CHAPITRE XI
RÉFUTATION DE LA DOCTRINE QUI ADMET, DANS LE MONDE ORGANIQUE, DES PÉRIODES ALTERNANTES DK TRANQUILLITÉ ET DE BOULEVERSEMENT, ET DES RÉ- VOLUTIONS SOUDAINES.
Exposé des faits qui ont donné lieu à cette doctrine. — Autre ci pi i cation de ces faits, reposant sur l’uniformité, et la succession continue des changements qui s’opèrent soit dans le monde organique, soit dans le monde inorganique. — Des diverses manières de considérer ce sujet : I" sous le rapport de l'organisation vivante, de l'extinction des espèces, eide l’apparition de nouveaux animaux et de nouvelles plantes à la surface de la terre ; 20 sous le rapport des changements que déterminent, dans l’écorce du globe, les mouvements souterrains qui, après s être fait longtemps sentir en de certaines régions, viennent ensuite à se manifester sur d’autres points ; 3« enfin, sous le rapport des lois qui président à la formation des strates fossilifères , et au changement des points où se déposent les matières sédimcnlaires — Dernières remarques et conclusions sur l'influence combinée de ces divers modes et causes de changement pour donner lieu à des interruptions et à des lacunes dans la chaîne des monuments géologiques. — Ces Jacunes sont indépendantes des révolutions et des catastrophes tant générales que locales, qui ont eu lieu dans le monda organique.
Origine de la théorie des périodes alternantes de repos et de bouleversement. — On a remarqué avec raison que.
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lorsqu'on classe les formations fossilifères par ordre chronologique, elles offrent une suite de monuments extrêmement imparfaite et discontinue. Ainsi, par exemple, on voit certains systèmes de strates horizontales passer, sans aucune gradation intermédiaire, a d'autres systèmes excessivement inclinés; — des roches ayant une certaine composition minéralogique, succéder à d’autres rochesqui présententdes caractères tout différents; — et enfin, des couches renfermant tels ou tels débris organiques, faire suite immédiatement à d’autres couches dans lesquelles, souvent, toutes les espèces, et la plupart des genres, sont différents. Ces défauts de continuité sont, du reste, si fréquents parmi les formations fossilifères, qu’ils doivent être considérés comme règle, plutôt que comme exception, et que plusieurs géologues les regardent comme une des preuves les plus concluantes en faveur de la soudaineté des révolutions qui ont eu lieu, soit dans le monde organique, soit dans le monde inorganique. Suivant les hypothèses de quelques auteurs . l’histoire ancienne de notre planète présente une suite de périodes alternantes de repos et de bouleversement : les premières se prolongeant pendant des siècles, et offrant un état de choses analogue à celui qui existe de nos .jours; les autres se faisant remarquer par leur courte durée et par des paroxysmes; donnant naissance à de nouvelles montagnes, à de nouvelles
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mers et à de nouvelles vallées; anéantissant certains êtres organisés, et les remplaçant par d'autres.
Le but que nous nous sommes proposé dans le présent chapitre a élé de prouver que ces idées théoriques n'ont pu surgir d'une interprétation judicieuse des monuments géologiques. Bien que l’on ne puisse nier que l'écorce solide du globe renferme une chaîne chronologique de documents naturels, à laquelle manquent plusieurs anneaux, il n'en est pas moins certain que la considération attentive de tous les phénomènes conduira nécessairement à reconnaître que, dès l’origine, la série était incomplète; — que, par suite des temps, elle l est devenue plus encore : — qu’une grande partie de ce qui reste est inaccessible à l'observation, et que même, sur la faible portion à laquelle nous pouvons atteindre, les neuf dixièmes n'ont pas encore élé explorés.
De quelle manière les faits peuvent être expliques en admettant une suite uniforme de changements. — Le meilleur moyen , peut-être, de convaincre le lecteur qu'il n'est pas nécessaire de recourir à de grandes et soudaines révolutions pour expliquer l'ordre géologique des événements qui ont eu lieu successivement à la surface delà terre, est de lui montrer comment une suite régulière et non interrompue de changements dans le monde organique et inorganique peut
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délerminer, dans la série des roches stratifiées, les lacunes et les discordances que certains naturalistes considèrent comme une des preuves les plus irréfragables des grands bouleversements et des violentes catastrophes qu’ils croient s'élre manifestés jadis. Il est, je pense, à peu près inutile de dire que l’ordre supposé des événements doit être en harmonie avec toutes les conséquences que les géologues peuvent déduire rationnellement de la structure de la terre, et qu'il doit également s’accorder avec les changements qui sont actuellement en voie de s’accomplir, soitdans la création vivante, soit dans la création inorganique. Bien quédans l’étatactuel de la science il puisseétre nécessaire de suppléer hypothétiquement à l’explication de quelques parties du cours supposé de la Nature, ce ne doit être, toutefois, qu’à la condition que ces hypothèses, loin de s’écarter des règlesdes probabilités, s’accorderont toujours analogiquement avec ce que l’on sait de l'ancien ordre de choses, et de celui qui , à l’époque actuelle, règne dans notre système. Quoique la discussion d’un sujet de cette importance ne soit guère à la portée des commençants, nous espérons pourtant qu’elle aura pour eux l’avantage d’exciter leur curiosité, de les préparer à lire avec fruit quelque traité élémentaire de géologie, et de les mettre à même de sentir quelle influence les changements actuellement en voie de s’opérer sur la terre, auront nécessairement