‹ Principles De GeologieChapitre 148 sur 159 · SOUTERRAINS · texte numérisé non relu

SOUTERRAINS

Nous allons passer maintenant à l’examen de la seconde considération relative au sujet que nous nous sommes proposé de traiter dans ce chapitre. Le lecteur verra plus loin, d’après l’énumération qui a été faite, dans la troisième partie de cet ouvrage, de tous les tremblements de terre dont l’histoire a gardé le souvenir, que certaines contrées ont, de temps immémorial, éprouvé des secousses aussi violentcsque multipliées, tandis que d’autres, qui forment la partie la plus considérable du globe, n’ont, du moins en apparence, ressenti aucun mouvement. Dans les régions où ces convulsions se sont manifestées , les roches ont été brisées, le sol s’est fendu et crevassé, des abîmes se sont ouverts, et de vastes étendues de terrain ont été soulevées ou abaissées, de manière à se trouver audessus ou au-dessous de leur ancien niveau. Dans les régions qui ont été à l’abri de ces convulsions, quelques parties sont restées complètement immobiles; mais, ainsi que la comparaison de plusieurs mesures faites à des époques diverses, a mis à môme d’en juger, d’autres régions, comme la Suède , ont éprouvé un mouvement insensible d’élévation , ou subi , comme le Groenland, une dépression excessivement

cnAP. XI.) DUS AUX MOUVF.M. SOUTERRAINS. i59

lente. Quant à la continuation de ces mouvements, durant plusieurs siècles, elle se trouve attestée par l'observation. Ainsi, pour ce qui regarde la Suède, par exemple, on a remarqué que le sol qui jadis formait le fond de la Baltique et de l’Océan, a été soulevé de plusieurs centaines de pieds au-dessus de la marque des hautes eaux, tant sur la côte orientale que sur la côte occidentale. Cet exhaussement qui, dans les temps historiques, ne s'est pas augmenté de plusieurs brasses, avait atteint, avant cette période, un accroissement considérable, ainsi qu’on peut le reconnaître par la présence, sur quelques points de l’intérieur situés à plusieurs centaines de pieds d 'élévation, de dépôts remplis de coquilles fossiles appartenant à des espèces qui, à l’époque actuelle, habitent la mer Baltique ou l’Océan.

Bien qu’en général, les preuves relatives à un affaissement lent et graduel soient infiniment plus difficiles à établir que celles d’un soulèvement de môme nature, nous espérons pourtant que le lecteur, après avoir pris connaissance de la théorie par laquelle nous avons cherché plus loin à expliquer la forme des récifs circulaires de coraux, et des îles à lagune intérieure (*), sera 'bien convaincu qu’il existe à la surface du globe des régions de plusieurs milliers de milles de circonfé-

(*) Voyez volume u*.

*♦><) C.WKOKMITh DES CHA.NGKMENTS (livre l,

rente, dans lesquelles un mouvement de dépression a eu lieu pendant un certain nombre de siècles, sans que jamais cet abaissement se soit, manifesté subitement d’une manière notable, par excmple.de quelques centaines de pieds à la fois. Cependant, l’étude de la géologie fait voir que la persistance des mouvements souterrains. dans la même direction, n’a pas été continuelle pendant toute la durée des temps anciens. Le niveau de plusieurs régions a éprouvé de grandes oscillations, par suite desquelles ces régions ont été submergées jusqu’à la profondeur de plusieurs milliers de pieds; puis, longtemps après, soulevées et mises a sec de nouveau. De même aussi, les contrées actuellement en repos n’ont pas toujours été dans cet état ; et plusieurs de celles qui aujourd’hui sont le théâtre de tremblements de terre souvent répétés, ont joui jadis de longs intervalles de tranquillité. Toutefois, malgré ces alternances de repos et de convulsipn, il n’y a eu, depuis les temps les plus reculés, ni dislocation générale dans l’écorce du globe, ni révolution à sa surface, ainsi que semble le prouver l’horizontalité parfaite que conservent, sur de vastes espaces , quelques-unes des strates fossilifères les plus anciennes.

Conséquences déduites de la discordance de certaines couches. — Une des preuves les plus évidentes de

.MAP. xi.) IHS AUX MO IV KM. SOI TKKUA1NS. Vtil

l'action des forces souterraines en différentes parties du globe, à des périodes successives, dérive naturellement de la discordance de certaines strates appartenant à des groupes d'âgesdivers Coinmcexemplo de cette discordance, nous citerons les lits schisteux de l’ancien système Silurien, qui, sur les limites du pays de Galles et du Shropshire, se montrent contournés, et môme quelquefois verticaux, au contact des couches horizontales de grès et d'argile carbonifères qui leur sont superposées. Tous les géologues accordent que les couches inférieures ont dû subir, dans ce cas, un grand dérangement avant que le dépôt des lits supérieurs se soit formé, et que ces derniers n’ont jamais éprouvé de mouvements bien violents. D’un autre côté, il y a tout lieu de croire que le dérangement des strates sousjacentes n’a été que local, puisqu'un grand nombre de roches du môme âge ne sont ni contournées, ni verticales. Sur divers points de l’Europe, et entre autres près du lac Wencr, dans la partie méridionale de la Suède, certains lits de ce môme système Silurien conservent la plus parfaite horizontalité; il en est de môme des calcaires, et des argiles schisteuses qui se trouvent dans le grand district lacustre du Canada et des États-Unis. Ils sont encore aussi plats et aussi horizontaux que lorsqu'ils ont été formés ; et cependant, depuis leur origine, non-

Vfi*2 UNIFORMITÉ DES CHANGEMENTS (livre i,

seulement la plupart des chaînes actuelles de montagnes se sont élevées, mais les roches qui constituent ces montagnes ont été formées elles-mêmes.

Rien ne serait plus facile que de multiplier à l’in— lini, pour des formations d’autres époques, de semblables exemples de discordance; mais il suffira, je pense, d’en citer deux ou trois. Les strates houillères que nous signalions tout à l'heure comme se montrant horizontales sur les confins du pays de Galles, deviennent verticales dans les collines de Mendip, situées dans le Somersetshirc. Là, les lits sur-jacents du Nouveau Grès Rouge sont horizontaux , mais ce grès, à son tour, se recourbe et s’incline dans les Wolds du Yorkshire, où il sert d’appui à des bancs de craie horizontaux , lesquels, se redressant sur les flancs des Pyrénées, présentent une assise verticale aux couches tertiaires qui les recouvrent en stratification discordante.

Du rapport entre le dérangement local de quelques couches avecl’ uniformité générale des formations. — Corn me presque toutes les contrées de la terre offrent des exemples de phénomènes analogues à ceux dont nous venons de parler, on conçoit que les partisans , de la théorie des périodes alternantes de tranquillité et de révolutions aient dû chercher à s’appuyer de ces faits pour prouver que toutes les régions du

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