans qu'il y eût à peine aucune terre dans les régions polaires, il en résulteraitunc augmentation prodigieuse de chaleur, lors môme que quelques parties continentales pénétreraient assez avant dans les zones tempérées.
Des changements gui ont eu lieu pendant les époques tertiaires. — Considérées séparément, les formations secondaires et tertiaires de l’Europe offrent des caractères très-différents. Les strates secondaires paraissent avoir été déposées dans des mers libres , tandis que les couches tertiaires semblent s’être formées dans des régions bordées de baies, et couvertes de continents, de lacs, et môme, peut-être, de mers intérieures. La série secondaire est presque entièrement marine; mais le groupe tertiaire renferme, jusque dans sa partie la plus ancienne, des couches lacustres; il offre aussi des alternances assez fréquentes de strates marines et d’eau douce — circonstance qui indique des changements géographiques importants entre la formation du système Crétacé, ou partie supérieure des terrains secondaires, et celle des couches tertiaires les plus anciennes. Ce changement dans la géographie physique de l’Europe fut accompagné d’une altération non moins remarquable dans la vie organique; car, à peine retrouve-t-on quelques espèces communes aux terrains secondaires et
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tertiaires. 11 est à remarquer aussi que les fossiles de ce dernier terrain accusent évidemment un climat différent.
D’un autre côté, si l’on compare entre elles les diverses formations tertiaires, on voit que les fossiles qu’elles renferment se rapprochent d’autant plus des espèces actuelles, que les couches deviennent plus modernes. Ainsi, par exemple, dans les plus anciennes ce sont les espèces éteintes qui dominent, tandis qu’au contraire, dans les plus récentes ce sont, pour la plupart, des espèces analogues à celles qui vivent de nos jours. En d’autres termes, le nombre d’animaux et de plantes qui ont pu vivre dans nos climats va toujours croissant, à mesure que les formations dans lesquelles on les trouve sont plus modernes. Or, l'Europe offre des traces de l’augmentation considérable de terre-ferme qui eut lieu sous ses latitudes, pendant les diverses époques tertiaires. En jetant un coup d’œil sur la carte (Planche 5), et sur la description qui l’accompagne, p. 336, lelectcurverraqueprès des deux tiers des terres européennes actuelles ont été mis à sec depuis l’origine du groupe tertiaire le plus ancien. Ce n’est pas. du reste, la seule révolution que l’Europe ait subie pendant l’époque que nous éludions ; car certaines parties déjà solides ont augmenté d'élévation, tandis que d’autres se sont abaissées audessous de leur ancien niveau.
CUAP. vm.) KT CLIMAT CONTEMPORAIN.
Les preuves les plus frappantes attestent que nos continents n’ont pas tous été soulevés dans leur position actuelle. Plusieurs géologues italiens avaient, même avant Brocchi, très-judicieusement pensé que la hauteur des Apennins dépassait déjà de plusieurs milliers de pieds le niveau de la Méditerranée, lorsqu’eut lieu l’accumulation des couches Subapennines modernes qui reposent, de chaque côté, sur les flancs de ces montagnes. Ce qui forme aujourd'hui la chaîne calcaire centrale des Apennins a dû être pendant longtemps une presqu’île étroite et élevée, se détachant, vers son extrémité septentrionale, des Alpes, près de Savone. Depuis, celte presqu'île a été élevée de la hauteur de mille pieds (plus de 300"'i qu’elle avait d’abord, à celle de 2,000 (plus de 600m), par l’effet d’un mouvement qui occasionna la mise à sec des anciens rivages de la mer voisine, et même d’une partie du lit de celte mer, tant du côté de la Méditerranée que de celui de l’Adriatique.
Le dessin ci-joint, qui représente une coupe trans-
ïirj. 7.
versale de l’Italie, aidera à faire comprendre la nature r. i. 2.s
330 CHANGEMENTS DE LA SURFACE (livre I ,
de ces changements. Les couches inclinées A indiquent les formations Apennines dérangées de leur gisement primitif, et dans lesquelles les anciennes roches ignées a sont supposées avoir pénétré. Plus bas, sont appuyés sur chacun des flancs de la chaîne, les lits coquilliers plus récents bb, qui souvent contiennent des cailloux arrondis provenant de la dégradation des parties voisines du vieux calcaire Apennin. Ces lits, comme on le voit, sont horizontaux, et reposent, en stratification discordante, sur les couches les plus anciennes. Aujourd'hui ils constituent une suite de collines peu élevées entre la mer et les Apennins, mais n’atteignent jamais le niveau des vallées les plus hautes et les plus anciennes de cette chaîne.
