‹ Principles De GeologieChapitre 28 sur 159 · COSMOGONIE ÉGYPTIENNE · texte numérisé non relu

COSMOGONIE ÉGYPTIENNE

contraire à rien de ce qui nous est connu dans l’économie de l’univers , de supposer que certaines lois générales avaient pu présider à l’origine première des êtres créés, ou à la première apparition d'espèces nouvelles dans notre système. Mais l’hypothèse par laquelle on admettait qu’il y avait quelque analogie entre ces lois et celles qui régissent la reproduction ' continuelle des espèces, était une hypothèse entièrement gratuite. D’un autre côté , il ne serait ni déraisonnable, ni offensant pour la Puissance Suprême, d’intaginer que des lois générales puissent présider à la création de mondes nouveaux; et s’il était donné à l'homme d'être témoin de la naissance de ces mondes, il pourrait, par induction , raisonner sur l’origine du sien propre. Mais de pareilles données n’étant pas à sa portée, il a tenté d’y suppléer en cherchant à découvrir quelque analogie entre les agents présentement employés à détruire, à reproduire, et à changer perpétuellement la surface du globe, et ceux à l’aide desquels la première masse confuse de la terre fut tirée du chaos, et amenée, sans doute, par suite d’une énergie toujours croissante, de l’état d’embryon à l’état d'habitabilité.

Je ne m’occuperai pas de la diversité de nuances qui peuvent exister entre les divers systèmes si péniblement établis sur ces bases, et les mystères de « l’œuf du monde » de la fable égyptienne. C’est une ques-

2V SYSTÈME PYTHAGORICIEN. (livbei,

tion qu’il serait peut-être dangereux de soulever; car plusieurs de nos contemporains pourraient fort bien ne pas avoir autant de patience qu’en montrèrent les Athéniens, lorsque la fiction de l’œuf du chaos, introduite par Orphée dans leur mythologie, fut tournée en dérision par Aristophanes, qui, dans un hymne solennel, fit intervenir des oiseaux chantant, « Comment la Nuit au noir plumage conçut dans le vaste sein de l’Érèbe, et déposa un œuf, d’où, par la suite des temps, naquit l’Amour tout resplendissant de l’éclat de ses ailes dorées; puis, comment l’Amour féconda le Chaos aux ailes rembrunies, et donna naissance à la race des oiseaux (*). »

Doctrines 'pythagoriciennes. — Après avoir séjourné pendant plus de vingt ans en Égypte, et, suivant Cicéron , après avoir visité l’Orient et fréquenté les philosophes persans, Pythagore, de retour dans son pays, y introduisit la doctrine de la déchéance progressive de l’espèce humaine, par rapport à son premier état d’innocence et de bonheur. Quant à la théorie de Pythagore, touchant la destruction et la reformation de la terre, on ne peut réellement, d’après l’esquisse qu’Ovide nous en a laissée, se dispenser de convenir qu’elle est incomparablement plus philoso-

(’) AriJtoplianes, les Oiseaux, G9i.

CHAI*, il.) SYSTÈME PYTHAGORICIEN. 25

phique qu’aucune autre version connue des cosmogonies enfantées par les sectes orientales ou égyptiennes.

Bien qu’Ovide ait représenté Pythagore comme professant sa doctrine en personne, il n’en est pas moins vrai que certains éclaircissements relatifs à cette doctrine résultèrent d’événements naturels qui n'eurent lieu qu’après la mort du philosophe. Toutefois, malgré ces anachronismes, le récit du poëte doit être regardé comme la peinture fidèle des dogmes de l’école pythagoricienne pendant le siècle d’Auguste ; car, bien que la doctrine puisse y être en partie modifiée, toujours est-il que la substance du dogme primitif doit au moins s’y trouver reproduite. Ainsi considéré, ce récit est aussi instructif que curieux , en ce qu’il renferme un sommaire habilement tracé de la plupart des grandes causes de changement actuellement en action sur le globe, — causes qui viennent à l’appui du principe de révolution progressive et constante, inhérent à la nature de notre système terrestre. Ces doctrines, il est vrai, ne sont pas directement appliquées à l’explication des faits géologiques; en d’autres termes, on n’y retrouve aucune donnée sur les changements accomplis dans les siècles passés, ni sur ceux que réservent aux âges à venir ces fluctuations incessantes. Si de telles idées sur les changements géologiques eussent été mentionnées, on n’aurait pu, en vérité, trop admirer une anticipation

26 SYSTÈME PYTHAGORICIEN. (Livnii I,

aussi extraordinaire , et notre surprise eût dû égaler celle des astronomes , au sujet de la route que suivit le philosophe de Samos pour atteindre à la connaissance du système de Copernic.

Examinons maintenant les passages les plus frappants de la relation d'Ovide (*) : —

« Kim ne meurt dans ce monde; les choses ne font que varier, et changer de forme. Naître, signifie simplement qu’une chose commence à être différente de ce qu’elle fut auparavant; mourir, veut dire qu elle cesse d’être la même chose. Cependant, quoique rien individuellement ne conserve longtemps la môme forme , le tout reste constant dans son ensemble. » Ces propositions générales sont ensuite appuyées par de nombreux exemples, tous tirés de phénomènes naturels, à l’exception du premier qui a rapport au remplacement de l’âge d’or par l’âge de fer. Ces exemples sont cités dans l’ordre suivant :

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