‹ Principles De GeologieChapitre 23 sur 159 · COMPARAISON · texte numérisé non relu

COMPARAISON

(livre i.

les espèces perdues d’animaux et de plantes ont laissés.

L’analogie des monuments consultés en géologie et en histoire ne s’étend , toutefois , qu’à une seule classede monuments historiques, — à ceux donton peut dire que le hasard les a chargés de perpétuer la mémoire des événements passés. Les canots, par exemple, et les haches de pierre qu’on trouve dans les tourbières d’Angleterre, donnent aux nouveaux habitants de cette île une idée des arts grossiers et des mœurs de leurs prédécesseurs; les pièces de monnaie que l’on rencontre parfois dans la terre indiquent la date du règne de tel ou tel empereur romain ; les anciens campements font connaître les lieux occupés autrefois par des armées envahissantes, et la manière dont étaient construites les défenses militaires; les momies égyptiennes nous fournissent des données sur l’art d’embaumer, sur le mode de sépulture en usage dans l’ancienne Égypte , sur la stature moyenne de l’espèce humaine dont les individus peuplaient cette antique

contrée. Or, ce genre de monuments commémoratifs, qui ne le cède à nul autre en authenticité , ne forme qu’unefaible partie des ressources de l’historien, tandis qu’en géologie, il constitue la seule preuve qui soit à notre disposition. Nous ne pouvons donc espérer d’atteindre à la connaissance parfaite d’aucune série d’événements, ni de parvenir à suivre leur enchaînement , lorsque ces événements remontent au

CUAP. I.) DE LA GÉOLOGIE AVEC L’UISTOIRE. 7

delà des temps historiques. Quant au témoignage des monuments géologiques, s’il est souvent incomplet, il possède, en revanche, l’avantage d’étre à l'abri de tout soupçon d’inexactitude. Nous pouvons, il est vrai, tout aussi bien nous tromper dans les conséquences que nous déduisons des faits soumis à nos observations, que nous sommes exposés à nous méprendre sur le genre et sur l’importance des phénomènes qui s’opèrent dans le cours journalier de la Nature ; mais ici , du moins , l’erreur ne peut aller au delà de l’interprétation , de sorte que si cette interprétation est exacte, nos connaissances deviennent certaines.

Tant que dura l’enfance de la civilisation, les limites de l’histoire, de la poésie et de la mythologie restèrent indéterminées; il en fut de même de la géologie; sa nature distincte et son but positif n’ayant été reconnus que très-tard, elle demeura longtemps confondue avec plusieurs autres sciences. Au temps de Werner môme , c’est-à-dire, à la fin du dix-huitième siècle, elle n’était considérée que comme une branche secondaire de la minéralogie; il fallait, suivant l)csmarcst , la ranger dans le domaine de la géographie physique. La cause la plus probable et la plus générale de cette confusion tenait à ce que l’on voulait imposer à la géologie de découvrir le mode d’origine de la terre; ou, comme l’imaginaient quelques-uns.

8 DIFFÉR. DE LA GÉOL. ET DE LA COSM. (livre I,

d’étudier les effets des forces cosmogoniques mise» en usage par l’auteur de la Nature pour tirer cette planète du chaos, et pour l’amener au point d' habitabilité et de perfection où elle est aujourd’hui. Hutton fut le premier qui tenta de tracer une ligne de démarcation fortement prononcée entre sa science favorite et la cosmogonie : il déclara que la géologie était entièrement étrangère «aux questions relatives à l’origine des choses. »

Nous essaierons, dans la suite de cet ouvrage, de prouver que la géologie diffère autant de la cosmogonie, que les spéculations touchant la création première de l’homme diffèrent de l’histoire. Mais, avant de nous engager davantage dans cette question de controverse, il me paraît convenable de suivre les progrès de l’opinion qui s’y rapporte, en partant des temps les plus anciens et descendant jusqu’au commencement du siècle actuel.

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