Les mêmes phénomènes se reproduisent dans les Alpes, sur une échelle beaucoup plus grande, ce qui tient à ce que ces montagnes sont composées, même dans quelques-unes de leurs régions les plus élevées, de formations secondaires récentes; et à ce qu’elles sont entourées d’une vaste zone de couches tertiaires de différents âges, tant sur leur flanc méridional, vers les plaines du Pô, que du côté delà Suisse eide l’Autriche, et à leur extrémité orientale, vers la Styric et la Hongrie *). Cette zone tertiaire indique la position
(*) Voyez le Mémoire, accompagné d’une carie, qu’ont publié
chaf. Vin.) ET CLIMAT COKTE.MPOR U.V. 331
de certaines mers anciennes ou de certains golfes anciens, comme l'Adriatique, qui avaient plusieurs milliers de pieds de profondeur, et dans lesquels s’accumulaient des masses de strates dont quelques groupes isolés semblent être d’une épaisseur à peine inférieure à celle de l’ensemble des séries secondaires de I Angleterre. Ces strates marines tertiaires qui ont été soulevées à la hauteur de 2,000 à 4,000 pieds (600 à 1,200 m. env.), consistent en formations d’âges divers, caractérisées par des fossiles propres à chacune d’elles. Les groupes tertiaires anciens sont ceux qui atteignent, en général, les plus grandes hauteurs, et qui forment les zones intérieures les plus rapprochées des crêtes centrales des Alpes. Quoiqu’on n’ait pasencore déterminé le nombre des diverses époques où les Alpes acquirent et plus d’élévation et plus de largeur, on peut du moins affirmerque la dernière série de mouvements qui occasionna en elles cedouble accroissement, n’eut lieu que lorsque les mers comptèrent parmi leurs habitants un grand nombre d’animaux des espèces actuelles.
Si nous supposons que, plus tard, quelque autre série de convulsions souterraines viendra augmenter
sur les Alpes le professeur Sedgwick et M. Murchison, Trans. of Geol. Soc. (Transactions de la Société Géologique), seconde série, vol. III.
332 CHANGEMENTS UE LA SL’RFACE l.mii; i
encore l'élévation de cette chaîne prodigieuse, et déterminer dans la partie voisine du lit de la mer un nouveau soulèvement, les montagnes de l'Europe pourront alors rivaliser de hauteur avec les Andes; et, dans ce cas, les deltas du Pô, de l'Adige, et de la Brenta, qui, aujourd'hui , vont en s'agrandissant aux dépens de l’Adriatique, seront peut-être assez élevés pour former une autre ceinture extérieure d’une hauteur considérable, autour du flanc sud-est des Alpes.
Les Pyrénées aussi n’ont atteint toute leur hauteur actuelle, qui, dans le Mont-Perdu, excède 11,000 pieds (3,350 m. environ), que depuis le dépôt des terrains crétacés, ou des groupes les plus récents de la période secondaire. La hauteur de l’axe granitique de cette chaîne ne dépasse pas celle d’une certaine crête de calcaire marin, qui, à en juger par les débris organiques qu’il renferme, doit être considéré comme le représentant de la Craie et du Grès Vert (*). L’élévation de quelques centaines de pieds seulement, au-dessus du niveau de la mer, qu’offrent les couches tertiaires situées à la base de la chaîne, et la position horizontale qu’elles conservent, sans participer, du moins en général, aux dérangements qu'a subis la sé-
(') Celte observation qui, pour la première fois, a été faite par M. Boué, a, depuis, été confirmée par M nufrénoy.
CUAP. Vlll.) ET CLIMAT CONTEMPORAIN. 333
rie plus ancienne, prouvent que le soulèvement de la grande barrière qui sépare la France de l’Espagne a eu lieu, presque en totalité, dans l’intervalle compris entre le dépôt de la Craie, et celui de certaines couches tertiaires. Le Jura, aussi, doit une grande partie de son élévation actuelle à des mouvements souterrains qui se sont manifestés après l’accumulation de certains groupes tertiaires (’},
La lacune remarquable qu'on a cru reconnaître entre les couches secondaires les plus modernes et les formations tertiaires les plus anciennes, peut, jusqu’à un certain point , n’exister qu’en apparence, et être due à l’insuffisance de nos données actuelles; car il est fort possible que , par suite de nouvelles observations , on découvre plus tard les indices des degrés intermédiaires à l’aide desquels s’est effectué le passage entre l’époque secondaire et l’époque tertiaire. Il se pourrait, toutefois, que l’intervalle compris entre la Craie et les formations tertiaires eût constitué une époque particulière de l’histoire du globe, — époque pendant laquelle la transition d’une classe d’êtres organisés à une autre classe se serait, comparativement parlant, rapidement opérée ; car, si les doctrines précédemment exposées, à l’égard des changements que (*)
(*) M. Éhe de Beaumont, Ann. des Sciences Nat,, Dt'c. 18211, p. 840.